Evocation Sellami : La république vaincra !

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Evocation Sellami : La république vaincra !

Sellami vivait sa retraite forcée dans la grotte de Bouakouir1 comme un drame encore plus atroce que le siège qu'il avait subi des sinistres frères Zouabri. Il hantait les couloirs de cet « antre » que El Hachemi Cherif, ancien officier de la wilaya IV, avait barricadé en multipliant les protections contre-grenades, calfeutrant les fenêtres et consolidant les portes d’accès. Un bunker bien précaire où les nombreux camarades cantonnés dans ce long boyau se relayaient pour assurer les tours de garde. Outre Sellami, il y avait là d'autres miraculés, entre autre, Ahmed Méliani, qui avait échappé à une tentative d’assassinat par strangulation à Constantine. Contraints à se « terrer » dans des conditions précaires de sécurité, de nombreux militants et dirigeants du Pags vivaient là avec la résonance de l’écho des voix des Salah Chouaki, Chergou, Mohand Oubélaid Saheb, Salah de Si Mestapha, Saidi Mahfoud et d’autres encore fauchés par la déferlante fasciste. Sellami ne pouvait plus tenir, il tournait en rond comme dans une cage. Depuis l’assassinat de Rabah Guenzat, une question taraudait tous les camarades : jusqu’à quand subir ces mises à mort ? Que fallait-il faire ?

Mohamed Sellami est sorti de l'“antre de Bouakouir” pour aller à la reconquête de la Mitdja. Sa région natale. Il l'avait parcourue auparavant au grès de ses activités politiques, compagnes de volontariat, activités au sein de l'organisation clandestine du Pags... Sellami renoue des contacts, tisse des réseaux, construit patiemment ce qui va devenir "les patriotes de la Mitidja". Une force de résistance républicaine. Il déniche des résistants dans tous les recoins de sa région et va harceler les instances militaires pour obtenir des dotations en armes. Les maquis islamistes et leurs soutiens sauront bien vite ce que le travail de Sellami imprime comme changement au rapport de forces local. Les militaires, de leur côté, savent aussi l'apport majeur de l'engagement de Sellami à la lutte contre la subversion islamiste.

Pourtant lui et ses camarades vont être édifiés sur de nombreux plans. D’abord sur le plan politique, les limites que le système entendait fixer à la résistance populaire se sont très vite imposées. Le RND, à peine crée, va s’atteler à caporaliser les résistants. A Boufarik d'abord et ailleurs, par la suite, le RND va appliquer un remake de l’article 120 des statuts du Fln. Ensuite, sur le plan opérationnel, parce que Sellami a voulu prolonger le combat militaire par l’isolement des soutiens de l’islamisme au sein du marché de gros, les alliances souterraines entre la subversion islamiste et les milieux prédateurs de la spéculation vont peser pour l'affaiblir et probablement chercher à l'éliminer.

Les conditions de sa disparition restent obscures et sujettes à cautions. Mohamed Sellami disparaît le 19 décembre 1995 victime d’un « tir amical » alors qu’il allait prendre son poste de combat lors d’une alerte à la citée Dallas à Boufarik.

Sellami est mort les armes à la main en tentant de donner la portée la plus radicale à son combat. Dix-huit années sont passées, quel est, aujourd'hui, le sort de ce combat ? Que sont devenus ses compagnons ? Mohamed et tant d’autres patriotes restent des martyrs sans célébration. Des parias délaissés et ignorés. Les survivants se voient dépeint en mercenaires qui n'auraient aucun intérêt à sortir du mutisme qui leur est imposé.

Sellami a mené un combat digne et courageux. Peut-être que sa mémoire va s'effacer parce que le projet républicain pour lequel il s'est battu aura été tenu en échec. Mais ce projet éternel finira par vaincre et les noms des Sellami, Stambouli, Djaout, Sanhadri, et autre Katia et Nablila marqueront les esprits et susciteront respect et considération.

Les ronces obscurantistes et mafieuses finiront par tomber, et la régence laissera place à un peuple souverain ambitieux et inscrit dans son temps.

Gloire à tous les défenseurs de la république ! Nul doute que la république renaîtra, démocratique et sociale !

1 C’est ainsi que Abderrahmane Chergou avait baptisé le siège national

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