Négligences

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Par Nacer Boudiaf

 

Il y a quelques jours, un commissaire et des officiers de police à Constantine ont été condamnés par la justice algérienne, pour «des négligences qui ont entraîné le suicide d’un citoyen, en détention préventive». Comme le système chez nous est largement appuyé sur les deux poids deux mesures, rien ne semble étonner que le même mot « négligences » ait été retenu par la commission d’enquête sur l’assassinat du président du Haut Comité d’Etat, Mohamed Boudiaf, le 29 juin 1992, sans qu’aucun officier ne soit condamné pour les «négligences» ayant entraîné l’assassinat du chef de l’Etat.

 

Ainsi, des négligences qui conduisent au suicide d’un simple citoyen sont fermement condamnées par la justice d’un pays qui néglige ouvertement les négligences qui ont conduit à «l’acte isolé», ayant entraîné l’assassinat en direct à la télévision du chef d’Etat qui a été appelé à la rescousse du même système qui n’a pas tari en matières de négligences.

 

A son époque, Clément Richard Attlee avait lâché une lourde sentence : «Aux moments décisifs de l’histoire, les mots sont des actes». Et le lâche assassinat de Mohamed Boudiaf est intervenu à un moment décisif de l’histoire contemporaine de l’Algérie. Ainsi les mots «négligences» et «acte isolé » sont devenus des actes. Des actes non pas seulement contre Boudiaf mais des actes contre le pays tout entier et particulièrement contre la jeunesse qui avait cru en l’espoir qu’il avait su susciter.

 

Boudiaf est mort, il y a déjà dix-neuf ans. Une bonne partie de la jeunesse ne le connaissait pas parce que le système éducatif de l’époque avait sciemment utilisé des négligences pour ôter de l’histoire les noms de Abane, Abbas, Boudiaf, Khider, Krim et bien d’autres hommes et femmes qui ont fait la glorieuse Révolution du 1er Novembre 1954. Cependant les jeunes l’ont connu et même ceux qui étaient encore des enfants le jour de « l’acte isolé » ont appris à le connaître à travers les larmes que leurs parents ont versées, le 29 juin 1992, en suivant les insoutenables images de la télévision, le jour de l’assassinat.

 

Négligences. C’était le mot que Boudiaf détestait le plus. Il n’a rien négligé dans la pénible préparation de la réunion des 22 qui a permis le déclenchement du 1er Novembre.

 

Quand il a été sollicité par les plus hauts gradés de l’Armée, de diriger le HCE, en janvier 1992, il avait exigé de rentrer en secret pendant 48 heures pour rencontrer beaucoup de personnalités de tous bords. Ainsi, il est rentré le 14 janvier. Il a rencontré beaucoup de gens puis il a décidé de rentrer le 16 janvier pour faire éviter la guerre civile à l’Algérie. Les négligences, il en a relevé énormément durant son bref séjour au sommet de l’Etat. Ce dernier ne le protège pas et le livre aux négligences qui ont conduit à son assassinat. Ainsi, l’apparition et la disparition de Boudiaf confirment la lourde sentence prononcée par l’Allemand Willy Brandt en disant: «Les grands dirigeants viennent presque toujours du chaos, jamais de l’ordre établi».

 

Aujourd’hui, on commémore le dix-neuvième anniversaire de son lâche assassinat. Depuis lors, certains qui étaient supposés chargés de sa sécurité et qui ont commis les «négligences», ne sont plus de ce monde. Ceux qui sont encore parmi nous se retrouvent dans deux clans : ceux qui sont livrés à leur conscience et d’autres qui vivent encore des «négligences des autres». En ce qui me concerne, et depuis le 29 juin 1992, je me suis assigné un devoir de mémoire, en publiant un livre intitulé : «Boudiaf, l’Algérie avant tout». Enfin et au moment des consultations pour des réformes, je suggère de méditer cette sagesse de Confucius: «Si un Etat est gouverné par la raison, la pauvreté et la misère sont honteuses, si ce n’est pas la raison qui gouverne, les richesses et les honneurs sont honteux.»

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