Elwatan

Les chouhada reviendront bientôt

Par Brahim Senouci Enseignant, initiateur de la pétition pour la restitution des crânes des résistants algériens entreposés au Musée de l’Homme à Paris Cent-soixante-huit ans après leur supplice, les résistants des Zaâtcha vont enfin trouver le repos dans la patrie pour laquelle ils ont donné leur vie. Ils vont quitter les cartons qui leur tenaient lieu de cercueils et rentrer en Algérie pour y retrouver la paix de tombeaux lumineux. C’est un événement d’une portée considérable… Ce retour va ouvrir la voie à de multiples questionnements, à de sérieuses remises en cause en France, mais aussi en Algérie. En l’absence, fort dommageable, d’un récit national embrassant l’Algérie dans sa profondeur historique, c’est le discours colonial qui s’est imposé comme la grille unique de lecture. En France, depuis des lustres, l’invasion de l’Algérie est présentée comme une épopée chevaleresque menée par une armée vertueuse porteuse du flambeau de la civilisation. Comme ces vieux parchemins, qu’on appelle des palimpsestes, sur lesquels, au fil du temps, des textes se superposent, le récit algérien respire, s’efface sous le mensonge colonial. Son souffle lointain s’affaiblit à mesure que les décennies passent et que l’oubli, dernière couche du palimpseste, s’installe… Certes, ils n’ont pas pu empêcher le crime colonial. Mais ils étaient suffisamment fiers de la société dont ils étaient l’émanation pour la défendre au prix de leur vie. C’étaient des héros avant d’être des martyrs. Ils ne désiraient pas la mort. Ils combattaient pour la vie, pour leur peuple. Convoquons leur souvenir chaque fois que nous aurons envie de céder à la lâche tentation de l’abandon, de la recherche d’une patrie et d’une société de substitution, prélude à l’anéantissement moral. Peut-être que nos martyrs de 1849 nous sauveront encore une fois de l’anéantissement moral. Par la vertu de leur présence dans leur patrie, après presque deux siècles d’absence, ils témoigneront de l’existence d’une autre Algérie, celle de nos lointains aïeux, que les Algériens redécouvriront ensemble après avoir jeté aux orties le récit apocryphe servi par les nostalgiques de l’époque coloniale. Cette Algérie. Nos martyrs nous rappelleront le massacre des Zaâtcha, les enfumades du Dahra et de Tipasa, les emmurades des Ouled Sbih. Plus près de nous, nous entendrons le bruit des corps précipités par dizaines depuis les bennes des camions de l’armée française dans les gouffres qui enserrent Guelma, Sétif et Kherrata. Dans le cas de l’enfumade des Ouled Riah, c’est toute une tribu qui a péri dans des circonstances atroces dans la grotte de l’Oued Frachih. Il n’y a guère de différence avec le sort subi par les Héréros de Namibie dont l’extermination par l’Allemagne est reconnue comme étant le premier génocide du XXe siècle. Les Ouled Riah et les Ouled Sbih les avaient précédés dans cette tragédie. Leur extermination est un génocide au sens de la Convention de l’ONU pour la prévention et la répression du crime de génocide, entrée en vigueur le 11 novembre 1970. Il convient de noter ici que l’Allemagne a reconnu son crime et a présenté ses excuses. Les descendants du général Von Trotha, ordonnateur du massacre, le pendant des Bugeaud et des Saint-Arnaud français, ont pris l’initiative de demander pardon aux descendants des victimes pour le crime de leur aïeul. Naguère, la France enterrait Bigeard à Fréjus en présence de l’ancien président Giscard d’Estaing, après un hommage vibrant de l’actuel ministre des Affaires étrangères, alors ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Il est vrai que, dans bien des domaines, la France a toujours un train de retard sur l’Allemagne… Le pire est sans doute la destruction culturelle. Avant la colonisation, les écoles étaient nombreuses. Les Algériens savaient à peu près tous lire, écrire et compter. Ces écoles étaient financées par les biens Habous. Ces biens, inaliénables, ne pouvaient faire l’objet d’une donation ou d’une vente. Ils ne devaient servir qu’à financer l’entretien de cimetières, de tombeaux de saints, de lieux de culte. Ils fournissaient notamment un appui très important aux écoles. Dès 1843, la France procéda à la confiscation de ces biens, signant ainsi la mort du système éducatif local. L’enseignement de l’arabe était confiné aux petites écoles coraniques, sévèrement encadrées. Les médersas, qui dispensaient un enseignement plus large, subissaient les foudres de l’administration coloniale et la plupart d’entre elles ont fini par rendre les armes. La langue a périclité et a été remplacée par l’arabe dit «dialectal», un substitut loin de rivaliser avec la langue mère, porteuse d’infinies nuances que le dialectal était incapable de rendre. «La langue est la maison de l’être», disait Paul Valéry. Peu à peu, les Algériens sont devenus des SDF. L’analphabétisme a progressé, jusqu’à toucher 85% de la population en 1954. En d’autres lieux, d’autres temps, le terme de génocide culturel se serait imposé de lui-même. La culture est aussi liée à la terre. Ce lien a été rompu dès les premières années de la colonisation. L’essentiel des terres a été accaparé par des colons avides d’espace, ce qui a engendré la ruine des paysans qui n’avaient plus d’autre choix que de louer à vil prix leur force de travail à ceux-là mêmes qui les avaient dépossédés de leur bien le plus précieux. Le mot de déchéance n’est pas trop fort pour désigner l’extrême paupérisation, matérielle et morale, de la population algérienne. Coupée de sa terre, de sa culture, totalement déstructurée, elle est reléguée hors de l’espace public et totalement «invisibilisée». Bien entendu, il n’a jamais vraiment été question pour le colonisateur de la prendre en charge sur le plan sanitaire ou scolaire. La misère et le déclassement devenaient son lot pour l’éternité. Son espérance de vie était de 45 ans, presque 30 ans de moins que celle des pieds-noirs et assimilés. Nous portons le souvenir de cette déchéance de nos aïeux dans notre inconscient collectif. C’est sans doute ce souvenir, aussi silencieux qu’obsessionnel, qui explique notre impasse actuelle. Rechercher les causes de celle-ci uniquement dans la médiocrité, bien réelle, de la gouvernance, est une erreur. Ces causes sont plus profondes. Elles renvoient au traumatisme de la colonisation, de la honte de soi, honte d’être tombé aussi bas, qui nous paralyse et nous interdit de nous projeter vers l’avenir. Il nous faut retrouver l’estime de nous-mêmes. Ce retour passe par des gestes tels que celui, tant attendu, du retour des restes de nos martyrs. Nous avons différé cette exigence parce que nous n’y accordions pas une importance particulière. L’humiliation infligée à nos martyrs nous paraissait banale puisque, 132 ans durant, nous avions appris à vivre avec elle. C’était notre lot en somme. L’Indépendance n’a pas éteint le traumatisme. Elle l’a simplement refoulé. Comment ne pas voir dans le déchaînement sanglant de la décennie noire, dans sa violence paroxystique, l’expression de la haine de nous-mêmes, de notre incapacité à nous défaire du surplomb sinistre de l’humiliation inaugurale ? Nous en défaire ? A coup sûr, nous n’en prenons pas le chemin. Bien au contraire, un syndrome de Stockholm pousse bon nombre d’entre nous à rechercher à renouer avec l’ancienne puissance tutélaire, à mendier ses faveurs. Le temps qui passe estompe les souvenirs douloureux, jusqu’à les faire disparaître. L’époque coloniale est parée de toutes les vertus. Un écrivain s’est laissé aller à écrire, à propos des Européens d’Algérie, qu’«ils ont fait d’un enfer un paradis». Le retour des cendres de nos martyrs ne produira pas un miracle. Il amènera nos compatriotes à se poser des questions sur ces valeureux combattants qui préféraient le sacrifice suprême à une vie misérable sous une botte impitoyable. Nous pouvons en tirer de la fierté et nous inspirer de leur exemple, non pas en mourant dans un combat inutile, mais en redonnant du sens à leur action en faisant de l’Algérie, notre maison commune, un havre de paix, une terre de promesses, un immense champ des possibles. Nous ne pourrons le faire qu’en reconstituant patiemment une mémoire en lambeaux, en sortant des limbes le roman national qui n’a jamais cessé de respirer sous le mensonge colonial…

Alger, la plus belle ville de la Méditerranée

Par Hocine Nemmour Architecte Alger, l’une des plus belles capitales au monde, est sans aucun doute la plus belle grande ville du pourtour méditerranéen. C’est une ville aérée, gracieusement étagée sur sa topographie qui entrelace la Méditerranée en contrebas par sa majestueuse baie unique au monde. Le ton a été donné par la médina d’Alger, maladroitement dénommée Casbah par la colonisation française, en référence à ce qui reste de la partie haute de la cité après la destruction de sa partie basse où se situait le centre historique (Bab Azzoune et Bab El Oued). C’est en effet à cet endroit qu’il y a eu la plus grande intervention pour l’ouverture des boulevards, la construction des bâtiments coloniaux et le contrôle du port. La ville actuelle présente une frappante lecture spatiale de ses majeures parties, aussi bien du bas vers le haut et vice-versa que de ses côtés latéraux. Malgré sa forte densification urbaine, elle garde tout de même une subtile alternance entre les espaces bâtis et les espaces plantés issus de l’ancienne campagne luxuriante de la cité médiévale. Ceci offre des séquences urbaines particulièrement belles dignes des cités-jardins, loin des images des grandes villes plates et tentaculaires comme Le Caire, Sao Paulo, Paris, etc., ou les villes inhumaines à gratte-ciel comme New York, Tokyo ou Dubaï. De cette configuration spacio-physique en amphithéâtre, Alger offre une certaine sérénité urbaine avec des repères de localisation rehaussés par les nouveaux ouvrages comme le monument de Riad El Feth sur les hauteurs du Hamma et le prochain minaret de la grande mosquée au niveau de Mohammadia. Cette facilité de lecture permet aux nouveaux usagers une adoption rapide de la ville et aux résidents une relation visuelle permanente avec leurs lieux d’ancrage, sous différents angles. L’Algérois entretient une relation toute particulière avec sa ville qu’on ne retrouve nulle part ailleurs et elle est beaucoup plus prononcée avec son quartier. Ceci a même fait chanter de célèbres artistes, à l’image des regrettés Dahmane El Harrachi, El Hachemi Guerrouabi, mais aussi Abdelmadjid Meskoud, pour ne citer que ceux-là. Elle a inspiré aussi nos grands compositeurs contemporains comme Ahmed Malek, Kamel Messaoudi et consorts. De grands réalisateurs n’ont pas été du reste pour immortaliser les ambiances et le vécu algérois à travers des chefs-d’œuvre comme Leila et les autres de Sid Ali Mazif, Khoud Ma Atak Allah de Hadj Rahim, Omar Gatlato de Merzak Allouache, etc. Sa configuration urbaine, le bleu intense de sa mer, sa luminosité et son climat tempéré offrent mille et une facettes de beauté urbaine envoûtante, chargée d’histoire, de senteurs et de couleurs. Les perspectives et les vues plongeantes d’Alger sont saisissantes. Elles varient selon les saisons et les heures de la journée en fonction de la position du soleil. Les ombres portées des bâtiments, les parties illuminées du tissu urbain et les touffes vertes éparses s’entremêlent pour dessiner un beau tableau grandeur nature. Le panorama y est grandiose sur 360° à la ronde, il concurrence même celui de la célèbre baie de Rio de Janeiro. Pour les amoureux des fortes sensations, Alger les gratifie d’un moment exceptionnel d’une vue magique à couper le souffle. A partir d’Alger-Centre et par temps clair et ensoleillé en hiver, on peut voir les sommets enneigés de l’Atlas tellien surplombant la Mitidja à son extrémité sud-est, en arrière-plan de Dar El Beïda et Rouiba. C’est une image inédite qui allie la neige à la méditerranée, soulignée par le rempart du massif et l’élégance de la courbure de la baie. Elle est rare, éphémère et furtive qui ne s’exhibe que par les caprices bienveillants du climat. La baie d’Alger est pour la ville comme une couronne pour une reine ou un khelkhal (bracelet à cheville) pour une citadine de noblesse. C’est même sa raison d’être depuis l’Antiquité. On ne peut concevoir Alger autrement, de jour comme de nuit. Par ailleurs, il y a lieu de soulever le revers de la médaille concernant le débordement de son urbanisation, notamment sur les versants sud des collines contournant la baie. Elle est constituée d’un tissu urbain très dense occupant tout le territoire de la wilaya d’est en ouest, allant de Zéralda jusqu’à Réghaïa en hypothéquant les plaines fertiles de la Mitidja. Plus encore, la wilaya d’Alger est en conurbation avec les wilayas de Blida et Tipasa à l’ouest et Boumerdès à l’est, avec une forte tendance vers les wilayas de Tizi Ouzou et Bouira. Ceci pose déjà d’énormes problèmes de gestion de ce Grand Alger″et affecte le bien-être des résidents. Les projets lancés dernièrement pour son embellissement sont les bienvenus, notamment pour ce qui est du parcours de l’oued El Harrach avec son embouchure dans la baie. Mais celui de la baie dans la zone dénommée les Sablettes, il y a beaucoup à dire quant aux options d’aménagement préconisés. A commencer par la plantation massive du site en palmiers. Cette action, non seulement porte un sérieux préjudice à l’image d’origine de la baie, mais aussi fausse la nature fondamentalement méditerranéenne de la ville. Les palmiers d’agrément servent beaucoup plus à souligner des alignements des voies et boulevards ou à des touffes paysagères que de plantation massive à la manière des palmeraies du Sud. De plus, la systématisation de leur utilisation dans tous les carrés verts de la zone offre un aspect d’ensemble aléatoire et désordonné. Par ailleurs, ils n’assurent aucun avantage d’ombrage, surtout en période d’été, d’autant plus que la conception de cette zone n’a pas été conséquente d’une approche alliant le dégagement des panoramas, les allées de promenade et l’aménagement des pôles d’intérêt (animation, détente, sport, etc.) en séquences thématiques avec le confort requis.  Au final, on assiste à des interminables axes de circulation sans ponctuation et de grandes étendues gazonnées sans âme. L’autre point à soulever concerne la porte monumentale néo-mauresque, aménagée à l’entrée du site. Ce type d’ouvrage est totalement étranger à notre patrimoine bâti. Il est plutôt présent dans les médinas impériales du Maroc. De plus, son aspect mastoc cadre très mal avec le vide environnant de la zone et donne l’impression d’un corps étranger sans repère d’attache. Quant à la clôture du site en fer forgé, elle ne fait qu’accentuer ce décalage. L’opération d’aménagement est en cours, il est fortement souhaité que ces irrégularités soient rattrapées pour rehausser la beauté de cette baie inégalée à la mesure de son originalité et du statut de cette grande ville méditerranéenne dénommée… Alger.

Décret exécutif n°16-224 du 22 août 2016 fixant les modalités de rémunération de la maîtrise d’œuvre en bâtiment

Par Farid Belhadj Architecte DPLG Le décret exécutif  n°16-224 du 22 août 2016 fixant les modalités de rémunération de la maîtrise d’œuvre en bâtiment et l’arrêté n°04 du 12 janvier 2017 fixant le profil des intervenants dans la «mission suivi» de la maîtrise d’œuvre en bâtiment et la composition des équipes en fonction de la complexité de l’ouvrage sont venus après 14 ans «réviser» l’arrêté interministériel du 15 mai 1988 portant modalités d’exercice et de rémunération de la maîtrise d’œuvre en bâtiment et corriger une situation légitimement déplorée pendant des années par l’ensemble des architectes. Toutefois, hormis une amélioration de l’aspect financier par l’introduction d’une grille de rémunération au pourcentage pour les études et le suivi, ce décret propose également en son article 2 - a) une nouvelle lecture des prestations contenues dans les missions «études et suivi» de maîtrise d’œuvre en se basant sur l’article 29 du décret présidentiel du 16 septembre 2015 portant réglementation des marchés publics et des délégations de service public. Si l’intention mérite d’être soulignée, dans le sens d’une plus grande coordination des textes, il n’en demeure pas moins qu’elle n’apporte aucune indication  permettant de connaître dans le détail la définition et le contenu des missions et ne donne  également aucune explication sur la classification des ouvrages de bâtiment portés en annexe sur les tableaux indiquant les taux de rémunération de la maîtrise d’œuvre pour la mission études et la mission suivi. La référence même à des concepts tels que «diagnostic», «visa» ou «ordonnancement, coordination et pilotage du chantier» utilisés sous d’autres cieux mais relevant de missions complémentaires aux missions de base de la maîtrise d’œuvre ne contribue pas davantage au flou généré par une situation qui n’arrange ni les maîtres d’ouvrage ni les maîtres d’œuvre(1). Il est donc urgent que le ministère de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Ville fasse diligence dans la promulgation des textes d’application nécessaires à la bonne compréhension du décret exécutif  n°16-224 du 22 août 2016 fixant les modalités de rémunération de la maîtrise d’œuvre en bâtiment. L’urgence est d’autant plus forte que beaucoup de maîtres d’ouvrages publics (et non des moindres) lancent depuis quelque temps déjà des appels d’offres de maîtrise d’œuvre (étude et/ou suivi) dont les cahiers des charges sont élaborés en référence non seulement au décret en question mais aussi à l’arrêté interministériel du 15 mai 1988 portant modalités d’exercice et de rémunération de la maîtrise d’œuvre en bâtiment qui n’est ni abrogé ni maintenu. 1)- L’absence de réaction officielle du Conseil national de l’Ordre des architectes mérite quand même d’être soulignée.

Reconquête de l’identité algérienne et défense du savoir et du dialogue

Le 25 novembre 1955, l’Assemblée générale de l’ONU décide de ne pas poursuivre l’examen du point de son ordre du jour : «La «question algérienne». La question devait cependant revenir devant l’Assemblée le 15 février 1957 pour que, le 10 décembre suivant – il y a exactement soixante ans —, une résolution finisse par appeler à ce que des pourparlers soient engagés en vue d’une solution conforme aux buts et principes de la Charte des Nations unies. C’est ce tournant du début de l’année 1957 que le président du Cercle du progrès, le cheikh Tayeb El Okbi, interviewé chez lui à Alger par Eugène Mannoni, choisit pour faire cette déclaration parue le 19 janvier dans le quotidien français Le Monde : «Il y a eu naguère une ‘‘mystique’’ du projet Blum-Violette, combattu et rejeté par une opposition aberrante. (...) Il y a aujourd’hui une ‘‘mystique’’ du ‘‘fait national algérien’’ dont le Front de libération nationale s’est fait le champion avec l’assentiment voulu de l’immense majorité de la collectivité islamique.» C’est, pour le cheikh El Okbi, qu’en ce début 1957 la grande masse des Algériens de la communauté musulmane se reconnaissent désormais dans l’action du Front de libération nationale. Cette intervention très nette en faveur du FLN est faite au moment où s’ouvre la période la plus dure de la répression colonialiste. En effet, le 7 janvier, le général Massu fait son entrée à Alger doté de tous les pouvoirs de police, assisté en cela par le colonel Bigeard et le commandant Aussaresses. Ce tristement célèbre trio de tortionnaires fera procéder à une guerre sans merci contre la population algérienne par des arrestations arbitraires, disparitions de personnes, tortures, exécutions sommaires. Depuis le 1er décembre, le général Salan, futur chef de l’OAS, est en outre à la tête de la 10e Région militaire qui couvre tout le territoire de l’Algérie. L’adhésion au FLN et à la lutte indépendantiste de la population algérienne se concrétise dans les faits, le 28 janvier 1957, avec la «grève des 8 jours» des commerçants, grève pacifique, où les militants avaient ordre de ne pas provoquer d’incidents. Quelques mois auparavant, en septembre 1956, ces mêmes commerçants avaient tenu au Cercle du progrès le congrès constitutif de la nouvelle Union générale des commerçants algériens (UGCA). Si Abbas Turki et Si Omar Aïchoune lui en ayant exposé l’idée à son domicile, le cheikh les avait vivement encouragés et leur avait donné son accord pour tenir ces assises au Cercle. Un rapport de protestation du gouvernement français est alors adressé à l’Organisation internationale du travail, institution spécialisée de l’ONU, visant à décrédibiliser le syndicat des commerçants comme inféodé à une organisation politique avant d’être un organe de défense d’un intérêt catégoriel : Les orateurs : Aïchoune Omar (syndicat des laitiers), Belloul Akli (syndicat des boulangers) et Kerma Mohamed (Union tunisienne de l’artisanat et du commerce) ont fait l’apologie du FLN et déclaré qu’il ne pouvait y avoir qu’une seule issue au problème algérien : la négociation avec les combattants, c’est-à-dire avec le FLN, seul interlocuteur valable. Kerma Mohamed –déclare le gouvernement– a notamment précisé : «L’UGTA a été le premier pilier de l’indépendance, le second, c’est aujourd’hui l’UGCA, demain il y en aura un troisième, l’Union générale des agriculteurs algériens.» Au cours de la manifestation, chaque allusion à la «lutte du peuple algérien pour son indépendance» ainsi qu’aux combattants du FLN a été accueillie par des ovations. La création de l’UGCA avait commencé le 6 mai précédent, avec à sa tête le fondateur du Riada Club de Kouba (RCK), Si Ben Ouanniche Mustapha, qui, en parallèle, imprimait chez lui, à Kouba, les premiers numéros du journal du FLN, El Moudjahid. Il fut arrêté par la suite pour avoir créé un hôpital de campagne pour les blessés du FLN, à Fort-de-l’Eau (Bordj El Kiffan), où Ali Khodja, jeune lieutenant de l’ALN, était soigné (il fut tué lors du siège de l’hôpital). Et c’est au départ l’ensemble des partisans du cheikh et des commerçants qui fréquentaient le Cercle du progrès qui ont constitué l’ossature de l’UGCA lors de son développement. Le syndicat devait jouer le rôle de financier du FLN et de l’ALN et ses membres, militants FLN très actifs, ont payé très cher, parfois de leur vie, cette participation. En parallèle, et toujours au Cercle du progrès, l’UGTA constitue une section des employés de la Sécurité sociale créée, avec l’accord de Aïssat Idir par Sid Ahmed Gourou, neveu de Ali Gourou, un des proches du cheikh El Okbi. En effet, Ali Gourou était membre du conseil d’administration de la Kheïria, une association de bienfaisance présidée par le cheikh, active dans La Casbah d’Alger où elle distribuait des aides alimentaires, assurait un enseignement scolaire et une formation aux jeunes filles dans l’ouvroir du 14 rue des Abderames, et offrait aux SDF un asile près du marché Randon (Ali Ammar). Elle n’a pas manqué d’apporter son soutien financier aux dockers lors de la tragédie de 1939 ou aux prisonniers politiques en 1945. Elle a même parrainé –une première– un match de football amical entre des joueurs d’une sélection de l’Ouest (Oranie) et une sélection de l’Algérois, qui s’est tenu en octobre 1943, avec le concours organisationnel de l’USMA et de Haffaf Mohamed – père du lieutenant de l’ALN Abderzak Haffaf –, et qui s’est terminé devant un public enthousiaste par le score de 2 à 2 dans un stade municipal de Belcourt affichant complet dans les gradins. On doit citer aussi La Chabiba, une école privée ou libre (libre à l’égard de l’administration coloniale), créée en 1921 et gérée par des Algérois (Bourahla, Abhari, Bourkaïb, Mostefa Hafid, Bouchnak, Belleili, Benaïssa, Matibey, Kartobi, Mekhloufi, Bertouche, Kosebdji, Aït Djaoui, Rarrbo, Tabat, les frères Damardji, Chelha,…) qui est rattachée au Cercle du Progrès. Ces réalisations conduisent à rappeler l’origine du Cercle du progrès – le Nadi Ettarakki –, nom d’une association régie par la loi de 1901, créée en mars 1927 et domiciliée à l’origine chez Si Zedek Mahfoud. Si Mahmoud Bensiam, précoce promoteur du sport, président à vie du MCA, président de l’USMA, à l’origine de la création du NAHD, et Si Mohamed Ben Merabet, avaient tous deux contribué à la venue du cheikh El Okbi à Alger en 1930. Le conseil d’administration du Cercle, présidé par El Mansali, était composé de membres de familles algéroises connues, comme les Roudoci, Zedek, Mouhoub, Bel Haffaf, Ben Ouanniche, Ben Merabet, Bel Bey Kouaci, El Kamel, Ben Smaïa,… Un bon nombre d’entre eux étaient des descendants d’érudits en théologie ou oulémas, à l’instar de Ben Smaïa et Ben Merabet, qui avaient pour aïeul le mufti Mustapha El Kebabti, ministre des Affaires étrangères de la Régence, qui a combattu à Sidi Fredj en 1830, essayé de contenir ou de ralentir l’invasion coloniale en s’opposant à l’appropriation des biens habous par les autorités coloniales et fut forcé, en 1843, de s’exiler en Egypte, où il a assumé la fonction de mufti au Caire. Lors de la création des Scouts musulmans algériens (SMA), leurs réunions officielles se sont pour la plupart tenues au Cercle du progrès, et ce, depuis août 1936, avec leur fondateur, Bouras, qui était un autre fervent partisan du cheikh qu’il accompagnait souvent lors de ses déplacements hors d’Alger. Le scoutisme, comme mode d’éducation et de mobilisation des jeunes indigènes, fut adopté, parrainé et encouragé au Nadi Ettarakki. En 1937, Robert Montagne, un auxiliaire du général Lyautey, qui avait participé à la reddition du grand chef marocain Abdelkrim, relève au sujet de cette pratique nouvelle qu’est le scoutisme à Alger qu’«à Alger s’organise le groupe scout de la Chabiba» et que «l’on peut parfois, le dimanche soir, croiser un car rempli de jeunes scouts arabes qui chantent des hymnes nationaux. Spectacle nouveau qui en dit long à qui sait comprendre». (La fermentation des partis politiques en Algérie, Politique étrangère, avril 1937). Après avoir essaimé dans plusieurs villes et pris de l’ampleur, en 1939, les Scouts musulmans ont tenu leur premier congrès en tant que fédération en commençant leurs travaux au camp d’El Harrach, où le cheikh El Okbi et Si Abbas Turki leur rendent visite, puis en les concluant au Cercle du progrès. Dans la matinée du 15 juillet, leurs sociétés ont défilé jusqu’à la place du Gouvernement (place des Martyrs), précédées par la fanfare du Riada Club Algérois (L’Echo d’Alger, 16 juillet 1939). Pour clore l’événement, ils fêtèrent l’acquittement par la cour d’assises de leurs deux visiteurs (dans l’affaire Kahoul) au Majestic (aujourd’hui Atlas), rassemblant 4000 spectateurs pour un concert de Mahieddine Bachtarzi. (Mémoires de Mahieddine Bachtarzi, ENAG). Y assistent le cheikh Ben Badis, l’énergique Lamine Lamoudi, le grand poète cheikh Laïd Al Khalifa, etc. Ajoutons, à propos des Scouts musulmans, qu’en encourageant et finançant leur essor, les membres du Cercle du progrès et les sympathisants du mouvement El Islah voulaient que la jeunesse algérienne, parallèlement à l’élévation de son niveau éducatif, puisse aussi acquérir les techniques d’entraînement physique les plus modernes. En effet, Si Mohamed Bouras avait inscrit dans les statuts déposés à la préfecture d’Alger et publiés au Journal officiel de la République française du 23 avril 1939 l’expression «éducation physique et préparation militaire», certes empruntée aux statuts de clubs sportifs français, mais qui s’appliquait, là, à des associations où les «indigènes» se retrouvaient entre eux. Il semblerait donc que la première fédération algérienne de «préparation militaire» à avoir vu le jour depuis l’invasion de 1830 est la Fédération des Scouts musulmans algériens. Par la suite, bon nombre de Scouts musulmans ont rejoint les rangs du FLN/ALN, parmi lesquels cheikh Skander Mokhtar, enseignant à l’école Chabiba, d’une famille d’érudits de Médéa et frère de Noureddine Skander, membre fondateur de l’UGTA. En revenant de Syrie avec Bel Abdelouaheb Hamdane, après le premier jamborée arabe en août 1954, il a rencontré à l’hôtel au Caire Ahmed Ben Bella. Ce dernier, l’informant que lui et ses compagnons devaient être reçus pour la première fois par le président Nasser et lui a demandé, du fait de son niveau en arabe, d’assister à l’entretien d’août 1954 où le président Nasser a promis aide à la Révolution. Après cette réunion avec le président Nasser, le futur président Ahmed Ben Bella confiera aussi à Si Skander trois lettres à remettre à Messali Hadj, Ben M’hidi et Ben Boulaïd. Ce qui fut fait. De retour à Alger, Si Skander rendra compte au cheikh El Okbi de cette rencontre du Caire et des préparatifs en cours. Un autre chef scout, Belkacem Diguer, qui faisait la liaison entre le Nadi Ettarakki et le cheikh El Okbi, a été arrêté par les forces coloniales et pendu par les pieds avec du fil de fer jusqu’à lui entailler la peau. Le 1er juin 1958, le général Massu a occupé le Cercle du progrès pour installer le Mouvement de solidarité féminine créé après les événements du 13 mai 1958 par Mmes Massu et Salan, secondées par les femmes de militaires. Les services psychologiques de l’armée française l’ont occupé jusqu’à l’indépendance. On notera que dans son article du Monde de janvier 1957, le cheikh El Okbi ajoutait : «Je tiens à rendre hommage à l’œuvre éminemment humaine et fraternelle entreprise ici par les représentants des trois grandes religions, et particulièrement à celle de Mgr Duval, dont le sermon au lendemain des événements du 29 décembre est allé droit au cœur des musulmans.» C’est que dans la réalité, les monothéistes avaient toujours été accueillis au Cercle du progrès, pourtant association musulmane, et cela de 1927 jusqu’à son occupation par l’armée coloniale en 1958. Une Union des croyants monothéistes a même été créée sur l’initiative d’El Okbi en 1935, prônant, en précurseur, le dialogue interreligieux. Outre l’implication du docteur juif, José Aboulker, président du Riada Club Algérois en 1939, dans la vie associative des musulmans, d’autres gens du Livre ont aidé les Algériens à recouvrer leurs droits légitimes, tel le chrétien Robert Barrat, qui a dénoncé la pratique de la torture, été mis en prison pour son soutien aux maquis du FLN et à la cause algérienne et qui, dès 1949, avait participé avec Louis Massignon à l’activité du Comité chrétien pour l’entente France-Islam qui était en relation avec le cheikh El Okbi dans le cadre de l’aide aux réfugiés palestiniens. De même, Henri Alleg, militant d’origine juive, qui, par son livre La Question a alerté l’opinion publique sur l’usage de la torture par le général Massu et ses complices. Ou René Sintès, un des organisateurs de l’appel à la trêve civile, enlevé par l’OAS en 1962 et porté disparu… Mentionnons enfin que nombre d’intellectuels, de passage à Alger, venaient voir El Okbi, tel le philosophe Roger Garaudy ou l’ethnologue Germaine Tillion après l’un de ses séjours effectués avec Thérèse Rivière dans les Aurès. Elle y a noté qu’«universellement connus et respectés étaient les noms du cheikh Ben Badis, qui enseignait à Constantine, et du cheikh El Okbi, qui résidait à Alger. Les gens de Sidi Okba et ceux de l’Ahmar Khaddou que je rencontrais chaque jour se glorifiaient d’appartenir à la parenté de ce dernier.» (Il était une fois l’ethnographie, Le Seuil, 2000). Comme elle a aussi noté que c’est dans les Aurès qu’Ahmed Bey s’était réfugié. En effet, après l’effondrement de l’Etat algérien en 1830 et la prise de Constantine en 1937, après avoir été acculé de toutes parts, c’est sous la protection des Ouled Abderrahmane, dans la tribu d’où est issu le cheikh El Okbi, que durant environ trois ans le dernier représentant de l’Etat algérien a vécu, et donc organisé la résistance jusqu’à la date de sa reddition le 7 juin 1848, six mois après l’Emir Abdelkader. Pourtant, ce qui a priori peut se présenter comme un territoire hostile, s’est trouvé être un havre enrichissant à cette grande dame, elle disait avoir vécu en pleine sécurité seule au milieu des Algériens des Aurès, et que, c’est en revanche à Paris et en Europe qu’elle avait connu l’horreur et la violence avec le gazage de sa mère et sa propre déportation à Ravensbrück. On le voit, le cheikh El Okbi a tenté de travailler avec tous ceux avec qui on pouvait faire avancer la cause algérienne. Dans l’enseignement, il a prôné l’utilisation des techniques les plus modernes dans les écoles, telles que la Chabiba et la Kheïria. Le rejet du colonialisme n’a jamais signifié le refus de la civilisation, du modernisme. La modernité, l’adoption des techniques modernes n’a jamais signifié l’acceptation du colonialisme. Le progrès n’a jamais été l’apanage du colonialisme, malgré toute sa prétention «civilisatrice». Un siècle après l’occupation, il fallait recréer toutes les pièces d’un puzzle pour espérer un jour construire un Etat algérien. Le Cercle a été, dans la capitale algérienne, l’initiateur et le promoteur d’un grand nombre d’associations algériennes religieuses, éducatives, culturelles, sportives et de scoutisme. Avec l’UGCA et les Scouts musulmans algériens, les sociétaires du Cercle du progrès ne pouvaient être qu’à la pointe du combat pour l’indépendance. Cependant, une fois celle-ci acquise, des personnalités algériennes –et certaines étaient à l’étranger pendant les moments les plus délicats et les plus difficiles que l’Algérie ait eu à connaître– ont répandu des images déformées du Cercle du progrès. En essayant de ternir le rôle du Cercle du progrès et des différentes associations qui le secondaient, ces calomnies adoucissaient rétrospectivement les méfaits du général Massu et de ses complices, auxquels le Cercle et ses associés avaient opposé la voie du progrès, de la tolérance et du dialogue, telle que l’ONU l’a reconnue enfin, le 10 décembre 1957, en exprimant «le vœu que, dans un esprit de coopération effective, des pourparlers soient engagés, et d’autres moyens appropriés utilisés, en vue d’une solution, en conformité des buts et principes de la Charte des Nations unies». Pour arriver à ce résultat, c’est-à-dire pour faire valoir son droit à l’indépendance, l’Algérie a bataillé dur. Qu’un hommage soit rendu à toutes celles et tous ceux, de diverses origines, qui, pour une raison ou pour une autre, ont œuvré en faveur d’une Algérie indépendante et humaine.

La force de l'exemple

Par le Pr Rachid Mimouni  Sociologue, université Alger 2   L’Algérie a perdu, le 11 octobre dernier, une illustre personnalité ayant marqué la sphère intellectuelle et culturelle musulmane. S’il est un personnage qu’on pourrait qualifier de consensuel dans le champ religieux (et culturel) si âprement contesté en Algérie durant les décennies 1970 et 1980, c’est bien le professeur Si Abdelouahab Hammouda. Bien que peu connu dans les cercles médiatiques, vu sa discrétion, il mérite ce qualificatif pour ses qualités humaines remarquables, son savoir, la chaleur des relations humaines et ses actions dans la conduite des affaires religieuses en Algérie. Il est pour notre génération d’intellectuels un modèle d’exemplarité par son éducation raffinée et équilibrée, sa simplicité, son dévouement et engagement désintéressé et abnégation dans le travail. Cet hommage à Si Abdelouahab Hammouda est un témoignage sur l’homme et une réflexion sur une époque révolue, synonyme d’une pensée islamique éclairée, ouverte au dialogue, respectueuse d’autrui. La crise politique des années 1990, la radicalisation des positions, la montée des intolérances, de l’anathème et de la violence ont réduit au silence ces voix sages et tout débat. En plus de qualités intrinsèques indéniables, trois facteurs ont façonné sa personnalité : l’éducation morale et religieuse imprégnée des enseignements de la zaouia familiale nationaliste Sidi Mohand Oukarri à Bani Yaala (Guenzet, W. Sétif) en Petite Kabylie ; les études bilingues au lyçée Mokrani et à l’université à Alger qui lui permirent d’acquérir une pensée rationnelle et l’esprit d’ouverture ; enfin l’influence majeure du penseur algérien Malek Bennabi, dont il fut un proche disciple parachèvera ses traits de personnalité et orientera sa vocation. Doté d’une grande taille et d’un physique agréable qui lui donnaient une élégance raffinée, il était de par ses qualités humaines aimé et apprécié. Accueillant, très courtois, affable, discret, d’une grande sensibilité, il se dégageait de sa personne une aura. Avec une conception élevée des relations humaines, il avait le sens de l’écoute, était un homme de cœur et d’action, adepte du dialogue, de la médiation et de l’arbitrage. Educateur hors pair, il ménageait les sensibilités, aplanissait les difficultés. Strict sur les principes, très exigeant envers lui-même, mais indulgent envers autrui  ; s’il réprouvait une action, il ne dénonçait pas le fautif en public mais imitait le Prophète qui corrigeait les comportements par allusion : «Que dire d’une personne qui commet ceci, cela aurait été préférable qu’il agisse ainsi…» Toujours souriant, il ne prenait une décision qu’après l’avoir mûrement réfléchie. Brillant orateur trilingue, il était aussi bien à l’aise dans la discussion avec les adeptes des zaouias, qu’avec les oulémas algériens et étrangers, les hommes de religion non musulmans et les intellectuels. Sa ligne de conduite était marquée par la fierté d’appartenance à l’islam mais également par le rejet des extrémismes représentant un danger pour l’unité et l’avenir du pays (vision prémonitoire). Il symbolisait la synthèse des dimensions de l’identité algérienne : l’islam, l’amazighité et l’arabe, avantage considérable pour accomplir sa mission. Le professeur Hammouda, après un passage à la faculté des sciences humaines de l’université d’Alger comme enseignant puis doyen, intégra le ministère des Affaires religieuses et dirigea le département de la Culture islamique qui supervisait l’organisation des «séminaires sur la connaissance de la pensée islamique» dont il fut le maître d’œuvre de par ses qualités intellectuelles, son sens de l’organisation et son efficacité. Initiée par Malek Bennabi sur la base du constat «que les peuples musulmans (et le peuple algérien) n’avaient pas perdu leur foi, mais que la religion avait perdu sa fonction sociale», à savoir son efficacité à promouvoir le développement social et économique et l’ouverture sur la rationalité scientifique, conditions indispensables pour réintégrer le cycle civilisationnel des nations modernes, l’objectif du séminaire de la pensée islamique était de réhabiliter l’islam rationnel (et réduire les tares de l’homme post-almohadien «décivilisé») et d’en faire un des fondements du développement national. Ces séminaires de dimension nationale et internationale regroupaient chaque année les plus grands penseurs du monde islamique, sans distinction de rites et d’origines : arabes, africains, asiatiques, européens ainsi que des non-musulmans et des orientalistes… Cette diversité d’opinions stimulait la réflexion. Ces rencontres eurent lieu dans toutes les régions et villes d’Algérie permettant la promotion des valeurs religieuses et culturelles locales en y consacrant un thème en relation avec la région agrémentée d’une visite sur des lieux historiques. Homme de mission, Si Abdelouahab par sa sincérité, dévouement à la tâche et son magnétisme, galvanisait tous ceux qui collaboraient avec lui. Ses qualités organisationnelles, le choix judicieux de ses collaborateurs et des personnalités scientifiques transformaient le ministère durant les séminaires en une ruche. Il est pertinent d’évoquer les conditions de préparation des séminaires de la pensée islamique après les événements du 5 octobre 1988 et l’ouverture démocratique (champ politique, médias, associations et société civile). Différents mouvements antagonistes s’opposaient sur le rôle de l’islam dans la société. Si Abdelouahab Hammouda (ainsi que le regretté ministre Boualem Baki) optant pour un islam serein, ouvert et rationnel, pressentait tous les dangers d’une manipulation de la religion et insistait sur la nécessité de clarifier le message de l’islam et de suivre la voie du dialogue au sein du comité scientifique de préparation de ces séminaires (dont j’ai eu honneur d’être membre les trois dernières années) et qui était composé de personnalités remarquables connues pour leur nationalisme et leur pensée rationnelle, comme les professeurs Ahmed Aroua, Saïd Chibane, Ammar Talbi, Mahfoudh Smati, Larbi Demaghelatrous, Mohammed Benredouane, Abderrazak Guessoum, Abdelkader Fodhil. Certains représentants des partis politiques algériens y étaient conviés afin d’exposer leur conception (Séminaire de Tébessa,1989). Malheureusement, la crispation et la bipolarisation du champ politique et social aboutirent au scepticisme et au rejet : certaines tendances récusaient toute action entreprise par l’Etat et d’autres reprochaient aux séminaires d‘être une des causes de l’intégrisme. Il est utile de rappeler qu’une des «victimes» les plus marquantes de la montée des extrémismes des décennies 1980-90 fut le courant de l’islam modéré (frappé d’ostracisme et soumis au blocus) et que maintenant, paradoxalement, on l’appelle de tous les vœux. Certains rappellent que la tolérance dans les civilisations a connu son apogée en Andalousie musulmane et demeure une référence universelle ; d’autres évoquent avec nostalgie «l’islam de nos ancêtres» (que certains décriaient avant comme réactionnaire). Cependant, comme modèle d’application viable, il ne doit pas être désincarné ou anachronique mais s’enraciner concrètement dans nos réalités culturelles et sociales d’aujourd’hui. Plusieurs variantes de cette synthèse existent et Si Abdelouahab, par ce qu’il symbolise, en est une option majeure. Par la même occasion, il ne serait que justice de rendre hommage à ces professeurs et intellectuels, qui avec courage (en pleine crise) initiaient à l’islam et prônaient dans les radios et journaux (francophones) la voie médiane, comme Cheikh Bouamrane, Tahar Gaïd, Zahir Ihaddaden, Ahmed Aroua, Mahfoudh Smati, Cheikh Lamrani, Abdelouahab Hammouda, Messaâd Ziane, Mustapha Cherif, Rachid Akkache, Smaïl Boudechiche, Maâmar Atatfa, Messaoud Boujenoun, Mouloud Aoudjehan, et l’auteur de ces lignes… En charge de la culture islamique, le professeur Hammouda transforma les Centres culturels islamiques en foyers de rayonnement intellectuel en y invitant des personnalités, comme Maurice Bucaille, Wilfried Mourad Hoffman (ex-ambassadeur d’Allemagne, RFA, converti à l’islam) et d’autres encore. Concernant le volet médiatique, il choisissait soigneusement les personnes qui présentaient les causeries religieuses et les orientait. Il serait utile aujourd’hui d’ouvrir un débat serein sur les séminaires de la pensée islamique et évaluer lucidement et loin des passions leur réel impact. Nous pouvons avancer quelques éléments d’analyse et facteurs ayant contribué à leur succès et leur pérennité (de 1969 à 1991). On peut citer ainsi : le prestige acquis par l’Algérie et sa révolution, renforcé par sa politique étrangère et sa stabilité  ; la parfaite organisation du séminaire par une administration compétente et dévouée, dont Hammouda fut le maître d’œuvre ; l’engouement des étudiants, intellectuels et cadres pour les communications de conférenciers venus du monde entier débattre de la pensée islamique. De même : la haute stature intellectuelle et l’intégrité des différents ministres des Affaires religieuses : Mouloud Kassim, Chibane abderrahmane, Boualem Baki, Saïd Chibane, Mohammed Benredouane… avec l’assentiment des hautes autorités de l’Etat et aussi et surtout le choix de thèmes importants et pertinents… Bien que sa mission officielle s’acheva avec l’interruption des séminaires de la pensée islamique en raison des extrémismes de tous bords, de l’irruption de la violence et de la réorientation des priorités du ministère des Affaires religieuses, Si Abdelwahab Hammouda, très affecté par la crise, se consacra cependant à d’autres activités éducatives et scientifiques, dont la supervision de la zaouia familiale et les causeries religieuses en français, arabe et tamazight, en particulier avec le Pr Saïd Chibane (dernier érudit encyclopédiste en Algérie). Pleinement engagé dans l’action publique, il en refusait par pudeur (vu son éducation mystique) les honneurs qu’il avait mérités au point de refuser le poste de ministre des Affaires religieuses qu’on lui avait proposé en 1989 avec insistance, appréhendant sans doute les contraintes de la charge dans une Algérie en crise bien qu’il était probablement un des seuls qui pouvait dialoguer avec les représentants de toutes les tendances religieuses (et politico-religieuses) vu le respect et la crédibilité dont il jouissait et son tempérament conciliateur et rassembleur. Si Abdelouahab, tu as par ton action exemplaire contribué à l’édification morale et intellectuelle de toute une génération qui adhère à tes idées de savoir, d’ouverture, de fraternité et de tolérance. Le regretté Jacque Berque avait mentionné que le Coran prônait une «édification propagatrice de modèles» positifs. Telle était ta démarche. Repose en paix.

C’est quoi la modernité ?

Abstract L’homme qui sera façonné de 1600 à nos jours a transféré ses pouvoirs au souverain qui lui est transcendant ; cet homme-là sera inconstant, veule, corrompu, menteur, dissimulateur et traître, c’est un homme qui s’est mis aux fers. Beaucoup de nos psychanalystes, écrivains, politiques et philosophes définissent très mal le concept de la modernité, n’arrivent pas à le cerner, parce qu’ils ne le connaissent pas, font cette confusion entre la vraie modernité liée à l’immanence de l’être et l’anti-modernité construite sur le mode du souverainisme et de la transcendance qui est apparue après la contre-réforme de l’Eglise, c’est-à-dire postérieure à la guerre de trente ans. Pour combler cette grave lacune, j’interviens par devoir d’éclairer au mieux vos lecteurs et lever définitivement cette confusion, des deux à la fois, du signifiant et du signifié. A partir de là, il faut pointer du doigt la césure qui va s’opérer et qui se manifeste par le conflit interne de la modernité à l’origine des limites et des crises auxquelles nos «démocraties et représentations» sont confrontées jusqu’à l’ère d’aujourd’hui. La modernité n’est pas un concept unitaire mais apparaît sous deux espèces. La première est celle que nous avons définie dans le précédent article (Les Arabes précurseurs de la vraie modernité, avec les Mou’aatazilats), comme un processus révolutionnaire radical qui détruit ses relations avec le passé et proclame l’immanence du nouveau paradigme du monde et de la vie. Elle développe connaissance et action comme expérimentation scientifique et définit une tendance vers une politique démocratique, posant l’humanité et le désir au centre de l’Histoire. Le second mode de la modernité ou anti-modernité a été élaboré pour faire la guerre aux forces nouvelles et établir un pouvoir prépondérant qui les domine, transporter la société vers un pouvoir transcendant pour s’opposer à la réappropriation du pouvoir par la multitude. Ce pouvoir transcendant constitué s’oppose à un pouvoir immanent constituant : c’est l’ordre contre le désir. La renaissance finie, tout au long du XVIe jusqu’au XVIIe siècles où l’on vit d’épouvantables guerres, religieuses, sociales et civiles décrites dans un précédent papier, ravagées toute l’Europe durant 3 décennies. En résumé, le premier mode de la modernité c’est un processus révolutionnaire radical. Cette modernité détruit ses relations avec le passé et proclame l’immanence du nouveau paradigme du monde et de la vie. Elle développe connaissance et action comme expérimentation scientifique et définit une tendance vers une politique démocratique, posant l’humanité et le désir au centre de l’Histoire. Comment un bouleversement aussi radical n’aurait-il pas déclenché un puissant antagonisme ? Il y eut effectivement une contre-révolution, au sens propre du terme : une initiative culturelle, philosophique, sociale et politique qui chercha à dominer puis à déloger la force des mouvements et des dynamiques émergents. Ceci est le second mode de la modernité élaboré pour faire la guerre aux forces nouvelles et établir un pouvoir prépondérant qui les domine. Il faut saisir ce point historique important, ce second mode de la modernité naquit dans le contexte de la révolution de la Renaissance pour dévier sa direction, transporter la nouvelle image politique sur un plan transcendant, relativiser les capacités de la science à transformer le monde et (par-dessus tout) s’opposer à la réappropriation du pouvoir par la «multitude». Le second mode de la modernité oppose un pouvoir transcendant constitué à un pouvoir immanent constituant : c’est l’ordre contre le désir. La Renaissance finit par la guerre : religieuse, sociale et civile. La réforme se répandit alors en Europe comme une traînée de poudre en opposant la culture humaniste à la solution de la conscience religieuse des masses la plus rétrograde. La guerre civile investit alors la vie du peuple pour déployer un nouveau pouvoir transcendant en jouant sur la crainte et l’angoisse des masses (stratégie du choc), leur désir de réduire l’incertitude de la vie et d’accroître la sécurité : il fallait arrêter la révolution. Tout au long du XVIe siècle jusqu’à l’épouvantable guerre de Trente ans qui développait une conscience débouchant sur un seul choix : une paix misérable et humiliante. La révolution était finie. Au XVIIe siècle, le concept du second mode de la modernité se consolida définitivement, l’Europe redevient féodale. La contre-réforme de l’Eglise catholique est l’exemple type de cette réaction, parce que l’Eglise elle-même avait été secouée par un séisme de réformes et de désir révolutionnaire. Le conflit interne de la modernité européenne se répercuta simultanément à l’échelle mondiale comme un conflit extérieur. Le développement de la pensée de la Renaissance coïncida à la fois avec la découverte des Amériques par l’Europe et avec les débuts de la domination européenne sur le reste du monde «L’eurocentrisme (Samir Amin) naquit comme une réaction à la potentialité d’une égalité humaine toute neuve ; c’était la contre-révolution à l’échelle mondiale». La matrice porteuse de la pensée humaniste révolutionnaire était portée par la triade de médiation [«Force-Désir-Amour» (le filtre du phénomène, la réflexion de l’intellect, et les schémas de la raison), alliée à l’instance d’immédiat (qui agit sans intermédiaire) et d’absolu (achevé, total qui ne comporte ni restriction ni réserve) dans la vie de l’homme et dans son histoire] ; Martin Heidegger (1889-1976). Pourquoi connaissance et volonté (le monde comme volonté et représentation) n’auraient-elles pas eu le droit de se proclamer elles aussi absolues ; [Arthur Schopenhauer (1788-1860)] ? Parce que tout mouvement auto-constituant de la multitude devait conduire à un ordre préconstitué, et parce que proclamer que les hommes pouvaient établir immédiatement leur liberté était un délire subversif ; (Baruch Spinozza [1632-1677]. Tel est, selon moi, le noyau essentiel du «tour idéologique» dans lequel s’est construit le concept hégémonique du second mode de la modernité européenne. René Descartes (1596-1650) C’est un acteur de la guerre de Trente ans , c’est à René Descartes que revient le rôle de construire le socle idéologique de ce second mode de la modernité. Avec Descartes, nous sommes en fait au début de l’Histoire des Lumières, c’est-à-dire de l’idéologie bourgeoise. Descartes garantit sans le justifier que la règle transcendantale est inscrite dans la conscience et dans la pensée comme nécessaire, universelle, et donc pré-constituée ! Le dispositif transcendantal qu’il propose est la marque déposée de la pensée européenne des lumières, à savoir que le principe humaniste de subjectivité se trouve limité a priori par l’imposition du pouvoir et de l’ordre transcendants : «Ne craignez point, je vous prie, d’assurer et de publier partout que c’est le Roi qui établit des lois en son royaume. Or, il n’y en a aucune en particulier que ne nous puissions comprendre si notre esprit se porte à la considérer... ainsi qu’un Roi imprimerait ses lois dans le cœur de tous ses sujets, s’il en avait aussi bien le pouvoir. Au contraire, nous ne pouvons comprendre la grandeur du Roi. Mais cela même que nous la jugeons incompréhensible nous la fait estimer davantage ; ainsi, un Roi a plus de majesté lorsqu’il est moins familièrement connu de ses sujets, pourvu toutefois qu’ils ne pensent pas pour cela être sans roi, et qu’ils connaissent assez pour n’en point douter.» [ René Descartes, œuvres complètes et lettres, Pléiade, Gallimard, Lettre au Père Mersenne pp. 933-934] Il faut bien noter ce point important ; à partir de ce moment (Descartes) le transcendantalisme était l’horizon exclusif de l’idéologie ; au cours des siècles qui suivirent, presque tous les courants de la philosophie devaient entrer dans ce projet. La symbiose entre travail intellectuel et rhétorique institutionnelle, politique et scientifique, devint absolue sur ce terrain et chaque formation intellectuelle en vint à être marquée par elle : la formalisation de la politique, l’instrumentalisation de la science et de la technique pour le profit, la pacification des antagonismes sociaux. On trouve assurément dans chacun de ces domaines des développements historiques spécifiques, mais tout restait lié à la ligne générale d’un grand récit que la modernité européenne faisait d’elle-même un conte de bonne femme, dans un dialecte transcendantal. [Massimo Cacciari, La géo-philosophie de l’Europe, Milan, Adelphi, 1994, p.14]. Emmanuel Kant (1724-1804) Incontestablement, la pensée kantienne est d’une immense richesse et mène dans de nombreuses direction, mais je me limite - le risque de me perdre - à la ligne qui couronne le principe transcendantal comme point culminant du second mode de la modernité européenne, que nos intellectuels lacunaires (qui lisent et comprennent mal les textes) et la doxa dominante européenne appellent modernité tout court. Kant nous fait un tour de force acrobatique. D’abord, il introduit le sujet au centre de l’horizon métaphysique, mais dans le même temps il veut le contrôler, au moyen de trois opérations que j’ai mentionnées auparavant (que j’emprunte à Heidegger) : l’épuisement de l’expérience dans le phénomène, la réduction de la connaissance intellectuelle et la neutralisation de l’action éthique dans le schématisme de la raison. La médiation que Descartes invoquait dans sa réaffirmation de la dualité est hypostasiée par Kant, non dans la souverain, mais néanmoins dans une critique pseudo-ontologique : dans une fonction d’ordonnancement de la conscience et un appétit indistinct de la volonté. L’humanité est le centre de l’univers, mais il ne s’agit pas d’humanité qui s’est faite par l’exercice de l’art, de l’action, par l’Homme. C’est une humanité perdue dans l’expérience, dupée dans sa poursuite de l’idéal d’éthique. Kant nous plonge de plain-pied dans la crise de la modernité en toute conscience lorsqu’il pose la découverte du sujet lui-même comme crise, mais cette crise est transformée en apologie du transcendantal, comme horizon unique et exclusif de la connaissance et de l’action ! Le monde devient une architecture de formes idéales - la seule réalité qui nous soit accordée. Le romantisme européen n’a jamais été exprimé aussi fortement que  ne l’a fait Kant. Tel est le leitmotiv de la philosophie kantienne : la nécessité du transcendantal, l’impossibilité de toute forme d’immédiateté, l’exorcisation de toute figure vitale dans l’appréhension et l’action de l’Être. Tout horizon ontologique est bouché sans aucune autre alternative ! Arthur Schopenhauer ( 1788-1860) Un personnage fabuleux (dont la lecture est obligatoire) va venir à notre secours, Schopenhauer ce sera le plus lucide philosophe allemand déchiffreur du kantisme et de sa posture romantique ainsi que de la philosophie hégélienne. Schopenhauer identifie le kantisme «comme la liquidation définitive de la révolution humaniste». «Le fait qu’il soit difficile voire impossible de réunir l’apparence de la chose avec la chose elle-même est précisément la malédiction de ce monde de peines et de nécessités. Et ce n’est peut-être pas dans un monde bâti de telle façon que des forces nobles et élevées, des forces qui tendent à la vérité et à la lumière, peuvent prospérer» [Incroyable !]. [Arthur Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation, Paris PUF, p.398]. Schopenhauer va nous aider aussi à déchiffrer et nous délivre de la pensée de Hegel, qu’il assimile à de la barbarie. Il réagit encore plus violemment contre Hegel, en l’appelant un «Caliban intellectuel» dans son maître-livre, c’est-à-dire le personnage qui rattache la récupération philosophique de l’Autre dans le contexte de l’Esprit absolu, dont la réincarnation est l’Etat prussien ! Pour Hegel, l’histoire de l’expansion européenne et la réduction en esclavage des peuples colonisés n’est pas seulement une puissante attaque contre le plan de l’immanence, mais aussi la négation du désir non européen. Hegel révéla le fait que la libération de l’humanité moderne pût n’être qu’une fonction de sa domination, que l’objectif immanent de la multitude fût transformé en pouvoir de l’Etat, nécessaire et transcendant. Hegel fera un tour de force contradictoire, il restaure l’immanence, en débarrassant l’incertitude de la connaissance, l’irrésolution de l’action mais la potentialité de la multitude est niée et subsumée dans l’allégorie de l’ordre souverain. Il n’y a plus rien pour aiguillonner, désirer ou aimer ; le contenu de toute potentialité est bloqué, contrôlé, hégémonisé par l’Esprit absolu qu’incarne l’Etat prussien. Pour Hegel, la modernité était achevée (second mode ou anti-modernité) et il n’y avait pas de possibilité d’aller au-delà. La dialectique de la crise a été pacifiée sous la domination de l’Etat. «L’Etat en soi et pour soi est le tout de la morale... il est essentiel à la marche du divin dans le monde que l’Etat existe». [G.W. F. Hegel, Principes de la philosophie du droit, Flammarion, p.258] Note très importante Marquons une halte, la solution politique offerte par Hegel au drame métaphysique de la modernité (second mode) démontre la relation intime et profonde entre politique et métaphysique européennes modernes. La politique réside au centre de la métaphysique, parce que la métaphysique européenne moderne est née comme réponse au défi posé par les individualités libérées et par la constitution révolutionnaire de la multitude. Elle a fonctionné comme arme essentielle du second mode de modernité dans la mesure où elle a fourni un dispositif transcendantal qui pouvait imposer son ordre à la multitude et l’empêcher de s’organiser elle-même spontanément et en exprimant sa créativité de façon autonome. Le second mode de la modernité avait par-dessus tout besoin de garantir son contrôle sur les nouvelles configurations de la production sociale, à la fois en Europe et dans les espaces coloniaux afin de régir les nouvelles forces qui transforment la nature et d’en tirer profit. En politique comme en métaphysique, le thème dominant était ainsi d’éliminer la forme médiévale féodale de la transcendance - qui ne fait qu’empêcher la production et la consommation (révolution française), tout en maintenant les effets de domination de la transcendance sous une forme adéquate aux modes d’association et de production de la nouvelle humanité dite bourgeoise. Le centre du problème de la modernité était ainsi démontré en philosophie politique et ce fût là que la nouvelle forme de médiation trouva sa réponse la plus adéquate aux formes révolutionnaires de l’immanence : un appareil politique. Thomas Hobbes (1588-1679) Le constructeur du dispositif et de l’appareil politique transcendantal ce sera Thomas Hobbes qu’il adosse à un dirigeant souverain suprême et absolu, un «Dieu sur terre». Hobbes, dans une première phase, part de l’affirmation que la guerre civile est un état originel de la société humaine : un conflit généralisé entre acteurs individuels (la guerre de tous contre tous). Puis, dans une seconde phase, afin de garantir leur survie contre les dangers mortels de la guerre, les hommes doivent convenir d’un pacte qui assigne à un chef le droit d’agir, c’est-à-dire le droit absolu de tout faire, sauf d’éliminer les moyens de la survie et de la reproduction humaine. «La raison qui voit juste n’existe pas ; la raison d’un homme ou de plusieurs doit en prendre la place ; et cet homme (ou ces hommes) est (ou sont) celui (ou ceux) qui détient (ou détiennent) le pouvoir suprême». De Cive, Hobbes, p.135]. Ainsi, c’est par un contrat, totalement implicite, antérieur à toute action ou à tout choix social, qui transfère tout pouvoir autonome de la multitude à un pouvoir souverain qui se tient au-dessus de lui et le dirige. Ce dispositif politique transcendantal correspond aux conditions transcendantes nécessaires et inéluctables que la philosophie moderne a placées au sommet de son développement, dans le schéma kantien comme dans la dialectique hégélienne. Selon Hobbes, les volontés isolées des différents individus convergent et sont représentées dans la volonté du souverain transcendant. La souveraineté est ainsi définie à la fois par la transcendance et la représentation, deux concepts que la tradition humaniste (premier mode de la modernité) avait posées comme contradictoires. Nous assistons à une contradiction flagrante ; d’une part, la transcendance du souverain est fondée sur la logique immanente des relations humaines, et, d’autre part, la représentation qui sert à légitimer ce pouvoir souverain l’aliène aussi complètement de la multitude des sujets. Hobbes, ajoute, dans De Cive, «Le point principal de la majesté souveraine et du pouvoir absolu consiste à donner la loi aux sujets en général, sans leur consentement». Hobbes, pas aussi unilatéral, arrive à combiner cette notion avec deux concepts joints ; le contrat d’association est intrinsèque au contrat de soumission et inséparable de lui. Cette théorie de la souveraineté offre la première solution politique à la crise à la modernité (la crise de la vraie modernité à qui on substitue le souverainisme ou anti-modernité). Dans sa période historique, la théorie de la souveraineté de Hobbes servit au développement de l’absolutisme monarchique, mais en fait, son schéma transcendantal pouvait être également appliqué à diverses formes de gouvernement : monarchie, oligarchie et démocratie. La bourgeoisie devenant prépondérante, il sembla qu’il n’ y avait pas de solution de rechange à ce schéma de pouvoir. Jean Jacques Rousseau (1712-1778) Rousseau va introduire un nouveau concept abstrait qui est celui de volonté générale que portera le modèle du républicanisme démocratique rousseauiste. Toutes les volontés individuelles seront sublimées dans la construction d’une volonté générale qui procède à son tour de l’aliénation de ces mêmes volontés générales en faveur de la souveraineté de l’Etat. En réalité, «l’absolu républicain» de Rousseau n’est, en réalité, pas différent du «Dieu sur terre» de Hobbes : l’absolu monarchique. «Proprement entendues, toutes ces clauses reviennent à une seule, c’est-à-dire l’aliénation totale de chaque associé, avec tous ses droits, à la communauté entière’’ [ J. J. Rousseau, Du contrat social, édit Gallimard, Livre 1, chap.6 , p.360 ]. Rousseau déformera la représentation directe qui sera subsumée par la représentation de la totalité. La notion hobbésienne et rousseauiste de la représentation vont coïncider, la souveraineté n’existe proprement que dans la monarchie, parce qu’Un seul peut être effectivement souverain. Si deux ou trois ou plus devaient gouverner, il n’y aurait pas de souveraineté puisque le souverain ne saurait être soumis au gouvernement des autres. [Du contrat social, op. cité, p.121]. La souveraineté moderne n’a réellement qu’une seule figure politique : celle d’un pouvoir transcendant unique. Remarque fondamentale De façon cohérente avec ce que j’ai écrit dans ma note du 14 juin destinée à un ami philosophe, on occulte toujours un élément important à la base de la théorie moderne de la souveraineté - un contenu qui remplit et soutient la forme de l’autorité souveraine. Le grand mérite revient à un fabuleux personnage, le plus grand historien vivant actuellement, promoteur de l’Histoire Globale, l’Indien Sanjay Subrahmanyam, qui a éclairé ma lanterne : [Ce contenu est représenté par le développement capitaliste et l’affirmation du marché comme fondements des valeurs de la reproduction sociale. Sans ce contenu - qui est toujours implicite, toujours agissant à l’intérieur de l’appareil transcendantal -, la forme de souveraineté n’aurait pas été capable de survivre dans la modernité et la modernité européenne n’aurait pas été en mesure d’obtenir une position hégémonique à l’échelle mondiale. L’eurocentrisme s’est distingué des autres ethnocentrismes - tel le sinocentrisme - et il s’est élevé au premier rang mondial principalement parce qu’il est soutenu par les puissances du capital.] Sanjay Subrahmanyam (leçon inaugurale au collège de France]. Sanjay nous l’assène bien : la modernité européenne et ses modes de souveraineté et de représentation sont inséparables du capitalisme. Alors comment agit ce souverainisme capitaliste ? Sur plusieurs couches. D’abord la notion de gain, qui est la plus grande invention du capitalisme, très récente, ne date que depuis 1814, selon Karl Polanyi. Adam Smith décrit : «Le capitaliste ne comprend que sont propre gain, mais il est conduit par une main invisible pour promouvoir une fin qui ne faisait pas partie de son projet premier» [A. Smith, La nature et les causes de la richesse des nations, Flammarion, Paris, & 9]. Ensuite, la «main invisible du marché» qui synthétise la contradiction entre enrichissement privé et intérêt public. La science politique considérée comme une branche de la science de l’administration et du législateur, elle, comprend «la main invisible» du marché comme un produit de l’économie politique elle-même qui est ainsi dirigée vers l’édification de l’autonomie de ce même marché (Karl Polanyi). Et enfin, un troisième passage qui confère la synthèse définitive, c’est celle de la médiation de l’Etat. Ce qui est nécessaire est pour l’Etat, minimal mais efficace, afin d’assurer que le bien-être des individus privés coïncide avec l’intérêt public, réduisant toute les fonctions sociales et les activités de travail à une mesure de valeur. Que l’Etat intervienne ou non est secondaire ; ce qui compte, c’est qu’il donne un contenu à la médiation d’intérêts et représente l’axe de rationalité de cette médiation. Pour qu’au final, le transcendantal politique de l’Etat moderne soit défini comme transcendantal économique capitaliste. Ce qui fait dire à Adam Smith, qui corrobore notre raisonnement : «La théorie de la valeur est l’âme et la substance du concept de l’Etat souverain moderne». [ op.cité, & 10] Récapitulation C’est en faisant un tour chez le «spécialiste» de l’Etat, Hegel, que nous synthétiserons. Chez Hegel, la synthèse de la théorie de la souveraineté moderne et la théorie de la valeur produite par l’économie politique capitaliste réaliste se réalisent finalement : «En relation avec les sphères du droit privé et du bien-être privé, les sphères de la famille et de la société civile, l’Etat est d’un côté une nécessité externe et le plus haut pouvoir à la nature de qui leurs lois et leurs intérêts sont subordonnés et dont ils dépendent. Mais, d’un côté, c’est leur finalité immanente, et sa force consiste en l’unité de sa fin universelle et ultime avec l’intérêt particulier des individus, dans le fait qu’ils ont des devoirs envers l’Etat dans la même mesure où ils ont des droits». [Hegel, op.cité, p. 261 ]. Que retient-on ? La relation hégélienne entre particulier et universel réunit en termes adéquats et fonctionnels la théorie de Hobbes-Rousseau de la souveraineté et la théorie de la valeur d’Adam Smith. La souveraineté européenne moderne est la souveraineté capitaliste, une forme de commandement qui surdétermine la relation entre individualité et universalité, comme fonction du développement du capital. La démocratie parlementaire libérale occidentale est constitutive au capital (cqfd). Sans éclairage philosophique de la situation historique dans laquelle l’Algérie se trouve et de sa place dans le monde, l’action politique est aveugle, personne n’a réussi à la faire jusqu’à maintenant, ni par la façon probe et humble mais limitée de Malek Bennabi ni par les écrits malheureux de son faux disciple comblé d’une indigence bibliographique lamentable, habite les médias, ses scriptures entachées d’amphigouris, de galimatias inintelligibles qui servent beaucoup plus à désarçonner la tête du lecteur par la vanité et la confusion. Cette réflexion doit se déployer sur 3 directions : Primo : une généalogie et une étude approfondie de l’aventure coloniale depuis la tentative avortée (grâce à la météorologie) de François 1er d’occuper Alger jusqu’à aujourd’hui (j’ai choisi cette durée de 5 siècles, temps nécessaire que décrivent les grands historiens des longues périodes pour un changement radical de nos structures mentales). Secundo : une généalogie et une étude approfondie de l’aventure capitaliste et «démocratique» en Europe depuis les Tudor et les Stuart jusqu’à aujourd’hui. Tertio : le sens profond de «l’échec» de cette expérience singulière qu’a été le socialisme historique, essentiellement en URSS.  

Mon message à Antonio Guterres, actuel secrétaire général des Nations unies

Journée des droits de l’homme,10 décembre, jour anniversaire de l’adoption par l’Assemblée générale des Nations unies de la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948. Excellence, Excusez de rompre la discipline diplomatique en m’adressant directement à vous pour vous faire part de mes sentiments personnels sur la situation générale qui prévaut dans le monde. Vous avez été élu secrétaire général à un moment crucial de l’humanité, la décennie écoulée fut chargée de conflits meurtriers, de crises multiformes et de déséquilibres flagrants, notamment dans le domaine du climat. Votre élection a suscité un espoir d’autant plus grand que votre parcours vous inscrit en faux par rapport à cette montée maladive des populismes, des extrêmes et des intolérances. Vous êtes également citoyen d’un pays qui a connu une des transitions démocratiques les plus belles et qui reste un exemple et un modèle de transformation réussie post-Deuxième guerre mondiale. Permettez-moi de vous faire part, en ma qualité de citoyen algérien, de quelques-uns de mes sentiments et de mes observations critiques sur les actions et les décisions de l’organisation que vous avez l’honneur de présider. Je ne voulais pas réduire ma plaidoirie aux seules préoccupations de la population de la région du Maghreb, ma solidarité et mon affection pour toute l’humanité est innée. Elle est certainement ancrée dans mes convictions de citoyen du Monde. Elle est d’autant plus affirmée que je suis un citoyen, un Berbère dont l’une des plus importantes caractéristiques est qu’il est Homme libre, affranchi des frontières et des barrières subjectives. Je m’adresse à vous pour vous exhorter à regarder du côté des sans-voix et sans-voie, de ces déshérités qui, quand ils regardent leur terre, regrettent de ne pas pouvoir s’y maintenir pour des raisons de survie. Je m’adresse à vous pour vous inciter à regarder du côté de ces populations contraintes à l’exil en quête de refuge, et qui subissent les affres de la nature et les difficultés du déracinement. Je vous encourage à regarder du côté de ces populations prisonnières de conflits armés et de régimes despotiques, inaptes à leur procurer la sécurité et le bonheur. Je vous encourage à regarder du côté de ces populations vulnérables, des femmes, des enfants, des handicapés, victimes de violences multiformes et de mauvais traitements. Aujourd’hui, a-t-on le droit de se taire et de ne pas réagir aux crimes économiques que sont les transferts illicites de l’argent des peuples vers les banques étrangères et les paradis fiscaux ? Aussi ne serait-il pas légitime et même obligatoire de prendre des mesures concrètes pour enquêter, retrouver, et surtout restituer cet argent à ces peuples qui souffrent, puis traduire devant les tribunaux internationaux les responsables de ces détournements comme cela se fait pour les trafiquants de drogue ? Je m’adresse à vous parce que je continue à croire qu’au-delà du fait que l’ONU soit le forum des Etats, c’est aussi le lieu de convivialité, de solidarité et de rencontre d’hommes aux valeurs et vertus universelles. Je vous rappelle, Excellence, que l’organisation des Nations unies a été mise en place pour asseoir une paix durable dans le monde au bénéfice de toute l’humanité. 70 années après la mise en place de cette instance, des conflits meurtriers et des destructions à grande échelle de pans entiers de l’humanité persistent, le recours à la force est quasi systématique, le désarmement moral est si frappant que le recours aux armes devient de plus en plus fréquent. Désormais, c’est la notion même de paix et de sécurité dans le monde qui mérite d’être redéfinie. A cette allure, le monde de demain sera chargé encore de périls et d’incertitudes. Le réchauffement climatique aura des conséquences graves sur les pays pauvres comme le Cambodge, Haïti et bien d’autres pays africains. L’insécurité alimentaire touche déjà de plus en plus de populations dans le monde, les déséquilibres écologiques entraînent des catastrophes naturelles aux factures humaines macabres. Les conflits armés sont l’une des sources de déplacement de millions de citoyens dans le monde. En Afrique, au Moyen-Orient et en Asie, la persistance des régimes autoritaires et antidémocratiques génère de graves instabilités politiques dans beaucoup de pays. C’est une série infinie de remises en cause de ce noble objectif de préservation de la paix et de la sécurité dans le monde. Un proverbe portugais dit : «Nos malheurs entrent toujours par des portes que nous leur ouvrons». Ce monde n’a-t-il pas perdu ses valeurs lorsqu’on voit le retour de pratiques esclavagistes et de traite d’êtres humains ? C’est un double crime contre l’humanité qui voit ainsi ses valeurs mourir sur l’autel des intérêts financiers. Les génocides qu’on croyait révolus, relevant d’un autre âge, sont bien là. Ce que subit la minorité musulmane des Rohingyas de Birmanie est une honte pour toute l’humanité. Le déni du droit du peuple palestinien à disposer de son propre Etat est un déshonneur et un avilissement des instances internationales. La décision de l’administration américaine de faire de Jérusalem la capitale de l’Etat hébreu relève de l’irresponsabilité et attise le feu dans la région. Elle augure d’une nouvelle étape de violence et encourage la montée des extrémismes. Le conflit syrien a révélé que les luttes d’intérêt des puissances occidentales pouvaient mettre en ruine des Etats entiers. Le peuple syrien, otage et victime de cette guerre paye une lourde facture pour avoir légitimement revendiqué la liberté. Au Cachemire comme au Soudan en passant par le Darfour et le Sud-Soudan, des populations entières sont victimes de descentes punitives des forces gouvernementales et autres milices armées. Elles vivent dans des conditions sociales et sécuritaires intenables. Les conflits meurtriers en République démocratique du Congo, en Centrafrique, au Mali, la dislocation quasi-intégrale de la Somalie livrée aux factions armées, le conflit armé en Libye, toutes ces tragédies humaines posent des questionnements sur l’efficience de cette organisation réduite à la validation des guerres et des expérimentations militaires. A chaque épreuve, l’industrie de la guerre et la loi du capital passent en superpuissances devant la société civile internationale et ses valeurs. Les régimes despotiques négateurs des libertés persistent dans plusieurs coins de la planète. En Egypte, c’est un dictateur froid qui s’est imposé par un coup d’Etat meurtrier. En Algérie, la violence qu’a vécue le pays la décennie écoulée a laissé de graves meurtrissures au sein de la population, des milliers de disparus et d’exils forcés, des centaines d’assassinats politiques et des traumatismes indélébiles. Des crimes qui sont restés impunis et le régime politique continue d’imposer la loi de l’omerta. Il en fait même un prétexte pour interdire le débat politique, la pensée libre et empêcher l’organisation autonome de la société civile. La charte dite «pour la paix et la réconciliation nationale» a absous les auteurs de la tragédie nationale de leurs crimes. Elle est célébrée au sommet de l’Etat comme un accomplissement Historique concrétisé grâce au président en place. Or, toutes les nations qui nous ont précédés dans cette démarche, comme l’Afrique du Sud, sont d’abord passées par les impondérables de vérité et de justice. Cette réconciliation frelatée a porté des sanguinaires criminels au rang de «personnalités nationales» qu’on invite au siège de la présidence de la République pour consultations sur l’avenir de la nation, pendant que d’autres «gros bonnets» ayant plongé le pays dans la déliquescence sont assurés d’une haute protection derrière des châteaux de marbre bénéficiant d’une grasse et paisible retraite, récompensés pour services rendus à la nation et seront, probablement, enterrés sans jugement et avec les honneurs de la nation. Pendant que les mamans de disparus demandent quotidiennement des informations sur leurs enfants, allant même dans un vœu ultime de désespoir réclamer leurs os pour les enterrer dignement et faire leur deuil, le régime continue de faire dans les piperies et les escobarderies. La réalité de notre pays est que derrière l’apparence «démocratique» se cache un régime politique liberticide fondé sur la violence, la corruption et le détournement du suffrage universel. Au Maroc, sous le prétexte fallacieux de menaces extérieures sur l’unité territoriale de son pays, le roi impose sa souveraineté absolue et soumet un peuple entier à sa seule volonté. Au Sahara occidental, la situation risque de dégénérer à tout moment : la population est doublement otage des conditions sociales effroyables et de l’indolence des Nations unies sur ce dossier qui traîne depuis des décennies. En Mauritanie, le chef de l’Etat qui fut ministre de la Défense a destitué un président élu sous le regard complaisant des pays voisins et surtout des pays de l’Europe. Au Rwanda, le peuple n’est pas encore remis du génocide de 1994 qui a fait plus de huit cent mille victimes civiles. Les traumatismes sont tellement profonds que le régime trouve là une bonne raison d’exercer des chantages politiques sur les populations sous le prétexte et la peur permanente d’un risque de retour en arrière. En Guinée équatoriale, le régime politique ne se soucie guère du regard de la communauté internationale qui se complaît dans une indifférence de marbre. Du côté de la Corne de l’Afrique, à Djibouti ou au Soudan, les chefs d’Etat au mépris de toutes les règles universelles ont tout simplement squatté le pouvoir. En Azerbaïdjan, le chef de l’Etat disposant du soutien russe tripote la Constitution et les lois du pays à sa convenance. Les ressources gazières et énergétiques que recèle ce pays relèguent au second plan le caractère autoritaire du pouvoir politique. Les monarchies du Golfe ne sont qu’une vitrine luxueuse derrière laquelle se développent une théocratie et une pensée obscurantiste devenue la mamelle nourricière de la violence et du terrorisme. Israël continue d’occuper des territoires en violation de toutes les résolutions des instances internationales et s’arroge même le droit de prendre des arrêtés d’exécution contre des hommes politiques et militants palestiniens sous le fallacieux et absurde prétexte de sa sécurité. En Iran, les ayatollahs exercent le pouvoir sans partage aucun. Ils sont les détenteurs d’une double légitimité : celle héritée de la Révolution de Khomeiny et celle reconnue des Etats occidentaux qui est la détention d’un potentiel nucléaire. La Chine continue d’imposer son hégémonie sur la population de Taïwan et s’emploie à isoler cette île du reste du monde alors que sur le plan interne, elle n’est nullement un exemple de liberté à méditer. L’attitude expansionniste russe sous la direction de Poutine a plongé dans l’instabilité politique et l’étranglement économique un bon nombre des Etats issus de l’éclatement de l’ex-Union soviétique alors que certaines libertés sont tout simplement supprimées sous un régime de dictature. Du côté de l’Amérique latine, au Venezuela comme au Nicaragua, bien que les velléités déstabilisatrices des Etats-Unis d’Amérique existent pour de vrai, les régimes fondés sur le populisme «révolutionnaire» et les mythes socialistes continuent de refuser la modernité et la démocratisation de la vie publique sous le prétexte de risque «d’influences américaines» sur l’élite progressiste et l’opposition revendicative. Dans beaucoup d’autres pays, les libertés sont bafouées. Des minorités ethniques, religieuses, culturelles… subissent des traitements inhumains et dégradants. Les populations civiles subissent tous les contrecoups des crises politiques et des difficultés économiques. Le monde d’aujourd’hui a besoin d’être réformé. Des valeurs nouvelles et une nouvelle société civile internationale devront émerger pour réconcilier l’humanité avec sa diversité, la non-violence, la tolérance et le respect. Bien que les discours des chefs d’Etat ont évoqué à l’occasion des débats de la session des Nations unies tenue le mois de septembre dernier quelques problèmes que vit notre planète, notamment ceux qui se rapportent aux multiples atteintes à l’environnement et aux graves conflits qui ont généré des flux migratoires jamais égalés et de cruelles crises alimentaires qui menacent une partie importante de l’humanité, il n’en demeure pas moins que des questions cruciales qui peuvent devenir les nids de graves turbulences à l’avenir méritent d’être posées. Tous ces foyers de conflits armés, de conditions de vie misérables et des dénis des droits et des libertés sont pourvoyeurs de terrorisme, d’extrémisme et de désespoir. L’Afrique est devenue, aujourd’hui, le lit des épidémies et des maladies, victime des dérèglements climatiques et d’une désertification accrue qui risque de pousser des populations entières à la migration forcée. Si les grands laboratoires de l’industrie pharmaceutique y trouvent des opportunités pour les tests d’efficience de leurs produits et les expérimentations scientifiques, il est indécent voire immoral de faire de ces populations des cobayes et des objets de recherches. La question des minorités se pose avec acuité et les conflits de territoires ne feront qu’augmenter la cadence des turbulences, des menaces sur la stabilité des Etats et leur cohésion. Est-il concevable que des régimes politiques continuent de bâillonner les libertés fondamentales et d’interdire les droits culturels et cultuels ? Est-il admissible que des régimes politiques continuent de soumettre des populations entières aux apartheids économiques, culturels et linguistiques ? Est-il légitime que des régimes, prétendument issus d’élections, refuseraient les principes de transparence, d’alternance et du devoir de rendre des comptes ? Est-il acceptable que des régimes de la prédation économique priveraient-ils des populations entières d’une décence sociale et d’une vie digne, alors que leurs pays recèlent de richesses naturelles énormes ? Ces réalités qui peuvent paraître comme des questions relevant de souverainetés intérieures des Etats peuvent être à l’origine de conflits encore plus meurtriers qui vont rendre l’humanité plus vulnérable. La plupart de ces pays africains souffrent de grandes carences en matière de démocratie et vivraient des coups d’Etat militaires cycliques aux conséquences désastreuses, sans l’aide des institutions internationales, aide à apporter aux sociétés civiles et aux forces démocratiques s’entend. Le meilleur exemple est donné par l’Algérie qui regorge d’un potentiel humain extraordinaire et qui voit son avenir hypothéqué par la dictature des gérontocrates. La solution n’est pas d’ériger un immense mur des lamentations. Le temps est à l’action pour sortir ces institutions internationales de leur léthargie, de leur complicité et de leur impuissance afin d’en faire de véritables instruments au service des objectifs proclamés par les Nations unies : • maintenir la paix et la sécurité dans le monde ; • développer les relations amicales entre les nations ; • réaliser la coopération internationale sur tous les sujets, là où elle peut être utile et en encourageant le respect des droits de l’homme ; • être un centre où s’harmonisent les efforts des nations dans des objectifs communs. Le monde ne doit plus se soumettre au diktat de l’industrie de l’armement, des banques et des multinationales, des grands laboratoires et des services de renseignements, des groupes armés et des narcotrafiquants, des prédateurs et des paradis fiscaux, des monopoles des ressources hydriques et de la course à l’armement nucléaire. Il n’y a que le renforcement des instruments de protection des humains, la mise en place de mécanismes à même de rendre audibles et visibles les cris de la société civile par la diminution des influences de l’argent, la révision profonde des processus de prise de décision qui vont soustraire le monde à la loi du veto. L’instance des Nations unies doit se doter d’instruments pratiques pour rendre exécutoires les décisions et autres recommandations de protection des populations vulnérables, des libertés et de la dignité humaine. Le monde doit redevenir l’espace des pluralismes, des multicultures, des couleurs, des musiques, des saveurs, des chants, des contrastes… Le monde doit sortir de cette surenchère matérialiste qui bâtit des méga structures au détriment de ce que nous avons de plus de commun, de plus cher : la nature et notre humanité. Permettez-moi de vous faire relire une des plus belles citations de Soljenitsyne qui disait : «Par un étrange paradoxe, plus je sombre dans ce monde d’une cruauté inhumaine, plus je prête l’oreille aux rares qui même dans un tel Monde, font appel à la conscience.» Mes salutations les plus respectueuses.

Un instrument didactique et informationnel au service du commerce international

Après avoir été pendant longtemps une coquille vide (1), le site internet actuel des Douanes algériennes commence à se métamorphoser et à servir véritablement de moyen didactique et  informationnel,  en matière de législation douanière(2), aux différents chaînons de la chaîne du commerce international (importateurs, exportateurs, consignataires, agents maritimes, commissionnaires en douanes, etc.), ainsi qu’aux autres professionnels dont l’activité a un lien avec le commerce international (chercheurs, magistrats, avocats, experts, enseignants, apprenants, etc.). Mais cela ne signifie pas que ce site web est exempt de critiques fondées. Mais cela ne signifie pas que ce site web est exempt de critiques fondées. En effet, ce site recèle de nombreuses anomalies qu’il importe de résoudre dans les plus brefs délais possibles, au motif qu’elles portent atteinte aux intérêts de l’administration des Douanes et du pays tout entier. Voici quelques unes de ces anomalies. I.LA BANNIèRE DU SITE INTERNET DES DOUANES ALGéRIENNES SERT DE TRUCHEMENT PUBLICITAIRE FORT à CERTAINS NOMS COMMERCIAUX éTRANGERS En effet, il suffit de voir défiler les quelques images et écriteaux agrémentant cette bannière, laquelle se compose, notamment, de l’emblème national algérien et du logo des Douanes algériennes, pour s’apercevoir que des noms commerciaux étrangers font effectivement partie de ses éléments constitutifs, voire de son décor officiel. Ne serait-il pas plus indiqué comme le font d’ailleurs la quasi-totalité des sites web des Douanes étrangères, de se passer de tels noms commerciaux faisant de l’Algérie, en termes de fret, la destination la plus chère au monde ? Par ailleurs, le logo des Douanes algériennes n’a pas –par rapport aux autres éléments constitutifs de la bannière– retenu toute l’attention du webmestre, au motif que ses couleurs et sa dimension sont respectivement trop sombres et très petites ! Enfin, il serait souhaitable que la bannière du site web des Douanes algériennes soit agrémentée par d’autres expressions, notamment : «La Douane, partenaire des entreprises» ; «La Douane, protectrice du citoyen» ; «La Douane, rempart de l’économie nationale» ; «La Douane, gardienne des finances». Cela ne fera que renseigner davantage les internautes sur les différentes et nombreuses missions de cette administration. II. SOUS LA BANNIèRE DU SITE INTERNET DES DOUANES ALGéRIENNES SE CACHENT DES FICHIERS PDF PORTANT ATTEINTE à LA CRéDIbiLITé DE CETTE ADMINISTRATION ET DU PAYS TOUT ENTIER En effet, une multitude de fichiers PDF touchant à tous les aspects de l’activité juridique et matérielle de l’administration des Douanes ont trouvé refuge sous cette bannière. Ces fichiers, en dépit du fait qu’ils sont utiles aux besoins informationnels des internautes, souffrent néanmoins de plusieurs imperfections regrettables. Parmi ces fichiers, il convient de citer, notamment : • Le recueil de conventions d’assistance mutuelle en matière douanière ratifiées par l’Algérie ; • Le manuel d’utilisation de la déclaration en détail ; • Les lois et règlements douaniers ; • Tout sur l’importation et l’exportation. Il importe de revenir sur les deux premiers fichiers PDF cités ci-dessus, eu égard à leur importance en termes d’audience au double plan national et international : A. Le recueil des conventions d’assistance mutuelle en matière douanière ratifiées par l’Algérie Il s’agit d’un recueil de dix-sept (17) conventions bilatérales signées par notre pays avec l’Organisation mondiale des Douanes et les pays suivants : France, Libye, Tunisie, Italie, Mauritanie, Maroc, Egypte, Jordanie, Syrie, Turquie, Afrique du Sud, Nigeria, Emirats arabes unies, Espagne, Iran et Mali. L’examen dudit recueil laisse apparaître que les conventions qu’il renferme souffrent d’imperfections regrettables tenant au fond et à la forme. Concernant les anomalies tenant à la forme, elles résident principalement dans la très mauvaise saisie des textes des conventions dont il s’agit. S’agissant des anomalies tenant au fond, elles consistent dans les deux emblèmes, algérien et étranger, placés au début de chaque convention bilatérale. En effet, ces deux emblèmes se chevauchent de telle manière qu’on a l’impression que le drapeau algérien refuse la présence à ses côtés du drapeau étranger et vice versa. Dans certains cas, on a même imprimé une partie du texte de la convention sur l’emblème lui-même, national ou étranger. On n’a pas le droit de profaner de quelque manière que ce soit un emblème national, lequel fait l’objet d’une double protection juridique, nationale et internationale ! En effet, le droit pénal algérien réprime l’outrage au drapeau national ou étranger. Par conséquent, il importe de reprendre le recueil et les conventions qu’il renferme, de faire en sorte à ce que l’emblème national, l’emblème étranger et le texte de la convention qu’ils chapotent soient, sur tous les plans, en parfaite harmonie. B. Du manuel d’utilisation de la déclaration en douane Il s’agit d’un fichier PDF qui n’a pas fait l’objet de présentation aux internautes. Il ressort cependant de la lecture des masques constitutifs de ce fichier, que celui-ci  s’analyse en un guide destiné aux professionnels du dédouanement, les commissionnaires en douane et les déclarants en douane. Par conséquent, et compte tenu de l’objectif recherché à travers ce guide, il est proposé de le ré-intituler comme suit : Guide d’introduction dans le système d’information et de gestion automatisée des douanes. Etant donné que le fac-similé de la déclaration en douane comprend soixante-neuf (69) cases numérotées de 1 à 69, il importe par conséquent de reprendre les six (6) masques constitutifs de ce guide et de faire en sorte à ce que toutes les erreurs (techniques, d’orthographe, de grammaire, etc.) les entachant soient corrigées. Par ailleurs, il importe également lors de la correction desdits masques de rappeler en face de chaque énonciation de la déclaration en détail, le numéro de la case concernée de cette  déclaration.   III. NéCESSITé DE SUPPRIMER CERTAINS FICHIERS PDF Certains fichiers PDF du site internet des Douanes algériennes ne font qu’encombrer celui-ci, au motif que leurs contenus sont souvent dilués dans d’autres fichiers du même site. C’est le cas, notamment, du fichier intitulé «Lois et règlements douaniers». Ce fichier, en plus du fait qu’il concerne toutes les dispositions législatives et réglementaires dont l’application incombe à l’administration des Douanes, n’a jamais été tenu à jour !   IV. NéCESSITé DE CRéER DE NOUVEAUX FICHIERS PDF Afin que le site internet des Douanes algériennes serve effectivement d’instrument didactique et informationnel à tous les professionnels et particuliers venant le visiter, il est absolument nécessaire de l’alimenter régulièrement en données fiables et pertinentes et de veiller en permanence à la mise à jour de ses données, sous peine de discréditer l’institution qu’il représente, l’administration des Douanes. Dans ce cadre, il est suggéré aux autorités concernées la création des fichiers PDF suivants : A. Règles incoterms ® et valeur en douane Il suffit de publier le tableau ci-après pour comprendre et faire comprendre l’utilité et la nécessité de créer ce fichier. RèGLES INCOTERMS® 2010 (3) Il suffit de publier le tableau ci-après pour comprendre et faire comprendre l’utilité et la  nécessité de créer ce fichier B. Codes officiels Ce fichier doit abriter l’ensemble des codes officiels que les professionnels du dédouanement sont tenus de communiquer à l’administration des Douanes lors de l’élaboration de la note de détail et de la déclaration en détail. Ces codes concernent, notamment : • les pays d’origine, de provenance ou de destination ; • les monnaies ; • les bureaux de douane ; • les régimes douaniers ; • les documents à joindre à la déclaration en détail ; • les unités de facturation ; • les impositions fiscales et parafiscales ; •Etc. C. Codes juridiques Ce fichier devrait rassembler tous les codes juridiques que  les différents maillons de la chaîne du commerce international sont appelés à consulter de temps en temps. Ces codes sont : • le code des Douanes ; • le code civil ; • le code de procédure civile et administrative ; • le code pénal ; • le code de procédure pénale ; • le code de commerce ; • le code de la famille ; • le code des collectivités locales ; • les codes des transports ; • les codes fiscaux • Etc.   Conclusion Avec le développement des TIC, le site internet des Douanes algériennes, à l’instar des sites internet des Douanes étrangères, doit jouer un rôle significatif dans la dématérialisation des procédures douanières et, partant, de l’acte douanier en général. C’est pourquoi, il est temps de faire subir à ce site névralgique un bon toilettage !   Idir Ksouri  Fonctionnaire des Douanes en retraite, auteur et enseignant en commerce international, Béjaïa.     1 )- Cf. le point de vue que le journal El Watan Economie, supplément hebdomadaire  n° 219 du lundi 16 au dimanche 22 novembre 2009  a bien voulu nous publier à propos de ce site. 2 )- La législation douanière est définie par la convention de Kyoto comme étant «toutes les dispositions législatives et réglementaires que l’administration des Douanes est chargée d’appliquer en ce qui concerne l’importation, l’exportation, le transbordement, le transit, l’entreposage et la circulation des marchandises, y compris les dispositions législatives et réglementaires relatives aux mesures de prohibition, de restriction et de contrôle ainsi que les mesures relatives à la lutte contre le blanchiment d’argent». 3)- Source : Site internet de la douane française

Pour une loi organique portant mise en œuvre de l’officialisation de tamazight

En ces moments d’incertitude, de confusion que vit notre pays, l’amendement portant prise en charge de la généralisation de l’enseignement de tamazight avec caractère obligatoire présenté par la députée Nadia Chouitem, lors de l’élaboration de la loi de finances 2018, constitue un acte politique important. C’est un amendement utile qui participe d’un combat politique indispensable. Cet amendement, au-delà des aspects juridiques et réglementaires propres au fonctionnement de l’Assemblée nationale qui peuvent être soulevés ici et là, a pu replacer le débat autour de tamazight, permettant de mettre en évidence l’absence d’une politique gouvernementale, mais aussi l’exigence de la lutte pour y remédier. En effet, un processus d’officialisation inachevé est un processus raté. Une reconnaissance qui n’est pas mise en œuvre n’est pas une reconnaissance effective ! Un mouvement incapable de capitaliser ses acquis et de les approfondir est voué à la disparition. Manque de volonté politique La réponse légère, aberrante, condamnable de la commission des finances à l’amendement de Mme Chouitem nous renseigne suffisamment sur le manque de volonté politique du pouvoir quant à la promotion de tamazight, du moins ses composantes agissantes au niveau des pouvoirs exécutif et législatif. L’absence de toute stratégie de soutien à la culture amazighe au niveau du ministère de la Culture, les 57 postes sur les 1000 ouverts au niveau de l’éducation nationale alloués à l’enseignement de tamazight en sont une illustration parfaite. A ce propos, il est clair que la réponse de la commission des finances est en parfaite harmonie avec le plan d’action présenté par M. Ouyahia, du moins concernant la question amazighe qu’il a réduit à la mise en place de l’académie, avec mission pour le HCA de généraliser son enseignement ! Avant de développer ce point, je souligne que si la commission des finances n’est pas habilitée à décider de la généralisation de l’enseignement de tamazight comme l’avancent certains spécialistes ici et là, elle n’est pas non plus compétente, de ce point de vue, à formuler une réponse dans laquelle elle omet le caractère officiel de la langue amazighe, en ne citant que son statut de langue nationale et en désignant insidieusement le HCA comme responsable de cette généralisation, comme inscrit dans le plan du gouvernement. Tamazight est langue officielle depuis 2016, elle n’est pas seulement langue nationale comme l’avaient écrit les parlementaires et les technocrates siégeant à la commission. C’est là une omission sournoise, grave. Venant de parlementaires confectionneurs de lois de la République, l’erreur devient une faute politique avérée, qui n’est autre que la violation de la Constitution dans son article 4. Parlons maintenant du HCA et de son rôle. Il est admis que cette institution ne peut en aucun cas être désignée comme responsable de la généralisation de tamazight, ni dans l’enseignement, ni dans la communication, ni dans l’administration ou autres secteurs. Elle peut aider, elle peut initier des actions de soutien, sans plus. Cette institution, qui fonctionne depuis la mort de Mohand Ouyidir Aït Amrane, le 30 octobre 2004, sans président, et dont toutes les commissions sont dissoutes, n’a pas de prérogatives exécutives. Malgré la bonne volonté qui peut paraître chez sa composante administrative, elle ne peut pas exiger de Mme Benghabrit, ministre de l’Education nationale, de généraliser l’enseignement de tamazight ! Elle peut faire des recommandations dans ce sens, mais elle n’a aucun pouvoir de remédiations, de sanctions en cas de refus, de négligences ou autres obstructions. Pour une loi organique portant mise en œuvre de l’officialisation de Tamazight Ce sont les aspects les plus essentiels qu’il faut retenir, à mon avis, pour pouvoir continuer à mener notre combat pour tamazight et la démocratie. C’est l’absence de la loi organique portant mise en œuvre de la reconnaissance constitutionnelle de tamazight comme langue officielle qu’il faut soulever à l’occasion de ce débat qui s’installe. C’est l’absence d’une loi portant généralisation de l’enseignement de tamazight qu’il faut désigner du doigt. C’est l’abrogation de la loi portant organisation et fonctionnement de l’APN qui impose la seule langue arabe qu’il faut réclamer afin de pouvoir mettre en place un système de traduction simultanée qui permettra l’exercice des deux langues officielles à l’Assemblée. Ce sont toutes les lois, tous les décrets qui font obstacle à tamazight qu’il faut reformuler ou abroger. A ce sujet, l’éthique politique nous impose de distinguer entre l’amendement introduit par Mme Chouitem et la loi portant généralisation de l’enseignement de tamazight qui n’a jamais été déposée devant le bureau de l’APN par aucun des partis politiques qui y siègent. La distinction est plus qu’impérative. Elle relève non seulement du devoir de vérité, mais aussi et surtout du devoir de pédagogie. Un débat enclenché sur la base de fausses informations, de confusions, du mauvais usage des concepts, de manipulations des mots est voué à l’échec. L’ethnique politique, la morale militante, la noblesse de notre combat ne nous permettent pas de tricher avec la population, de mentir devant le peuple, de déformer la formation politique de nos étudiants et de notre jeunesse. C’est cette mauvaise communication qui a provoqué des questions telles que : c’est vrai qu’ils veulent supprimer l’enseignement de tamazight ? qu’on retrouve malheureusement chez les étudiants, les enseignants et les citoyens ! C’est le silence des partis politiques, leur non-communication qui ont laissé les manipulateurs de tous les bords se donner à cœur joie à leur métier préféré. Face à cette situation, notre devoir est de faire en sorte que tamazight gagne et avance avec chaque événement, au lieu de servir des desseins inavoués et de perdre en crédit. Il faut être à la hauteur de sécuriser le combat pour tamazight, pour la démocratie, dans ce moment politique très trouble. Les meilleures armes pour le faire sont bien le libre débat et la vérité dans le propos. Aussi, les considérations tactiques, qui relèguent souvent le stratégique au second plan, ne doivent plus faire obstacle à notre sens de lucidité, de devoir et d’engagement. Ceux-ci doivent guider notre analyse, notre approche et notre démarche. Mise en place d’une architecture juridique et réglementaire Conscient que la lutte pour tamazight doit se faire dans la sérénité, la responsabilité et la rigueur, je fais appel à Mme Nadia Chouitem et au Parti des travailleurs, initiateur de l’amendement, pour se pencher sur la rédaction de la loi organique portant mise en œuvre de la reconnaissance constitutionnelle de tamazight comme langue officielle, tel que le stipule l’article 4 de la Constitution. Cette sollicitation concerne aussi bien les partis qui siègent à l’Assemblée nationale que les partis en dehors de l’Assemblée, mais aussi toutes les institutions habilitées à saisir le bureau de l’APN. A cet effet, la loi sur la généralisation de l’enseignement de la langue tamazight, les décrets exécutifs doivent constituer l’architecture juridique qui offrira à tamazight les outils et les moyens pour son développement. Ici et maintenant, il s’agit d’opter pour une démarche globale, politique qui permettra la construction d’une pluralité véritable, dans le cadre d’un Etat de droit qui garantira l’équité entre toutes et tous les Algériens. Avant de conclure cette contribution au débat, je tiens à saluer les actions pacifiques et colorées des lycéennes et lycéens, des étudiantes et étudiants qui expriment un attachement indéfectible à leur langue qu’ils doivent apprendre, travailler et développer sans arrêt. Dans ce sens, il est clair que la création des modules de tamazight dans les départements arabe, français, anglais, sociologie et autres — qui est une prérogative interne à chaque université — sera un pas dans la prise en charge sociétale et institutionnelle de notre langue. En effet, laisser la situation telle quelle, se suffire des actions de rue, des polémiques virtuelles, c’est empêcher en tant qu’enseignants, étudiants, cadres de l’université la généralisation progressive de tamazight qui est à la portée. Il ne faut pas se mentir ni cacher le soleil avec un tamis : si l’Etat a la plus grande responsabilité, la société n’est pas sans devoir dans ce processus de revalorisation de tamazight. Son rôle est primordial, qu’il soit à la maison, dans la rue, au marché, dans le commerce, à l’usine, dans les stades et autres. Plus que jamais, notre devoir est de sortir de la réaction et du conditionnement qui nous ont coûté trop cher par le passé et de regarder l’horizon avec sérénité. Il est plus qu’urgent de réapprendre à faire de la politique sur des bases saines, de tracer les stratégies de lutte, de mener des actions utiles sans tomber dans le nihilisme et l’approximation qui dominent le champ public. Agir ou lieu de réagir. Choisir son terrain et ses instruments au lieu de se laisser entraîner sur des champs minés. Marcher pour signifier son mécontentement, son attachement à sa langue après le rejet de l’amendement de Mme Chouitem est une chose, mais persister à fermer l’université, comme c’est le cas pour le département amazigh de Batna, en s’engouffrant dans une grève illimitée, est une autre chose, d’autant plus qu’au bout aucune revendication claire et précise n’est formulée. L’Université algérienne, bastion traditionnel des luttes citoyennes, doit être ouverte pour le débat, pour la production des idées, pour la promotion des thèses démocratiques, au lieu d’être cadenassée comme un vulgaire hangar. Elle doit participer à la mise en place d’une feuille de route militante ambitieuse à sa conduite éclairée et clairvoyante. Pour conclure, je dirais que la réhabilitation de tamazight est indissociable de la réhabilitation de l’intelligence, de la lucidité, du courage et de la persévérance, car seule la lutte répondant à une stratégie bien menée paie !                  

Mon testament pour les libertés

La philosophie des droits de l’Homme comporte trois éléments essentiels : la société au service des droits de l’Homme, qui est la finalité de la politique, l’esprit de tolérance et le respect d’autrui. Ce livre est un dossier d’information et de réflexion destiné à ceux et à celles qui s’intéressent aux droits de l’Homme, un sujet qui renvoie à la question cruciale du système politique, du pouvoir, de la qualité des rapports entre gouvernants et gouvernés, et de l’organisation des institutions de l’Etat. Il mérite d’être lu et médité aussi bien par les spécialistes chevronnés que par les amateurs, les jeunes et les moins jeunes. Il véhicule l’humanisme, qui est la marque active des capacités morales, intellectuelles et scientifiques de l’Homme, afin de le maintenir dans sa dignité, sa fierté, sa liberté et ses droits. Le respect de la personne repose sur l’Etat de droit qui s’oppose aux droits de l’Etat. C’est par le droit et dans le droit que la liberté politique constitue le complément et la garantie de la liberté civile. La notion des droits de l’Homme s’est élaborée au fil des siècles pour émerger, d’abord en Angleterre et se consolider au siècle des Lumières. 1776 : Déclaration d’indépendance des Etats-Unis d’Amérique. 1789 : Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen en France. Elle prend sa forme définitive par la Déclaration universelle des droits de l’Homme adoptée le 10 décembre 1948 par l’assemblée générale des Nations unies. L’organisation actuelle des droits de l’Homme repose sur un triptyque : la Déclaration universelle des droits de l’Homme qui est un monument historique, les deux Pactes internationaux relatifs aux droits civils et politiques, et aux droits économiques et socioculturels, les mécanismes juridiques de protection et de réalisation des droits de l’Homme. Ces droits sont construits sur les principes de liberté, d’égalité, de justice, de dignité, de tolérance et de non-discrimination. Ils constituent une grande cause qui mérite d’agir, de parler, d’écrire pour elle afin de mettre fin à l’arbitraire, l’intolérance, les atteintes à la liberté d’expression qui est la première des libertés parce qu’elle conditionne toutes les autres. Les droits de l’Homme sont un contre-pouvoir, ce qui signifie qu’ils sont toujours face à l’Etat, mais jamais dans l’Etat, afin que chacun et chacune ait le droit d’exprimer ses idées et les défendre. Ils ont valeur universelle, sont inscrits dans la Constitution mais ils ne s’incarnent pas dans la réalité quotidienne, où ils sont constamment bafoués, violés. L’Etat algérien est prompt à dénoncer les violations des droits de l’Homme commisses chez les autres, mais il qualifie d’intervention inadmissible dans ses affaires les accusations dont il est l’objet à cet égard. Le combat pour les droits de l’Homme est au-dessus de toute idéologie et de tous clivages politiques. La réprobation des Nations unies est unanime : l’Algérie ne respecte pas les droits de l’Homme, les viole et pratique l’injustice avec continuité. Le droit international est entré dans un nouvel âge avec les droits de l’Homme. Il faut distinguer trois «âges» du droit international : «le droit de la force» le plus primitif marqué par l’usage de la contrainte et de la menace, de la force armée, de représailles ; «le droit de la réciprocité» fondé sur l’équilibre des intérêts croisés (le «donnant-donnant») ; « le droit à la coopération» qui traduit la prise en compte d’intérêts communs de tous les Etats d’un patrimoine commun de l’humanité. Pour l’égalité hommes/femmes Dans un pays où la séparation des genres — masculin, féminin — imprègne l’ordre social, il y a refus de faire passer dans les mœurs le principe et la pratique de l’égalité entre l’homme et la femme ; cette dernière est la moitié de l’homme en matière d’héritage et de témoignage. La femme n’est pas contente de son sort et n’est pas résignée à le subir. Le fait majeur de notre société est la volonté des femmes d’être les égales des hommes dans tous les domaines de la vie. Cette volonté s’exprime surtout à propos des problèmes auxquels elles sont confrontées : maîtrise de leur destin afin de ne pas subir leur vie mais la prendre en charge, l’égalité dans le couple et la société, l’égalité dans le travail, la maîtrise de la fécondité. Le traitement que la société réserve aux femmes est la révélation du degré de culture atteint par cette société. La société algérienne est en mutation avec une évolution lente et difficile qui tient compte des valeurs féminines, des qualités des femmes, de leur affirmation, de leur identité, de leur dignité, de leur accès, de par leurs talents et leurs compétences, non seulement à la parole, mais à occuper en nombre leur place, leur juste place à laquelle elles ont droit dans la vie politique, économique, sociale et culturelle. La femme est souvent le cerveau du couple ; elle a les clefs de la maison et prend en main les intérêts de la famille. Comment sortir du dilemme, l’alignement de l’Algérie sur les normes féministes égalitaires et le caractère irréversible de ses obligations internationales ? Le sénateur Bechar Hosni Saïdi (RND) a (dans Le Soir d’Algérie du 28 mars 2016) qualifié de conséquences néfastes la mise en œuvre par l’Algérie d’articles de la Convention internationale de lutte contre toute forme de discrimination à l’égard des femmes, ratifiée par l’Algérie en 1996. Réponse de Mohamed Aïssa, ministre des Affaires religieuses : «L’Algérie reste attachée aux réserves qu’elle a formulées au sujet des articles qui sont contraires aux préceptes de la religion musulmane et à l’identité nationale, notamment les dispositions de la Constitution liées à l’égalité des sexes face au mariage, le mariage avec l’approbation du tuteur ou autre. Cette convention est non conforme à la chari’a.» La Tunisie a levé les réserves sur cette convention. Les droits de la femme ne seront pleinement reconnus que dans la démocratie et l’Etat de droit. Freiner la dérive totalitaire Un pouvoir qui se personnalise et se centralise à l’excès demeure inefficace non seulement dans le domaine des libertés et des droits de l’Homme réduits à leur plus simple expression, mais aussi dans celui de l’économie, du social et du culturel, où tous les indicateurs sont au rouge. Il est dominé par deux grands maux : le tribalisme politique et la corruption qui a gangrené toute la société pour devenir un scandale qui ne scandalise plus. Un Président qui dispose de pouvoirs démesurés, confinant à la monarchie où tout dépend de lui et de lui seul, n’est pas au service de l’Algérie ; c’est l’Algérie qui est à son service. Les dirigeants de la haute sphère du pouvoir doivent méditer ce qu’a dit Neil Kenneth : «Je suis prêt à mourir pour mon pays, mais pas à faire mourir mon pays pour moi.»  L’Algérie a besoin d’un Président qui se sacrifie pour elle mais qui ne la sacrifie pas pour lui. Il n’y a pas séparation des pouvoirs mais confusion des pouvoirs, c’est-à-dire dictature. Il faut redéfinir le rôle du Parlement, son fonctionnement, ses rapports avec le gouvernement, son pouvoir de contrôle et de contestation, afin qu’il ne soit plus maintenu dans le rôle de chambre d’enregistrement, une majorité d’inconditionnels. Le pouvoir n’a pas résisté à la tentative, si fréquente de l’histoire nationale, d’assujettir la justice. Il y a glissement du droit, déficience et bien plus, démission de la justice. L’impunité et la loi du silence sont la règle de la hiérarchie judiciaire. Après un long pouvoir absolu, le chef de l’Etat refuse de céder un pouvoir qu’il ne peut plus exercer et qu’il délègue à sa garde rapprochée qui agit en son nom. Le pouvoir glisse de ses mains qui ne peuvent plus le retenir et le garder vers sa fratrie, ses clans qui parlent en son nom pour pérenniser un pouvoir qui leur permet d’accaparer les richesses du pays. Le Conseil des ministres, qui dure trois à quinze minutes, ne sert qu’à présenter le Président au public pour l’assurer qu’il est bien vivant. Les décisions importantes sont prises par les «visiteurs du soir» qui se rendent à la présidence pour diriger le pays, en leur qualité de centre de décision. Edgar Faure, homme d’Etat français, disait : «Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent.» Jamais l’échec du pouvoir n’a été aussi évident ; jamais l’aspiration au changement n’a été aussi profonde pour mettre fin à un pouvoir totalitaire, dominateur, centralisateur, et le remplacer par la démocratie, qui repose sur trois piliers : démocratie politique, efficacité économique et justice sociale qui assurent la stabilité politique. L’idéologie qui s’efforce d’expliquer et de légitimer le refus de la démocratie et de ses règles du jeu trouve son expression la plus achevée dans la dérive totalitaire qui régente le peuple, considéré comme mineur, immature et placé sous la haute surveillance des services de sécurité. Lever la tutelle sur le peuple La tutelle sur le peuple est révolue ; il est souverain et doit reprendre le pouvoir qui lui a été confisqué par des élections massivement truquées ; il doit décider librement de son destin, de ses options politiques, économiques, sociales et culturelles. L’histoire a enseigné que face à la dictature, confisquant la politique, le social et le culturel, surtout l’éducation, une seule réponse pour la faire reculer d’abord, et l’éliminer ensuite : dénoncer les moyens qu’elle utilise, la force brutale du DRS, de la police, de la gendarmerie contre le peuple, pour le conduire à l’apathie, à la résignation et au fatalisme. Prêcher la non-violence dans un pays qui la pratique, parler de justice, de liberté, d’Etat de droit, de liberté d’expression, de conscience dans un pays de dictature, dénoncer les services de renseignement qui pratiquent systématiquement et scientifiquement la torture, qui est un crime contre l’humanité, les exécutions sommaires, les disparitions forcées, c’est prouver l’ampleur de la tragédie vécue par le peuple algérien dans la décennie noire 1990. L’Algérie où sévit le pouvoir personnel et le culte de la personnalité est l’égale de la Corée du Nord sur le plan politique, du Venezuela sur le plan économique, et des pays d’Afrique les moins développés sur le plan des libertés. Les libertés publiques, ce sont des élections non truquées, alors que la fraude a explosé durant le règne de Bouteflika ; c’est la liberté d’expression, la liberté d’association et de réunion ; c’est le respect de la liberté de conscience, défendues avec une force de conviction. La connaissance approfondie du pays réel autorise à dire que la situation est grave et dangereuse, que le blocage de la vie nationale, qui résulte de la vacance du pouvoir et de l’absence du chef de l’Etat de la scène nationale et internationale, mène à toutes les dérives. Le temps est venu de mettre fin au système politique, de changer de pouvoir qui a mené au statu quo et à l’immobilisme. La pensée unique a engendré l’homme providentiel, l’esprit césariste qui a altéré et aliéné les libertés. L’enjeu est l’existence de l’Algérie comme espace de démocratie, de cohésion nationale et sociale, de liberté, de justice. La situation de millions de familles qui vivent dans une insécurité économique va se détériorer par le recours à la planche à billets suivie de l’inflation à deux chiffres qui est le cancer du peuple. L’opposition nationale qui a conscience de représenter la grande majorité des Algériens se concrétise par : les partis politiques de l’opposition qui doivent se fédérer, la société civile dans sa diversité, les syndicats autonomes, la jeunesse qui incarne la volonté d’action, les femmes marginalisées, qui doivent prendre la place à laquelle elles ont droit dans la société, leur juste place qui est l’égale de celle des hommes, les régions qui luttent pour la régionalisation et non le régionalisme, les intellectuels, chercheurs, politologues, historiens, les journalistes qui s’expriment et font des analyses. Cette opposition doit construire un front commun pour se placer en position de force face au pouvoir. Les Algériennes et les Algériens, toutes tendances confondues, dont la détermination commune est d’instaurer la démocratie afin de vivre dans la dignité, la liberté, les droits de l’Homme doivent agir ensemble pour ne pas être accusés un jour, et sûrement par l’histoire, de non-assistance à nation en danger. Quand la force des idées s’imposera, le changement démocratique suivra. Les idées qui honorent la liberté, la justice, sont comme les clous : plus on les frappe, plus elles s’enfoncent ! L’armée appartient au peuple et ne peut s’identifier à un pouvoir. Le devoir et l’honneur des militaires est de servir la nation. Le pouvoir au peuple, l’armée à la nation, l’Algérie à tous les Algériens. Le pouvoir ne cesse de cacher la vérité au peuple dans tous les domaines. Pour Abraham Lincoln, «on peut tromper une partie du peuple tout le temps, on peut tromper tout le peuple quelque temps, mais on ne peut tromper tout le peuple tout le temps.» Les deux clés du système d’éducation se nomment démocratisation et modernisation. L’université se cherche ; elle doit repenser ses méthodes et sa finalité. L’histoire, qui est un lieu de mémoire collective, explique que les habitants de ce pays sont des Amazighs, hommes libres qui ont découvert le judaïsme, le christianisme et l’islam à travers les occupations étrangères. Le retour à l’histoire qu’il faut gérer avec efficacité permet de revenir à la culture et à la langue berbères, à l’esprit de résistance de Massinissa, Jugurtha, Kahina, Fadhma N’Soumeur… L’avenir du peuple ne peut se construire sur la négation de son histoire, de toute son histoire, qui n’est pas seulement un souvenir, une consolation, une fierté, mais une lumière qui illumine l’avenir. Entamer une transition démocratique L’Algérie doit entamer un processus de transition démocratique pour se donner un horizon politique. C’est devant la crise de mutation de la société que le problème de la démocratie, qui est un gisement en friche, se posera avec acuité. Le mot essentiel est : Ensemble ! Car, c’est ensemble qu’on peut faire basculer l’opinion publique et ouvrir un espace politique avec la volonté et la capacité d’agir pour construire une république fondée sur une démocratie juridique. En consacrant le régime du droit et de l’Etat de droit, cette démocratie apporterait la stabilité et la crédibilité dont l’Algérie a besoin pour relever les défis auxquels elle est confrontée. La culture et la connaissance sont, avec la liberté et la justice, le fondement de la démocratie qui est la priorité de tout renouveau politique. Trois conditions sont nécessaires pour instaurer une démocratie : des élections libres avec l’alternance au pouvoir, des pouvoirs séparés et équilibrés, le respect des libertés. L’alternance repose sur quatre piliers : la démocratie politique, l’efficacité économique, la justice sociale et la diversité culturelle. Il faut construire un pouvoir proche des femmes et des hommes et sensible à leurs problèmes quotidiens, un pouvoir directement soumis à leur contrôle et à leur jugement. L’avenir réside dans la construction d’une Algérie démocratique. L’Algérie est éternelle ; elle vivra et établira une démocratie avec son corollaire : des élections libres et crédibles pour restituer au peuple sa souveraineté, son pouvoir de choisir ses élus, et aux Algériens leur citoyenneté.  

Quelles relations ?

Par Azzouz Kerdoun Professeur des Universités. Membre du Conseil national des droits de l’homme. Membre expert auprès du Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies e-mail : akerdoun2002@yahoo.fr Depuis la Déclaration de la conférence de Rio de Janeiro en 1992, le développement durable repose sur trois piliers que sont l’environnement, l’économie et le développement social. Ces trois dimensions sont indissociables et interdépendantes. Elles doivent être considérées ensemble dans toute démarche qui vise le développement, mais un développement durable qui a pour but de produire des richesses et de veiller à réduire les écarts et les inégalités, sans pour autant dégrader l’environnement. L’expression «Sustainable Developement» ou développement durable(1), est apparue pour la première fois dans les années 1980, mais c’est dans le rapport intitulé : «Our Common Future», dit rapport Brundtland, publié par la commission mondiale des Nations unies pour le développement en 1987(2), et la tenue de la conférence de Rio de Janeiro en 1992, qu’une définition élaborée a été donnée en précisant que «le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs.» Ce qui tend à privilégier la problématique environnement et développement dans le cadre d’une approche équilibrée et intégrée, car l’être humain est le premier acteur du développement, et il en est le principal bénéficiaire, tant sur le plan individuel que collectif. C’est ce qu’ont rappelé auparavant la résolution (2000/5) de la commission des droits de l’homme sur le droit au développement(3) et l’Assemblée générale des Nations unies dans sa résolution sur le même sujet en estimant que l’homme a «un droit inaliénable en vertu duquel toute personne humaine et tous les peuples ont le droit de participer et de contribuer à un développement économique, social, culturel et politique dans lequel tous les droits de l’homme et toutes les libertés fondamentales puissent être pleinement réalisés, et de bénéficier de ce développement.» (4) Le concept de développement bien compris a fait l’objet par la suite de plusieurs définitions qui l’ont bien inséré dans le cadre des droits de l’homme. La Cour internationale de justice, dans son avis consultatif à propos de la licéité de la menace ou de l’emploi d’armes nucléaires, a circonscrit le concept d’environnement en lui donnant une définition précise dans sa décision. The Court recognize «that the environment is not an abstraction but represents the living space, the quality of life and the very health of human beings, including generations unborn.»(5) La Cour reconnaît que «l’environnement n’est pas une abstraction mais représente un espace de vie pour la qualité de vie et de santé des êtres humains incluant les générations futures.» Par ailleurs, la Cour a eu plusieurs occasions de se pencher sur des différends ayant des implications environnementales dont certains se réfèrent au développement durable sans les avoir cependant traitées de manière adéquate. La protection de l’environnement, le développement et les droits de l’homme prennent une place importante et sont au centre des préoccupations de la justice internationale.(6) Peut-on ainsi dire que la question environnementale est bien introduite dans le cadre du développement durable en devenant au niveau international un volet incontournable de la coopération depuis que la globalisation des solutions à apporter aux problèmes de la dégradation de l’écosystème s’est imposée, et qui a vu naître de nouvelles solidarités mondiales face aux enjeux croissants auxquels tous les Etats de la planète sont confrontés collectivement ? La reconnaissance du droit de l’homme à un environnement sain fait également partie de cette problématique de l’irruption du développement qui tient compte de l’homme et des sociétés humaines dans leur milieu environnemental. Une telle reconnaissance constitue un long processus qui doit mener au développement durable et qui nécessite l’adhésion de tous, car pour les êtres humains, le concept de développement durable sous-entend un équilibre dans la satisfaction des besoins essentiels : conditions économiques, environnementales, sociales et culturelles d’existence au sein des sociétés humaines. C’est affirmer que les questions liées aux besoins des populations, et donc du développement, se trouvent au cœur de toutes les décisions politiques qui doivent œuvrer grâce au développement durable à la satisfaction des aspirations de tous à une meilleure qualité de vie. Le concept de développement durable est en effet un concept d’équilibre et de mise en œuvre de politiques efficaces et profitables à toutes les composantes de la population. Il invite à repenser entièrement les rapports qu’entretient l’homme avec la nature, l’économie, la politique et le développement. Cependant, face à la crise écologique et sociale qui se manifeste aujourd’hui de manière mondialisée et dont les conséquences sont le réchauffement climatique, la raréfaction des ressources naturelles, les pénuries d’eau douce, le rapprochement du pic pétrolier, les écarts entre les pays développés et les pays en développement, la sécurité alimentaire, la déforestation, la perte drastique de la biodiversité, la croissance de la population mondiale, les catastrophes naturelles et industrielles, la seule réponse à tout cela reste la réalisation du développement pour l’ensemble des acteurs : Etats, entreprises économiques, société civile, y compris la prise en charge du volet concernant les aspects culturels et sociaux du développement. Les droits humains sont devenus une condition nécessaire pour la réalisation d’un développement durable qui devient un élément très représentatif de la bonne gouvernance. En fait, il s’agit de rendre réel et accessible l’ensemble des droits de l’homme qui sont le cœur et l’objectif du développement social, et par conséquent du développement durable. Ce dernier pose également la problématique de la justice intergénérationnelle et intra-générationnelle, conditions de la réalisation du droit humain fondamental qu’est le droit au développement. Ce qui implique évidemment une responsabilité globale à l’échelle mondiale. Au plan mondial, l’année 2015 a été marquée par l’engagement de plusieurs échéances majeures pour l’avenir de l’humanité. Elle est l’année qui a vu l’adoption des Objectifs du développement durable (ODD) «Sustainable Development Goals’ (SDGs)(7), qui font suite aux huit objectifs du Millénaire pour le développement, et qui constituent un véritable programme de travail pour les années 2015 à 2030. Ces objectifs mobilisent par leur caractère universel tous les Etats de la société internationale et l’ensemble des acteurs économiques, sociaux et culturels, y compris la société civile. L’agenda de 2030 fixe des objectifs ambitieux pour la variété d’enjeux qui affectent les personnes et la planète. Il s’appuie sur les droits économiques et sociaux lorsqu’il s’agit d’éradiquer la pauvreté (objectif 1) et la faim (objectif 2), et garantit l’accès aux soins de santé (objectif 3), à l’éducation (objectif 4), à l’eau et à l’assainissement (objectif 6) ainsi qu’à l’emploi et à un travail décent (objectif 8), et reflètent aussi un certain nombre de droits civils et politiques. Les objectifs du développement durable sont perçus comme un moyen d’éliminer la pauvreté, de transformer nos vies et de protéger la planète. L’accord sur les changements climatiques (COP21)(8) intègre, lui aussi, toutes les questions liées au développement durable dans une problématique plus large de protection de l’environnement, en y insérant des liens étroits avec les droits de l’homme. Cette reconnaissance explicite et le renforcement des relations entre le développement, l’environnement et les droits de l’homme, incarnés dans la notion de développement durable, sont désormais envisagés globalement et non séparément, car les droits de l’homme sont considérés comme faisant partie du concept de développement durable.(9) Ils sont ainsi compris, non seulement comme une fin, mais aussi comme un moyen de ce développement, puisque l’universalité des objectifs du développement durable reflètent également l’universalité des droits de  l’homme(10). La grande majorité des objectifs du développement durable porte sur des sujets qui sont appréhendés sous l’angle des droits de l’homme, puisque ces objectifs couvrent des domaines dans lesquels le droit international des droits de l’homme a établi toute une série de normes juridiques et des mécanismes de mise en œuvre, étant donné qu’ils sont une source importante d’articulation entre les droits de l’homme, l’environnement et le développement. Ces trois éléments jouent un rôle majeur dans l’application et l’interprétation de certaines conventions internationales qui visent les droits de l’homme, ainsi que les Pactes internationaux des droits civils et politiques, et des droits économiques, sociaux et culturels qui, à travers leurs dispositions, consacrent à la personne humaine des droits individuels importants pour qu’elle puisse s’en prévaloir et en jouir pleinement.(11) Au plan national, il est évident que les institutions nationales des droits de l’homme sont concernées par la connexion de ces trois questions : environnement, droits de l’homme et développement, étant donné qu’elles sont déjà impliquées directement dans la promotion et la protection des droits de l’homme, et sont particulièrement bien placées pour assurer la liaison entre les parties prenantes en jouant un rôle dans la mise en œuvre des objectifs du développement durable par le biais de la promotion des processus nationaux et de suivis transparents, participatifs et inclusifs. La Déclaration de Mérida sur «le rôle des institutions nationales des droits de l’homme dans la mise en œuvre de l’agenda 2030 pour le développement durable», issue de la conférence qui s’est tenue au Mexique(12), l’a bien souligné, en affirmant que les institutions nationales des droits de l’homme s’occupent déjà de questions d’une importance capitale pour l’agenda 2030 dans leur travail régulier. Il est maintenant admis dans beaucoup de pays de voir la consécration constitutionnelle du droit de l’homme à l’environnement(13), ce qui permet aux institutions nationales des droits de l’homme de participer activement à la réalisation du lien entre l’environnement, les droits de l’homme et le développement. Mais il reste difficile de formuler concrètement ce droit fondamental nouveau, parce que la protection de l’environnement ne concerne pas uniquement l’homme mais aussi tous les êtres vivants et la biosphère. Il s’agit donc d’un tout écologiquement indissociable équilibré et approprié au développement de la vie qui protège à la fois l’homme et le milieu dans lequel il vit. Au final, la corrélation entre les droits de l’homme, l’environnement et le développement révèle une forte interdépendance entre les trois questions. Cette interdépendance est concrète, car le respect, la protection et la mise en œuvre des droits de l’homme constituent des facteurs d’un développement durable et d’un environnement sain. Elle est ensuite juridique, car il existe un droit de l’homme au développement et un droit de l’homme à l’environnement sain. Nous sommes ainsi en présence d’un nouveau paradigme, celui du développement durable, qui contribue à construire un nouvel ordre économique et social qui prendra en compte l’intérêt des générations présentes et celui des générations futures.(14)                                     1- Le concept de développement durable a été formulé en 1980 dans le cadre de la stratégie mondiale de conservation. Il a été repris,  développé et popularisé par le Rapport Brunthland du nom de l’ancienne 1ere ministre de Norvège en 1987, et enfin consacré  solennellement  par la Déclaration de Rio de Janeiro de 1992 en son point 3. Voir ci-dessus dans le texte, en gras, la définition du développement durable donnée par la Déclaration de Rio. Cf. A/ConF.216/L.1, 22 Juin 1992 2- «Notre avenir à tous», Montréal 1988, Editions du fleuve, et les publications du Québec, 461p. 3- Résolution 2000/5,  ohcr. Org/documents/F/CHR/résolutions/E-CN_4-Res 2000-5 doc. Voir également, A. Kerdoun, «Le droit au développement en tant que droit de l’homme : portée et limites», Revue Québécoise de droit international, n° 17.1, 2004, pp 73-96 4-Résolution AG 41/128. Doc. Off. AGNU, 41e sess, supp n° 3, Doc. NU A/47/53 (1986) pp 196-197 5-Cf.  International Court of Justice,  Year Book 1996, «Legality of the threat or use of Nucleare Weapons Reports of Judgements, Advisory opinion and orders 1996, p 241, paragraph 29. 6-Cf. Arrêt Gabcikovo-Nagymanos du 25 septembre 1997, Hongrie contre Slovaquie à propos du projet de construction et de fonctionnement du système d’écluses  par les parties sur le fleuve Danube. La Cour a rappelé dans cette affaire l’obligation générale des Etats de protéger et respecter l’environnement.   Ce fut la première décision de la Cour dans laquelle elle se réfère au développement durable,  qui traduit bien la nécessité de concilier développement économique et protection de l’environnement.  Voir également une autre affaire encore pendante devant la Cour, relative à la protection de l’environnement. L’arrêt des usines de pâte à papier sur le fleuve Uruguay du 20 avril 2010, Argentine contre l’Uruguay. In Emmanuelle Doussis, «La protection de l’environnement dans la jurisprudence de la Cour internationale de justice : à propos de l’arrêt des usines de pâte à papier sur le fleuve Uruguay (20 avril 2010)», in Revue Hellénique de droit international, 64e année. 2/2011, pp 661-687 7- L’organisation des Nations unies a adopté une feuille de route ambitieuse pour vaincre la pauvreté en 2030 et préserver l’environnement. 17 objectifs ont été retenus avec 169 cibles. Cf.  Rémi Barroux, Journal Le Monde du 25/09/ 2015 8- Convention-cadre des Nations unies ou accord de Paris sur les changements climatiques adopté par 195 pays le 12 décembre 2015, FCCC/CP/2015/L.9 Rev1. 9- La Déclaration de Rio + 20, contient des références précises en réaffirmant «l’importance de la liberté, de la paix et de la sécurité, du respect des droits de l’homme y compris le droit au développement et le droit à un niveau de vie adéquat, notamment le droit à l’alimentation, l’Etat de droit, l’égalité et l’autonomisation des femmes ainsi que plus, généralement, notre engagement en faveur des sociétés justes et démocratiques aux fins du développement.» A/Conf. 216/L. juin 1992 10- Cf. A. Kerdoun, «La place des droits économiques, sociaux et culturels dans le droit international des droits de l’homme.» In Revue trimestrielle des droits de l’homme, Bruylant, Bruxelles,  22e année, n° 87, 1er juillet 2011, pp 499-524 11-Les deux Pacte internationaux relatifs aux droits civils et politiques et aux droits économiques, sociaux et culturels ont été adoptés en 1966. Ils contiennent un certain nombre de droits civils et politiques  et de droits économiques, sociaux et culturels . 12- Cette conférence c’est tenue à Mérida au Mexique du 8 au 10 octobre 2015 13-La nouvelle Constitution algérienne adoptée en 2016 a consacré le droit à l’environnement dans son article 68 en stipulant que «Le citoyen à droit à un environnement sain. L’Etat œuvre à la préservation de l’environnement. La loi détermine les obligations des personnes physiques et morales pour la protection de l’environnement. » D’autres pays ont également consacré le droit à l’environnement dans leur Constitution. Il faut citer entre autres : la Corée du Sud a introduit dans sa Constitution un «droit à un environnement sain et agréable», l’Equateur indique que dans l’article 15 de sa Constitution que «l’Etat garantit (…) le droit de vivre dans un environnement exempt de contamination», l’Espagne dans l’article 45 affirme que «chacun a le droit de vivre dans un environnement approprié pour le développement de la personne et le devoir de le préserver. » Le Portugal a été le premier pays en 1976 à introduire dans sa Constitution en son article 66 «le droit à un environnement saint et écologiquement équilibré.» 14-Voir la Déclaration de l’Unesco du 12 novembre 1997 sur les responsabilités des générations présentes envers les générations futures. Lien www.portal.unesco.org/ev.php-url  

Le code secret de Lounis Aït Menguellet ou psychanalyse de Monsieur Ptyx chez Docteur Lounis

Bien mal armé académiquement pour entamer une quelconque critique, il s’agira ici d’une lecture personnelle, loin de tout logiciel et parfois même de toute logique. Il y aura, je l’espère, de l’humour, de la fantaisie, c’est certain, et beaucoup de correspondances, souvent maladroites et gauches, ou «tirées par les cheveux», selon ce qu’il vous plaira. Dès lors, j’entamerai le propos avec cette anecdote : revenant de la cérémonie de remise du titre de Docteur Honoris causa décerné à Lounis, je devais expliquer à ma grand-mère ce qu’il en était. Elle s’exclama ébahie : «Ne savaient-ils pas, ces lettrés, qu’il a, de tout temps, été docteur ?» Puisque ses poèmes furent un baume et une médication depuis les premières notes, depuis les temps anciens des «Chanteurs du futur». Docteur depuis toujours, le médecin malgré les académies ordonnance 7 titres en 2017, persiste et signe sur la jaquette même de l’album (baume ?) en arborant une chemise d’un rouge criard, couleur composée de responsabilités intrépides et d’esprit assumé. Il faut relever un premier mystère ! Les nouveaux succès de l’artiste plaisent rarement à la première écoute. Il faut tendre l’oreille, prêter attention, se questionner, disséquer, réécouter, sonder, se concentrer pour prétendre saisir le son et son sens et parvenir à la clarification nécessaire à la compréhension qui permet d´apprécier la profondeur des textes et leur goût anachronique, qui vous submerge comme un souffle venu d’antan. La poésie de Lounis n’est pas simple et encore moins anodine : elle a l´exigence des fruits qui requièrent maturation pour dégager leur arôme et nous griser de leur flagrante fragrance comme certains goûts nécessitant un long apprentissage, à l’exemple de l’huile d’olive qui demande une décantation chronophage, de certaines viandes fumées séchées, de quelques fumeux fromages ou de quelques nectars de la divine vigne. Dans notre imaginaire à tous, c’est l’archétype de l’ancêtre qui prend la parole, alors cette dernière doit être sans failles, belle, sensée, magique, presque sacrée. Après un demi-siècle de métier et alors qu’on attendait le sage Confucius, voilà Tchouang-Tseu rajeunissant presque naissant, enfantin, qui débarque pour chanter la vie, l’amour, la jeunesse et la résilience. Tudert-nni (avec une petite erreur qui en dit long, avec ou sans trait d’union… lapsus calami pour nier qu’il s’agit de sa vie). Fallait-il dire Tudert-iw et écrire Tudert-nni au risque de déplaire aux philosophes qui de tradition n’aiment pas le «je» ? La modération, effectivement, clame partout qu’elle n’affectionne pas le moi… tout en s’en sustentant pour échafauder toute science. C’est certainement sans prétérition et avec la modestie proverbiale qui le caractérise que Lounis opte pour «cette vie» au lieu de «ma vie» qui serait pris pour de la prétention, même si l’envergure du maître a droit à une spécification de loin méritée. Ainsi donc, ce nouvel opus commence par «Ak-Awix», (Je t’emmène) et l’excursion commence. Excursion en dehors de notre zone de confort et surtout aux tréfonds de soi ! Tudert-nni Authentiquement prophylactique, cette chanson devrait être remboursée par la sécu ! Maintes fois accablé, ce titre opéra comme un véritable baume apposé sur mes blessures. Son écoute procure un apaisement que la voix profonde et grave de l’artiste explique un tantinet mais pas que… il y a toute cette profusion de réminiscences qui deviennent rassurantes puisque… communes. Une basse profonde semblable aux éclats entendus dans l’utérus et qui étaient les battements du cœur de nos mères rajoute de l’envoûtement à une mélodie déjà très lénifiante. Il se pose à chaque fois un problème de conjugaison : qui parle à qui ? Ici, c’est, formellement, une espèce de sur-poète qui, au-dessus des colères ennuyeuses et harassantes de l’homme accablé de médisances, de rumeurs, de diffamations et de procès d’intention, tend la main pour un bond dans une psyché aux aptitudes thérapeutiques avérées. Socrate disait qu’«une vie sans introspection ne vaut pas la peine d’être vécue» parce qu’un auto-examen coûtera toujours plus que d’épier les écarts des autres, tout en nous gratifiant d’une élévation prométhéenne ! Sachant que l’enfer est en nous, les peines que peut s’infliger un poète sont infinies, à condition de traverser le Styx… de son vivant ! De survivre à ses blessures pour en gommer les cicatrices. Ce voyage orphique commence par les blessures au gros orteil comme dans La marche de la perdrix, de Baya Hachi. La neige, le froid, nos mères martyrisées aux champs et dans les ménages et qui courageusement continuaient à subvenir à nos caprices. La montagne, celle qui, d’après Ovide, aide à renverser les dieux, enseigna au poète et à tous ceux de sa génération la meilleure façon d’avancer : tête haute, fier sans craintes et sans reproches ! Une deuxième halte s’impose aux sons des tambours qui valaient chacun un village. Tambours de Saint-Arnaud ou de Pélissier, de Randon ou de Bandier, ils tissèrent les jours et les nuits de motifs horribles, criminels, monstrueux et inoubliables. Frayeurs vécues qui laissèrent sur l’aède une fascination pour les armes qu’empilait son oncle M’barek At Menguellet, l’armurier du FLN. Tentation s’avérant, en 1985, fort onéreuse, car réglée avec ce que l’homme a de plus cher : sa Liberté. La belle Timekḥelt, celle qu’on maquille au khôl comme une mariée… belle et létale, comme la Nue pour qui le maître alla quérir des larmes chez Charon dans «l’aboli bibelot» cher à Stéphane. Bien armé, le poète ! L’autre histoire, celle qu’on cache, celle que certains voudraient ne pas avoir vécue et qui est leur pourtant, notre histoire, écope de deux couplets pour montrer la mesure du désastre la monstruosité de la Dystopie ! Les rimes en EB sont à relever, car à chaque fois qu’elles reviennent dans ce texte ou dans les autres, ce sera pour marquer la même dystopie. C’est le marqueur d’un cauchemar vécu. Comment transformer le rêve de générations de résistants (Tajaddit), le rêve des «Damnés de la terre» qui regardent poindre l’«Aube» tant attendue et assistent à l’extinction de l’astre du jour par des aspirants prophètes ! L’autre histoire, celle des perdreaux, cireurs de chaussures qui firent de leurs boîtes des feux de joie. Perdreaux récurrents chez Lounis qui en parlait déjà dans les années d’or comparant leur pauvre nid d’orphelins avec la maisonnée du chasseur ayant capturé la mère ! Chaque oisillon discourait sur le sens de la liberté sans sa mère ? Comme l’autre qui roucoulait de Stockholm sur la justice sans la mère. Que faire d’une indépendance sans notre mer originelle, notre océan de legs culturel, notre identité ? A noter aussi le banjo qui aide dans cette entreprise de transport vers La Casbah, Alger la Blanche… En cinquième position, vient l’amour. L’auteur utilise le terme Ẓur qui renvoie au pèlerinage religieux aux Lieux saints. Au sortir de l’enfance, aux sources de l’émerveillement, un poème venant du cœur allant aux cœurs, envahissant les âmes et même l’ombre du poète n’y échappe pas dans un clin d’œil au collègue Brel (l’ombre de ton ombre…). Brel qu’il évoquera encore une fois plus tard dans une autre composition. Et ce rang de cinquième qui symbolise en Kabylie, la fratrie sied très bien à l’hommage rendu à sa compagne et à ses enfants avec la délicatesse et la pudeur coutumières que j’espère ne pas avoir heurtées en les soulignant. En dernier, revient le début comme toujours… le début du chemin il y a un demi-siècle. Au milieu des autres rêveurs, venus chanter leurs espoirs, il ne savait pas qui survivra aux modes, aux technologies, aux médias, aux médisances. Une seule certitude, c’est que tout ce beau monde aura fait une avancée vers l’aurore, un prélude à l’«Aube des damnés» qui émancipe. Où est le code dans tout cela ?, me diraient certains amis. Eh bien déjà, voici une clé : le Septuor de Mallarmé que beaucoup auront déjà deviné. Ce poème comporte sept parties : six «épisodes» mémorables et un refrain que l’on peut assimiler avec l’Acewiq introductif. Cet album comporte sept titres comme beaucoup d’autres, surtout parmi les derniers ! Cette façon d’écrire en insérant des enchâssements à la poupée russe évoque, à n’en pas douter, l’encodage des poètes anciens qui voulaient inventer une nouvelle théologie après la fameuse mort annoncée par Nietzche… Mais ce n’est qu’une première clé… il y en aura d’autres tout au long de la suite de cette concoction composée de six autres sublimes chansons ! Taqsiṭ Nniḍen Dissection d’une Dystopie. Comment un rêve devient cauchemar ? D’abord il parle de nous puis d’eux. Nous avons commencé par rêver grand et on se retrouve sur peau de chagrin qui de jour en jour rapetisse. Contrairement à l’idée admise, ce n’est pas de son public qu’il parle, mais de notre espace de vie, du territoire géographique que nous nous assignons en perspective. Lounis nous montre la possibilité d’un chemin mais ardu. Un chemin qui monte comme celui de nos montagnes qui, affirme-t-il, ont fini leur mission en 1962 (laɛnaya n wedrar tewweḍ). Les autres à qui nous avons donné plein pouvoir ont trahi avec la bénédiction des nôtres qui seraient des en… (wid umi yefsi wagus) puisque ceintures défaites… admirons son art de dire des «énormités» sans froisser les oreilles réputées chastes de son auditoire ! Le diagnostic posé est imparable : naïfs, atteints de superstition, de bigoterie, de procrastination de crédulité, la diaspora de nos frères ne saurait ni ne pourrait se fusionner sur cette maigre étendue, fusse-t-elle brodée par Elissa ! Quelques images : la tour. La Grande Zigourat. Construction humaine admirable pour sa hauteur sans qu’on ne parvienne à appréhender ses fondations gigantesques ! L’image du triton de Poséidon rival d’Athéna Déesse de l’intelligence est clairement évoquée quand le peuple offre la fourche du pouvoir au tyran (Tazzert) ! La composition se termine sur l’ingratitude de l’ébranleur du sol, de ceux que nous sauvons à chaque fois et sur l’amer constat d’une hybridation bien entamée. Waggad-iw Il pardonne aux vociférateurs qui n’auront gaspillé que de l’eau (salive) tout en les rassurant que le bocal est sauf ! Le bocal symbolise ce qui nous unit, notre langue, notre culture, notre kabylité ! Hommage à tous ses fans. Il raconte le plaisir des rencontres, son désir d’écouter et sa joie d’être entendu. Le partage des rêves, des nuits, des angoisses, le souvenir des disparus et le vœu de vivre, de profiter du peu qui reste, car les cheveux blancs s’installent si vite à l’insu des miroirs complices du mensonge qui nous promettent une éternelle jeunesse. «Demain sera un autre jour !», disait toujours Scarlett O’hara dans Autant en emporte le vent et Lounis semble reprendre cette devise, qui a aidé à traverser les affres de la guerre de sécession, à son compte. Il dit à tous ceux qui partagent ses idées et qui attendent du nouveau de ne jamais perdre espoir et de continuer à contribuer dans l’édification de ce grand métier à tisser qu’est notre culture. Le cinquième élément Un par un, les quatre éléments sont cités dans un ordre qui va du plus subtil au plus préhensible. L’air qui symbolise aussi le «Souffle fécond» dont parle Aït Feroukh, est en premier car le poète sait qu’il apporte la vie et aussi la mort. L’air fait vibrer les fils de sa guitare et ses cordes vocales. Il pousse les voiles des bateaux sur les eaux … L’eau ensuite sous toutes ses formes, dans toute son importance est décrite dans la soif et dans la satiété. L’auteur parle surtout des abjections de l’homme ou tout simplement de la pollution et du manque de considération que nous montrons devant cette source de vie ! Le feu qui nous accompagne dans nos joies et dans nos longues veillées. Le feu, connu et craint depuis l’enfance enfin dompté, car aujourd’hui, l’énergie est dans les murs ou dans les fils. La terre généreuse et nourricière souillée par l’homme qui de tout temps lui crache dessus, tout en sachant qu’elle aura le dernier mot, puisque c’est elle qui accueillera nos dépouilles… en passant le poète dit qu’il se raconte (Ennan segs…) que c’est de terre que fut façonné le premier homme… Et puis il y a le cinquième élément, non pas celui des derviches, mais le vrai, celui que célèbre le poète dans cette chanson : la Musique ! Les arrangements de celle-ci sont de loin les plus aboutis, une véritable leçon de mélodie et d’accord ! Elle se termine sur une explosion eschatologique qui de près est suivie par une aube nouvelle reconnaissable grâce aux oisillons qui recommencent tout, brûlant à nouveau leurs boîtes de cirage ! Il y a des jours ! C’est le moment de donner une autre clé du code : interactivité ! Ecoutez bien, Lounis ne prononce pas les terminaisons dans le prélude. Il dit sla au lieu de slam, sarra au lieu de saram, axxa au lieu de axxam… il laisse le soin au cerveau de l’auditeur de continuer, de deviner la suite. C’est un procédé courant en peinture où le pinceau, à dessein, laisse des détails se fabriquer d’eux-mêmes dans l’œil du regardeur ! En poésie aussi le procédé est connu, une des chansons de Renaud en est un exemple typique, car il prend un malin plaisir à prendre son auditoire à contre-courant. Très agréable et très stimulant exercice, c’est la première fois qu’il se fait sur une poésie kabyle à ma connaissance. Cette invitation à être un peu l’auteur du poème qu’on écoute participe à la théorie que développe l’auteur dans ce texte d’apparence facile. Au début, on peut avoir l’impression qu’il s’agit de défendre un quelconque déterminisme ou la préexistence d’un destin, mais, très vite, Lounis nous invite à être les auteurs de notre récit de soi, en essayant de vivre au mieux avant l’inéluctable fin ! Un ami me disait qu’il est dommage que cette composition se termine sur une note aussi pessimiste, car plusieurs fois vers la fin, c’est le mauvais jour qui est seriné, ce qui n’est que l’exact reflet de la vérité peut-être la seule : la finitude de toutes les choses, l’extinction des feux, des étoiles et toutes les constellations, l’abolition des bibles, l’inanité sonore. Tayri Puisque en étudiant un poème, en essayant d’en décrypter les codes, il faut aussi étudier l’assemblage incessant du son et du sens, je vous propose une autre clé : durant tout ce morceau le son ORF est décliné dans toutes ces variantes et significations. Cette allitération heureuse est à rapprocher avec Orphée, oui déjà évoqué plus haut, mais pas que… car ici aussi il s’agit d’un voyage et d’une rivière traversée par l’auteur. Il invite même l’auditeur à venir traverser crânement (zgerd i wassif). Voyage intime dans l’enfer intérieur tel qu’expliqué dans Tudert-nni, la fameuse introspection de Socrate. Et si Orphée en est revenu avec deux nouvelles cordes à sa Lyre, Lounis revient avec deux syllabes en plus à nos vers et ainsi tuer le mètre ! Par mètre, j’entends la mesure traditionnelle du poème kabyle qui s’en trouve ainsi greffée d’un iambe infernal mais bizarrement beau, non dissonant et sans hiatus. Il dit lui-même que c’est là le travail de l’amour (Lxedma n Tayri). Cette atteinte à la sacro-sainte métrique ressemble à la fameuse «exquise crise» de 1897 de Mallarmé quand naquit la poésie libre sans rimes ni mesures mais poésie Kamim ! Et si Lounis prend à témoin les constellations (Agur d yitran) ce n’est pas fortuit, aussi tout indique que c’est le fameux Septuor éclairant de sa faible lueur la crédence vide du Ptyx. Lounis avertit que tout ce qu’il dit est déjà énoncé par ses prédécesseurs où l’image de Brel profile avec cette allusion, à peine voilée, à «Au suivant». (Ad yeǧǧ amkan) ; (Akka i tid ennan). Temẓi Le retour à l’enfance après les cadavres exquis de la crise eschatologique. Un œil d’enfant plus tendre mais plus fragile apportera une nouvelle vision des choses. Foire aux paronomases, à la tautophonie recherchée, assonances et autres figures de styles. Buden/. Cuden. Huden / Ḥuden. Susmen/ Usmen. Etc. La déjà citée rime en EB : Qreb/ Xreb/ Kdeb… toujours dans des occurrences malheureuses.  L’auteur s’amuse tout en invitant à faire de même : il donne un seul exemple. Il dit une première fois «griɣd di lɛasker», ce qui veut dire je me retrouve militaire engagé. En répétant, il rajoute un son presque inaudible et ça devient rewlaɣ-d si lɛskar, ce qui veut dire je me retrouve déserteur… Il suffit à chaque fois de déplacer une consonne, une voyelle pour apporter un nouveau sens : Exemple : «Mi cennuɣ fellas ttɛadiɣ tilas»… joué devient Mi cennuɣ tulas ttɛeddiɣ… ! lol … non ? Ah bon ! Pardon... Akkeni neɣra... Joué devient Akkeni nerɣa ! lol… non ? Ah bon ! Comme nous y invite Lounis, souvenez-vous des jeux de notre enfance et vous comprendrez ! Puis voici poindre à l’horizon non pas le terme d’une vie, mais le réveil sur une nouvelle réalité, car si chaque jour est un pas vers la fin, c’est aussi un jalon vers l’éternité ! Heureux qui comme… Lounis ! Longue vie l’artiste.

Pour la promotion et le développement de l’agriculture de précision en Algérie (Suite et fin)

Par Mourad Hamdan Consultant en management Technologie de communication entre machines Les communications entre machines ouvrent un formidable champ d’innovation. Quoique récentes, les technologies Machine To Machine (ou M2M) sont aujourd’hui suffisamment éprouvées pour qu’un très grand nombre d’entreprises puissent, en toute confiance, les adopter. Le M2M résulte de la convergence de trois familles de technologies : des objets intelligents reliés par des réseaux de communication avec un centre informatique en mesure de prendre des décisions. Le M2M consiste en l’utilisation d’un device (ex-capteur, compteur, etc.) pour capturer un événement (ex : température, indices agro-climatiques, paramètres agronomiques, mesure météorologique, consommation d’énergie, qualité de l’eau, état d’environnement, etc.) qui est relayé à travers un réseau de communication mobile, fixe ou hybride à une application (du système d’information de l’entreprise qui utilise ces devices M2M par exemple). Cette dernière traduit l’événement capturé en informations significatives (les doses d’engrais sont excessives, la température a dépassé le seuil acceptable, la qualité de l’eau n’est pas satisfaisante, etc.). Il faut savoir qu’une solution M2M est le résultat d’une interaction continue entre les devices M2M, les réseaux de communication et les applications. Dans toute solution M2M, il y a quatre opérations principales : la collecte de données, son transport et son traitement et le réveil du device afin qu’il puisse émettre un rapport de données non programmé. - Collecte de données (domaine de l’électronique)  : La remontée d’informations se fait grâce aux capteurs embarqués dans les devices M2M. Les évolutions technologiques dans ce domaine donnent naissance à des dispositifs de moindre taille, moins coûteux et moins énergivores. - Transport des données (domaine des télécommunications) : plusieurs technologies de réseaux, radio ou filaire, peuvent coexister dans une même solution M2M. Le choix technologique dépendra de la couverture requise, du mode de connectivité, de la quantité de données à transmettre, de sa fréquence et du modèle économique. - Traitement des données (domaine de l’informatique) : l’application reçoit les données, les traite et intègre les données résultantes dans le système d’information de l’entreprise. - Réveil pour envoi de données (domaine des télécommunications) : les devices M2M sont généralement programmés pour se réveiller à intervalle de temps fixe (ex : toutes les heures), réaliser des mesures, s’attacher au réseau, établir une connexion de données, transférer leur rapport, puis libérer leur connexion et se détacher du réseau. Il se peut aussi que l’application souhaite que le device M2M lui communique un rapport de données non programmé. L’application réveille donc le device par exemple par SMS et ce dernier transmet les données au serveur M2M. Enjeux et usages du Big Data Le Big Data est aujourd’hui incontournable compte tenu de la place prépondérante du numérique dans le quotidien du consommateur lambda. L’exploitation du Big Data consiste en la collecte et l’analyse des données recueillies afin d’en tirer profit. Pour les entreprises, notamment agricoles, ce secteur novateur en lien avec les nouvelles technologies répond à des enjeux stratégiques qu’il convient de maîtriser pour développer des produits répondant aux besoins des consommateurs et espérer engranger un maximum de bénéfices, tout en évitant les pertes liées aux coûts de développement, de production et de stockage. 1. Garantie de la qualité des données Si la connaissance des clients passe avant tout par l’analyse des données les concernant, encore faut-il qu’elles soient de qualité. En effet, la qualité des données doit être une priorité pour ne pas fausser les stratégies découlant de leur traitement. Un système d’audit de la qualité des données doit donc être mis en place afin de corriger les éventuelles erreurs humaines survenues. Des outils de correction automatique permettent de s’assurer de la pertinence des données collectées et analysées. 2. Triage et traitement des données Si la numérisation des données a largement facilité la collecte des données et leur exploitation, pour de nombreux experts le traitement des données est l’un des enjeux les plus importants du Big Data. En effet, le plus difficile dans l’exploitation du Big Data consiste à trier les données exploitables parmi celles réunies souvent sous divers formats. C’est pourquoi l’entreprise doit intégrer à son équipe des experts en traitement de données comme le «Chief data officer». Il y a quelques années seulement, la complexité du triage des informations obtenues constituait un frein à leur exploitation, notamment en raison du niveau d’incertitude sur la véracité des données. Heureusement, il existe aujourd’hui des algorithmes statistiques facilitant le traitement permettant de transformer les données recueillies en informations intelligibles afin de créer de la valeur. Les professionnels du Big Data recourent non seulement à la statistique proprement dite, mais aussi au « machine learning » et même au «Data Mining». Les techniques mises en action lors de l’utilisation de ces instruments d’analyse et de prospection sont particulièrement efficaces pour extraire des informations significatives depuis de grandes quantités de données. Actuellement, l’enjeu est tel que les entreprises ont tout intérêt à investir dans des outils de gestion et de traitement permettant d’analyser les data en temps réel pour faire face à la concurrence et doper leur croissance. 3. Mise en relation de tous les métiers Le Big Data implique de faire travailler ensemble différents professionnels dans le but d’atteindre des objectifs précis. Ainsi, le spécialiste du marketing doit collaborer étroitement avec un statisticien pour avoir une idée précise des actions à mener en fonction des particularités de la population cible. Le Big Data touche en effet tous les métiers recensés au sein de l’entreprise et les données analysées doivent profiter à tous. Il est de ce fait opportun de structurer les données en suivant une modélisation des processus métiers. 4. Assurance de la sécurité Les informations utiles aux entreprises pour définir leurs stratégies relèvent pour la plupart du domaine privé. Elles proviennent en majorité des comptes utilisateurs et touchent de ce fait à la relation de confiance liant l’entreprise à ses clients. De ce fait, leur sécurité a une importance particulière, car elle engage la responsabilité et la réputation de l’enseigne. 5. Humanisation des données L’entreprise ne doit pas oublier l’humain derrière les données recueillies. De toute façon, l’intérêt du Big Data est de placer les clients au centre du processus décisionnel. Mieux informés, les consommateurs réclament de meilleurs services et des offres personnalisées correspondant à leurs besoins réels. 6. Big Data au service du marketing Le marketing est inséparable de la vente. Avec le Big Data, l’enjeu évolue pour consister à identifier les canaux de communication et de distribution qui toucheront la population cible. Ainsi, la partie analytique du Big Data permet d’abord de mieux connaître les clients potentiels afin d’optimiser l’interaction avec eux. Les processus analytiques des données sont centralisés autour d’un référentiel connaissance client afin de réunir les applications métiers propres à chaque canal de communication. Il convient ensuite de mettre en place des solutions prédictives qui optimiseront les offres proposées aux clients, les campagnes de communication et par extension, les ventes. De fait, l’analyse des données centralisées permet à une entreprise de proposer à une clientèle bien définie les bons produits au bon moment en s’appuyant sur les bons messages. Promotion de l’agriculture de précision Un travail conjoint de communication sur l’ensemble des thématiques de l’agriculture de précision entre les diverses Chambres d’agriculture et les Directions des services agricoles est de nature à susciter un intérêt auprès de la corporation des producteurs agricoles algériens pour peu que la rentabilité du capital investi (retour sur investissement) soit mise en avant. Or, il s’avère que l’agriculture de précision est toujours rentable et que les investissements qui lui seront consacrés seront dans tous les cas amortis. Et de ce fait, elle sera appelée, j’en suis convaincu, à connaître un essor dans notre pays en vertu du constat qu’«une nouvelle technologie ne sera adoptée de façon généralisée que si elle améliore la rentabilité moyenne ou réduit le risque moyen» (Plant, 2001). Performances agricoles Les performances doivent être rapportées à une unité de surface (ha) et à une période (année) et traduites : - soit en termes d’économies d’intrants réalisées à rendement et impact environnemental constants (performance économique) ; - soit en termes d’augmentation du rendement à intrants et impact environnemental constants (performance variétale) ; - soit en termes d’amélioration de la productivité à impact environnemental constant (performance opérationnelle) ; - soit en termes de diminution de l’impact environnemental à rentabilité constante (performance environnementale). Si les performances guident les choix économiques, les producteurs agricoles se doivent d’être réceptifs aux conseils des professionnels en matière de : - technologies de précision (drones agricoles, capteurs aéroportés, imagerie aérienne, cartes de rendement, optimisation écologique et économique des usages de l’engrais, réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires, GPS agricole, semoir de précision …) ; - combinaison gagnante entre équipements, nouvelles technologies et services ; - protection de semences la plus appropriée compte tenu des caractéristiques agronomiques, des connaissances génétiques et de la recherche variétale ; - système de production, système de culture, succession de cultures et itinéraires techniques ; - pratiques agricoles à la fois plus performantes et respectueuses de l’environnement ; - pratiques de gestion intelligente. Ferme 3.0 Enfin, des projets pilotes de fermes 3.0 qui allient rentabilité économique des systèmes agricoles et problématiques environnementales doivent être lancés au plus tôt. Drones agricoles, tracteurs connectés, épandeurs modulés, bineuses guidées par caméra, systèmes d’irrigation pilotée et technologie M2M devront y être testés. Ces fermes high-tech serviront de laboratoires aux différentes : - solutions de fertilisation liquide au semis, pouvant être combinée avec un semoir de précision ; - solutions de cartographie agricole (suivi des plantes à des moments-clés de leur développement, cartes de préconisation et pilotage des cultures) ; - solutions d’irrigation (Automated Irrigation Management System «AIMS» et Precision Variable Rate Irrigation «PVRI») ; - solutions énergétiques alternatives (compte tenu de l’impact énergétique par culture en MJ / ha) ; - solutions logistiques (transport des récoltes à même d’améliorer l’efficacité du système de manutention des grains) ; - solutions de stockage adaptées aux différents types de semences et de grains (nettoyage des grains, ventilation / refroidissement des grains et suivi assidu de la température des stocks), etc. Production céréalière en 2017 et perspectives En Algérie, la production de céréales de 2017 s’est établie à 3,5 millions de tonnes. Cette récolte a été réalisée sur 3,5 millions d’hectares et comprend notamment le blé dur et tendre, l’orge ainsi que l’avoine. Le blé dur a représenté 57% du total de la production (2 millions de tonnes). Le rendement céréalier moyen est donc de 10 q / ha ! L’objectif du gouvernement algérien est d’atteindre une production de 7 millions de tonnes de céréales et une superficie de terres arables irriguées de 2 millions d’hectares entre 2015-2019. Conclusion Au niveau national, nourrir une population qui ne cesse d’augmenter. Et à l’échelle locale, accroître significativement les rendements agricoles tout en respectant des contraintes réglementaires en matière d’utilisation de produits phytosanitaires. Répondre, aussi, à une demande croissante de produits plus sains de la part des consommateurs, sans pour autant augmenter les prix. Tels sont les défis de notre agriculture, une quadrature du cercle dont les technologies digitales pourraient représenter la solution. En effet, après la révolution portée par la mécanisation de l’agriculture, l’enjeu aujourd’hui est l’application des TIC à la mécanique. Autre enjeu fondamental, mais cette fois du numérique qu’il soit dans l’agriculture comme dans les autres secteurs : aider les humains dans leur prise de décisions. Cette révolution (de toute l’activité) agricole portée par les nouvelles technologies doit obliger notre gouvernement à s’adapter au plus tôt à l’agriculture numérique et à la rendre accessible à tous les types d’exploitants. Il devra s’atteler à des défis considérables, comme : - l’infrastructure haut débit pour connecter non seulement tous les agriculteurs à internet, mais aussi les machines et tous les outils technologiques ; - le développement des connaissances numériques des agriculteurs par le lancement de programmes de formation ; - le Big Data qui enclenche sur le long terme un cercle vertueux : plus on perfectionne les données, plus elles s’affinent. En définitive, vu le retard considérable que nous accusons sur l’agriculture de précision, il est urgent de la promouvoir et de la soutenir pour inciter la nouvelle génération connectée d’agronomes à saisir les opportunités d’investissements offertes par cette révolution et à s’y consacrer pleinement.    Principales références : - Site professionnel d’AGCO dont le siège social se trouve à Duluth, Géorgie, Etats-Unis : leader mondial dans la conception, la fabrication et la distribution d’équipements agricoles - Site professionnel de Trimble Inc., dont le siège social se trouve à Sunnyvale, Californie, Etats-Unis : leader des solutions de géolocalisation de pointe qui fabrique des récepteurs GPS (Global Positioning System), des télémètres laser, des véhicules aériens sans pilote (UAV), des systèmes de navigation inertielle et divers outils de traitement logiciel - Site professionnel de Lindsay Corporation, dont le siège social se trouve à Omaha, Nebraska, Etats-Unis : société mondiale qui fabrique des systèmes d’irrigation à pivot central, fournit des stations de pompage intégrées et des systèmes de filtration avec l’ensemble des systèmes de contrôle et de surveillance à distance. - Site professionnel d’AIRINOV dont le siège social se trouve à Paris, France : société qui a développé le concept du drone en agriculture dans le but de fournir aux exploitants un outil de préconisation et d’aide à la décision. AIRINOV apporte toute son expertise agronomique pour permettre aux agriculteurs de bénéficier d’une optimisation de leur activité (pilotage des fertilisations, conseils sur la dose d’intrants et amélioration de la qualité des épandages) ; - Site «MBA ESG» pour le paragraphe qui traite du Big Data  - Wikipedia  

Pour la promotion et le développement de l’agriculture de précision en Algérie

Comme les Etats-Unis l’ont démontré, le meilleur moyen d’innovation numérique dans l’agriculture est le réseau entre agriculteurs, industriels et gouvernement. Il s’agit de faire remonter les besoins et leur trouver les solutions les plus adaptées, en évitant le piège de la réglementation.» Jérôme Cipel (chargé de la numérisation des données auprès de la Chambre d’agriculture de la Somme). Promouvoir l’agriculture de précision à grande échelle pour les grandes cultures nécessite une volonté politique, des ressources (humaines, financières et technologiques) et une organisation fluide et flexible au niveau de l’administration agricole. Faire adhérer les acteurs agricoles au «tout précis» en lieu et place de l’à-peu-près n’est pas chose aisée. Un changement culturel aussi profond doit s’opérer avec tact et s’accompagner de promesses de profit alléchantes. Prendre option pour ce type d’agriculture, c’est investir dans des technologies coûteuses. D’un point de vue purement économique, il est donc recommandé de remembrer les exploitations avant de s’y risquer. Regrouper les superficies et mutualiser les moyens pour gagner en précision et en rentabilité, tels sont les défis que doivent relever nos producteurs agricoles. Si l’intention y est, encore faut-il la faire suivre d’actes décisifs pour rendre effectif le changement ! Accompagner les agriculteurs algériens dans leurs démarches fédératives en vue de fonder des entreprises coopératives agricoles ainsi que dans leur volonté de créer (structurer) des chaînes de valeurs agricoles performantes me semble être un passage obligé. Hiérarchiser les problèmes en donnant la priorité à la résolution de ceux d’ordre organisationnel, culturel, interprofessionnel, juridique et réglementaire avant d’investir dans des technologies récentes relève du bon sens car il faut savoir que si les organisations performantes intègrent bien les technologies de pointe, les technologies aussi innovantes soient-elles ne transforment jamais les organisations défaillantes en systèmes plus performants ! Systèmes de production Si comprendre que la «taille» procure des économies d’échelle est vraiment souhaitable, saisir la complexité des systèmes de production l’est tout aussi. Il est donc tout à fait opportun de proposer une caractérisation des pratiques agricoles et de leurs impacts sur la durabilité des systèmes mis en œuvre dans les exploitations céréalières (prises comme exemples en tant que grandes cultures). Deux principes clés guident la démarche de caractérisation : • l’exploitation est vue comme un système de production, combinant productions et facteurs de production ; • l’exploitant a des raisons de faire ce qu’il fait. Le fonctionnement de l’exploitation agricole peut être considéré comme un enchaînement de prise de décisions de l’agriculteur, dans un ensemble d’atouts et de contraintes en vue d’atteindre un ou plusieurs objectifs. Le système de culture définit, au sein de l’exploitation, la cohérence avec laquelle l’agriculteur utilise ses moyens de production sur chaque parcelle pour atteindre des objectifs de production et gérer la fertilité du milieu. Le système de culture, sous-ensemble du système de production, se décompose en succession de cultures et itinéraires techniques. Il serait illusoire de penser que le système de culture parfait (impact social positif, impact nul sur l’environnement et marge nette élevée) existe. Seule l’adaptation au cas par cas est possible en hiérarchisant les priorités. C’est pourquoi l’accent sera mis sur la réalisation de fermes véritablement optimisées en veillant à une exploitation rationnelle et raisonnable de la terre et des ressources. Agriculture de précision L’agriculture de précision est un concept de gestion des parcelles agricoles, fondé sur le constat de l’existence de variabilités intra-parcellaires. Aujourd’hui, l’agriculture de précision s’applique à l’ensemble de la gestion de l’exploitation agricole dans le but d’optimiser le rendement des intrants tout en préservant les ressources. En utilisant d’une manière ciblée les surfaces agricoles, l’agriculture de précision s’appuie en fait sur : - les systèmes de proxi-détection du sol et des plantes ; - la gestion et le traitement de données géo-spatiales ; - le géo-référencement des échantillons de sol. Elle se focalise sur : - le contrôle de la population de semences et des doses de produits ; - le suivi du semis en temps réel ; - le contrôle précis des sections ; - la mesure de la vigueur de la plante et l’estimation des besoins azotés grâce aux capteurs de biomasse ; - l’application à dose variable (en vue de l’apport au plus juste de produit en fonction du potentiel du sol). Elle vise : - à l’amélioration de l’efficacité globale des exploitations ; - à l’économie des semences ; - au développement de cultures plus homogènes ; - à l’optimisation des travaux de semis, de pulvérisation, d’épandage et de travail du sol ; - à l’optimisation des intrants en apportant au bon moment et au bon endroit la juste dose d’azote pour assurer qualité et rendement ; - à l’accroissement de la productivité sur le terrain lors de la plantation, de la pulvérisation, de l’épandage ou de la récolte ; - à l’atteinte du degré de finition souhaité avec un minimum de passages et un maximum de précision ; - à l’augmentation de la rentabilité ; - à l’acquisition d’un avantage concurrentiel durable. Gestion des exploitations agricoles 1) Solutions agricoles précises L’agriculture de précision propose plusieurs solutions (issues du mariage réussi entre le numérique et la robotique) qui révolutionnent déjà le quotidien des agriculteurs. Si le numérique s’est installé depuis un certain temps dans les champs pour mieux gérer les fermes, il a été suivi récemment par une large gamme de capteurs intelligents autonomes. Placés dans ces mêmes champs et embarqués sur des engins agricoles ou sur des drones, ils optimisent les traitements grâce à une meilleure connaissance des besoins du sol et des plantes. L’agriculteur est de ce fait à même de connaître au mieux les besoins en arrosage et les besoins spatiaux en engrais ou en produits phytosanitaires pour ne traiter que les parcelles nécessaires. Cette gestion précise des besoins au quotidien, du suivi de l’état des sols et des risques repose sur la puissance et l’efficacité du traitement des données recueillies. Pour mener à bien ses tâches quotidiennes, l’agriculteur 3.0 dispose désormais d’un arsenal technologique qui va des capteurs connectés (permettant de mesurer la température de l’air, l’hygrométrie, la pluviométrie, la température du sol… et fournissant l’information météorologique et agronomique à la parcelle en temps réel) aux systèmes embarqués sur les tracteurs permettant d’optimiser les réglages des pulvérisateurs de produits phytosanitaires (réduction de l’ordre 15 à 20% des quantités épandues) en passant par les logiciels paramétrés permettant une gestion complète de l’exploitation via des solutions open source. Cette panoplie est à la base de la performance agricole ! 2) Logiciels de gestion de fermes La réussite en matière d’agriculture moderne passe par un suivi détaillé des opérations agricoles. L’application des normes de qualité toujours plus rigoureuses ainsi que la maîtrise des coûts de production toujours plus fine dans un environnement de plus en plus compétitif entraînent aujourd’hui des changements profonds au niveau de la gestion des exploitations agricoles. Le passage à la précision et l’adoption de technologies à complexité croissante rendent actuellement l’utilisation de solutions performantes absolument indispensables. La puissance des logiciels de gestion de fermes devient par la force des choses un atout majeur face aux exigences de l’agriculture contemporaine. L’application mobile de gestion de ferme offre : - une reconnaissance des cultures ; - un suivi de l’ensemencement et des applications des produits ; - des outils de collecte des données (notamment de récolte) ; - des niveaux gradués de précision ainsi que des indicateurs d’alerte (relatifs aux intervalles à respecter avant récolte) ; - des détails du champ, son historique et des inventaires divers. 3) Planification des cultures Réaliser la meilleure saison possible, tel est le souhait récurrent de chaque entrepreneur agricole ambitieux et audacieux. Or, il va sans dire que des considérations d’ordre stratégique doivent éclairer tout décideur agricole qui aspire au succès. Si la segmentation stratégique permet de découper l’activité agricole en groupes de métiers agricoles au sein même de l’entreprise et de déterminer leur poids relatif en termes de chiffre d’affaires futur, la planification stratégique quant à elle doit être faite par domaine (et par zone) pour que le succès tant espéré soit au rendez-vous lors de la récolte à venir. C’est pourquoi l’utilisation d’outils de planification (issus de plateformes logicielles de gestion agricole) se justifie amplement. Nonobstant le fait qu’ils établissent le potentiel de fertilité chimique des sols, les listes d’achat d’intrants et une budgétisation (en termes de coûts et de temps), ces puissants outils proposent : - une évaluation multicritères de l’historique des récoltes ; - une planification de la fertilité des terres agricoles ; - une planification des cultures ; - une planification des opérations de plantation et d’ensemencement ; - une planification pour une gestion optimale de l’eau ; - des «fourchettes» de précision requises pour l’atteinte des objectifs ; - des estimations précises des rendements agricoles et de la rentabilité (économique et financière). Dans une optique de gestion globale, d’autres outils de l’agriculture de précision proposent : - la mesure du NDVI(*) - les prescriptions à taux variable (pour les semences, la protection des cultures et les applications d’engrais) ; - le suivi de l’irrigation ; - le support d’imagerie. 4) Gestion spécifique au site et application à taux variable La gestion spécifique au site prend en compte les trois (03) critères suivants : 1)- l’existence d’une variabilité spatiale significative affectant le rendement des cultures ; 2)- l’identification et la quantification des causes de cette variabilité ; 3)- l’exploitation des informations obtenues par ces mesures pour modifier les pratiques culturales dans le but d’améliorer les profits ou réduire l’impact environnemental. Une étude de Cassman et Plant (1992) comparant la gestion spécifique au site et l’application uniforme de fertilisants a démontré que les bénéfices économiques dépendaient, d’une manière complexe, des trois facteurs suivants : 1)- du ratio entre le coût des fertilisants et la valeur de la récolte ; 2)- de la distribution du taux des éléments chimiques existants naturellement dans le sol ; 3)- de la réponse des cultures aux fertilisants. 5) Outils financiers De la comparaison des dépenses réelles aux budgets prévus à l’établissement des états financiers des exploitations en passant par le calcul des coûts par unité de production, les possibilités de ces outils sont tout à fait remarquables. La rentabilité y est suivie de façon précise et les données sont prises en vue de créer des cartes de profits à même de fournir les résultats financiers de l’année en cours, champ par champ et culture par culture. En entrant les transactions dans le registre de compte interactif et en consultant rapidement les profits et pertes par domaine, il est possible de voir où il faut apporter les changements qui s’imposent à mesure que les améliorations se réalisent et s’enchaînent année après année. Amélioration des performances agricoles 1) Préparation du terrain agricole A) Solution de préparation du terrain agricole Les solutions de préparation des terres entièrement intégrées permettent un bon développement racinaire en créant une structure de sol favorable à la croissance. En effet, le travail du sol, les applications anhydres et les cartes de préconisation personnalisées aident les agriculteurs à contrôler de façon précise les engrais et à améliorer les opérations de labour. Les rendements agricoles et la productivité agricole globale s’en trouvent alors grandement améliorés. De plus, les systèmes de cartographie de bureau, de tenue de dossiers sur le terrain et de comptabilité de caisse forment des solutions assez complètes (en ligne et mobiles) pour les exploitations agricoles. Elles permettent de gérer aisément tous les enregistrements de terrain via la création de rapports de tâches (de terrain). La plupart des activités de terrain sont générées automatiquement à partir des données d’agriculture de précision qui incluent entre autres : - les variétés de semences / type de batteries de trieurs alvéolaires choisi ; - les mélanges en cuve ; - les pesticides à usage restreint ; - les utilisations d’engrais ; - les données de récolte ; - le suivi du stockage du grain. B) Solution de formation de terrain Pour les producteurs ou entrepreneurs en terrassement, des solutions de formation de terrain et de nivellement terrestre sont susceptibles de les aider à réparer les zones sous-productives tout en contrôlant le coût des travaux et en minimisant les perturbations causées à la couche arable. Elles intègrent les fonctionnalités suivantes : - nivellement des champs avec des plans simples ou multiples (personnalisés ou avec plusieurs charnières) ; - égouttage dans n’importe quelle direction en favorisant les itinéraires linéaires à l’instar des fossés ou des systèmes de drainage existants ; - conceptions de talus variables et multidirectionnelles pour optimiser l’irrigation des sillons ; - conception individuelle de chaque section et création de lignes de section ; - simulations 3D (génération de plusieurs variantes de conception pour le champ par rapport à la topographie d’origine) ; - production des estimations et des rapports de coupe / remplissage 2D. 2) Contrôle des intrants agricoles Le système dynamique de contrôle des intrants (activant des vannes de régulation) est nécessaire pour les opérations de plantation et de gestion des éléments nutritifs et des parasites. Fonctionnant à vitesse d’avancement constante, ce système de contrôle des flux et des applications (à débit variable) permet une modulation de dose (évaluation exacte de dose et gestion précise des intrants) ainsi qu’un arrêt automatique de l’application des produits lorsque nécessaire. Il s’ensuit une économie substantielle lors des opérations d’ensemencement, d’application de produits chimiques et d’épandage des engrais (granulaires ou liquides). A) Système de détection des cultures Le système de détection de récolte permet de gérer de manière efficace et précise les intrants. Le système utilise des capteurs optiques pour apprécier la vigueur des cultures, estimer l’état de santé des plantes et quantifier leurs besoins. Tenant compte de la variabilité du champ, il crée une prescription ciblée pour appliquer la bonne quantité d’engrais, au bon endroit et au bon moment à l’aide de pulvérisateurs / épandeurs. B) Capteurs manuels Ces capteurs manuels évaluent d’une manière fiable : - le pH de l’eau ; - la résistance à la pénétration ; - la conductivité électrique (ECa) ; - la teneur en eau volumique. C) Système de pulvérisation ponctuelle Le système de pulvérisation ponctuelle est une solution efficace pour contrôler efficacement les mauvaises herbes notamment dans les zones où les celles-ci poussent par intermittence. Ce système détecte si une mauvaise herbe est présente et signale à une buse de fournir une quantité précise de pulvérisation chimique uniquement sur l’herbe et non sur le sol nu. 3) Suivi du rendement Il s’agit de comparer la performance de différentes variétés de semences au niveau d’une ferme pilote et d’établir un programme de sélection des semences en fonction des données de rendement sur plusieurs années. Surveillance du rendement sur le terrain Cette opération consiste à : - surveiller (par cartographie) en temps réel les données inscrites sur la carte de rendement ainsi que l’indice d’humidité des cultures durant la récolte ; - identifier les zones à hautes et basses performances ; - améliorer la précision des calculs de rendement par un ajustement automatique de la largeur de coupe ; - comparer la quantité de grain récoltée aux données réelles des chargements; - décider si le grain doit être stocké en l’état ou séché en fonction de la teneur en humidité ; - évaluer les pertes lors du transport et du stockage ; - générer les rapports de gestion.   Fertigation et hydraulique agricole 1) Irrigation de précision Les solutions d’irrigation de haute précision (issues des technologies d’irrigation et de précision) permettent d’appliquer la bonne quantité d’eau, de fertigation ou d’effluent au bon endroit en fonction des équipements de pompage et des besoins. Il en découle une utilisation rationnelle des ressources en eau, une amélioration de la qualité et un accroissement des rendements. Ces solutions utilisent des pivots à débit variable, c’est-à-dire équipés d’un système de buses individuelles guidé par GPS. Elles fournissent, conformément au plan d’irrigation, une distribution d’eau précise et uniforme à la culture tout au long de son cycle de vie. Elles sont gérées en temps réel et à distance à l’aide d’applications mobiles. Ces dernières intègrent différentes situations (nature des champs et type de cultures) grâce à des fonctionnalités dédiées. L’irrigation à débit variable traditionnel Variable rate irrigation (VRI) peut être utilisée par des pivots avec une pompe à entraînement à fréquence variable (VFD) ou à entraînement à vitesse variable (VSD). Ces pompes fournissent le débit optimal et la pression requise au pivot pour s’adapter aux différentes profondeurs d’application. 2) Contrôle de niveau, nivellement et drainage Des systèmes de contrôle en 3D simples d’utilisation, entièrement évolutifs et suffisamment flexibles (pour répondre à un large éventail d’exigences) sont vivement recommandés pour rationaliser les opérations de drainage. A) Relevé topographique La réalisation du relevé topographique d’un champ s’avère nécessaire eu égard à la gestion du nivellement et au drainage (des champs). L’atteinte du plus haut niveau de précision d’une image d’un champ est rendue possible grâce à l’utilisation de données topographiques de haute qualité (indispensables pour créer un design précis et équilibré). Pour de futurs projets de gestion de maintenance ou de drainage, le traçage des contours réels des nouveaux champs peut s’avérer être très utile. B) Nivellement et formage Déplacer deux fois la terre quand une fois suffit est un non-sens économique. Par contre, achever un travail en un temps réduit (sans aucun retard) et faire en sorte qu’il soit bien fait dès la première fois (sans aucune surprise) c’est atteindre le Graal. Exécuter les opérations de nivellement et de formage sous ces deux conditions suppose un contrôle de niveau avec une précision verticale maximale. L’amélioration de la productivité (à qualité égale) nécessite une nouvelle norme temporelle de fonctionnement avec des opérations «in-field» (sur champ) continues. Ce progrès n’est rendu possible que par l’utilisation de systèmes qui rationalisent les trois étapes (arpentage, conception et nivellement) propres aux projets de nivellement de terrain. C) Logiciels de conception de surface Pour gérer efficacement les écoulements et les flux, on utilise des outils flexibles et paramétrés de conception de surface. La méthode consiste à créer des plans de nivellement, de drainage et d’irrigation qui optimisent la surface du champ. Une surface de champ optimale est obtenue à l’aide de paramètres de conception bien ajustés. Il s’agit en fait d’assurer un équilibre entre, d’une part, les bonnes pratiques agricoles et, d’autre part, les exigences de déplacement de l’eau et les coûts de terrassement. Des solutions qui assurent à la fois le bon drainage des champs et l’augmentation du rendement des cultures ont été conçues et sont opérationnelles. Elles contribuent de manière satisfaisante au placement optimal des drains lors de projets de gestion des eaux de drainage (de surface et souterraines). Le travail d’optimisation consiste à superposer différentes couches (de rendement ou de types de sol) de sorte à visualiser le champ selon diverses perspectives. D) Dimensionnement automatique des tuyaux Des solutions logicielles ont été élaborées pour concevoir rapidement et efficacement des systèmes de drainage optimaux. Grâce au paramétrage et aux simulations informatiques, elles calculent les dimensions optimales de tous les tuyaux du réseau et génèrent des estimations en termes de coût total en rapport avec l’ensemble des travaux à effectuer, des équipements hydrauliques à acquérir et du matériel à avoir pour mener à bien le projet de drainage. Attention ! Lors de la conception de système de drainage agricole, il faut veiller : - au positionnement correct des levées d’irrigation à partir des données topographiques ; - aux espacements latéraux parallèles et aux lignes de drainage ; - aux ajustements de conception basés sur le profil vertical et à la direction de la sortie de l’eau ; - à la circulation correcte des conduites de drainage ; - à l’écoulement et aux lignes d’affluent pour faciliter le suivi des débits naturels d’eau de surface. GPS agricole 1) Système de guidage Le guidage automatique de précision est : - une solution de géolocalisation basée sur la technologie de positionnement (guidage utilisant le GPS) ; - une technologie de compensation de terrain qui oriente le véhicule agricole avec une précision accrue lors de la conduite sur des terrains difficiles (en pente ou accidentés) ; - un système de guidage hydraulique assisté et automatisé (Autopilot) qui permet aux véhicules agricoles de se maintenir sur une trajectoire rectiligne tout en laissant au conducteur le soin de se concentrer sur d’autres tâches agricoles ; - un système de contrôle équipé de capteurs et de caméras qui aide à guider avec précision le tracteur et / ou l’outil agricole sur n’importe quel terrain de façon passive (surveille et corrige la position de l’outil en déplaçant le tracteur) ou de façon active (maintient le tracteur et l’outil sur la même ligne de guidage) ; - un système doté d’une fermeture en bout de rang. 2) Avantages du système Ils sont au nombre de sept (07) : - obtention de sillons parfaitement parallèles ; - minimisation des sauts (de rangées ou sillons) et des chevauchements ; - élimination des doubles applications de semences dans les tournières ; - développement de cultures plus homogènes ; - économie d’importantes quantités de semences et d’engrais ; - maximisation la productivité agricole ; - amélioration de la rentabilité des exploitations. 3) Système de correction Les systèmes de correction pour le guidage sont constitués de radios, récepteurs et stations de base. A) Radios Les radios externes et intégrées fournissent des corrections très précises et reproductibles pour les applications agricoles de précision. Avec leurs larges gammes de fréquences, capacités de transmission et robustesse, elles offrent des performances fiables dans les conditions les plus exigeantes. - Radios externes Les radios externes offrent une plus grande sensibilité de réception (atteinte d’une plus grande portée). - Radios intégrées Les radios intégrées sont constituées d’une antenne radio intégrée au récepteur ou à l’afficheur dans une seule unité. Ces radios reçoivent les corrections transmises par les stations de base. B) Récepteurs Les récepteurs portables prennent en charge une variété de corrections en temps réel pour une précision reproductible d’année en année. C) Stations de base Les stations de base sont conçues pour un fonctionnement simple et fiable dans le cadre d’un réseau ou en tant que station de base mobile unique pour une utilisation à la ferme. 4) Services de correction pour les applications agricoles Sachant que les exigences de précision de chaque agriculteur sont différentes, des solutions de services de positionnement (notamment par voie satellite) sont actuellement fournies (par des opérateurs) pour des cultures qui nécessitent une haute précision (inférieure à 2,5 cm) jusqu’à celles qui ne requièrent qu’une précision inférieure à un mètre.

Les outrages implicites à la subjectivité , ou les nouveaux béni-oui-oui de la périlleuse «modernité occi(re)dentale»

Par Amin HADJ-MOURi Docteur en psychopathologie, psychanalyste Cet écrit a pour but de préciser et de fonder plus avant les arguments que j’ai développés dans le précédent article se référant aux énoncés de Kamel Daoud. Il s’agit de dégager de ces derniers une énonciation qui mette au jour une position subjective (une façon particulière de métaphoriser la structure subjective), laquelle rend compte de la place accordée au sujet en tant qu’il représente l’altérité comme une négation du moi (l’individu conscient de lui-même et conçu comme une entité abstraite, en soi, dotée de pouvoirs d’autonomie et de souveraineté, favorisant les errements mégalomaniaques et/ou paranoïaques). L’INFERNALE QUÊTE DE LA COMPLÉTUDE ET LA MISE à MORT DU SUJET La «modernité occi(re)dentale» (celle qui met à mort le sujet et que développe un certain Occident, avec le concours de ses sbires de par le monde) englobe, selon moi, toutes les théories contemporaines qui confondent -de manière obscurantiste- le progrès avec les illusions ontologiques entretenues par des discours prédicatifs promettant une complétude, conjointe à l’exclusion du sujet, et partant, celle de l’inconscient. Ces théories passent pour celles qui promeuvent un progrès, dont est censée bénéficier une majorité d’individus, toujours prêts à se «débarrasser» du sujet, d’autant plus qu’il leur nuit en les inquiétant, et en les troublant par l’altérité intime qu’il leur dévoile. TOUTE TENTATIVE DE SUTURE DU DÉFAUT CONSTITUTIF DE TOUT ÊTRE PARLANT («BEANCE CAUSALE»), BUTE SUR UN IMPOSSIBLE, UN DES NOMS DE DIEU Ces précisions étant apportées sur les parades modernes contre la subjectivité, je ne peux m’empêcher d’évoquer ce piètre et piteux spectacle offert par l’émission littéraire «La grande librairie» du 7 septembre 2017 sur France 5 ! Son animateur, François Busnel, nous a présenté un duo maghrébin de choc, réunissant Leïla Slimani (prix Goncourt 2016) pour son enquête sur la sexualité au Maroc (Sexe et mensonges. La vie sexuelle au Maroc (Les Arènes.2017) et Kamel Daoud, pour son dernier roman Zabor ou les psaumes. (Actes Sud 2017). Peu me chaut la personne de Daoud, peu m’importe sa biographie ou sa «personnalité»! Il en est de même pour Leïla Slimani. Plutôt que de célébrer plus ou moins béatement ces auteurs, comme le fait le système médiatique français, je les honorerais -sans apologie aucune- parce qu’ils m’offrent l’occasion et la possibilité de problématiser leurs propos et leurs énoncés, dont les énonciations leur échappent fatalement, puisque ce sont leurs lecteurs qui les construisent, à tort ou à raison. Ainsi, Kamel Daoud aide à montrer que lorsqu’il parle ou écrit, l’univocité sémantique cède le pas à la polysémie et à la signifiance, quel que soit le sens qu’il vise à transmettre auprès de ceux qui le lisent et l’écoutent, témoignant par là même -en toute méconnaissance de cause-, qu’aucun sens ne peut être identifié au signifié. Par ce biais, il contribue, à son corps défendant, à mettre au grand jour et sous ses yeux -jusqu’à les «crever» (cf. Œdipe)- notre dépendance et notre soumission à l’ordre symbolique et au signifiant, dont une des caractéristiques essentielles consiste en l’impossibilité de se signifier lui-même. D’où la nécessité, pour un signifiant, de faire appel à un autre -dont il devient dépendant, parce qu’il le soutient- pour concrétiser le sens qu’il vise et convoite. Ainsi, le sens ne peut faire l’économie d’une articulation signifiante, qui sous-tend dès lors une métonymie transfinie. Aussi, lire revient-il à évider des énoncés et à réactiver par là même la signifiance, contre laquelle se révolte -paradoxalement- le symptôme : il dénonce celle-ci, peut même l’entraver, mais il est susceptible aussi de participer, si on l’y «aide» sérieusement, à sa mise au jour. Il ne faut donc jamais le prendre en mauvaise part, ni le dévaloriser en envisageant son éradication par tous les moyens. Les plus obscurantistes et les plus violents parmi ceux-ci, réunissent aussi bien, sous couvert de pragmatisme, les méthodes biocentristes scientifiques que les différents exorcismes et autres mancies dégradantes pour le sujet. Ils renforcent «l’illettrisme», qui refuse l’idée que tout symptôme contienne des éléments nécessaires à son élucidation. Tout comme une histoire, individuelle ou collective, n’est qu’un palimpseste continu, constitué de destructions et de reconstructions renouvelées de récits et de fictions, dont les traces persistent, même si l’effacement a eu lieu, et continue d’avoir lieu. Alors qu’il est dit dans le Prologue de l’Evangile selon St Jean «Au commencement était le verbe», l’islam, lui, enjoint ou invite d’emblée à lire, laissant entendre que la lecture renvoie quoi qu’il en soit à la parole, qu’elle s’exprime de manière orale et/ou écrite. D’ailleurs, que ce soit en arabe dialectal ou en arabe classique, le vocable : livre (kitab), subsume l’écrit en s’appuyant sur la racine k.t.b, qui signifie écrire. Le Coran, par son nom, implique la lecture. Même un seul livre engendre une multiplicité de lectures et d’interprétations. Le problème le plus grave apparaît lorsqu’une interprétation univoque est imposée par un détenteur de pouvoir, qui récuse le réel, laissant accroire que la réalité qu’il produit à partir de sa lecture s’identifie totalement avec ce dernier. Si la polysémie persiste malgré tout, et dans tous les cas, c’est bien parce que ce réel est impossible à maîtriser : il échappe et confirme la soumission à l’ordre symbolique de tous ceux (hommes et femmes confondus) qui ne souffrent pas la féminité en tant qu’elle met en évidence une incomplétude radicale, qui n’a rien à voir avec l’impuissance et l’incapacité. Le réel permet à la signifiance de se matérialiser et rend possibles des constructions et des fictions multiples, dont la diversité témoigne de leur commune impossibilité à le dominer et à le dompter. La prestation télévisuelle que j’évoquais plus haut, fut une soirée consacrée aux déplorations et aux récriminations appelant l’empathie compassionnelle de ceux qui, en Occident en l’occurrence, ont réussi à vaincre ces «tares» qui obèrent encore la vie sexuelle dans les pays du Maghreb, comme ceux du «monde arabe ou arabo-musulman» en général, «c’est kif-kif bourricot !», «du Maroc jusqu’en Jordanie», précisera K. Daoud, au cours de l’émission. Les interprétations menées à l’aune quasi exclusive du facteur ethno-confessionnel, élevé au rang de déterminisme essentiel univoque et hégémonique, participe à la dédialectisation des articulations possibles entre déterminations locales et détermination globale, et met en œuvre une causalité fondamentalement indigente sur les plans logique et épistémologique. Ainsi, si Kamel Daoud peut expliquer les exactions sexuelles perpétrées à Cologne (Les viols de la St Sylvestre) par certains individus en raison de leur appartenance ethnique et confessionnelle, peut-il mettre en avant ce même facteur pour nous éclairer sur les agissements et les méfaits sexuels d’un grand producteur de cinéma hollywoodien, Harvey Weinstein, et de bien d’autres encore ? La perversion «djihadiste» fait écho à l’extrême-droitisation de l’Occident, qui se concrétise à travers cette «modernité occi(re)dentale», marquée par le retour en force, entre autres, de théories neurobiologiques et psychologiques, fondamentalement essentialistes et racistes, qui promeuvent, grâce à des sciences prédicatives fausses, une complétude pleine et entière, réservée à certains «méritants». Ces perversions prétendent lutter pour le bien de l’humanité en niant ce qui confère à l’être parlant sa consistance spécifique, à savoir ce «troumatisme», qui assujettit, chacun et tous, à un ordre symbolique, dont la particularité fait que, pour pouvoir prétendre s’en affranchir, il est impossible de ne pas en passer par lui, et ainsi, montrer sa dépendance à son égard. L’INDIVIDU N’EST PAS LE SUJET. IL EST LE FERMENT DE LA TYRANNIE DU GROUPE CONTRE LA SUBJECTIVITé Célébrer et sacraliser sans cesse l’individu comme un progrès que n’ont pas encore atteint certaines sociétés, en raison de la répression et de l’oppression du groupe, de la communauté et du pouvoir politique qui y règnent, n’a de valeur que si on ne méconnaît pas  sa négation, à savoir le sujet de l’inconscient. Faute de quoi, tous les adeptes de ces inepties prônant le triomphe de l’individu peuvent se retrouver, surtout s’ils pratiquent la surenchère dans ce domaine, en «tête de gondole» des supermarchés de l’impensé et de la débilité. Celle-ci réduit, voire inhibe, l’«agilité» intellectuelle et renforce le réalisme et l’objectivité vulgaires, contenus dans des formules du genre : «Je ne crois que ce que je vois !». Elle atteint son paroxysme lorsque la singularité, corrélative de la subjectivité, est allègrement confondue avec l’individualité. Enlisée dans le bilatère (deux dimensions), elle pousse la domination hégémonique de la raison classique à un point tel qu’une formulation paradoxale, comme celle-ci, de Jacques Prévert : «Toujours pareil, mais jamais le même», devient incompréhensible et inouïe, «anormale». La xénopathie (rejet du vide, étranger au bilatère) s’associe toujours à  cette débilité. Le caractère spectaculaire de certaines positions partisanes, très réductrices, suffit souvent pour qu’on ne cherche pas à les dépasser ni à les subvertir. «Enfiler» des poncifs devient un petit jeu jouissif pour les «Béatitudes» convaincues, qui n’accordent aucune place à l’évidement constructif. L’adversité feinte et complice se révèle lorsque des conceptions, spectaculairement et hystériquement contestées, finissent par mettre au jour l’identité discursive qui les réunit. Nous avons eu droit, ce soir-là, à un certain nombre d’affirmations : «L’individu n’existe pas dans ces sociétés», ou «On a le droit d’être un individu et de s’inventer soi», ou bien «Il faut briser les règles», proférées à l’emporte-pièce. Nous avons même été gratifiés d’approximations, comme l’amalgame proféré par ce dernier, ce soir-là, entre «communisme, fascisme, totalitarisme et conservatisme». Ces enfumages idéologiques usent et abusent des théories prônant la suprématie de l’individu abstrait et idéal pour mieux dissimuler -à la grande satisfaction de la majorité- le totalitarisme qui travaille en sous-main ces constructions, devenues spectaculaires sous l’influence du discours hystérique. Mettre ainsi l’individu sur un piédestal, en le clivant de son altérité, conduit inévitablement à annihiler la singularité, qui met en continuité l’un et l’autre. Quant à la «h’chouma» (la honte), elle ne concerne pas seulement tout ce qui a trait à la sexualité, elle concerne aussi bien tous ceux qui tiennent des propos aussi peu fondés, et font usage de notions-valises comme celle de «société patriarcale» (Leïla Slimani), qui bafoue la fonction symbolique du Père, dont la disparition (l’absence, la mort), permet son omniprésence, laquelle bat en brèche le patriarcat, qui  fait valoir la place imaginaire d’un père tout-puissant, capable de «faire le gendarme», mais certainement pas de respecter, ni de faire respecter la Loi, à savoir l’interdit libérateur du désir, dont le destin consiste en un ratage émancipateur. Les deux «têtes de gondole», que nous présentent les institutions «me®diatiques» françaises, n’ont pas hésité à nous resservir les antiennes sur la sexualité réprimée et opprimée, méconnaissant le fait fondamental que, même si un ordre social «libertaire» décrétait une liberté totale et absolue à ce sujet, le défaut, qui constitue la sexualité, s’imposera de toute façon, mettant au jour par là même son caractère indépassable, en tant qu’il est de nature structurale. Aussi cette impossibilité qui le caractérise favorise-t-elle l’existence de chacun, non plus comme individu abstrait, mais comme sujet, marqué définitivement par une altérité qui le divise et contrarie ses revendications d’individu autonome et souverain, afin que son désir -et par là même la Loi qui le soutient- soit préservé.  La soumission à cette loi, interdictrice de l’inceste, se concrétise dans une incomplétude imposée par l’ordre symbolique, auquel chacun est soumis comme être parlant et manquant. Elle confère une immuabilité à un défaut réfractaire à toute suture, dont l’intégration et l’assimilation favorisent l’invention et la production de nouveaux rapports, c’est- à-dire de nouvelles constructions et des élaborations inédites, qui cessent de faire tourner en rond le manège des «révolutions», lesquelles reviennent toujours au même point de départ, sans aucun changement d’orientation topologique et logique. Kamel Daoud a évoqué son ancienne adhésion à une conception religieuse qu’il a abandonnée, et à laquelle il a substitué une autre, à laquelle il s’est «converti», parce que, vraisemblablement, elle lui semble idéale, voire royale, pour mieux méconnaître ce défaut structural, cette incomplétude essentielle et irréversible, à laquelle est assigné chaque être parlant, au même titre que tous les autres qui, malgré leurs différences, sont soumis à un même ordre symbolique, dont la transcendance, les ampute de leur toute-puissance supposée. Et même s’il a choisi la langue française comme paradigme de «la langue de la sexualité» (sic), cette langue, aussi idéalisée soit-elle, ne peut en aucun cas l’assurer de se libérer du défaut de plénitude et de complétude. C’est pourquoi elle ne peut détrôner la langue maternelle, celle du Père et de l’interdit de l’inceste (au fondement de la sexualité humaine), qui se donnent dans la structure du signifiant, à laquelle se rattachent et se soumettent toutes les langues, dans le sens où aucune d’entre elles ne peut (s’) affranchir de son primat. La langue maternelle est la langue du père,  qui rappelle la soumission indéfectible à l’ordre symbolique. Même les psychosés ne parviennent pas, heureusement, à s’en départir. D’où la possibilité de les sortir de leur impasse, qui n’est en rien de nature biologique. L’ordre symbolique subvertit le corps en l’affranchissant partiellement du déterminisme biologique. Ainsi, la sexualité des êtres parlants ne se réduit plus à la procréation et à la reproduction de l’espèce. Elle est au service du plaisir en tant qu’il assortit maints processus de création, qui métaphorisent leur défaut constitutif et les incitent à s’enrichir sans cesse. Prétendre se «libérer» de l’incomplétude -inhérente à l’ordre symbolique- en la méprisant, pour survaloriser et idéaliser l’individu, revient à bafouer la vérité. Englué dans un individualisme fétichisé, Kamel Daoud nie farouchement (cf. sa réponse à une question posée par Patrick Cohen sur Europe 1), que de nombreuses femmes choisissent d’accepter de se soumettre -parfois jusqu’au sacrifice- à des interdits sociaux et/ou religieux, pour se «libérer» en vain de leur subjectivité et de leur désir, qui leur reste ainsi à jamais méconnu. Tout le monde sait que dans n’importe quelle société, il existe des femmes qui se sacrifient pour devenir les servantes d’hommes en quête de complétude et de plénitude, qu’elles partageront plus ou moins avec lui, après coup. Daoud rejoint ainsi le coryphée consensuel qui s’appuie sur des victimes pour se donner bonne conscience et s’arroger le droit d’être identifié à la «belle âme». Le point de vue que cet écrivain choisit renvoie à une position subjective qui rend compte et traduit sa façon particulière de s’inscrire dans la structure et d’y occuper une place, même si c’est pour la remettre en cause et contester indirectement l’inconscient et le sujet, tant son attachement à l’individu et à sa souveraineté est puissant. Déclarer comme il le répète souvent qu’ «il n’y a pas d’émancipation dans la soumission», reste un slogan indigent, surtout s’il ne se donne pas la peine - polysémie oblige - d’expliciter le sens de ces deux termes, même s’il s’agit du port de la burqa. Ces énoncés font partie de discours paradigmatiques de la logique sphérique, qui ne souffre pas de la subjectivité. Ils entretiennent la confusion entre le savoir et la vérité, et «font feu de tout bois» pour sauver la logique et l’entendement classiques, qui rejettent le principe de la présentification de l’absence, celui qui confère au vide son efficacité. Ces discours influent sur les liens et les rapports sociaux en renforçant une adhésion et une adhésivité de la part des «masses», qui acceptent plus ou moins facilement, obnubilées qu’elles sont par la complétude, de se laisser posséder par tout tenant d’idéologie prédicative, surtout s’il détient un pouvoir, économique, politique ou idéologique. Ils renforcent de fait les idéologies contre lesquelles ils croient lutter: la liberté qu’ils promettent, consiste à «aseptiser» la subjectivité de «ce qui cloche». Ainsi, il est quasiment sûr que ce genre de conceptions épuratrices du sujet donnera naissance à un ordre social plus contraignant, voire plus despotique, avec des impératifs et des interdits encore plus redoutables, destinés à réaliser la complétude promise, d’autant plus qu’elle s’avère impossible à garantir. Enfin, en guise de clin d’œil conclusif, et sans trivialité aucune, je dirais qu’il ne faut surtout pas oublier de prendre le temps de goûter et d’apprécier les poésies de «la fin’amor» (l’amour courtois) que célèbre et magnifie la musique arabo-andalouse. Elle chante le désir engagé dans l’amour, non sans sa connotation sexuelle, génitale. Aussi bien, elle sublime la soif d’absolu qui conjoint la quête de la Dame -pour un temps peut-être- hors de portée, à l’adoration vouée à un Dieu, qui demeurera absolument et définitivement inaccessible, et dont l’omnipotence, même si elle est invoquée de manière répétitive, n’exauce pas pour autant le désir, resté en souffrance. L’amour, digne de ce nom,  «est le don de ce qu’on n’a pas» (Lacan). A ce titre, il respecte le «manque à être». Il le consacre et soumet tous les êtres parlants à une égalité, celle de l’incomplétude, qui n’exclut pas les différences quant à sa prise en compte, que ce soit pour la dénoncer et tenter de la mettre vainement en échec, ou bien pour l’intégrer et l’assimiler afin d’en faire le socle d’une «ex-sistence», plus ou moins satisfaisante, mais non oublieuse de son inéluctable fin.  

Six erreurs que le manager algérien doit éviter en ces temps de crise

Par Mohamed Cherif Amokrane Auteur, enseignant et stratège en communication Plus personne ne nie que l’Algérie traverse une crise multidimensionnelle, causée par la chute des prix des hydrocarbures, ainsi que la gestion inefficace des atouts du pays. C’est un bon début !  Loin des annonces et des débats, le manager algérien fait face à des difficultés quotidiennes. Il arrive difficilement à survivre.     Des attitudes pathologiques sont souvent constatées en période de récession économique. Nous avons voulu à travers ces lignes en citer quelques-unes que nous avons constatées sur le marché algérien.      Ignorer les changements autour de soi. Comme nous l’avons souvent rappelé, la réussite d’une organisation dépend avant tout de sa compréhension de son environnement (interne et externe) et de sa capacité à s’y adapter. L’erreur que font beaucoup de managers, c’est de croire que leur compréhension et leur adaptation sont des acquis permanents, sur lesquels il n’est pas nécessaire de revenir pour une profonde remise en question. Un monde qui bouge continuellement exige une relecture tout aussi continuelle.   Se contenter d’écouter les «optimistes». Le déni est l’une des réactions les plus courantes et les plus universelles face aux crises. Devant une situation tendue, la pression psychologique peut être très forte, voire insupportable. Le manager est avant tout un être humain avec ses forces et ses faiblesses. C’est pour cela qu’il risque de chercher instinctivement du réconfort. Il le trouvera chez ceux qui banalisent les faits et ceux qui misent sur des miracles du genre «la situation va bientôt se rétablir d’elle-même». Attention à la compréhension tardive des changements autour de soi !    S’obstiner à garder le même fonctionnement Il faut garder à l’esprit qu’un mode de fonctionnement, quelle que soit sa «perfection», n’a de valeur que par égard à l’environnement où il est appliqué. C’est pour cette raison qu’il n’existe pas de solution universelle pour les entreprises. Et c’est aussi pour ça que l’importation de «recettes» et d’experts étrangers, nous a rarement fait du bien dans les domaines stratégiques. Comme nous l’avons mentionné plus haut, la compréhension de l’environnement est vitale, c’est elle qui doit, par la suite, déboucher sur un nouveau fonctionnement qui intègre les nouveaux paramètres.    Se concentrer sur le court terme : Face à la crise, les managers d’entreprises se sentent menacés. Afin de se rassurer et d’avoir un (faux) sentiment de maîtrise, ils se concentrent sur des mesures de survie. Ils recourent à la réduction hasardeuse des dépenses, sans considérer les équilibres et sans mesurer l’impact des changements qu’ils provoquent. Ils négligent des fonctions hautement stratégiques, comme la communication, le marketing, la formation…à cause d’une certaine satisfaction à très court terme, certains managers oublient que leur futur se joue présentement.     Faire des promesses irréfléchies Que ce soit vers l’interne ou vers l’externe, le manager ne doit jamais abuser de promesses s’il n’est pas certain de pourvoir les tenir. Or, en situation de crise, la pression est telle qu’on est capable de dire n’importe quoi pour se soulager. Là aussi, il faut penser à long terme, surtout lorsqu’on dépend de plusieurs parties prenantes : employés, clients, partenaires, fournisseurs… la crise est une période de transition pour les uns, elle sera aussi une cause de disparition pour beaucoup. Tant que le nouveau fonctionnement n’est ni maîtrisé ni approuvé, il convient de rester prudent.    Négliger la démotivation à l’interne   Nous aurions peut-être dû commencer par cet aspect, vu son importance. En effet, le public interne est la première richesse, la première arme contre la crise. Certains managers font l’énorme bêtise de se référer à la conjoncture du marché de l’emploi dans le pays, pour se donner toutes les libertés, sachant que les démissions et les réclamations deviennent peu probables. Or, garder un employé n’est pas suffisant. Il faut le garder motivé, sinon comment l’entreprise est censée relever les défis qui l’attendent ?  D’un autre côté, il ne faut pas oublier qu’un employé n’est pas isolé de sa société, il devient alors nécessaire d’entretenir son moral par rapport à tout ce qu’il voit, entend et vit au quotidien.    Conclusion : Lorsque nous aurons dépassé cette trouble phase, des entreprises auront disparu, d’autre auront survécu, alors qu’une troisième catégorie en sortira plus forte et plus solide. Les entreprises qui en feront partie sont celles qui, aujourd’hui, ne tombent pas dans des erreurs universellement reconnues comme telles.    

Hommage au défunt Dr Aït Sâada Mâamar, l’infatigable psychologue humaniste

Par M’hamed Abaci Financier et auteur Il y a deux ans, presque jour pour jour, nous quittait à tout jamais notre ami et confrère, le docteur Mâamar Aït Sâada, psychologue, un des fondateurs et membre actif du mouvement associatif de la ville de Chlef. C’était  un homme d’une extrême gentillesse, généreux et brave à la fois, très apprécié et aimé par la population de Chlef, le défunt Mâamar Aït Sâada était de tous les combats pour restituer leur dignité aux enfants inadaptés ou atteints de troubles  psychiques  graves. La ville de Chlef lui doit énormément pour sa lutte  acharnée pour la reconnaissance  des droits  des enfants  autistes, entre autres, et de bien d’autres jeunes  gens, victimes d’une société  qui peine à retrouver ses repères  d’antan et qui assume  plus ses missions  de protection, d’assistance  et d’appui à tous les éclopés  de la vie. Nous gardons un excellent souvenir de lui à travers ses conférences et la radio régionale de Chlef, où il animait durant plusieurs années et jusqu’à sa mort une émission pour prodiguer des conseils en psychologie destinés aux personnes souffrant  de troubles psychiques. En effet, l’ infatigable psychologue-humaniste et le formateur discret qui n’a jamais démérité,  est considéré comme la voix et le grand défenseur du mouvement associatif de solidarité de la ville de Chlef, il appartient aussi à une famille de donneurs de sang,  dont le geste répété a dû sauver des centaines de vies humaines. Il est l’une des rares personnalités  a avoir  réussi à  insuffler  une âme à la vie associative humanitaire à Chlef, en menant un travail de proximité qui révolutionna la vie associative. Aujourd’hui, en l’évoquant, nous disons que notre frère Mâamar Aït Sâada a vécu sa destinée   jusqu’à  ce 25 novembre  de l’année 2015. Homme de cœur et de foi, psychologue accompli et très cultivé, il n’a jamais hésité à apporter aide et assistance à des milliers de patients souffrant de troubles psychiques, aux déficients mentaux, aux jeunes délinquants, aux handicapés ou encore aux personnes en difficulté. Le défunt Aït Sâada Mâamar est sans conteste le précurseur et le combattant infatigable de la cause associative à Chlef, il s’est battu tout au long des décennies passées  pour la protection et la sauvegarde de l’enfance exclue ou marginalisée, il a mis  sa formation universitaire et ses connaissances au service quasi exclusif du mouvement associatif humanitaire de Chlef, sa ville natale, au détriment de sa vie familiale. Il est  considéré  comme l’ami, le frère et le père porteur d’espoir pour tous ceux qui étaient  en détresse ou en difficulté, des gens pour qui il n’a jamais baissé les bras ou  cessé de militer. Notre grand humaniste nous a quittés, un  mercredi 25 novembre 2015 à l’âge de 66 ans, après avoir donné le meilleur de lui-même au mouvement associatif et  laissant derrière lui un garçon et une fille. Victime d’une cardiopathie, il fut évacué en urgence de Chlef,  par la clinique privée El Ehsane de Chlef, vers  le Centre national  de médecine sportive (CNMS) d’Alger, où il a rendu l’âme juste après son admission au bloc opératoire. Les habitants de Chlef se souviendront encore de cet humaniste qui n’a jamais hésité à les aider ou à les prendre en charge à des heures avancées de la nuit. Il avait le sens de  l’affection, son sourire affable qui ne le quittait  jamais, reste à jamais gravé dans la mémoire de ceux  qui l’ont connu. Ignorant les avantages matériels que pouvait lui procurer son statut, il a préféré s’investir corps et âme  dans le mouvement associatif, rendant de  précieux services à la population. La ville  perd en lui un humaniste efficace, discret  et d’une rare sensibilité, selon ses proches  compagnons et  amis, Abed Djerrah,  Kiouar Baroudi et Boughari Hocine. C’est là sans doute  la plus grande  et la plus humaine  des leçons qu’il nous donne. Un avis partagé à l’unanimité par l’ensemble des acteurs du mouvement associatif. Ce qui lui a valu le respect et la considération  de toute la ville de Chlef. Après son cursus scolaire primaire, moyen et secondaire, il s’inscrivit à l’université d’Alger, où il prépare et obtient une licence en psychologie. Puis il s’envole à Paris dans le souci d’étoffer ses études et ses connaissances. En 1981, il réintègre Alger, où il fait ses débuts dans la vie professionnelle à Sonatrach, puis comme psychologue-clinicien au Service d’observation et d’éducation en milieu ouvert (Soemo), dépendant du ministère de la Solidarité. Parallèlement, il est membre fondateur hyperactif dans plusieurs associations de Chlef, à caractère humanitaire, entre autres, Birr Oua El Insane, Amel, Femmes et enfants en détresse, Association de la banque de sang... Après sa retraite, le défunt continuera de servir la société en tant que psychologue-clinicien dans un cabinet de psychiatrie à Chlef. Avec sa disparition, ce sont tous les habitants de Chlef  et même  ceux d’Alger, Tizi Ouzou, d’Oran, Mostaganem et Tiaret qui lui ont fait  leurs adieux. Il a été inhumé au cimetière  de  Sidi Ahmed Ben Abdallah, à Chlef. Son épouse et ses enfants, ses frères et sœurs, neveux et nièces, cousins, beaux-frères et belles-sœurs prient tous ceux qui l’ont connu et aimé d’avoir  une pieuse  pensée  à sa mémoire. Que Dieu l’accueille en Son  Vaste paradis.  

Les partis politiques en Algérie sont-ils bien représentés ?

 M’hamed Abaci Financier et auteur   «Gouverner, c’est prévoir.» Cette  formule managériale est bien  connue, mais n’a jamais inspiré ceux qui ont présidé aux destinées de l’Algérie qui demeure confrontée à l’équation difficile, démographie, urbanisation, économie et société, dans une gestion économique provisoire et coûteuse à la charge du budget de l’Etat, dont le PIB du pays hors hydrocarbures et la productivité du travail  restent  parmi les plus bas au monde. Et partant, une forte domination des jeunes est en fait beaucoup plus rapide et problématique au plan social en forte croissance. La nécessité d’accorder toute l’attention  à  la jeunesse, non pas  pour  gagner sa sympathie, mais plutôt pour créer une génération consciente, capable d’assumer à l’avenir les responsabilités. Une préoccupation née de l’absence d’une planification stratégique de politique nationale, de l’économie et de la démographie hors hydrocarbures intégrée aux objectifs du développement économique. C’est un constat inquiétant qu’on souligne régulièrement ces dernières décennies, et des conséquences en cas d’une crise énergétique sur l’économie nationale. En effet, tous les experts économistes et financiers ont mis le doigt sur tous les problèmes de l’économie algérienne et tablaient sur cette crise énergétique à travers des contributions- analyses et rencontres-débats. En effet, qu’on «ne gouverne  pas  l’économie par décrets, des licences d’importation ou à  coups de circulaires».  Les élus issus des  élections locales et législatives 2017 peuvent-ils créer quelque chose de nouveau, c’est-à-dire donner naissance à une véritable alternative socioéconomique en harmonie avec les impératifs de la société d’aujourd’hui et à l’heure d’une mondialisation-globalisation accélérée ? Tel est le cas aujourd’hui de l’Algérie. En effet, après plus de 28 ans de libéralisme économique, avec notamment l’avènement des réformes en 1989, la rente pétro-gazière continue à financer les budgets des collectivités locales lesquelles contribuent faiblement au budget de l’Etat, faute d’une réelle et sérieuse politique locale. De fait, très peu d’entreprises arrivent à investir et à créer de l’emploi durable. Conséquence : l’économie algérienne est demeurée fortement subventionnée, étatiste et structurellement importatrice ? Le PIB du pays hors hydrocarbures et la productivité du travail, qui restent  parmi les plus bas au monde où le gouvernement prélève chaque année près de 70% de sa fiscalité pétrolière pour financer son budget général et sans remettre en question ce choix budgétaire depuis, cela afin de promouvoir une économie locale, basée sur  l’entreprise, l’investisseur, une politique fiscale locale et l’élite locale, garants d’une bonne politique économique du pays. Au-delà des slogans, les partis politiques, dont la majorité  dispose d’élus à la tête des APC, APW et APN, n’assument pas pleinement leur devoir envers la société et le pays en vrais militants et concepteurs du développement local ou encore s’assurer du bon emploi de l’argent public et d’en informer le citoyen sur sa destination. Cela dit, nous avons  raté notre développement économique, du fait  que 98% de notre économie sont financés et soutenus par la rente des hydrocarbures, dont les conséquences économiques et budgétaires pèsent lourdement aujourd’hui sur les capacités financières du Trésor public, avec notamment des écarts importants entre l’offre et la demande, plus particulièrement pour donner aux jeunes la garantie et l’espoir d’un avenir meilleur fondé sur une vie socio-économique plus équilibrée.  Notre pays est arrivé à un tournant décisif de son histoire  et, après plus d’un demi-siècle, le gouvernement continue de faire de la croissance et de créer l’emploi sur la dépense publique à travers la rente pétro-gazière qui représente 98% de ses recettes d’exportation qui restent  en liaison directe avec l’évolution du prix du baril de pétrole sur le marché international. Le gouvernement n’a pas encore les instruments adéquats pour édifier une économie hors hydrocarbures afin de  s’assurer du financement du budget général à travers la fiscalité ordinaire. Ainsi, l’Etat a perdu sa place dans le système économique, le fait en est qu’aujourd’hui, la relation entre le contribuable, l’entreprise, le citoyen et l’Etat est de type de rentier. Cette situation n’augure rien de bon, car les mécanismes de l’organisation actuelle de notre système économique et financier ne sont plus performants. Il est  nécessaire d’ouvrir un large débat autour de ce sujet pour mieux appréhender les contours de la gestion des  communes et sortir de l’impasse d’une politique qui reste partisane, ayant pour base la popularité et distribution de la rente, à des fins électoralistes pour enclencher une dynamique d’une économie locale. En effet, après plus de vingt-huit ans de libéralisme économique, avec notamment l’avènement des réformes en 1989, la rente pétro-gazière continue à financer les budgets des collectivités locales lesquelles contribuent faiblement au budget de l’Etat, faute d’une réelle et sérieuse politique locale. De fait, très peu d’entreprises arrivent à investir et à créer de l’emploi durable. Conséquence :  le gouvernement prélève chaque année près de 70% de sa fiscalité pétrolière pour financer son budget général et  sans remettre en question ce choix budgétaire depuis, cela afin de promouvoir une économie locale, basée sur  l’entreprise, l’investisseur, une politique fiscale locale et l’élite locale, garants d’une bonne politique économique du pays, plus particulièrement pour donner aux jeunes la garantie et l’espoir d’un avenir meilleur fondé sur une vie socioéconomique plus équilibrée, ceci d’une part et, d’autre part, l’assiette fiscale qui s’avère très ridicule, car il y a  moins de contribuables (agents économiques). La structure de l’économie algérienne reste fort dominée par les personnes physiques qui représentent près de 91% (commerces et services).  C’est là le grand drame de notre pays, car cette situation a contribué au  désordre de notre économie. Et c’est là, aussi, où le vrai débat doit commencer sur un nouvel ordre socioéconomique. Ce n’est plus à  l’Etat de payer les pots cassés, car le rôle de l’Etat dans le cadre d’une économie de marché est la régulation économique. Le gouvernement éprouve toujours  le besoin de  renforcer son contrôle et développer l’économie à travers la mise en oeuvre des plans de développement locaux en recourant cette fois-ci au financement interne dit non-conventionnel (planche à billets). D’où la question se pose : solution fiable ou recours irrationnel ? Le système fiscal, peu développé découle d’une vision économique pour soutenir aujourd’hui le budget de l’Etat, sachant que «l’impôt sur le revenu global (IRG) sur les salaires et retraites représente 26% des recettes fiscales contre près de 16% pour l’impôt sur les bénéfices des entreprises (IBS), qui demeure très faible, puisque 80% sont récoltés auprès des entreprises étrangères installées en Algérie, et ce, au détriment des revenus du travail (IRG-salaires)». Le gouvernement va-t-il corriger cette fâcheuse situation ? Sachant que le secteur privé reste peu développé et insuffisamment productif et générateur d’impôts et d’emplois. Le gouvernement n’a eu d’autre alternative que de recourir aux solutions de facilité, à savoir l’augmentation des impôts et taxes. D’un point de vue global, c’est un pas important susceptible de faire évoluer les rapports entre les structures de l’Etat et les élus  locaux à l’ère de l’exercice de la démocratie et du pluralisme politique en Algérie, c’est soulever en premier lieu la place et le rôle de la commune comme symbole de la souveraineté nationale, du poids de ses élus qui sont l’émanation de la volonté du peuple. Evidemment, l’étape actuelle nous impose de bien gérer notre projet de société démocratique, pour faire sortir l’Algérie de la crise, car effectivement, toute nation qui aspire à devenir forte et développée doit préparer sa transition  économique en se basant sur la qualité des programmes des partis politiques et des candidats crédibles et capables de l’aborder avec une culture d’ouverture engagée et démocratique. Le pari de la mondialisation se joue en faveur des pays modernes. Si elle ne suit pas le mouvement, l’Algérie restera ce qu’elle est aujourd’hui. Ainsi, les APC doivent s’adapter aux normes budgétaires et de comptabilité publique devant reposer sur l’autonomie dans les finances locales et sur les programmes économiques et non pas sectoriels, ce qui donne une lecture bien claire et sanctionnée par l’obligation de résultat et de performance. De nos jours, c’est l’homme à valeur grand «H», qui fait la fonction et non la fonction qui fait l’homme, dont le pays a besoin aujourd’hui pour insuffler la vie socioéconomique  et mobiliser les énergies, afin de répondre efficacement aux défis de l’après-pétrole et pour  lutter contre toute déviation qui porte atteinte à la moralité et à la crédibilité de l’Etat. Avec ces «Hommes», il sera possible pour l’Algérie du XXIe siècle d’imaginer de nouvelles formes d’organisation managériales modernes pour la diversification de notre économie et pour atteindre un taux de croissance plus élevé avec une stratégie qui développe les exportations pour qu’elle puisse se retrouver en position forte dans cette mondialisation-globalisation. Or, contrairement aux pays démocratiques, on constate que la majorité de nos partis adoptent  plus une politique  de culture de pouvoir qu’une une stratégie de culture d’Etat-nation. Autrement dit, nous n’avons pas encore d’hommes d’Etat, mais nous avons des hommes ou d’élus de pouvoir,  qui ne servent pas les intérêts  réels  de la nation algérienne.  Que veut bien dire un parti politique ? il peut être défini à notre humble avis, comme une force politique qui exprime un projet de société et un programme économique par rapport à celui qui détient le pouvoir, c’est le principe fondamental de la démocratie, dont le pluralisme doit être aujourd’hui une donnée incontournable dans notre paysage économique et politique. En effet, les partis influents, qui sont issus de l’alliance (FLN, RND et MSP), au gouvernement depuis les années 2000, ont tous misé sur la rente pétro-gazière et mené en même temps des politiques sociales et de pouvoir (Etat-providence), sans rapport avec les fondamentaux de l’économie. Ils se sont contentés de l’investissement public pour contenir la croissance. Cela, pendant que les pays dits émergents misaient sur les technologies et le développement de l’homme, des valeurs du travail et de l’intelligentsia, qui sont le véritable investissement d’un pays. Il est  clair que la force d’un pays ne réside pas dans l’importance des budgets rentiers, mais bien plus dans l’art et la méthode dont il (le pays) gouverne et contrôle ses ressources. Il est évident que les Assemblées populaires communales (APC) deviennent une charge pour l’Etat  en ressemblant davantage à des administrations manquant de stratégies économiques. En effet, nombre d’élus locaux ou députés issus de toutes les tendances politiques sont passés aux commandes des APC-APW -APN sans que cela ait apporté un quelconque projet de développement socioéconomique avec, comme résultat,  une  valeur ajoutée ou la  création de richesse et d’emplois complémentaires aux plans de relance initiés par l’Etat, grâce aux recettes des hydrocarbures. Il apparaît que «si l’on fait carrière dans la politique, c’est bien dans l’économie que l’on se fait un nom». La situation de nos communes doit sérieusement être posée, car en dépit d’un fort potentiel en ressources, nos communes contribuent faiblement au budget de l’Etat. En effet, au cours de ces dernières années, les APC ont vu leurs dettes en augmentation dans des proportions élevées. Sur les 1541 communes que compte le pays, 1138 sont déficitaires, soit un taux de 74%. Jusque-là, rien n’est venu interpeller nos APC dans leurs fonctions premières, à l’ère de l’exercice de la démocratie et du pluralisme politique pour promouvoir la fiscalité locale dans une économie de marché. Cette fiscalité est loin de contribuer à l’équilibre du budget de la nation ou d’ouvrir de grandes perspectives économiques pour remettre les jeunes au travail. Sachant que l’APC se trouve en première ligne face à une population jeune de 70% ayant moins de 30 ans. Cela a occasionné une crise de confiance et morale avec les populations et causant émeutes et manifestations en tous genres au moment où nos communes sont aujourd’hui dans l’obligation de s’ouvrir au contrôle populaire et répondre aux exigences de plus en plus fortes en matière de satisfaction des besoins sociaux et de développement humain. L’APC devient, aujourd’hui, un enjeu national  pour concrétiser les actions  et les politiques  publiques sur le terrain tendant à lutter contre le chômage, la pauvreté, la bureaucratie, le gaspillage, la violence, l’isolement,  l’exclusion sociale et la marginalisation. Peut-on parler aujourd’hui d’un 1er novembre économique ? Engager un grand débat national sur la question, puisqu’il s’agit là de l’avenir de l’Algérie et de celui de ses enfants. Les listes de nos APC/APW ne sont pas encore représentatives. En effet, la réussite de la décentralisation ou de la gouvernance locale impose aussi d’accorder une grande responsabilisation aux élus locaux. Un président d’APC ou d’APW doit être d’abord une personnalité et un homme de foi, de civilité et de grande compétence et de sagesse, respectueux de la population. En somme, un militant d’honneur. Considérée comme dépositaire de la légitimité populaire, la commune est l’institution représentative, c’est-à-dire élue, qui fait fonction d’organisation territoriale à caractère politique, administratif et économique, où  il faut l’implication effective des élus (APC) dans la création de richesse, l’investissement et l’emploi, garants d’une bonne politique socioéconomique en matière de revenus fiscaux, de valorisation des ressources, d’efficacité et de rationalité de la dépense publique et de rentabilité du patrimoine public. L’APC revêt une importance stratégique à l’heure du pluralisme dans la bonne gestion des ressources locales, pour le développement des localités et des régions ; la commune est une sous-branche de l’économie nationale. En effet, son champ d’intérêt devait constituer le poumon de la gouvernance locale pour le renforcement de l’édifice républicain, la démocratie et le développement des économies locales et régionales diversifiées pour faire face aux nouvelles mutations structurelles de la société algérienne et aux évolutions du progrès des sociétés dans le monde.  Cela impose des réformes axées sur les besoins d’un développement local pluraliste, dont la société civile, les notables et l’élite locale sont les piliers stratégiques. Pour développer les politiques publiques, il y a lieu d’engager un  processus de  lutte contre la corruption et l’instauration de l’équilibre des pouvoirs locaux visant à assurer le pluralisme politique et la garantie des droits et libertés des initiatives locales. C’est ainsi que l’on  peut assurer le  redressement économique hors hydrocarbures dans le cadre d’une politique locale avec plus d’Etat de droit, de démocratie économique,  participative  et de justice sociale. Cela aura  pour effet de mettre fin à la  gestion autoritaire et bureaucratique à travers un rôle plus renforcé et responsable des élus (sous-entend crédibles et compétents) pour jouer pleinement leur rôle de représentant du peuple. Le but est en effet  d’arriver  à une juste répartition du produit intérieur brut (PIB). Dans cette optique, la conception du rôle de l’Etat dans la gouvernance locale et de la wilaya, en plus de mettre en oeuvre la capacité managériale stratégique pour relancer la dynamique d’accompagnement pour y  promouvoir l’investissement productif, car la commune est l’organe délégué de l’Etat. Sa mission consiste à veiller à la réalisation des politiques publiques, l’animation économique, le budget, le maintien de l’ordre public. Actuellement, la gouvernance des communes repose en grande partie sur l’administration locale, particulièrement les chefs de daïra, dont l’influence est prépondérante dans la politique et la gestion locale. Autrement dit, l’administration locale est appelée aujourd’hui à axer ses prérogatives en matière de planification stratégique et la régulation, tout en s’interdisant toute interférence dans la gestion opérationnelle des APC. Son rôle consistera surtout à définir les grandes orientations nationales, laissant la responsabilité de la gestion des communes aux élus qui donnent eux-mêmes naissance à l’autonomie et à la décentralisation, d’où la nécessité donc de rétablir les missions fonctionnelles et  opérationnelles. En effet, les quatre piliers de la politique locale, qui va redonner à la commune sa véritable place sur l’échiquier socio-économique, ouvrant les opportunités d’investissements pour les investisseurs et les entreprises pour que son territoire devienne une ressource et levier du développement économique harmonieux, sont : la décentralisation et la régionalisation (espaces économiques et de mobilisation des élites), la démocratie, la participation de la société civile et des élites locales. Ainsi, l’on peut  créer des économies locales à plusieurs valeurs ajoutées et à plusieurs échelles. Par voie de conséquence, participer à la restructuration du PIB du pays hors hydrocarbures  qui reste parmi les plus bas au monde et à la promotion de la fiscalité locale qui est loin de contribuer à l’équilibre du budget de l’Etat. Il n’y a pas, à notre connaissance, une commune qui ne possède pas de potentialités petites, moyennes ou grandes qu’il faut mettre au service de l’investisseur et de l’entreprise, ou encore ceux qui émargent aux dispositifs de l’Etat (Ansej, CNAC, Angem...), voire les banques au moment où près de 45% de la masse monétaire circule en dehors des circuits bancaires. Dans les faits, la commune constitue le cadre idéal de la vie quotidienne de la population et des aspirations de la collectivité locale. D’où l’impérieuse nécessité de multiplier l’organisation de rendez-vous de l’économie et de la finance au niveau local. En effet, d’un côté, nos APC continuent à fonctionner au rythme d’une administration fortement bureaucratisée, encombrante et limitée beaucoup plus à une mission d’état civil et d’hygiène. De l’autre, elles  sont  confrontées à un important déficit en capacités managériales et d’anticipation, difficile à assumer face aux nouvelles mutations socioéconomiques du pays. Nous savons que les pouvoirs publics cherchent des solutions à cette situation, mais il n’empêche qu’elle suscite encore des inquiétudes en matière de gestion : nos communes sont minées par l’affairisme, secouées par des scandales, endettées et mal  gérées. En outre, que penser quand on voit la détresse des populations à travers ces émeutes causant des pertes matérielles et parfois en vie humaine, et dans les rues de nos villes les migrants subsahariens avec leurs enfants en bas âge allongés sur la voie publique, les SDF et malades mentaux errant qu’on trouve éparpillés à travers les différents endroits de nos villes dans des conditions inhumaines et sans assistance sociale ?  Par ailleurs, une nouvelle forme de pauvreté est apparue dans les rues de nos villes représentée par  des femmes avec leurs enfants en bas âge, des hommes jeunes et vieux, qui mendient pour 10 ou 20 DA pour s’acheter des médicaments, manger, des caves occupées à titre d’habitation, des familles abandonnées à leur triste sort faute de logis, l’accroissement de la délinquance, les immolations par le feu, hargas, vols et agressions… Et dans tout cela, une culture rurale s’est installée dans nos villes défigurées  de toutes parts :  l’hygiène qui  fait  défaut, les tas d’ordures qui traînent à travers l’ensemble de nos rues, regards éventrés, fuites d’eau, espaces verts laissés à leur triste sort, les cages d’escalier et murs servant d’urinoirs, à défaut de toilettes publiques, des bidonvilles foisonnent un peu partout et encerclent le tissu urbain, des constructions anarchiques sans aspects architecturaux et sans lien fonctionnel avec les normes, les règles de gestion et d’organisation propres à une commune. De plus, la majorité de nos villes a perdu ses valeurs historiques, urbanistiques, culturelles, architecturales, nos villes se sont transformées  en un grand souk de l’informel, et ce, même devant les édifices de l’Etat, sans parler de la marginalisation de l’élite locale, les notables, les citoyens d’honneur et, enfin, la société civile en général. Une situation préoccupante où nos APC n’arrivent pas à s’assumer, malgré d’importants programmes socioéconomiques très solides initiés par l’Etat à leur profit. Est-ce une tâche impossible ? Les élus locaux sont en train de perdre de plus en plus de leur importance sociopolitique, leur représentativité ainsi que de leur rôle dans la gestion locale. Les citoyens ont perdu confiance dans l’acte de voter, voire la majorité des citoyens ne croient plus en la représentativité des élus, alors qu’elle devrait être l’expression réelle des préoccupations et des inquiétudes des populations. Aujourd’hui, tout élu se doit d’accomplir ses devoirs envers la société, exercer ses responsabilités en vrai militant et posséder les capacités d’anticiper, d’innover, de redresser ou d’améliorer. Oui, assumer un mandat d’élu pour gouverner une commune est désormais à hisser au rang de priorité majeure. C’est, en premier lieu, de construire un vrai programme pertinent et réaliste ayant pour base l’économie, le maillon fort pour améliorer le cadre et les conditions de vie des populations sur les plans du pouvoir d’achat et de l’emploi, et ce, en rupture avec le système rentier. Ce qui va attester de la bonne santé de nos partis politiques dans le processus démocratique et la vie socio-économique.  Dans ce cadre précis, l’exécutif des APC doit s’assurer du bon emploi de l’argent public et en informer le citoyen en instaurant un bulletin de liaison et en rendant, chaque trimestre, le bilan de la  gestion et des résultats réalisés. Cette obligation est d’intérêt public. «N’a-t-on pas dit que la confiance est bonne, mais le contrôle est meilleur ?»  Voilà donc ce que nous pensons et souhaitons de ces élections locales 2017, afin que notre pays se développe et dispose suffisamment d’atouts pour un développement créateur d’emplois, de richesses et de technologies en mettant à contribution l’université et les compétences, et bien sûr les potentialités des communes dans tous les domaines. Car tout ce qui va dans le bon sens est positif et porteur de valeurs ajoutées.

Le gouvernement va-t-il enfin vers un programme d’ajustement structurel interne (PAS)

Par Abaci M’hamed Financier et auteur de deux ouvrages: Comptabilité des sociétés et Gouvernance des entreprises Gouverner, c’est prévoir.» Cette formule managériale est bien connue, mais n’a jamais inspiré ceux qui ont présidé aux destinées de l’Algérie qui demeurent confrontés à l’équation difficile : démographie, urbanisation, économie et société. Et partant, une forte domination des jeunes est en fait beaucoup plus rapide et problématique au plan social en forte croissance. Une préoccupation née de l’absence d’une politique budgétaire nationale de l’économie hors hydrocarbures intégrée aux objectifs du développement économique. En effet, Après plus de 28 ans de libéralisme économique, avec notamment l’avènement des réformes en 1989, la rente pétro-gazière continue à financer le budget général de l’Etat. Peut-on parler aujourd’hui d’un 1er Novembre économique ? Engager un grand débat national sur la question, puisqu’il s’agit là, de l’avenir de l’Algérie et de celui de ses enfants. En effet, l’Algérie est désormais face à une crise économique et financière structurelle qui va en s’aggravant depuis la chute drastique des prix du baril de pétrole qui n’est pas près de s’arrêter à moyen terme. La transition économique de l’Algérie sera-t-elle enfin enclenchée aujourd’hui, car le pays est désormais face à une crise économique et budgétaire structurelle du fait que la relation entre le contribuable, l’entreprise, le citoyen et l’Etat est de type rentier. Cette situation n’augure rien de bon à l’heure où l’actualité braque ses feux sur le recours au financement interne dit non conventionnel par la création de la monnaie (planche à billets) traduisant une situation préoccupante pour soutenir à moyen terme (5 ans) les besoins financiers du trésor public. Cette fameuse phrase, lancée aux députés par le premier ministre Ahmed Ouyahia, lors de la présentation du plan d’action au parlement «l’Algérie vit l’enfer, nous n’avions pas de quoi payer les salaires de novembre» si la planche à billets ne commence pas à tourner avant novembre. Dès lors, la vraie question qui se pose est : «L’argent remplace-t-il l’effort ?» Il est bon de clarifier ce que l’on entend par politique budgétaire. Sommairement, faire de la politique budgétaire, c’est donc simplement renforcer ses stratégies à moyen et long termes qui s’imposent pour la bonne gestion et le bon emploi des fonds publics, concernant tous les domaines de l’action publique. Mais aussi et surtout le gage de bonne politique économique, financière et fiscale, moteur essentiel du développement national et par laquelle on peut utiliser son poids ou son influence pour agir sur les politiques publiques, sur l’économie et en corriger les distorsions. Le principe comptable d’équilibre budgétaire n’a plus le même sens du principe d’équilibre budgétaire au sens économique. Autrement dit, comment rendre le système budgétaire performant et efficace au plan économique, c’est-à-dire la mobilisation des ressources publiques par la fiscalité ordinaire (agents économiques et ménages) comme un levier économique stratégique au service de la valorisation des ressources territoriales, car la rentabilité d’un projet est avant tout liée aux critères économiques et financiers. Et enfin, elle est le résultat de la situation économique, financière et sociale d’un pays. C’est sans doute là le plus gros chantier de réformes qui attend le gouvernement algérien, pour un nouvel ordre budgétaire et un nouvel ordre économique, car les tensions budgétaires dépassant le cadre strictement monétaire. Il s’agit là d’une situation des plus préoccupantes, car l’Algérie a échoué à passer d’une économie de rente à une économie de marché, le recours au financement interne non conventionnel risque d’être problématique, sachant que le modèle budgétaire adopté par l’Algérie n’a pas permis, l’identification et l’analyse d’une politique budgétaire adéquate aux politiques de développement aux plans industriel et agricole. En effet, l’économie macro-financier ou budgétaire donne au gouvernement les moyens de ses politiques économique, budgétaire, monétaire et fiscale pour diminuer la dépense publique et augmenter la ressource publique par le jeu du marché des capitaux, notamment il faudrait constituer un montage financier dans lequel participent les bailleurs de fonds, les banques, les sociétés et autres dans la réalisation des investissements publics ayant le caractère commercial faits jusqu’ici sur la dépense publique. Le principe d’équilibre budgétaire, devenu principe d’équilibre économique pour permettre au gouvernement de dépenser l’argent public de façon judicieuse et de faire donc un bon usage des finances publiques. Cela pour créer de nouvelles forces productives et de nouvelles capacités de création de richesses et d’emplois. La confiance sous-entend la compétence. Globalement, la politique budgétaire en Algérie n’est pas encore adaptée à l’économie de marché et fonde encore sa démarche sur le secteur des hydrocarbures occupant toujours un poids important dans l’économie nationale : 98% de ses revenus, 60% de son budget et 45% de son PIB, et important près de 75% de nos besoins, le taux d’intégration dans nos entreprises industrielles ne dépassant pas les 15%, le taux des dépenses budgétaires actuellement est de 54% environ du PIB, l’assiette fiscale qui s’avère très petite(moins de contribuables) et des déficits budgétaires atteignant des seuils supérieurs comparativement à la norme européenne qui est de 3% du PIB. Ainsi, rien n’a autant ruiné l’économie nationale que l’accroissement du prix du baril de pétrole sur les marchés mondiaux qui n’est pas en fait une création de richesses ou encore c’est l’économie du pays. C’est la plus grande difficulté et l’une des grandes faiblesses de l’Algérie à surmonter aujourd’hui dans la perspective souhaitable d’assurer la sécurité alimentaire et l’emploi pour répondre aux besoins de la population en croissance constante où l’Algérie comptera près de 50 millions d’habitants en 2024. A ce sujet, «l’économie de marché» doit être au service des intérêts stratégiques d’un pays et préserve les intérêts du trésor pour permettre à l’Etat de dépenser l’argent public de façon judicieuse et de faire donc un bon usage des finances publiques au profit de la collectivité nationale. En effet, tous les pays ayant atteint un haut niveau de développement, à l’instar des pays développés et émergents, ont reconnu la nécessité et l’intérêt grandissant d’une économie de marché. Mais nous avons besoin d’un droit privé fiable (codes de commerce et civil) pour quantifier l’économie de marché. L’économie n’est pas un simple slogan qu’on scande, mais l’économie a ses règles, ses spécificités et code de conduite signifie entre autres : l’économie est la science de la rationalité des décisions, de régulation et d’une manière générale, l’ordre économique, commercial et financier. Nos députés, à mon humble avis, n’ont pas fait relation de leur pouvoir universel de législateur dans l’enceinte économique du pays pour réorienter la politique économique ou la redéfinition de la stratégie budgétaire pour mieux développer et donner la primauté de la fiscalité ordinaire sur la fiscalité pétrolière en faveur d’une meilleure efficacité et gestion économique des finances publiques dans le souci de réaménager l’organisation de l’Etat, pour planifier l’étape de l’après-pétrole, tant ils continuent à débattre et à adopter les budgets comme instrument exclusif de la relance de la demande publique et d’exécution de la dépense dans un cycle d’expansion monétaire accru. Contrairement à la politique budgétaire suivie dans les années 1970 où l’épargne publique utilisée pour l’équipement et les investissements productifs et la fiscalité ordinaire couvrait la totalité des dépenses de fonctionnement. Un parc industriel, qui couvre l’ensemble du champ de l’activité de production, dont notamment, l’industrie mécanique, l’électronique, pétrochimique, sidérurgie, chimique, électrique, matériaux de construction, BTPH, agro-industriel, métallurgie, pharmaceutique… fruit d’une politique industrielle des années 1970 qui recèle encore à notre humble avis un atout majeur dans le pacte de croissance économique, voire un avantage comparatif pour s’assurer d’une place dans l’espace africain. En effet, dans le grand hémicycle du boulevard Zirout Youcef où siège l’Assemblée populaire nationale (APN), les partis politiques adoptent plus une politique de culture du pouvoir qu’ une politique de culture d’Etat-nation. Ainsi n’assument pas leur devoir envers le pays et la société en vrais militants et concepteurs de la question nationale puisque nous avons raté notre développement économique créateur de richesses et d’emplois pérennes, car après 28 ans d’ouverture, l’économie algérienne est demeurée fortement subventionnée, étatiste et structurellement importatrice. Dans leurs interventions, se font à chaque fois l’écho des préoccupations des citoyens et des difficultés auxquelles ils sont quotidiennement confrontés. C’est bien, c’est bien, mais chercher à connaître les raisons d’ordre économique qui surgissent et bloquent la croissance économique, la création de la richesse et de l’emploi, c’est encore mieux et vital pour le pays. En clair, si l’on fait carrière dans la politique, c’est bien dans l’économie que l’on se fait un nom et une célébrité. Mais malheureusement, la politique budgétaire en Algérie se traduit par une intervention excessive de l’Etat dans les activités économiques et une réglementation excessive aux enjeux rentiers. En effet, un lourd coût social de la crise est d’autant plus grand pour l’Etat qui continue à être le principal acteur économique en tirant la croissance par la dépense publique, et ce, dans tous les secteurs. Ce qui a mis notre pays dans de graves difficultés financières puisque 90%, du financement de l’économie nationale provient des fonds de la rente via les banques publiques et le trésor dont fondamentalement la mobilisation économique souffre de management et de stratégies d’entreprise. Alors que l’évolution n’est plus liée au marché national mais aux performances économiques de l’entreprise et de sa capacité à exporter. En effet, les députés sont réputés pour être, en général les représentants de la nation dont la plupart ne semble pas au diapason d’une rénovation profonde des pratiques économiques et politiques génératrices de nouveaux styles d’action, d’anticipation, d’analyse, puisque le choix des candidats continu à être réduit de gens compétents et honnêtes qui contribuaient à améliorer l’environnement dans le nouveau monde d’aujourd’hui et redresser l’économie de l’Algérie fondée sur la rente pétro-gazière. Le diplôme aujourd’hui ne suffit plus, car avoir un diplôme ne veut pas forcément dire avoir une compétence ou un savoir-faire. Alors, que peu de place fut accordée à l’une des grandes forces de la nation, à savoir la mobilisation des élites intellectuelles, scientifiques et des cadres qui ont du potentiel, sont le grand levier à actionner aujourd’hui pour s’inscrire dans une stratégie mondiale à l’heure actuelle où l’on parle tant d’une économie hors hydrocarbures. C’est pourquoi, face à tout abus dans ce domaine pouvant provoquer davantage la montée des tensions sociales et la démission de la société civile de la vie politique. Une conjoncture difficile marquée par une crise budgétaire croissante, notamment par une forte baisse de revenus pétroliers (– 60%) aggravant fortement une balance commerciale déjà déficitaire et marquée par l’épuisement de l’épargne publique au niveau du fonds de régulation des recettes (FRR), qui n’a pas empêché le gouvernement à beaucoup miser encore une fois sur l’élaboration des recettes et des dépenses budgétaires du pays en liaison avec l’évolution du prix du baril de pétrole sur les marchés mondiaux et prévoit un déficit public, l’équivalent en dinars de 19 milliards de dollars, soit près de 9% du PIB qui sera couvert par le financement interne (planche à billets) contre plus de 14% pour l’exercice 2016 qui vient aggraver le déficit budgétaire pour la dixième année consécutive. Ainsi, le projet de loi de finances pour 2018 poursuit la forte croissance des finances publiques et affiche, une dépense globale de 8628 milliards de dinars, le budget d’équipement se chiffrant à 4043,31 milliards de dinars, tant disque le budget de fonctionnement s’élève à 4584 milliards de dinars contre 4591,8 milliards de dinars en 2017, soit une baisse de 7 milliards de dinars. De plus le budget de fonctionnement est supérieur aux recettes fiscales ordinaires. Les transferts sociaux sont budgétisés à hauteur de 1760 milliards de dinars (soit une hausse de 8%). Les recettes globales sont de l’ordre de 6521 milliards de dinars dont les ressources de la fiscalité ordinaires représentent de 3688,68 milliards de dinars. Les choses n’ont pas tellement changé dans la structure budgétaire, notamment n’a pas empêché le gouvernement tout de même de porter à bout de bras l’économie nationale malgré la crise financière. Toutefois, l’Algérie a accompli, il faut reconnaître, d’importantes réalisations qui ont amélioré le niveau des Algériens ont vu le jour dans le pays, telles que des programmes d’habitat, le métro, les autoroutes, les barrages, les stations de dessalement d’eau de mer, l’installation de conduites de gaz, d’eau potable dans des zones déshéritées, écoles, lycées, universités, hôpitaux… En effet, l’économie algérienne demeure très peu diversifiée avec un secteur industriel douloureux moins de 5% du PIB et un taux d’intégration de 15% qui reste relativement très faible, et principalement constituée de 91% de personnes physiques dans les activités services et de commerces et seulement 9% en tant que personnes morales (sociétés). En outre, notre économie demeure imparfaite et petite et l’Etat ne profite que très peu de ses entreprises au vu des défis qui attendent l’Algérie. La faible performance de la fiscalité ordinaire restant avec une part contributive de près de 43% dans la structure budgétaire et qui reste fort dominée par l’impôt sur le revenu des salariés par contre les revenus non salariaux et les contribuables privés sont bien loin de leurs capacités contributives. Selon les statistiques fournies, l’Impôt sur le revenu global (IRG) sur les salaires a représenté 26% des recettes fiscales par contre près de 16% pour l’impôt sur les bénéfices des entreprises (IBS), qui demeure très faible puisque dont 80% est récolté auprès des entreprises étrangères installées en Algérie. En somme la fiscalité ordinaire du pays, soit autour de 21% du PIB, qui s’avère très peu rentable pour le budget de la nation. L’Algérie doit-elle mettre en place aujourd’hui une nouvelle politique fiscale ?  Le secteur de l’agriculture emploie près de 20% de la population active de l’Algérie et contribue à hauteur de 10% au PIB permettant de satisfaire les besoins du pays à 70%. Si ce n’était le soutien de L’Etat, sous forme de financement, d’exonérations fiscales, de moyens matériels et facilités et aides énormes, le secteur n’aurait pas pu réaliser l’autosuffisance alimentaire. Le tourisme est quasi inexistant en Algérie. Hormis les hydrocarbures, l’Algérie n’exporte presque rien, car elle ne produit pas assez, dont la facture des importations est dramatique puisque l’Algérie importe près de 75% de ses besoins et davantage financée par les réserves de change provenant de l’exportation des hydrocarbures. Les revenus hors hydrocarbures sont donc dérisoires, moins de 60% de la population est bancarisée, la dépréciation de la valeur du dinar continue, le marché informel qui contrôle. Un secteur informel important contrôle 50% de la consommation du marché et près de 30% de la masse monétaire en circulation, selon les estimations et qui contrôle aujourd’hui un peu plus de 45% du marché de la consommation dont pas moins de 40 000 importateurs activent dans le commerce d’importation sans que ces derniers assurent de revenus en devises au pays. Il y a lieu de s’inquiéter aujourd’hui de nos capacités managériales, industrielles, agricoles et touristiques à l’heure où notre pays aura besoin de pas moins de 2 millions d’entreprises de taille PME/PMI et une croissance à deux chiffres, afin de compenser les effets de cette crise énergétique et répondre aux besoins en emploi estimés à près de 600 000 emplois nouveaux par an pour maintenir le taux de chômage actuel estimé à près de 11%. En effet, l’équilibre budgétaire de l’Algérie impose aujourd’hui un baril de près de 90 dollars, alors que ce prix est impossible à approcher à moyen terme. Le capital humain, la richesse de demain, est encore un objectif lointain et l’appel aux compétences se fait de moins en moins. Selon les statistiques, près de 260  000 de nos cerveaux et cadres de haut niveau auraient, en effet, quitté le pays depuis le début des années 1980, pour s’installer à l’étranger. Pendant que les pays dits aujourd’hui émergents ont misé sur les technologies et le développement de l’homme, des valeurs du travail et de l’intelligentsia «le meilleur investissement de l’avenir». Il faut savoir que la force productive doit reposer nécessairement sur les travailleurs, les entreprises et l’émergence des élites, les investisseurs les vrais concepteurs du développement économique et d’une classe moyenne en général. C’est tout l’enjeu futur afin de garantir à chaque Algérien un emploi et un revenu stable et par conséquent offrir des perspectives ouvertes à l’économie nationale afin d’améliorer le quotidien et les conditions de vie des Algériens. Sur un autre plan : l’organisation de groupe de sociétés reste plus dans la forme que dans le fond, à savoir un amalgame de sociétés et loin d’exercer les règles et usages de l’économie de marché et en normes comptables internationales, et par ailleurs, le secteur privé, dont on parle beaucoup ces derniers temps, tiré essentiellement par le programme d’investissement, n’est pas encore le facteur-clé de toute dynamique d’investissements, de transfert technologique ou know-how pour développer la capacité de notre économie à être compétitive et bénéficier d’une envergure internationale de production et d’exportation, et enfin, générateur d’impôts pour conforter le budget de la nation. Parce qu’encore une fois, l’économie n’est qu’une stratégie d’entreprise, de marché et de politique financière. Peut-on se développer économiquement avec un management de type familial et des entreprises avec une faible valeur technologique ? Nos entreprises privées peuvent-elles être éligibles à ouvrir leur capital social en bourse des valeurs ? C’est là toute la dynamique attendue du secteur privé si vraiment on veut projeter notre pays dans le monde économique d’aujourd’hui.  

Quelques considérations sur le 1er Novembre

Par Abdel Alim Medjaoui  «Sans El Khawarizmi, il n’y aurait pas eu d’informatique.» Texte de la banderole tendue au-dessus de l’entrée du Collège de France, le jour de l’inauguration de la chaire d’informatique dans cette illustre institution.   L’une des conférences organisées au sein du salon du livre de l’année dernière portait sur : «1956, année charnière de la Révolution algérienne». Cela se passait le 1er novembre ! On aurait fait exprès d’illuminer une date qui n’a été qu’une des briques qui ont servi à paver la grande voie ouverte par Novembre, pour laisser ce dernier dans l’ombre, on n’aurait pas mieux fait. Un véritable détournement. Cela me rappelle ces vers du grand Mahmoud Derwiche : «Fî koulli mi’danatin  âwin wa moghtacibou  ***   yad‘ou li andalousin ’in  oucirat alabou» (Sur chaque minaret est juché un bonimenteur usurpateur). Qui appelle à sauver l’Andalousie lorsqu’il faut porter secours à Alep encerclé. Il me revient également à l’esprit cette phrase de Neil Armstrong posant ses pieds sur la lune, le 21 juillet 1969 ; il a alors déclaré avec aplomb : «Un petit pas sur la lune, un grand pas pour l’humanité  !» Mais en réalité, le grand pas pour l’humanité avait été réalisé par Gagarine, plus de 8 ans auparavant, le 12 avril 1961. Les savants soviétiques, qui ont préparé ce geste, étaient arrivés à la conviction scientifiquement établie que l’homme peut s’arracher à l’attraction terrestre et voyager à travers le cosmos, pourvu qu’on lui confectionne les moyens techniques pour ce voyage. Et ce fut la révolution cosmonautique… Les savants américains se sont appuyés sur cette révolution scientifique concrétisée par le vol réussi de Gagarine dans son fameux spoutnik et ont préparé une prouesse technique à l’occasion de laquelle ils se sont – par la bouche de leur astronaute – frauduleusement accaparé un droit d’auteur qui ne leur appartenait pas.    Pour revenir sur terre et, chez nous, à notre circonstance historique, il ne devrait pas, en principe, y avoir de doute que c’est l’année 1954 qui est «l’année charnière» dans l’histoire du nationalisme et de l’Algérie moderne. C’est Novembre qui a avancé l’idée révolutionnaire que l’Algérie pouvait s’arracher à la domination de la France, et il a conçu les symboles de la Révolution – exposés dans sa Proclamation – qui allaient convaincre et permettre cet arrachement. De fait, sans Novembre, il n’y aurait pas eu d’indépendance ; ni donc de GPRA, ni de manifestations d’Octobre 1961, à Paris, ni celles à Alger et dans toutes les agglomérations du pays, en décembre 1960, ni de Congrès de la Soummam en 1956, ni de 20 Août 1955 dans le Nord-constantinois, ni… pour ne parler que des grands moments qui ont jalonné la marche du peuple vers l’indépendance. La page ouverte par Novembre (c’est-à-dire par le FLN-ALN) est, en effet, l’une des plus lumineuses de notre histoire nationale, celle où notre peuple va inscrire l’empreinte de ses qualités créatrices, au service de sa libération, en faisant face, au- delà du soutenable, au poids d’une guerre de reconquête coloniale inexpiable. Et en menant à bien cette tâche pour abolir le déni – institué dans notre pays – des droits de l’homme, il a contribué à la défense et à l’affirmation de ces droits bien au-delà de notre pays...   Novembre activateur de l’histoire - En créant le FLN-ALN, Novembre se fait activateur de l’histoire. - D’abord, il brise un tabou ;  celui de la crainte paralysante d’un nouveau Mai 1945, qui marque encore les esprits jusque dans la direction du MTLD. Les thèses adoptées au congrès centraliste d’Alger en août 1954, concernant la position du «révolutionnaire» dans l’Algérie coloniale, n’affirment-elles pas, en effet, le non-mûrissement des conditions pour une action révolutionnaire dans notre pays ? Obnubilés et glacés par la répression, les dirigeants du parti n’avaient pas ressenti les «intimes substitutions» qui s’étaient opérées dans la société. Au contraire, la supériorité de Novembre tient à ce que la disposition de ses leaders, leur habitus politique épousait ces «transformations secrètes du corps social» – pour reprendre les mots de J. Berque – d’où leur confiance ferme et résolue quant au succès et aux suites de leur action. - Novembre active encore l’histoire en prenant au dépourvu l’Etat colonialiste. Celui-ci pensait maîtriser la situation : il était bien informé de la crise grave et – pressentait-il – mortelle dans laquelle la répression qu’il dirigeait contre elle d’une main de fer, avait plongé l’organisation nationaliste ; il avait une connaissance globale et en même temps précise des différentes tendances et des militants du PPA-MTLD – dont les semi-rebelles, selon la formule acérée de Jacques Chevalier ; il ne les voyait pas près de sortir de leurs contradictions et conflits  et surtout il n’entrevoyait pas que les restes de l’OS, qu’il pourchassait, pussent avoir ni la force ni l’autorité suffisante pour entreprendre une quelconque action qui puisse mettre sa domination en danger. L’ennemi a sous-estimé le peuple algérien et son mûrissement national. La synchronisation des premières actions armées à travers l’ensemble du territoire lui fait sentir le sérieux de l’affaire… - Plus fondamentalement, Novembre ouvre – et c’est là un coup de génie – un champ politique nouveau. En effet, son initiative inaugure le champ politique national algérien, indépendant du champ politique français. Elle change profondément la donne dans le bras de fer opposant le peuple algérien à l’Etat français. Elle pousse l’occupant colonialiste dans ses derniers retranchements, en fixant les règles nouvelles du débat entre eux ; et elle ouvre au peuple algérien des possibilités d’intervention inédites pour sa libération. Laissons encore J. Berque dire, à travers son Dépossession du monde, édité au lendemain de notre indépendance, ce que signifie ce genre d’initiative tout à fait original :  «Au-delà, au-dessous de la féconde négativité qui dresse le colonisé contre le colonisateur, c’est-à-dire le situe par rapport à lui, auraient ainsi subsisté et mûri, dans les latences qu’aucune recherche n’a pour l’instant explorées, des initiatives toutes fraîches. Celles-ci vont dresser le colonisé non plus par rapport à, mais si l’on peut dire, l’occasion de la situation coloniale. Une positivité s’éveille ainsi d’un long sommeil. Un oui absolu supplante l’altercation.» Une telle observation n’a rien de lénifiant, au contraire. Plus terrible encore est l’insurrection d’un peuple qui s’affirme non seulement contre l’Autre – ce n’est là en somme qu’un aspect conjoncturel – mais en dehors de l’Autre : «Et c’est là sa démarche la plus véritablement décisive. Car il rejette alors non seulement ses parties adultérées, mais la mauvaise conscience qu’elles alimentaient en lui. Ce n’est plus le ressentiment qui l’émeut. C’est une colère fondamentale.» Ce ne sont plus des sujets qui quémandent des réformes aux autorités, à travers des organisations sociopolitiques reconnues par la loi coloniale… C’est l’Etat national que se redonne le peuple algérien pour défendre son droit à l’indépendance. L’initiative s’annonce comme une offre de paix, comme la base pour de nouvelles relations entre l’Algérie et la France. Cette base – on peut la lire dans la Proclamation de Novembre  – y est rédigée comme suit : «…Afin d’éviter les fausses interprétations et les faux-fuyants, pour prouver notre désir réel de paix, limiter les pertes en vies humaines et les effusions de sang, nous avançons une plateforme honorable de discussion aux autorités françaises si ces dernières sont animées de bonne foi et reconnaissent une fois pour toutes aux peuples qu’elles subjuguent le droit de disposer d’eux-mêmes : a) - la reconnaissance de la nationalité algérienne par une déclaration officielle abrogeant les édits, décrets et lois faisant de l’Algérie une terre française en déni de l’histoire, de la géographie, de la langue, de la religion et des mœurs du peuple algérien ; b) - l’ouverture de négociations avec les porte-parole autorisés du peuple algérien sur les bases de la reconnaissance de la souveraineté algérienne une et indivisible  ; c) - la création d’un climat de confiance par la libération de tous les détenus politiques, la levée de toutes les mesures d’exception et l’arrêt de toutes poursuites contre les forces combattantes.» En contrepartie, – les intérêts français, culturels et économiques, honnêtement acquis, seront respectés ainsi que les personnes et les familles ; – tous les Français désirant rester en Algérie auront le choix entre leur nationalité d’origine et seront de ce fait considérés comme étrangers vis-à-vis des lois en vigueur, ou opteront pour la nationalité algérienne et, dans ce cas, seront considérés comme tels en droits et en devoirs ; – les liens entre la France et l’Algérie seront définis et feront l’objet d’un accord entre les deux puissances sur la base de l’égalité et du respect de chacun… - Le débat est ainsi placé d’emblée à un niveau très élevé… La direction du désormais Mouvement de libération nationale (FLN-ALN) exige de la France, en préalable, qu’elle dénonce officiellement le mythe de l’«Algérie française», et qu’elle se conforme au moderne «droit des peuples à disposer d’eux-mêmes». Toute la conduite de la guerre d’Algérie engagée par le pouvoir colonial est tendue par sa volonté de remettre en cause cette initiative politique de Novembre. Tous ses efforts viseront à délégitimer ce «préalable de l’indépendance», exigence, pour lui, inacceptable  et à replacer le problème dans le champ politique français, même au prix, s’il le faut, de réels changements autour de quoi il se dit alors prêt à négocier… Mais toute la conduite de la guerre de Libération nationale est tendue par l’effort et la volonté de confirmer l’initiative de Novembre. - En plus de l’idée géniale d’ouvrir un champ politique national hors du champ français, Novembre a senti, en une autre disposition aussi féconde, que le peuple est dans une conjoncture mentale où il «intervient dans le déroulement de son propre destin comme une force autonome et cohérente» où «la politique désigne une seule grande option, à la fois simple et dramatique», l’indépendance. Novembre indique qu’«après des décennies de lutte, le Mouvement national a atteint sa phase finale de réalisation» ; il précise : «Le but du mouvement révolutionnaire étant de créer les conditions favorables pour le déclenchement d’une action libératrice, nous estimons que, sous ses aspects internes, le peuple est uni derrière le mot d’ordre d’indépendance et d’action et, sous les aspects extérieurs, le climat de détente internationale est favorable pour le règlement des problèmes mineurs, dont le nôtre...» Sur quelles forces Novembre s’est-il appuyé pour lancer son action ? - Sur quelles «initiatives toutes fraîches», dans quelles «latences qu’aucune recherche n’a pour l’instant explorées», dont parle J. Berque, Novembre a-t-il puisé pour lancer la fusée «Algérie musulmane» contre l’«Algérie française» et pulvériser cette dernière ? Novembre a mobilisé… Il suscitera même, comme dit J. Berque, «un désaveuglement des possibles, un jaillissement des énergies cachées». «Ces énergies», se demande-t-il, «où dormaient-elles pendant la longue nuit ? Il appartenait à un poète algérien de suggérer, presque à son insu, une intériorité explosive, par le thème de la grotte. De cette grotte, le peuple allait sortir après s’y être longtemps recueilli. Cette grotte peut s’appeler religion, éthique familiale, sexualité, recours à l’antre, avec tous les développements que cela suggère du point de vue psychanalytique et mythographique. Telles sont en effet les démarches que l’on a pu récemment observer à l’occasion du soulèvement algérien». - Les hommes de Novembre pressentent la force sociale de la part que l’islam occupe dans cette «intériorité explosive», et confirment la paternité essentielle que se reconnaissait, avec les Oulama, le parti indépendantiste – pour son propre combat – dans les vertus que l’islam a déployées tout au long de la colonisation pour animer la résistance.   Tranchant le débat qui a secoué le parti indépendantiste sur la profondeur civilisationnelle musulmane de la société, Novembre donne une perspective révolutionnaire à la réforme de l’Islam maghrébin mise en chantier par les Oulama de Ben Badis, dans le sens moderne inauguré par Abdelkader un siècle auparavant. Un islam, dit J. Berque, tantôt se prêtant aux combattants moudjahidine, tantôt offrant un «refuge aux fidélités vaincues et aux espérances trahies» ; d’autant plus résistant qu’en apparence il compose, «masquant, de la compromission même» de ses serviteurs (marabouts et même Oulama), «l’intégrité des permanences» ; un islam donc se refusant à l’histoire en la préparant. Moudjahidine, note encore J. Berque, sera «encore le nom des combattants très historisants de la Révolution algérienne. Par le même jeu des signes», cette Révolution «inscrit l’islam dans sa Constitution, ce qui déçoit ses partisans occidentaux…» Ajoutons que si cela n’avait suscité que cette déception-là  ! A propos d’historicité des moudjahidine, précisons que, dans le compte-rendu qu’il a donné de la fameuse interview recueillie dans le maquis de Zbarbar-Palestro, Robert Barrat les trouve «étrangement semblables à nos maquisards français de l’Occupation». De même, dans sa déclaration au procès Jeanson, comme témoin cité à la barre, Vercors  estime : «Lorsqu’on se bat pour l’indépendance de son pays, comme nous nous sommes battus, tout le respect est dû à ces résistants et non seulement tout le respect, mais toute l’aide qu’on peut leur apporter.» - Dans la grotte où le peuple s’est «recueilli», Novembre trouvera à mobiliser également les formidables potentialités cumulées, par rapport au devenir de la nation, par deux groupes sociaux, la femme et le paysan. * Fanon, nous dit J. Berque, a produit «des analyses novatrices» sur la façon, dont «à l’ombre des mœurs», la femme a pu se mettre à l’abri de «la chronique sociale, de l’histoire coloniale et, plus jalousement encore du désir des hommes». Mais en appui sur les analyses de Fanon, il a pu parler de l’apport de la femme à la décolonisation avec une rigueur scientifique qui ne manquait pas de poésie. Cette «veilleuse de la nuit coloniale, apparemment recluse et asservie», dit-il,  mais dont l’«intègre violence» et le «désir» n’ont «été que provoqués, et non pas refaçonnés par l’histoire des autres», constitue pour cela une «réserve de signifiance»… «En elle, par elle, se prépare une maturité nationale dont l’éducation donnée à l’enfant, la conservation de la foi et des rituels n’est pas la seule approche, tant s’en faut. Car soudain vont éclater les héroïnes… L’autonomie où la femme s’était maintenue durant toute la phase coloniale, ou peu s’en faut, ne peut-on penser que c’est de là que sont sorties ses plus grandes participations à l’avenir ?» *  Le paysan, quant à lui, les hommes de l’OS le connaissent bien aussi ; chez lui trouvent refuge ceux parmi eux qui ont pu échapper à la traque dont ils sont l’objet depuis 1950. Avec lui, sous sa chaude hospitalité, ils préparent le moment décisif de la confrontation avec le colonialisme. «Ces môles sociologiques de la Kabylie, des Aurès, de l’Ouarsenis, note Berque, (…) sauvegardent, sur le plan géographique, comme la femme sur le plan social et moral, des ‘‘réduits de signifiance’’. Ils joueront, dès les premiers temps de l’insurrection, un rôle considérable pour sa préservation.» «Les «combattants des djebels», dit-il encore, montrent qu’il n’y a rien à faire contre l’alliance d’un homme et de son sol. Les effets militaires de cette nouvelle alliance ne font que refléter, si l’on peut dire, une continuité sociologique. L’espace lui-même semble prendre fait et cause pour l’émancipation. Les machines, qui ont tenté de l’asservir, les communications rapides qui le parcourent et le survolent, ne peuvent pas grand-chose contre une telle restauration. Un peuple qui se libère n’y parvient que s’il traduit plus exactement que l’autre, des rapports – eux-mêmes renouvelés plutôt qu’hérités – entre son espace et lui. […] Les masses qui s’annoncent ainsi, innovatrices et fidèles, briseuses de toutes les digues et restauratrices de l’initial, tirent, paradoxalement, une autre force encore de leur archaïsme, qu’on pourrait appeler plus justement naïveté ou mieux encore nativité. Analphabétisme, sous-développement, immaturité, etc.,  telles sont les qualifications qu’on leur inflige, auxquelles on voudrait bien les réduire. [...] Cependant, par des revanches obscures à quoi nous sentons bien qu’est intéressé le destin de l’homme, ce droit des pauvres, des ignorants et des contaminés l’emporte aujourd’hui sur celui des puissants . Il ne s’impose ni par des rapports de force, bien que ceux-ci aient certes leur importance, ni même par des jugements moraux, ni par rien d’évaluable. C’est avant tout une victoire du fondamental sur l’élaboré. Et Berque de signaler : «Cette Algérie-là s’opposait à celle d’Abdelkader comme le positif au négatif. Elle qui ne s’était pas exprimée du temps du grand Emir, elle qui n’avait guère connu la pénétration, non plus que le dialogue avec l’Autre, […] c’est elle à présent qui s’active. Le petit paysan, le fils du fellah, en général l’homme du bled, auront été, de cette guerre, des participants parmi les plus énergiques.» J. Berque résume son idée. «Ce qu’on peut dire, en tout cas, c’est que la guerre d’Algérie aura fait ressortir, de façon inattendue pour certains, mais qui confirme la thèse ici soutenue, un rôle majeur de la croyance, de la femme et du paysan, c’est-à-dire une activation du muet, du secret et du fondamental.» Et c’est en appui sur ce «matériau» humain engagé et ces fortes valeurs civilisationnelles que Novembre a dressé la solide trame de la guerre de Libération nationale, sur laquelle sont venues se conjoindre les diverses forces politiques et sociales, jusque-là divisées, qu’il a fini par gagner, comme autant de fils réunis pour tisser l’étoffe solide du corps national. Novembre a ainsi  forgé pour la lutte pour l’indépendance, une force nationale réellement et massivement unie, par le large engagement des forces populaires. Mais cette unité n’était pas monolithique, et ne pouvait l’être. Pour donner une idée de cette unité si forte mais en même temps si inconcevable, nous ne trouverons pas mieux que la belle image chantée par Pablo Neruda, dans «l’Ode au sable» : «Sable  pur, comment s’accumula, impalpable, ton grain divisé   Comment, ceinture de la mer, coupe du globe, pétale planétaire   As-tu joint, face au hurlement des vagues et d’oiseaux sauvages, Ton anneau éternel, ton unité obscure ?» Cette ode porte hommage à des circonstances humaines où l’union et la solidarité empruntent, pour se concrétiser, à l’«accumulation impalpable» à travers laquelle se conjuguent l’extrême «division» des grains de sable et la puissante solidité de leur «unité obscure». Elle convient parfaitement à l’initiative de Novembre. Voilà donc élucidé, pensons-nous, ce qui a fait la force de Novembre, du mouvement de libération nationale. Toute étude historique concernant ce dernier ne peut ignorer cette thèse. C’est pourquoi nous nous sommes permis – et nous nous en excusons auprès des lecteurs – de piller, à ce sujet, J. Berque en ses développements lumineux… Novembre et la scène internationale - Sur le plan international Novembre fait un gros effet. Car il initie une révolution encore dans les relations internationales. – L’acte inouï de Novembre – radicalement novateur –, c’est qu’au-delà d’être le fait d’un protagoniste jusque-là inexistant sur la scène internationale, il dénonce – à travers le cas exemplaire de l’Algérie – le crime colonial  en général : Novembre pose ainsi l’illégitimité de tout le système colonial établi par la force spoliatrice  ; il établit donc la nécessité d’abattre ce système, et appelle à une refonte radicale des relations internationales sur la base de l’égalité des peuples et de leurs Etats. Cette initiative paraissait si déplacée, si irrecevable que sa portée révolutionnaire idéologico-politique a mis du temps pour montrer son évidence. Et il a fallu, par exemple, beaucoup d’intelligence et de volonté persuasive de nos représentants, Hocine Aït Ahmed et M’hammed Yazid, en avril 1955 à Bandoeng,  pour que le problème algérien put être pris en charge par la conférence, au même titre que ceux de nos voisins maghrébins. Il a fallu convaincre les dirigeants des peuples, réunis pour défendre la Libération nationale et l’indépendance contre le colonialisme, que notre pays n’était pas formé de départements français ; il a fallu persuader ces dirigeants que notre pays n’était pas français, et extirper de leur conscience qu’il l’ait jamais été… Et finalement, la participation de Novembre à Bandoeng a enrichi la rencontre d’un anticolonialisme plus profond. C’est d’ailleurs ce que reconnaîtront, en septembre 1960, les 121 intellectuels français dans leur Manifeste qu’ils terminent par la sentence suivante  : «La cause du peuple algérien (…) contribue de façon décisive à ruiner le système colonial, [elle] est la cause de tous les hommes libres.» C’est aussi pourquoi la solution a mis beaucoup de temps pour s’imposer. Si le peuple français a réalisé la grande Révolution en 1789, en détruisant la Bastille, symbole des privilèges monarchistes, notre peuple, lui, aura abattu une Bastille plus importante encore, l’«Algérie française», symbole d’intérêts et de privilèges autrement plus considérables, et que légitimaient toutes les «Nouvelles Europe» conquises et annexées à travers le monde. Ce forfait, notre peuple le fera avorter en Algérie, et le rendra illégitime dans son principe, même ailleurs, là où il a été réussi… Mais on sait que les privilégiés d’hier en France, touchés dans leurs préséances, ne se sont pas résolus à cette remise en cause et y sont revenus par plusieurs contre-révolutions, n’acceptant qu’au bout d’un siècle le compromis de la IIIe République – marqué lui-même du sceau impérial. De même, les forces internationales dont Novembre a délégitimé les prépondérances ne se résignent pas à cet échec et tentent de bloquer la roue de l’histoire ou de la faire tourner vers hier. Nous avons l’espoir, cependant, que les fruits de Novembre n’auront pas besoin d’un siècle pour s’affirmer, dans notre pays et même à travers le monde… – Il faut noter qu’en s’adressant à un forum qui donnait naissance aux «Non-alignés», Novembre a tracé des perspectives fondamentales de développement à la révolution qu’il a initiée. * L’État, dont il assoie les fondements, garantit la démocratie politique et sociale et naturellement les droits de l’homme citoyen, cette «orthopédie, telle qu’on l’a tentée, de la marche debout, de la fierté humaine», selon l’expression d’Ernst Bloch , orthopédie dont il dit «qu’il n’y a rien eu jusqu’ici dans l’histoire qui fût aussi limité et entravé, par sa base, et aussi humainement anticipateur par ses postulats». Et il précise : «Liberté, Égalité, Fraternité […] renvoie bien au-delà de l’horizon bourgeois.» C’est bien la définition de la Révolution que cette tension vers le dépassement de l’horizon bourgeois, vers cette anticipation humaniste, qui a marqué l’œuvre de notre mouvement national, Oulama compris, dans sa défense de ces valeurs bafouées par le «code de l’indigénat» ! * Mais pour Novembre, le dépassement de l’horizon bourgeois ne signifie pas aller vers le socialisme. Le long compagnonnage du mouvement national avec le parti communiste, en France et Algérie, depuis l’Étoile nord-africaine jusqu’au MTLD, la douloureuse expérience de la libération vietnamienne ont montré que la perspective socialiste engage l’Etat national dans le conflit Est-Ouest et ne garantit pas sa libération et son développement indépendant. L’orientation anticolonialiste non-alignée du mouvement de Libération nationale est conséquente. Pendant la guerre de Libération, le mouvement étudiant UGEMA l’a très bien exprimée : il a su se gagner l’amitié et le soutien des jeunes et des étudiants de l’Est comme de l’Ouest, au profit de la juste cause de notre peuple combattant…       . Cf. Dépossession du monde, Seuil, 1964, chap. «Valeurs de la décolonisation», p. 169. Les citations suivantes de J. Berque sont toutes tirées de ce chapitre.  . Cf. F. Abbas, La Nuit coloniale, Julliard, 1962. C’était la première fois, depuis sa diffusion clandestine, que le texte de la Plateforme de Novembre a été mis à la disposition du public dans cette œuvre de F. Abbas.  . Car elle signifiait pour lui une reconnaissance d’avoir commis le crime colonial, ailleurs réputé crime parfait.   . Nous paraphrasons ici un auteur français, J. Julliard, qui a bien décrit, dans sa Quatrième République, 1945-1958 (Livre de Poche, Paris, 1988), une situation qui nous semble comparable à celle que nous décrivons ici, celle de la France en 1936 et en 1945. Sauf que l’intervention de notre peuple pour sa libération est autrement plus ample que n’a pu l’être celle du peuple français pour la sienne. . Il s’agit de Kateb Yacine, à travers toute son œuvre et surtout dans Nedjma.     . In R. Barrat, Les Maquis de la liberté, éd. Témoignage chrétien, 1987.   .Cité par Jacques Vergès, in Que mes guerres étaient belles !, éd. Le Rocher, 2007, p. 59. Vercors est un écrivain résistant pendant l’Occupation (nazie) de la France. Auteur, il est l’un des fondateurs des Éditions de Minuit, et des signataires, avec Sartre, du Manifeste des 121… Il refuse la Légion d’honneur pour protester contre la torture pratiquée en Algérie.. . «Plus qu’une constatation politique, note J. Berque, c’est là un thème général de notre temps.» Nous ajouterons que notre peuple aura été précurseur en matière de «brexit» bien avant le peuple britannique et les électeurs de Trump…  . Pablo Neruda, Nouvelles odes élémentaires, Gallimard, 1976. . . Justement caractérisé comme «crime parfait», par F. Abbas dans La Nuit coloniale, parce que la victime ayant été annihilée par le colonisateur, il n’y a plus personne pour le dénoncer.  

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