Hommage à Mohamed Sellami.

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Le 19 décembre 1995, Mohamed Sellami tombait au champ d’honneur.  Il était l’organisateur des groupes de patriotes armés de la Mitidja. Pour rester en vie il a été contraint de quitter sa région natale,  tombée sous le contrôle des islamistes.  Mais Sellami ne pouvait se résoudre à ce drame. Il reviendra secrètement à Houch Gros, et mènera un patient travail de mobilisation et d’organisation de groupes de résistance populaire au terrorisme islamiste. Les combats de ce militant progressiste, au courage et à l’engagement éprouvé, restent à poursuivre et à prolonger. C’est l’hommage que cet homme mérite.


Ci-après un large extrait d’un texte de El Hachemi Cherif où il est question de l’importance du rôle des patriotes armés ainsi que du sort qui a été fait à leur contribution au combat national. Les passages soulignés le sont de moi.

 

M.B

 

 

Pour ne pas oublier les Patriotes 

 

"(…)s'il est vrai que l'ANP est un rempart contre l'intégrisme, il n'est pas juste d'affirmer qu'elle est le « seul rempart ». L'ANP n'aurait jamais pu, seule, faire reculer le terrorisme, l'endiguer, empêcher l'intégrisme d'installer Abassi Madani au pouvoir, sans la résistance de la société, de ses élites démocratiques et patriotiques, (…). C'est une erreur fondamentale, stratégique et tactique qui minore le rôle fondamental de la société et son poids, risque de démobiliser et de démoraliser. Elle peut être comprise comme une disqualification de la société et donner du grain à moudre aux islamistes et réconciliateurs au plan national et international. Elle risque d'apparaître comme un appel à s'en remettre continuellement à l'armée. Or, l'armée n'a pu occuper cette position que dans la mesure où elle a capté en profondeur les signaux, perçu le sens véritable des aspirations de la société et la direction dans laquelle la pousse la logique de son histoire(Souligne par moi) ;  Aucune armée au monde, sauf les armées fascistes par le fer et le feu, ne peut aller à contre sens de la volonté historique d'un peuple. Prenons en exemple l'Iran. On ne peut soupçonner l'armée iranienne du temps du Shah d'être intégriste ou pro-intégriste. Elle en était tout le contraire. Et pourtant quand le vent de la « révolution » islamique a soufflé avec la force populaire qu'on a connue, elle a craquée et a dû accompagner le mouvement au prix des décapitations que tout le monde garde en mémoire. C'est aussi d'un tel scénario que rêvent les islamistes algériens et certains parmi leurs alliés.

 

Pour tout dire, pendant quelque temps, l'ANP, elle aussi, était soumise à la pression des illusions réformistes (l'est-elle moins et en est-elle sortie ? A voir !), a cru pouvoir en finir à elle seule avec le terrorisme. Elle a opposé un certain temps une résistance à l'idée d'armer la population qui résulte d'un rapport de force qui a pu mettre à contribution les thèses de ceux qui veulent garder en main la maîtrise de tout le processus et les thèses de ceux qui restent prisonniers du légalisme formel s'appuyant sur le principe de la détention du monopole des armes par l'Etat. En vérité, l'armée a été prise de court par l'émergence fulgurante de ce terrorisme en forme de rouleau compresseur contre la société et ses élites, contre l'Etat, ses institutions, ses représentants, ses symboles. Progressivement, par accumulation d'expérience, la question s'est formée de savoir comment combattre un terrorisme qui n'est pas organisé dans les formes d'une armée classique, ne porte pas dans tous les cas de signes extérieurs identifiants, qui est tapi à l'ombre d'une société dont il s'est soumis des pans entiers par la combinaison de la terreur idéologique et de la terreur physique, sans compter la préparation sur le long terme et en termes de tendance lourde par le système scolaire et idéologique officiel.

 

Je sais qu'à Haouch Grau et dans d'autres localités de la Mitidja, les terroristes tellement nombreux, déterminés, triomphants et arrogants, ayant occupé le terrain et s'étant saisis de l'initiative, l'Etat étant absent, faisaient ce qu'ils voulaient de nuit comme de jour, se baladaient avec les scalps et les butins de leurs victimes et terrifiaient la population. Haouch Grau et les autres comptent des milliers de victimes du terrorisme. La famille des Sellami a été attaquée à plusieurs reprises par des hordes comptant des dizaines de terroristes, à leur tête les Zouabri, faisant usage d'engins de travaux publics comme de béliers et de chars pour impressionner et défoncer portes et murailles. Les Sellami, hommes, femmes, enfants, se sont défendus avec les moyens du bord, c'est-à-dire des pierres, des briques, des morceaux de métal, toutes sortes d'objets, des cocktails Molotov, en véritables héros. Ils vivaient jour et nuit la peur au ventre. Un des jeunes Sellami a été décapité. Bien sûr que l'armée tentait des réactions. Mais, il faut dire qu'aucune armée au monde ne pouvait mettre en échec ce type de terrorisme (Souligne par moi). Il aurait fallu une armée de plusieurs centaines de milliers d'hommes, occupant en permanence le terrain à travers tout le territoire national et parfaitement intégrés, fondus dans la population S'il en était ainsi aux portes d'Alger, que pouvait-il en être alors à l'intérieur du pays ? La seule façon de combattre avec efficacité le terrorisme consiste à leur opposer une insertion plus symbiotique dans la société. C'est devant la pertinence de ce terrorisme-là, que la position de l'ANP a progressé et que des Algériens, dans certains cas désireux d'assurer leur propre sécurité, mais plus généralement pris par une volonté inextinguible d'assurer la sécurité et de la stabilité de leur pays, se sont proposés de prendre les armes aux côtés de l'ANP pour résister aux groupes terroristes et au besoin les traquer et les réduire(Spm). Le rôle des Patriotes a pu nous rappeler cette grande fusion patriotique, cette synergie qui a régné dans les rapports entre l'ALN et le peuple. C'est ce que j'ai vu à Haouch Grau et dans la Mitidja, aussi bien qu'à Aïn Tedlès où des anciens moudjahidine, dont les arrière-grands-parents s'étaient déjà illustrés et sacrifiés dans des combats contre les premières troupes coloniales, ont pris les armes et nettoyé toute la région jusqu'aux confins de Mostaganem. C'est ce que j'ai vu à Zbarbar autour de Cheikh El Mekhfi et bien d'autres moudjahidine et de jeunes combattants d'aujourd'hui. C'est ce que j'ai vu à Redjaouna et ailleurs dans les montagnes de Kabylie. Si ce mouvement avait été consolidé, il est certain que la lutte contre le terrorisme aurait réalisé des acquis plus décisifs.

 

En soulevant cette question, nous ne cherchons pas seulement à attirer l'attention sur l'ingratitude à l'égard de ces héros. Le problème ne se pose pas en termes moraux. Il se pose plutôt en termes politiques. Aujourd'hui, les Patriotes sont marginalisés, démobilisés, laissés pour compte, démoralisés. Ils voient les assassins terroristes de leurs familles et de leurs amis bénéficier des privilèges de la proximité du Pouvoir, alors qu'eux sont méprisés.
Un tel retournement était prévisible. Il s'esquissait depuis des années. Il a commencé par la réduction de leur rôle à un rôle défensif (ne pas mener d'opérations offensives, ne pas taquiner le terroriste, ne pas le débusquer). Il les a complexés, et progressivement désarmés face à l'ennemi. Et le plus problématique est qu'on les a empêchés de se constituer en force autonome. On les a instrumentés et fourvoyés au RND(Spm), pressés entre les arguments de force et un sentiment de nécessité. C'était déjà en 1995/96. Toute la préoccupation des appareils du Pouvoir a consisté à couper les forces démocratiques des bases de résistance qu'elles avaient elles-mêmes contribué à former. Le Pouvoir en a accepté la mobilisation comme hommes de troupe en la refusant en termes politiques(Spm). Si on découvre aujourd'hui que les corps des Patriotes et des GLD a été infiltré par les terroristes ou par des phénomènes de délinquance ou ont fait preuve de dépassements, heureusement minimes, c'est précisément en raison d'un défaut de préparation politique, d'un défaut de vigilance dans le recrutement qui ont conduit à enrôler y compris certains militants islamistes sous prétexte qu'ils étaient liés à la mouvance dite modérée, heureusement peu nombreux, qui pouvaient jouer un peu le rôle de loups dans la bergerie, édulcorer et éroder la vigilance des Patriotes. Cette tendance s'est renforcée après la montée scandaleuse et imméritée de Bouteflika qui l'a accélérée et lui a donné un contenu stratégique, compromis et discrédité des forces démocratiques, dévitalisé la société. Et alors que les terroristes n'avaient jamais réussi à désarmer des Patriotes pendant les années de braise et de plus forte mobilisation, ils le font aujourd'hui avec une facilité déconcertante.

 

Alors, s'attendrir vis-à-vis de Abassi et Benhadj ou de leurs victimes et des Patriotes ? Ulac smah ulac !

 

Ce sont leurs commandements qui ont mis le pays à feu et à sang.Plutôt, un profond hommage, une pensée affectueuse pour Mohamed Sellami, Cheikh El Mekhfi, Smaïl et ceux qui continuent de se battre et de se sacrifier pour que vive l'Algérie !

 

El Hachemi Cherif

Secrétaire général du Mouvement démocratique et social (MDS)

In « le Matin du 05.12.02 »" 

 

 

Lire içi une évocation de Sellami par R Hakem

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