Elwatan

Lettre ouverte à Monsieur le président de la République

Par la présente, je vous écris pour vous alerter d’une situation particulière relative à la diaspora algérienne. Celle-ci a, depuis de trop nombreuses années, le sentiment d’être dans une position délicate vis-à-vis de son pays d’accueil, la France, mais aussi de son pays d’origine, l’Algérie. Voilà près de 50 ans que l’on fait semblant de ne pas comprendre les spécificités de cette population, avec pour conséquences un gâchis des énergies et des compétences. J’ai le sentiment profond qu’il existe une forme de dialogue de sourds qui ancre un peu plus au quotidien une mutuelle incompréhension. Du côté français, cette population est toujours considérée un peu étrangère et souffre d’un racisme invisible et omniprésent. Du côté algérien, elle est perçue comme un ovni qu’on ne sait comment amarrer au vaisseau amiral, de crainte qu’il ne perturbe l’équilibre fragile de la mère patrie. Respectée et valorisée, cette diaspora, dont je fais partie, serait un atout extraordinaire pour l’Algérie si les moyens lui étaient donnés d’exister dignement pour révéler ses talents. I. Lettre au Président de la république française Pour la France, j’ai analysé la situation dans le cadre d’un ouvrage, Le poison français, lettre au Président de la République. Accouché avec douleurs, il est consacré au processus qui génère un poison redoutable : le racisme qui frappe une part importante des musulmans de France où les Algériens sont majoritaires. Le cœur de l’analyse se fonde sur la mémoire franco-algérienne qui continue de saigner et légitime ce poison dans le présent. Dans cet ouvrage, et pour la première fois, un Président français est interpellé quant à l’urgence d’une réparation politique et financière des crimes coloniaux français commis en Algérie, comme porte d’entrée pour neutraliser le poison et viser une mémoire apaisée. J’ai eu le plaisir de recevoir une réponse précise du Président Macron. Elle ne me satisfait pas sur le fond, mais elle a le mérite d’exister. Mes divergences feront d’ailleurs l’objet d’un ouvrage consacré exclusivement à la réparation. Ma satisfaction vient du Conseil constitutionnel français qui, près de deux mois après l’envoi de l’ouvrage au Président, validera le droit d’indemnisation aux victimes algériennes des crimes coloniaux. La France prouve, une nouvelle fois, la force de sa justice et de sa démocratie. De son côté, l’Algérie et ses représentants avec qui j’ai partagé mon ouvrage, n’ont pas réagi, à part des remerciements et vœux de succès émis par Monsieur le Premier ministre algérien, Ahmed Ouyahia. Mais sur le fond, un silence lourd que je ne comprends pas. C’est pourquoi il me fallait aussi vous écrire. Fils d’immigrés algériens, je refuse que les victimes algériennes ne soient pas traitées d’une manière égalitaire face à la barbarie coloniale et que leurs bourreaux soient décorés. Aujourd’hui, Monsieur le président de la République, j’en appelle à votre haute autorité et vous sollicite afin que l’Algérie soutienne explicitement cette demande de réparation financière au profit des associations de victimes algériennes. Ceci rejaillira, j’en suis convaincu, de manière positive sur la neutralisation du racisme à l’encontre de la diaspora algérienne. II. Au cœur du cyclone diplomatique Monsieur le président de la République, j’ai toujours été stupéfait, et ce, depuis 35 ans, de l’inertie ambiante de nos représentations consulaires et diplomatiques sur les plans administratif, économique, social ou culturel. Il suffit de se pencher sur les réseaux sociaux où des internautes de la diaspora immortalisent ces moments pathétiques où bagarres, insultes et scandales sont légion au sein de nos structures qui représentent l’Algérie à l’étranger. Monsieur le président de la République, l’objectif n’est pas de cibler des personnes mais de montrer les faiblesses de performance de nos organisations. Dans tous les projets que j’ai initiés en faveur de l’Algérie, j’ai été confronté, à l’instar de beaucoup, à une inertie omniprésente, ponctuée d’un auto-satisfecit souvent arrogant de certains personnels, diplomates et contractuels, creusant davantage le fossé entre les représentants de l’Algérie et ses enfants de l’extérieur. Pendant près de vingt années, je n’ai pas assisté aux réunions du consulat par exaspération des dysfonctionnements organisationnels. Ces deux dernières années, j’ai voulu croire que la situation s’était améliorée. Mais quelle triste déception ! Dimanche 29 avril 2018, la diaspora est invitée à l’hôtel Sofitel de Lyon pour une rencontre avec une délégation diplomatique composée de l’ambassadeur d’Algérie en France accompagné, entre autres, de ministres et de banquiers. Dans le public, peu de jeunes et peu de personnes issues de l’élite algérienne. La manifestation n’a pas généré un engouement particulier alors qu’on allait parler d’une supposée nouvelle dynamique à destination de la diaspora sur l’investissement et le logement. Durant cette rencontre, le président d’une des plus grandes banques publiques algériennes nous explique avec beaucoup de conviction que le climat des affaires en Algérie est, selon la Banque mondiale, positif. Je suis contraint d’intervenir, car il avait simplement oublié de signaler que l’Algérie venait d’être déclassée de dix places pour son climat des affaires par cette même Banque mondiale. Bien que je ne sois pas un fan de cette institution internationale, le constat est sans appel : l’Algérie occupe le 166e rang mondial, loin derrière nos voisins africains. Aucune réponse ne sera apportée à ma question. La réunion se termine non pas de manière solennelle, mais par un «One, two, three, Viva l’Algérie !» impulsé par l’ambassadeur. Des hauteurs de la diplomatie algérienne, nous sommes plongés dans une ambiance de stade de foot. Je suis mal à l’aise, comme beaucoup d’autres. Le consul général est, quant à lui, satisfait. Il dresse un bilan positif de cette manifestation alors qu’une déception profonde est palpable. Le récit de ces rencontres n’a nullement pour objectif de discréditer quiconque. Ils ont tous mon respect et ma considération. Malheureusement, je suis contraint avec grande tristesse de faire le constat que la diaspora n’est pas comprise, ni les enjeux futurs de l’Algérie. Ces exemples pourraient être des exceptions. Or, il n’en est rien. La même situation s’est produite quelques mois auparavant, lors de la venue en décembre 2017 du Premier ministre, M. Ouyahia. A l’ambassade d’Algérie à Paris, il fera, devant une supposée élite de la diaspora, un discours proposant des mesurettes qui ne reflètent aucunement les besoins réels. Il avait, entre autres et à juste titre, raison de rêver d’une diaspora algérienne en France qui s’organise en une communauté influente. Paradoxalement, dès qu’il fut question des moyens pour la voir se concrétiser, il considère que ce n’est pas l’affaire de l’Algérie. On vous incite à agir collectivement tout en vous laissant seuls face aux défis de la mise en œuvre. Monsieur le président de la République, je suis convaincu que se taire sur la réparation des crimes coloniaux et sur la constitution d’une communauté organisée est une fausse piste. La France est assez forte, elle vient de le démontrer avec la reconnaissance de la réparation et elle n’a aucune réticence, me semble-t-il, à voir se constituer une diaspora algérienne organisée. Je dirai même qu’elle en a besoin, pour mieux dialoguer avec le reste des populations. L’Algérie, quant à elle, a besoin du dynamisme et de l’enthousiasme de sa diaspora. Elle est un élément vital pour son présent et son futur. Il est urgent de renverser les flux. Le meilleur de l’Algérie se déverse d’une manière inquiétante à l’extérieur de ses frontières, en France et ailleurs, avec un bilan de double perte, de compétences en fuite et de sommes exorbitantes allouées à leurs formations initiales. Monsieur le président de la République, le bilan est tristement décevant : 1. L’Algérie rêve depuis toujours que sa diaspora représente une communauté influente en France. Le constat est alarmant, c’est la diaspora la plus faiblement organisée. 2. L’Algérie rêve depuis longtemps que sa diaspora vienne investir en Algérie. Là encore, les résultats sont quasi nuls à quelques exceptions près. 3. L’Algérie rêve depuis plus de 30 ans que les compétences de la diaspora s’expatrient en Algérie. A nouveau, c’est un échec total. 4. Enfin, l’Algérie rêve depuis toujours que la communauté algérienne s’organise sur les plans cultuel et culturel. En vain. C’est soit le désert, soit l’autocratie de certains dirigeants de lieux de culte en France qui semblent vouloir s’en approprier la propriété. Monsieur le président de la République, je sais que vous y êtes sensible. C’est pourquoi il était important pour moi de vous exposer sans détours la réalité vécue par vos enfants de l’extérieur qui ne demandent qu’à exprimer leurs potentiels au profit de l’Algérie. Monsieur le président de la République, j’ai essayé de comprendre sans esprit partisan ces hauts fonctionnaires qui ont certainement de bonnes intentions, mais sont trop souvent décalés de la réalité de la diaspora, générant une impuissance dans la mise en œuvre d’actions concrètes. Aujourd’hui, je suis convaincu que la problématique centrale est au niveau du système, du réceptacle qu’il faut refonder pour casser cette spirale infernale de l’enlisement de cette diaspora, poussée dangereusement loin de la mère patrie. En effet, un grand nombre de nos ressortissants ont fait le choix de déserter depuis longtemps les manifestations publiques des consulats ou de l’ambassade, et de boycotter d’une manière massive les élections. D’autres ont été blacklistés parce qu’ils avaient osé exprimer leurs divergences. Monsieur le président de la République, vous le savez certainement, notre diaspora est aujourd’hui plus que jamais en ligne de mire car elle interpelle la France sur son modèle d’intégration qui s’écroule dans ses contradictions. Un palier a été franchi ces dernières années. Vous qui avez toujours été un fervent défenseur de la cause palestinienne, sachez que vos enfants sont souvent accusés d’être les nouveaux porteurs du nouvel antisémitisme français parce qu’ils sont les principaux défenseurs de cette cause. L’Algérie ne peut plus se taire car les risques d’affrontements sont réels. Il est vrai que l’élite algérienne aurait dû plus s’impliquer. Souvent absente, désespérée par un patriotisme déçu, ne croyant plus à un avenir prometteur de l’Algérie, ils se sont recentrés sur le modèle français comme ultime espoir. Certains sont même devenus les chantres du système assimilationniste français qui les utilise comme les fervents défenseurs de ce modèle, neutralisant les revendications et les énergies vives de leurs coreligionnaires. Je suis à l’opposé de cette conception. Je vous écris parce je crois en un avenir prometteur de l’Algérie mais avec l’exigence de prendre conscience de la réalité vécue et des risques encourus. Pour les deux pays, cette population est problématique, un poil à gratter qu’on cherche au fil des besoins soit à dompter, soit à courtiser mais qu’on n’arrive pas à soumettre. Pour exemples, la déchéance de la nationalité en France et, en Algérie, l’article 51, deux mesures devant exclure une composante de la nation. Cette double peine renforce l’incompréhension et le statut de ni-ni (ni algérien, ni français) de cette diaspora qui risque de se détourner définitivement de la mère patrie. Les choses ne bougent pas depuis 60 ans, voire s’aggravent, car certains acteurs des deux pays semblent s’entendre pour ne pas faire émerger une dynamique qui risquerait de perturber leurs intérêts sur les échiquiers nationaux. Monsieur le président de la République, cette conception est risquée. Perpétuer l’exclusion de cette diaspora dans le développement de l’Algérie, c’est s’amputer d’une richesse inestimable. Je suis convaincu, Monsieur le président de la République, vous qui avez toujours exprimé un esprit rassembleur, que vous saurez tendre la main à tous vos enfants de l’intérieur et de l’extérieur. III. L’Algérie à la croisée des chemins L’Algérie est aujourd’hui à la croisée des chemins. Comme sur une ligne de crête, elle peut basculer dans le chaos à la moindre étincelle, mais aussi s’élever de manière prometteuse, avec comme point d’inflexion la question centrale du projet et de la gouvernance à venir. Monsieur le président de la République, certains souhaitent ardemment votre 5e mandat, comme gage de stabilité. D’autres le refusent résolument, comme le mandat de trop, symptôme d’une société en panne. Après une décennie noire, le peuple algérien fragilisé ne croyait plus en un avenir paisible, ce qui a favorisé un individualisme nouveau, protection supposée d’un système qui avait enfanté des monstres. Je dois vous l’avouer, j’étais contre la réforme de la Constitution qui vous autorisait à postuler après la fin de votre deuxième mandat. L’Algérie était dans le viseur de beaucoup de pays et vous avez su consolider en fin diplomate aguerri les rapports avec les Russes, les Américains, les Français, tout en élargissant les relations à de nouveaux partenaires stratégiques comme la Chine ou la Turquie. Elle est aujourd’hui la dernière nation debout des anciens membres du front de la fermeté contre Israël. Nos pays frères (Irak, Syrie, Libye) sont tous tombés sous l’instrumentalisation d’apprentis sorciers qui ont mis en œuvre des stratagèmes diaboliques, y compris avec la complicité de pays voisins. Ces menaces extérieures indéniables sont aussi utilisées par certains acteurs nationaux pour laisser le statu quo en Algérie. Je n’y suis pas favorable. La meilleure chance de l’Algérie pour se protéger est d’avancer en réformant en profondeur le système pour être en phase avec les nouveaux enjeux. Durant ces vingt dernières années, des réalisations indéniables sont visibles, même si les scandales de corruption, la fuite massive des cerveaux et la désespérance de beaucoup de jeunes ont progressé. J’ai envie de croire que vous ne serez otage de personne. Vous saurez prendre la décision adéquate pour que l’Algérie reste debout et s’inscrive dans la modernité en trouvant la place qu’elle mérite dans le concert des nations. C’est pourquoi je suis convaincu que vous ne souhaitez pas vous présenter pour un 5e mandat, auquel certains vous pressent, à seule fin de préserver leurs intérêts personnels, contraires à l’intérêt général du pays. IV. Pour un grand projet en Algérie L’Algérie est une grande nation. Même si on ne le dit pas assez, elle est sûrement une des nations qui redistribue le plus à son peuple et ceci dans tous les domaines. Monsieur le président de la République, homme de réconciliation nationale, je vous demande d’accompagner l’Algérie aux changements à venir, en transmettant le flambeau aux jeunes générations et en initiant le projet d’une réforme profonde sur les plans politique et économique. A. Sur le plan politique, l’impulsion d’une Constituante semble indispensable pour stimuler les populations. Il faudra aussi des mesures fortes en particulier sur une refonte du politique, le cumul des mandats et la représentativité, une justice indépendante et une gouvernance irréprochable, conditionnée par des libertés collectives et individuelles plus assumées. B. Sur le plan économique, la vision d’un nouveau grand projet est nécessaire avec comme pilier non plus la rente issue des hydrocarbures mais le capital humain. Ce capital existe à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Les trois piliers en sont les jeunes, les femmes et la diaspora.   1. Les jeunes : il est urgent de miser sur cette population au risque de voir émerger une déferlante insoupçonnée de frustrations. L’accélération des défouloirs dans les stades et les réseaux sociaux, est un signe alarmant. Malgré les milliards engagés, les dispositifs d’aide pour la création de micro-entreprises en direction des jeunes, type Ansej, sont décevants notamment en raison du taux d’abandon des projets. Il aurait fallu une formation préalable aux savoir-faire dont l’Algérie a grandement besoin, avant de financer à coups de milliards des activités souvent conduites par des non-professionnels. Il est indécent d’être contraint de faire appel à des peintres marocains, des maçons turcs ou encore des électriciens français, alors que le taux de chômage chez les jeunes dépasse parfois les 50%.   2. Les femmes : l’occupation du terrain politique et économique par la femme algérienne doit être impulsée en urgence pour imposer une parité progressive, qui aboutira à terme à une parité complète. La femme algérienne sera un pilier du nouveau modèle de développement. Partout dans le monde, là où elle s’exprime, elle est un accélérateur de croissance. De par son statut initial souvent inférieur, imposé par les hommes, elle bouscule à sa manière l’ordre établi et génère de la performance. Ainsi, il est évident que le Code de la famille doit être abrogé en donnant une totale égalité des droits.   3. La diaspora : il est urgent de repenser le mode de fonctionnement des consulats avec des feuilles de route précises et des objectifs chiffrés sur les plans politique, économique, social et culturel. Il me paraît aussi essentiel de miser sur la formation des personnels (diplomates et contractuels) souvent démunis face aux missions techniques qui leur sont allouées, ce qui génère une inertie démultipliée dans leurs fonctions. 3.1. Sur le plan politique, l’Algérie doit s’impliquer d’une manière opérationnelle pour que ses ressortissants s’organisent et constituent une communauté influente en France et partout ailleurs dans le monde. Un référent politique peut être nommé dans chaque consulat avec l’objectif de fédérer cette diaspora. Il est urgent d’abroger la loi interdisant à la diaspora d’occuper de hautes fonctions en Algérie, y compris celle de président de la République. L’Algérie doit accompagner et permettre aux associations de victimes de recouvrer leurs droits, en particulier concernant la réparation des crimes qu’elles ont subis. La porte est désormais ouverte par le Conseil constitutionnel français.   3.2. Sur le plan économique, il est primordial d’installer un guichet unique d’investissement en France, avec un relais dans les principaux consulats, réglant les contraintes liées à l’investissement (foncier, transfert des technologies et des marques, financement). Cela cassera la spirale infernale de processus d’accueil inefficient des investisseurs où pour la quasi-totalité des cas les consulats se limitent à être de simples courroies de transmission des dossiers à leur tutelle par valise diplomatique. 3.3. Sur le plan culturel, l’Algérie doit être à l’honneur avec une activité culturelle plus intense, y compris par l’installation indispensable de centres culturels dans les principales grandes villes (Lille, Lyon, Marseille,…). A ce titre, il serait affligeant de céder l’ancien consulat d’Algérie à Lyon. Fermé depuis plusieurs années, il a été un haut lieu de la résistance algérienne en France où de nombreux Algériens ont été torturés lorsqu’il avait un usage de commissariat de police spécialisé dans la traque des résistants. La force de l’Algérie, c’est son passé, sa révolution, et les femmes et les hommes qui ont donné leur vie pour qu’elle soit libre. Enfin, la mise au service de l’Algérie des compétences, nombreuses, de la diaspora doit être facilitée. Aujourd’hui, je vous l’assure Monsieur le président de la République, vouloir se mettre à disposition de notre pays est un vrai parcours du combattant ! 3.4. Sur le plan social, les Algériens sont généreux mais ne savent souvent pas à qui s’adresser. Les consulats peuvent être des accélérateurs de cette générosité à destination de l’Algérie ou sur le sol français. Je ne peux omettre deux axes stratégiques où l’Algérie peut disposer d’avantages comparatifs dans la concurrence mondiale, celui de l’agriculture et de l’écologie. 4. L’agriculture : il est choquant de voir un pays comme l’Algérie continuer à importer une multitude de produits agricoles semi-finis ou finis, alors qu’elle dispose d’une nature pouvant subvenir à tous ses besoins. L’Algérie peut et doit devenir autonome d’ici 20 ans sur le plan alimentaire, car les enjeux démographiques sont déjà colossaux (40 millions de personnes à nourrir), à la hauteur d’une facture de près de 15 milliards de dollars chaque année, soit près de 30% de ses recettes, alors qu’elle pourrait aisément exporter. 5. L’écologie : il y a urgence, car péril en l’état. L’accélération des pollutions diverses en Algérie est inquiétante, et la philosophie du tout consumérisme est tragique sur l’impact dans la vie quotidienne. Il suffit de voir l’omniprésence de la voiture, le coût annuel, direct et indirect, des embouteillages estimés à près de 4 milliards de dollars. L’état de nos plages, celui de nos cages d’escalier, ou encore de nos paysages jonchés de détritus confirme un risque élevé de désastre écologique. Conclusion Ce constat intransigeant m’est personnel, et peut être critiqué. Mais il impose à tous de ne plus faire semblant de ne pas voir les risques sociétaux liés à cette diaspora mais aussi en Algérie. Certaines vérités peuvent déranger l’Algérie car elles la renvoient aussi à ses contradictions, ses difficultés et son incapacité à fédérer sa diaspora comme véritable richesse, mais mon esprit est toujours animé par une exigence d’honnêteté et de patriotisme. C’est pourquoi, Monsieur le président de la République, il fallait que je vous écrive, animé par un cri du cœur pour vous alerter sur une situation qui risque d’être très dommageable pour notre pays si nous restons sans réaction. L’Algérie est aujourd’hui un grand pays avec plus de 40 millions d’âmes. Elle a les moyens de remporter ces défis si elle accepte de les affronter. A l’heure où beaucoup sont dans la désespérance, j’ai envie de croire en une Algérie debout, digne et pleine de vitalité. Je suis peut-être trop idéaliste, trop optimiste sur l’avenir, mais je reste convaincu que le capital humain algérien est notre principal force, avec la diaspora comme pilier incontournable. Peut-être parce que je n’oublie pas que c’est principalement le fruit de la sueur et du sang de la diaspora qui a financé notre Révolution qui reste une référence mondiale. Cette diaspora peut aider une nouvelle fois à une transformation profonde et positive de l’Algérie. Monsieur le président de la République, je vous confirme que je ne fais partie d’aucun parti politique ou d’organisation partisane et n’ai aucune ambition politique, sinon d’apporter une contribution à mon pays, l’Algérie, à travers mes écrits. Essayer de faire de belles et grandes choses pour l’Algérie est un bel idéal, c’est un peu le mien et j’aimerais le partager. C’est aussi une des raisons qui ont motivé cette correspondance. Je suis convaincu que le sens de votre réponse ira dans cette même direction. Veuillez croire, Monsieur le président de la République, à ma plus haute considération.   Par Seddik S. Larkeche Professeur des Universités, spécialiste en gestion stratégique des risques  

L’hymne national boudé

Mon propos n’est pas de condamner cette jeunesse algérienne qui a tourné le dos à l’hymne national lors de la finale de la coupe d’Algérie ayant opposé la JSK à l’USMBA, mais d’essayer de comprendre pourquoi et comment on en est arrivé là. Expliquer aussi pourquoi par cet acte «grave» l’Algérie peut être en danger de dislocation... Qui en est la cause ? Qui a semé cette graine de rupture avec le passé aussi glorieux ? Il est clair que par cet acte qui n’est pas le premier — rappelons-nous, l’hymne national a été déjà sifflé lors du match Algérie - Palestine — quelque chose est en train d’être cassé, car si par le passé la rupture était déjà consommée entre les Algériens et les institutions, aujourd’hui, sous l’ère de Bouteflika, la rupture est en train de se faire entre les Algériens et l’Algérie. Le seuil de tolérance est-il atteint ? Les jeunes semblent toucher le fond ; ils n’ont plus rien à perdre. Ils l’ont fait savoir de différentes manières par des révoltes et maintenant en sifflant et en tournant le dos à l’hymne national. En revanche, ils n’ont rien. Ils sont riches de colère et d’impatience. Cette révolte manifeste le désir de ces jeunes de faire comprendre à tous l’injustice dont ils sont victimes. Ils ont la blessure de la misère, de l’humiliation et de la hogra quand ils entendent les représentants du pouvoir dire que leur pays se porte bien sans eux et même contre eux ; alors, ils éprouvent de la haine au cœur. Ces jeunes se révoltent contre tout ce qui n’est pas normal pour eux : le chômage, la malvie, l’exclusion, le mépris, l’injustice… Une jeunesse dont la situation est devenue insupportable du fait des choix économiques, des politiques inopérantes et inefficaces d’un personnel aux affaires qui a depuis des décennies montré son inefficacité, son incompétence, son manque d’intelligence, ses mensonges et sa rapine. Alors, beaucoup ont posé comme principe que dans un pays sans foi, sans justice, sans valeur et pourri, chacun a le droit de faire ce qu’il veut. La débrouille s’est érigée en système de survie, la magouille s’est installée dans les affaires, la triche s’est développée dans les écoles à tous les niveaux, y compris dans les universités et facultés, l’arnaque à gagné toutes les professions, la corruption s’est démocratisée. Ajouté à cela la régression des valeurs morales comme la politesse, l’honnêteté, le respect de l’autre, l’honneur, la droiture, la parole donnée… Seule la réussite matérielle est considérée comme l’élément de réussite . Avec ce vide moral, cette déliquescence des mœurs et la perte des repères, il est à craindre que la société algérienne, la jeunesse algérienne soit entraînée dans un avenir incertain fait de démoralisation individuelle et collective, entraînant par là une véritable perte de confiance et de conscience. Une jeunesse désorientée, désespérée, repliée sur elle-même au point de se sentir en statut d’infériorité sociale, en marge de la société. Ces jeunes n’ont pas seulement donné le dos à l’hymne national, ils ont clairement indiqué qu’ils ne voulaient plus accepter de voir les richesses du pays dilapidées, mal gérées, volées par une nomenklatura et un système qui leur interdit l’accès à cette richesse et à l’espoir. Une nomenklatura aux affaires au nom de la légitimité révolutionnaire, ils n’en veulent plus ! Ils ont sifflé et tourné le dos aux symboles de cette légitimité détournée, instrumentalisée, salie par des comportements et des pratiques mafieuses. Que l’on ne s’y trompe, cette jeunesse que l’on a voulu abrutir méthodiquement par l’école d’abord, puis en la déviant aux sports et notamment au foot-ball, en l’éloignant de l’engagement politique n’est pas dupe de ceux qui, jouissant du pouvoir veulent maintenir le statu quo politico-affairiste dont ils profitent. Ces jeunes, par cet acte, certes irrespectueux envers le symbole de Novembre, traduisent un état d’esprit et une rupture radicale avec le pouvoir, ses institutions, ses hommes qui précipitent la ruine matérielle et morale du pays. Ils ne veulent plus de cette Algérie submergée de parasites où personne n’est responsable, où les lois sont élaborées pour servir les copains et les coquins pour se prémunir des dérives et des dépravations dont ils sont responsables. Les hommes de Bouteflika, loin de servir le pays, ont accru leur influence non seulement dans le domaine politique, mais également dans les secteurs vitaux de l’économie pour se servir, l’administration pour sévir et la justice pour se prémunir. Et c’est comme cela que l’on est arrivé à ce que Ghoul n’a pu être appelé à témoigner devant le «petit juge», que Chakib Khelil défie toute autorité, que Sidi Saïd pousse l’arrogance jusqu’à assumer le «faux» devant une juge qui ne peut juger ! Dans ce folklore de l’indignité et de la honte, un seul gagnant : le système. Un seul perdant : l’Algérie. Un seul sacrifié : le peuple algérien. Le vrai problème de l’heure, c’est le sauvetage de l’Algérie, l’arrêt du mécanisme de destruction de ce qui reste comme tissu social de solidarité et d’appartenance à une nation née et cimentée par le sang des martyrs et le sacrifices de millions d’Algériens à travers l’histoire. Mais dans ce contexte où se développent une précarité générale des conditions de vie, une incertitude du lendemain, il se produit une coupure coupable du rôle que devrait tenir l’intellectuel, l’élite algérienne envers sa communauté. Ouvriers du système, comment en effet peut-il concilier l’appel à l’engagement et au changement et la sécurité qu’il a au plan personnel ? Comment peut-il être porteur d’une volonté de changement alors qu’il est douillettement engoncé dans un confort étranger à la majorité de ses concitoyens ? Une telle situation qui en fait des privilégiés aux yeux de la société comme à leurs propres yeux d’ailleurs rend les élites, d’une certaine manière, coupables, sinon complices. Tout discours qu’ils pourraient tenir se révélerait immanquablement inopérant et sans impact sur la société dans un tel contexte. Leur propre position dans et autour du système est un obstacle à l’exercice de leur fonction de parole. Aux yeux de la société, l’intellectuel algérien est un élément du problème ; pour le moins, il en est la manifestation. Il n’est plus le guide . En quoi peut-il en conséquence influencer la société sur la voie du changement ? Bien accroché à sa situation, il a abandonné toute prétention à dire son pays. Il a relégué ses responsabilités d’intellectuel pour n’en conserver que le titre. - Au vu de cette supercherie des divisions orchestrées et entretenues des clans qui sont en fait solidaires pour la pérennité du système ; - au vu du désespoir qui gagne et qui risque de faire gagner les marchands du désespoir ; - au vu du potentiel de ce pays qui regarde passer sa chance et enrage de ne pas pouvoir la saisir, il doit se passer un moment privilégié où le citoyen doit aller au fond de lui-même pour découvrir que ce qui relève du miracle peut devenir possible. Pour cela, une mobilisation citoyenne pour la liberté, la dignité, la justice, menée par une élite engagée, responsable, consciencieuse, saine, regroupant autour d’elle toutes les tendances aspirant au changement pour la démocratie et le renouveau, associant de larges couches de la société, peut mettre en échec ce régime qui est en train de mener le pays droit au chaos et à l’implosion. Nous devons bien cela à nos martyrs, à ce pays qui nous fait mal. Nous devons bien cela à cette jeunesse, à nos enfants que nous jetons dans la vie sans pouvoir leur dire qu’elle vaut la peine d’être vécue.          Par le Dr Mohamed Maïz Universitaire

L’Afrique du Nord à la croisée des chemins

La dégradation des relations entre l’Algérie et le Maroc est porteuse de graves menaces sur les deux rives de la Méditerranée. Intervenant dans un contexte international incertain, elle risque de faire glisser cette partie du monde dans le désordre. La rupture des relations diplomatiques entre le Maroc et l’Iran, sur fond d’accusation du soutien du Hezbollah libanais au Polisario, via l’ambassade de Téhéran à Alger, rapproche le conflit ouvert au Proche-Orient de l’Afrique du Nord, avec une volonté de prendre le rôle de l’Arabie Saoudite pour le Maroc et de faire assumer celui de l’Iran pour l’Algérie. Avec, bien évidemment, toutes les alliances et implications que cette configuration suppose. Cette dégradation intervient sur fond de crises des régimes algérien et marocain qui ne peuvent faire l’économie de remises en cause déchirantes. Et face au statu quo qui s’installe à tous les niveaux, tant en interne qu’en externe, une guerre circonscrite dans le temps et dans l’espace n’est pas à écarter... Situations internes Face à un monde instable, encerclée par un feu allumé sur l’étendue de ses frontières, l’Algérie — peuple et institutions — ne semble pas prendre la mesure des dangers qui la guettent. En dehors des institutions sécuritaires qui restent en alerte, l’ensemble des composantes de la nation font preuve d’une insouciance frappante. Cette attitude n’est pas sans raison... La crise politique sur fond des fractures induites par la décennie noire, l’incapacité du pouvoir à mobiliser le peuple autour d’un projet qui prenne appui sur la victoire contre la violence islamiste en assumant bien évidemment les dérapages des services de sécurité placés sous une terrible pression ; les événements de Kabylie de 2001 qui ont approfondi la rupture entre cette région et l’Etat central ont provoqué un épuisement terrible de la conscience citoyenne. Le retour à une doctrine de sécurité se reposant exclusivement sur les forces armées a fait le reste. En conséquence de quoi l’Algérie offre l’image d’un pays paralysé. D’un côté, un pouvoir autiste, suffisant, incapable d’assumer «les signaux» du changement qu’il lance de temps à autre, et d’un autre côté une opposition figée, incapable de réaliser ses initiatives, installée dans l’attente de ce qui viendra d’en haut... A la marge des deux, comme détachée, la société est exposée aux influences des pyromanes et des manipulateurs de tous les bords ; sans filtres et sans protection intellectuelle. Ainsi, face à la persistance de la crise, le sauve-qui-peut a fini par prendre place dans les cœurs et les consciences. Devant les risques qui pointent à l’horizon, des forces politiques ont fait le choix de la surenchère : «chercher à se placer dans le camp des puissants qui provoquent les guerres et les conduisent». D’ailleurs, ce choix ahurissant en rupture avec la culture de résistance du peuple algérien nous offre une image surréaliste où des détenteurs du pouvoir, des séparatistes kabyles et des islamistes wahhabites se précipitent tous dans la même direction, celle de l’empire. Haine et invective Ce qui marque le moment national, en plus des problèmes politiques, économiques et sociaux, c’est cette culture de la haine entre Algériennes et Algériens que des forces légalement constituées sont en train de semer et de promouvoir à longueur des journées. Députés, chaînes TV et autres sites s’investissent sans retenue aucune. A la suite des idéologues de la colonisation, ils cultivent la division en faisant appel aux anciens clichés conçus par les théoriciens des politiques arabe et berbère de la France. Et sous prétexte de faire barrage aux séparatistes kabyles, produits de l’échec cuisant du régime, les islamo-baâthistes font pire, en les renforçant considérablement au passage, comme par calcul malsain. L’aisance avec laquelle ses opérations sont menées fait craindre le pire, surtout lorsque l’on sait que des cercles du régime ont l’habitude des coups bas comme en 1998 et 2001 en Kabylie. De l’autre côté de la frontière Ouest, la même situation est vécue. A regarder de près, ce n’est pas uniquement la Kabylie qui fait objet d’attaques, de pressions multiples, d’opérations sophistiquées de conditionnements, mais aussi le Rif marocain avec sa traditionnelle culture de résistance et de rébellion, nourrie par une situation socio-économique des plus difficiles. Le refus de démilitariser la région, d’apporter des solutions effectives aux revendications avancées par la population, le maintien de Nasser Zefzafi et autres animateurs du mouvement en prison sont faits pour laisser le dossier du Rif ouvert et manipulable à souhait. En neutralisant les animateurs du mouvement Hirak du Rif, porteurs d’une vision démocratique et citoyenne du combat politique, des forces travaillent d’arrache-pied à mettre en avant des extrémistes en mesure de justifier leurs scénarios à venir. Nous sommes, à ne pas douter, face une instrumentalisation abjecte des extrémismes. Les artisans sont d’ici et d’ailleurs, avec de grandes capacités de conceptions et d’actions. Risques Il est probable, dans le cas de la mise en marche de la nouvelle étape du plan du remodelage de la région du Proche-Orient-Afrique du Nord, d’assister à l’émergence d’une alliance entre les forces conservatrices des régimes en place, sous parrainage saoudien, pour utiliser les armées des deux Etats contre la Kabylie et le Rif. Le prétexte ne sera pas difficile à trouver pour mobiliser les chefs militaires des deux armées et de les balancer ainsi dans l’aventure... En cas de conflit armé entre l’Algérie et le Maroc, des séparatistes des deux régions citées seront tentés d’agir pour sortir des girons de deux nations, profitant de la situation qu’ils supposeront favorable à leurs desseins. Et face aux menaces contre les unités des Etats tant algérien que marocain, la réaction des deux armées serait de se retourner contre les séparatistes, avec les risques de dérapages terribles qui provoqueront un chaos généralisé. Les forces conservatrices dans les deux régimes profiteront à l’occasion pour : - Ecraser la Kabylie et le Rif en les donnant en exemple. Ce qui provoquera un recul stratégique du mouvement amazigh et son arrimage au mouvement kurde, utilisé depuis des décennies dans des guerres entre puissances. - Eliminer les forces modernistes et progressistes dans les institutions des Etats respectifs et faire basculer définitivement les Etats du Maghreb dans le giron de l’empire saoudien. Entre tactique et stratégie Des analystes et des hommes politiques diront que le chaos sera profitable aux séparatistes kabyles et rifains pour mettre en place leurs Etats. Tous les déplacements de M. Mhenni dans les capitales occidentales, en Israël, en Amérique auront comme objectif de s’assurer des soutiens et des protections en prévision de l’annonce de son Etat indépendant ! Cette réflexion simpliste relève d’une mauvaise connaissance de la géopolitique d’un côté et des logiques froides des puissances d’un autre côté. Devant nos yeux, le lâchage des combattants kurdes, pourtant utilisés à fond dans la guerre contre Daech, illustre bien cette vérité. En effet, ce que les gens pensent être le salut peut s’avérer l’enfer sur terre. Le démon sait bien agiter des illusions et séduire ceux qui désirent bien le croire. En ordonnant aux franges islamo-baathistes algériennes de faire de la surenchère anti-kabyle, les officines poussent sournoisement le mouvement amazigh à la faute pour faire avorter le processus du retour de l’Afrique du Nord sur la scène de l’histoire. Le spectaculaire réveil amazigh qui secoue la rive sud de la Méditerranée fait bien peur à beaucoup de forces qui ne savent pas trop quoi faire avec. Pour cette raison, elles tablent sur ses composantes les plus radicales, dire les plus irrationnelles en les excitant par tous les moyens possibles et imaginables pour le discréditer et circonscrire son influence. D’un autre côté, «supposé» être le soutien sûr du MAK, il faut admettre que l’Etat d’Israël est lié par des relations très fortes avec le royaume saoudien, les pays du golfe, mais aussi avec le makhzen marocain qui peut instrumentaliser le MAK dans le dossier du Sahara occidental, mais sans plus. Aller plus loin, c’est planter un couteau dans son cœur, ce que jamais il ne fera. Resteront les petits réseaux sionistes qui ne seront d’aucun apport sérieux aux séparatistes. Ils vont, à la limite, leur permettre un petit armement en mesure d’installer notre région dans l’instabilité et le chaos afin que l’Etat sioniste puisse tirer les ficelles à sa guise et remodeler les alliances régionales en sa faveur. Comme toutes les cartes sont entre leurs mains, la carte amazighe sera instrumentalisée par les sionistes dans l’optique de ramener les pays arabes autour de la table de négociation pour valider une normalisation sans conditions, outre celle de garder haute la main sur les idéologies des Etats du Maghreb. A la croisée des chemins Après ce tableau peu reluisant qui impose plus d’éveil et d’intelligence dans la conduite du combat démocratique en Afrique du Nord, des questions s’imposent :  sommes-nous condamnés en tant que peuples nord-africains à échouer historiquement encore une fois ? Doit-on se laisser guider par notre subjectivité légendaire, par nos colères refoulées dans un monde où chaque pas est soigneusement calculé ? Doit-on rentrer dans les plans des autres et s’entretuer pour une gloire sans honneur, au lieu de sortir du cadre théorique imposé et faire de la pluralité le moyen de notre renouveau ? Nous sommes à la croisée des chemins. Marocains autant qu’Algériens, Mozabites autant que Chleuhs, nous avons un espace de paix que nous devons préserver et promouvoir. Faisons de l’exercice politique un moyen de solutionner les crises au lieu de les aggraver. Faisons en sorte que l’intelligence l’emporte sur la ferveur et la passion. L’issue est connue si les choses dérapent : le drame et la déchéance.  

La présidence inamovible

«Il n’est point d’homme dont la vie soit assez longue pour suffire à la réforme d’un gouvernement longtemps mal organisé.» (Machiavel) Le régime présidentiel, tel que systématisé à partir du modèle américain et affirmé à la faveur de la crise économique de 1929-1930, puis de la Seconde guerre mondiale et de la “guerre froide” qui l’a suivie, semble correspondre à un certain équilibre des pouvoirs. En ce sens, il se distingue du présidentialisme, déviation du régime présidentiel, où il existe un déséquilibre institutionnel établi au profit du seul président de la République. Sorte de «dégénérescence» du régime présidentiel, le présidentialisme se retrouve dans la plupart des pays dits du tiers-monde ou «en voie de développement». Différent d’un continent à un autre, selon divers facteurs tenant à l’idéologie, les mentalités des gouvernants, la structure des partis et les mécanismes du pouvoir, il est caractérisé par l’altération de la fonction présidentielle dont la prépondérance consacrée par les Constitutions débouche souvent sur l’autoritarisme (sinon sur la dictature) d’un homme ou d’un groupe qui représente les intérêts d’une couche sociale, voire d’un clan. Le présidentialisme constitue ainsi une nouvelle donne politique que le constitutionnalisme classique ne peut appréhender du fait de l’occultation des réalités socio-économiques dans ses analyses. Quid du régime présidentialiste ? En Amérique latine, le présidentialisme résulte de l’influence des institutions américaines. Toutefois, l’histoire de ce continent montre que le nationalisme a été la première source d’inspiration du constituant tout comme en Afrique où les élites ont été nourries au libéralisme des métropoles. Ces élites cherchent à organiser un Exécutif puissant, l’expérience de la collégialité ayant selon eux épuisé ses vertus. Symbole de l’unité nationale, le président de la République doit disposer de cet instrument efficace qu’est l’Exécutif. Le développement politique d’Amérique latine confirme la tendance à la centralisation et à la concentration du pouvoir entre les mains des magistrats suprêmes de ce continent. L’inspiration puisée dans l’évolution politique et constitutionnelle des Etats-Unis d’Amérique est patente, notamment en ce qui concerne l’institution présidentielle qui occupe une place centrale dans l’échiquier politique. En Afrique prévaut la même situation dès lors notamment que l’opposition entre régimes militaires et civils perd de son sens dans la mesure où les partis politiques ne sont le plus souvent que des paravents, pouvant même avoir à leur tête des hommes liges du président. De fait, l’analyse des Etats du continent africain ayant opté à l’indépendance pour un régime de parti unique, la direction de l’armée apparaît comme la pièce maîtresse de l’édifice institutionnel et du pouvoir. Ainsi, au nom de l’authenticité et de la démocratie unanimiste, même les Parlements — baptisés Assemblées nationales — deviennent tout simplement des lieux d’exercice de l’activité présidentielle par l’intermédiaire du parti. Dans les pays arabes dont certains s’inspirent du modèle du pouvoir khalifal où prédomine la référence à l’islam en tant que religion d’Etat, le président-Zaïm joue un rôle essentiel. Toutefois, cette analyse ne peut être appliquée à tous les pays musulmans du fait qu’elle accuse une ambiguïté fondamentale. En effet, il existe des spécificités propres à d’autres Etats non arabes où prédomine la population musulmane. Par ailleurs, en considération des concepts utilisés par les politologues pour distinguer les caractéristiques des deux grandes régions où domine «l’arabophonie» — le Machreq et le Maghreb —, la qualification des régimes politiques n’est pas chose aisée. Ainsi, à lire les Constitutions des Etats du Maghreb, on pourrait conclure qu’il y a trois régimes différents. En pratique, cette observation s’estompe ; les réalités culturelles et socio-économiques des trois pays laissent entrevoir un même système, souvent autoritaire. Ainsi, la Loi fondamentale tunisienne du 1er juin 1959 institue, à la lettre du texte, un régime présidentiel où cohabitent un pouvoir exécutif fort, appartenant en propre au président de la République, et une Assemblée nationale à laquelle est confié le pouvoir législatif. Le texte constitutionnel marocain du 7 décembre 1962, adopté par référendum, proclame la naissance d’une monarchie constitutionnelle, également à la lettre du texte, où le gouvernement est responsable à la fois devant le roi et devant le Parlement élu au suffrage universel. L’Algérie post-indépendance a, quant elle, inauguré un régime qualifié par ses promoteurs de «monocratisme partisan». Considérée comme la manifestation juridique d’une idéologie spécifique, la Constitution algérienne de 1963 (tout comme celles de 1976, et, plus tard, celles de 1989 et de 1995, voire de 2008), en conférant des pouvoirs très étendus au président de la République (dont la responsabilité à l’égard de l’Assemblée nationale est fictive) confirme la tendance à la personnalisation du pouvoir. Le rôle du parti (unique depuis l’indépendance et, dominant après octobre 1988) s’est révélé des plus relatifs comparativement à celui de l’armée. Dans ce contexte, pour prévenir des risques de l’autoritarisme et de l’arbitraire dans ces contrées dont l’Algérie, le parlementarisme a constitué l’un des moyens dont le but était de tempérer les abus d’un Exécutif de plus en plus envahissant. Ce régime mixte, soucieux d’une certaine légalité constitutionnelle, peut-il être caractérisé comme un «présidentialisme parlementaire» ? Il semble que non dès lors que la primauté de l’institution présidentielle demeure la donne constante qui a abouti à un régime de concentration du pouvoir. En effet, toutes les institutions constitutionnelles prévues ou existantes sont dominées, de facto comme de jure, par le président qui dispose d’une suprématie mise à l’abri de toutes épreuves, d’autant que celui-ci est souvent le véritable chef du gouvernement, le chef suprême des armées et de l’administration (voire du parti unique ou parti dominant). Du présidentialisme algérien La pratique politique et constitutionnelle, entamée depuis le coup d’Etat du 19 juin 1965 jusqu’à la promulgation de la Constitution de 1976, montre qu’en Algérie le pouvoir réel a été l’apanage de la direction de l’armée représentée par le Conseil de la Révolution qui a été, en apparence, une sorte de chef d’Etat collégial. Dominant les autres institutions — au demeurant laissées en friche —, ce Conseil a été le maître d’œuvre des décisions politiques et économiques les plus importantes et des orientations d’envergure sous l’impulsion de feu Houari Boumediène. Cette démarche politique qualifiée de pragmatique et de «voie spécifique» s’est soldée par la constitutionnalisation de la suprématie du Conseil de la Révolution qui a été le dépositaire d’un pouvoir quasi absolu. Dans la Loi fondamentale de 1976, le constituant algérien a délibérément aménagé de larges prérogatives au président de la République. En période normale, il dispose de la fonction exécutive et de l’initiative en matière législative (ordonnances). Et cas de crise, il est investi de pouvoirs exorbitants et bénéficie d’une autorité sans contrepoids effectif (pas de réels contre-pouvoirs). Il est le chef des forces armées ; à la tête de l’Etat, il n’existe pas de contrôle de son action politique (il est irresponsable politiquement). Le contrôle à son égard se révèle une pure hypothèse d’école. Cette observation vaut également pour les chefs d’Etat algériens successifs au regard de leurs attributions constitutionnelles, sauf à indiquer que ces derniers (à la suite du décès de Boumediène) n’étaient plus seuls maîtres du jeu politique ; ils ont été élus par leurs pairs avant de se voir symboliquement chargés de la destinée du pays par le corps électoral en mal d’élections «propres et honnêtes». Après la destitution du président Ben Bella, le pouvoir personnel fut reconduit. En tout état de cause, les politologues ont distingué quatre formes de présidentialisme dans les pays dits du tiers-monde : le présidentialisme primaire où l’armée est transformée en police chargée de faire accepter et respecter un ordre fondé sur la force ; le présidentialisme bureaucratique où des appareils administratif et technocratique sont constitués par les organisations militaires et administratives ; le présidentialisme partisan dans lequel le cumul des fonctions de chef d’Etat et chef de parti permet la prépondérance du président ; le présidentialisme parlementaire où il existe un contrepoids à la prééminence du président élu au suffrage universel constitué par le Parlement. A s’en tenir à cette typologie comme hypothèse de travail, l’Algérie s’est dotée d’un régime à prépondérance présidentialiste où la direction de l’armée a joué un rôle déterminant. De même, l’analyse du système politique algérien — tant dans sa pratique que par référence aux différentes Lois fondamentales — montre qu’il relève de l’ensemble des présidentialismes sus-mentionnés. En effet, le coup de force de 1965 ayant permis l’accession au pouvoir d’un chef d’Etat militaire qui a cherché, après onze années d’exercice, à se légitimer par son institutionnalisation en ayant recours aux techniques de la matière constitutionnelle. Ainsi, présentée comme un instrument de développement économique par le Conseil de la Révolution, l’armée s’est révélée in fine une structure gouvernante car présente dans l’ensemble des institutions ayant contribué à la prise des grandes décisions intéressant la vie politique du pays. Feu Chadli Bendjedid fut désigné par la direction de celle-ci et désavoué également par elle après la pratique politique dite du «changement dans la continuité», la sauvegarde de ce régime après l’implosion d’octobre 1988 et le désaccord quant à l’arrêt du processus électoral des législatives de 1991. Et la confusion des pouvoirs fut reconduite. Aussi, la participation des citoyens au pouvoir fût-elle des plus réduites dans la mesure même où les Assemblées locales et l’Assemblée nationale furent liées au régime en place depuis 1965. Mais, pouvait-il en être autrement dès lors qu’on a pu observer la concentration des pouvoirs au seul bénéfice du président de la République, ministre de la Défense nationale et chef du parti ? Faut-il rappeler, pour mémoire, la résolution organique ayant renforcé les pouvoirs du président Bendjedid qui fut chargé de la réorganisation des instances dirigeantes du parti, d’autant qu’en vertu du fameux article 120 des statuts dudit parti, il s’arrogea le monopole de la vie politique ? Le régime algérien, qui a eu à synchroniser l’élection du président avec celle des membres du Parlement, a dû accepter que ce dernier puisse jouer un rôle dans le renouvellement des élites politiques à travers un échange des emplois publics entre députés et ministres. Ainsi, le présidentialisme algérien, après avoir été d’essence militaire, choisit de se «civiliser» par la mise en place d’un bureau politique du FLN aux lieu et place du Conseil de la Révolution, chargé en principe de la direction des affaires du pays. Certes, la succession à la présidence a été assurée par un congrès du FLN, mais la confusion des pouvoirs n’a pas cessé pour autant. Dans son message sur l’état de la nation, en 1983, Chadli Bendjedid pouvait déclarer à loisir : «Ma volonté est que le parti du Front de Libération Nationale soit un parti puissant, capable d’assumer la plénitude de son rôle dans tous les domaines de la vie nationale». Avec le recul du temps, il apparaît que cette profession de foi n’a pas résisté aux coups de boutoir des faits, notamment depuis octobre 1988, d’autant que les Constitutions de 1989, de 1995 et de 2008 n’ont pas modifié, da façon notable, les données de la problématique du présidentialisme algérien. De la présidence inamovible Rappel de l’histoire politique algérienne. Après avoir assumé les fonctions de chef de l’Etat de janvier 1994 à avril 1999, Liamine Zeroual a, lors du Conseil des ministres du 16 septembre 1998, indiqué : «Ma décision d’organiser avant terme une élection présidentielle exprime, en définitive, mon profond souhait de voir les vertus de la démocratie et de l’alternance au pouvoir définitivement ancrées dans notre culture politique et dans la conscience nationale...» (El Watan du 17/09/1998). En ce sens, feu M’hammed Yazid, figure du nationalisme algérien et ancien ministre du GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne) se définissant comme «démocrate, républicain et moderniste» pour qui il faut «éliminer» du marché politique les gens de sa génération, a eu ces mots : «Le discours du président Zeroual est au fond une abdication de chef d’Etat en faveur du collège électoral algérien et d’une déclaration d’impuissance, de renonciation à la magistrature suprême...» (Le Matin du 23/11/98). En tout état de cause, après avoir battu campagne, plusieurs candidats (dont Ahmed Taleb Ibrahimi, Mouloud Hamrouche, Mokdad Sifi…) ont pu exprimer leurs craintes sur l’élection présidentielle d’avril 1999. Ils ont préféré retirer leurs candidatures collectivement. A titre illustratif, pour feu Aït Ahmed, dans une intervention du 7 décembre 1998 à Paris, a pu relever que «cette élection ne pouvait — ne peut — rien régler pour une simple raison : dans notre pays, le pouvoir réel n’a jamais résidé dans les institutions. Ce pouvoir réel, c’est-à-dire l’armée et la police politique ont toujours utilisé ces institutions comme courroie de transmission et paravent : c’était le cas du parti unique. Ou comme faire-valoir et façade démocratique : c’est le cas du Parlement ‘‘pluraliste’’ mis en avant pour prouver la soi-disant démocratisation du pays» (El Watan du 17/12/98). Par le biais d’El Djeïch (février 1999), l’armée a pu ainsi répliquer : «A la veille d’échéances qui engagent l’avenir du pays, l’institution militaire tient à lever les confusions entretenues par les uns et les autres, en rappelant, encore une fois, que l’Armée nationale populaire (ANP) est irréversiblement républicaine et qu’à ce titre elle ne s’implique dans toute opération électorale que pour contribuer à créer les conditions à même d’assurer la sécurité de son déroulement et de permettre à notre peuple d’exprimer librement son choix, sans pression ni contrainte» (El Watan du 22/2/99). Aux yeux de beaucoup d’observateurs, il était évident que le pouvoir avait choisi son candidat, l’élection présidentielle devenant ainsi sinon obsolète, du moins inutile. Ainsi, Youssef El Khatib, qui a fait partie du staff de Zeroual, reste convaincu que «Bouteflika, comme d’autres, n’ont fait qu’exploiter le prestige de l’Algérie durant cette période où l’audience de notre pays était au zénith... Mais le plus grave, c’est qu’il a observé un silence total depuis le début des événements qui endeuillent le peuple. Il a préféré offrir ses services à une monarchie du Golfe» (El Watan du 15-16/01/99). Elu, le président Bouteflika a d’abord fait voter une loi sur la «concorde civile» aux fins annoncées de rétablir la paix, aidé en cela par une équipe formée de financiers et d’économistes au fait des phénomènes qui gouvernent le monde actuel, cette troïka est composée de Benbitour, Abdelatif Benachenhou et Hamid Temmar (El Watan du 26/12/99). Courant février 2000, il a procédé ensuite à un remaniement au niveau de la direction de l’armée, notamment au niveau des Régions militaires, de la Gendarmerie nationale, de l’armée de terre et des forces navales... Et, bien que l’espace de communication (médias audiovisuels particulièrement) soit assez verrouillé, des critiques ont été formulées à l’endroit de la politique menée par le nouveau chef de l’Etat ; ainsi, pour Rachid Ben Yelles, général à la retraite : «C’est même un échec personnel pour l’homme qui a fait de “la démarche pour la paix” son axe d’effort principal... A l’entendre, les massacres, les attentats à l’explosif, les embuscades tendues aux forces de l’ordre ne seraient que vue de l’esprit ou propagande malveillante» (El Watan du 15/02/2000). Pour Sid Ahmed Ghozali, ancien Premier ministre sous Chadli Bendjedid et Boudiaf : «En vérité, nous ne voyons rien d’autre que la consolidation des pratiques passées, qui se caractérisent par la contradiction permanente entre le discours et l’acte... La substance dominante dans notre vie politique n’est, côté action, que vide sidéral et, côté verbe, qu’un flot torrentiel de logorrhée» (Ndlr, propos creux, verbiages)... (El Watan du 03-04/03/2000). Quoi qu’il en soit, cette situation s’apparente par son caractère récidivant à du présidentialisme où le président de la République croit avoir droit de vie et mort sur la nation dont il dit qu’elle l’a porté au pouvoir en qualité de candidat indépendant. Dans cette perspective, une question se fait jour : l’élection présidentielle d’avril 1999 a-t-elle finalement eu raison du présidentialisme algérien ? Loin s’en faut, si ce n’est que la pratique politique et constitutionnelle a enraciné ce que l’on pourrait désigner comme une présidence inamovible, compte tenu des mandats successifs après l’amendement de la Loi fondamentale relative à la principale disposition et à l’exercice de deux mandats successifs considérée comme standard international. Dans cette perspective, s’interroger sur le système politique de l’Algérie (qui consacre, dans sa pratique, la présidence inamovible) se révèle, sans aucun doute, plus fécond que de polariser sa réflexion — au demeurant légitime — sur les prérogatives du président de la République. Il paraît ainsi évident qu’il existe en Algérie un déficit chronique en matière d’équilibre des pouvoirs dans la mesure où on est en présence d’un présidentialisme, sorte de technologie constitutionnelle artisanale de pays encore rivés au sous-développement politique par la grâce d’une gérontocratie qui n’a de grand qu’une rhétorique démesurée et une attitude arrogante dont le populisme est le moindre mal. Au fil des mandats présidentiels, il résulte que la caractéristique essentielle du système politique algérien repose sur un déséquilibre institutionnel établi au profit du président de la République, sans contrepoids réel, à savoir : un Parlement qui reflète un pluralisme politique authentique, une magistrature indépendante, une presse libre et une société civile structurée. Il y a là une déviation et une dégénérescence du régime présidentiel. Aussi, pour prévenir des risques de l’autoritarisme et de l’arbitraire, les éléments sus-évoqués constituent le meilleur rempart afin de tempérer les abus d’un Exécutif envahissant. En ce sens, toutes les Constitutions algériennes consacrent le président de la République comme chef réel du gouvernement, chef suprême des armées et de l’administration. La pratique politique depuis octobre 88 n’a pas modifié cette donnée puisque cette situation a perduré du fait de l’aménagement du monopartisme en système de parti dominant, tempéré par une coalition au pouvoir espérant s’intituler majorité présidentielle. Le syndrome du présidentialisme existe bel et bien tant la pratique politique y démontre que la participation des citoyens au pouvoir est des plus réduites, eu égard à la concentration excessive des prérogatives au niveau du pouvoir central, ce qui n’est d’aucune façon un gage pour un retour de cet «Etat fort» (au profit de qui ?) prometteur d’un autre «âge d’or» (à quelle période ?) et de «stabilité» comme supputé par le discours officiel du pouvoir (alors que le principe consacré devrait être plutôt la continuité de l’Etat). Ce même pouvoir qui, même disposant de quelque 1000 milliards de dollars et près de vingt ans de longévité n’a pas su assurer de façon durable la sécurité alimentaire au pays et a perpétué le mal-développement engendré par la «voie spécifique». Et politiquement, la confusion des pouvoirs continue d’avoir la part belle, l’alternance au pouvoir se révélant un luxe. Quant à une possible alternative... In fine, les Constitutions de 1989, 1995 et 2008 n’ont pas modifié, de façon notable, les données de la problématique du présidentialisme algérien favorisant ainsi la tentation de la présidence inamovible. L’Algérie ayant déjà payé un lourd tribut à la démocratie, il reste à espérer que tant de vies humaines et de destructions massives de nos potentialités économiques n’aient été sacrifiées pour rien au vu de la démocratie résiduelle actuelle, car peu de résultats tangibles ont été enregistrés. Cette situation est d’autant plus évidente que l’opposition parlementaire a montré qu’elle n’est pas suffisamment structurée pour servir de contrepoids politique pour rendre crédible, effective et irréversible l’alternance au pouvoir comme élément substantiel de la pratique du pouvoir (les partis politiques étant presque réduits à faire de la figuration et servir d’alibi à la démocratie résiduelle). La législature encore en cours nous offre le spectacle édifiant de l’absence de cette alternance. Et la technocratie — au service d’une structure gouvernante qui se sert de l’Armée — ne peut procurer de résultats sérieux. Du personnel administratif (de hauts fonctionnaires délégués à des fonctions politiques) ne peut au mieux que gérer des décisions prises en dehors des sphères classiques du pouvoir. Au total, force est de constater que le système politique algérien a plus que jamais besoin d’une vigoureuse série de réformes, ce qui ne semble toujours pas à l’ordre du jour, la succession en 2019 demeurant sa priorité. La présidence inamovible demeure le principe afin de reconduction du même système ad vitam aeternam.       Par Ammar Koroghli Docteur en droit. Avocat (Paris) - Auteur algérien

Quand les musulmans rayonnaient sur le monde

Voltaire, le grand philosophe et l’écrivain bien connu, a déclaré : «Dans nos siècles de barbarie et d’ignorance qui suivirent la décadence et le déchirement de l’empire romain, nous reçûmes tout des Arabes et des musulmans : astronomie, chimie, médecine, surtout des remèdes plus doux et salutaires, l’algèbre et notre arithmétique nous furent apportés par eux.» Il faut dire que dès les premiers temps de l’islam en Andalousie, les échanges dans tous les domaines de la science furent étudiés dans un climat de tolérances religieuse et intellectuelle. Pour beaucoup de Maghrébins, il serait judicieux de passer en revue, ne serait-ce que brièvement, l’histoire de la terre adoptive de leurs ascendants ; une région qui a émerveillé le monde pendant plusieurs siècles : L’Andalousie. Au printemps 711, un premier contingent d’environ 7000 soldats, dont une majorité de Berbères commandés par l’un d’eux, le gouverneur Tarik Ibn Ziad, prend pied en Hispanie sur le rocher qui portera son nom, appelé aujourd’hui Gibraltar. Cet événement a donné naissance à une période historique majeure pour l’islam et les musulmans durant près de huit siècles. La naissance d’El Andalous s’est déroulée sous forme de conquêtes progressives, les musulmans prennent rapidement Séville, Ecija et Cordoue, les juifs, maltraités lors des règnes précédents, offrirent un accueil favorable aux musulmans qui toutefois ne pouvaient avancer vers les régions basques. Il semble incontestable que la civilisation arabo-musulmane a fortement contribué au développement culturel, scientifique et économique non seulement de L’Espagne mais également de L’Europe moyenâgeuse. En intégrant la péninsule Ibérique à l’empire musulman, les conquérants arabo-berbères de l’époque n’ont pas fait que coloniser une terre dans le souci d’agrandir leur territoire, mais ils ont surtout apporté la lumière à une Europe qui sombrait dans la barbarie. Ils ont lancé les fondements de la civilisation européenne. Au-delà des légendes qui entourent les circonstances dans lesquelles se déroulent les premiers épisodes de la conquête musulmane de la péninsule Ibérique, plusieurs documents indiquent assez clairement que le débarquement des forces arabo-berbères placées sous le commandement de Tarik Ibn Ziad a bénéficié de l’aide d’un chef byzantin, connu dans les sources arabes sous le nom «Youlyân» et dans l’historiographie chrétienne sous celui de «comte Julien». Tous unis, El Andalous devient un foyer de haute culture au sein de l’Europe et attire un nombre important de savants et d’érudits du monde entier, ouvrant ainsi une longue période d’épanouissement culturel. Au xe siècle, Cordoue est la plus grande ville d’Europe et brille par l’essor scientifique. Après s’être étendus sur les quatre cinquième d’El Andalous, les musulmans font face à la reconquête chrétienne — la Reconquista —, l’épopée qui commença près de 8 siècles plus tôt prit fin en 1492 avec la reddition de Grenade et l’exil du dernier sultan. Un monde tombait, un autre prenait son envol. L’andalousie musulmane un peu d’histoire De nombreuses dates et de multiples faits marquants ont caractérisé la longue période de la conquête d’El Andalous. De la prise de Séville, qui va devenir la base des opérations militaires musulmanes, à celle des autres cités, telles Tolède, Cordoue, Malaga, Grenade, Linares, Medinaceli ou Saragosse pour ne reprendre que les plus importantes, l’histoire des Andalous est jalonnée d’événements glorieux. En quelques années de présence, les musulmans ont pu organiser et consolider un pouvoir administratif, économique et politique qui leur permettait de couvrir les dépenses de la guerre, de financer l’administration et de verser les soldes des guerriers. Ils ont de plus instauré un système de «gizya» imposant un paiement annuel fixe pour les seuls non musulmans en contrepartie de la protection militaire, ce qui a largement contribué non seulement à la conversion des chrétiens mais aussi à poursuivre la conquête sans recourir aux pillages. En matière d’autorité, c’est le souverain ou calife, entouré de conseillers, qui domine et possède tous les pouvoirs n’obéissant qu’aux règles de l’islam, il est le personnage central du pays et a l’autorité absolue sur les fonctionnaires et l’armée. Sur le plan économique, l’apparition pour la première fois du terme El Andalous sur une pièce de monnaie, désignant L’Espagne musulmane par opposition à l’Hispanie chrétienne, est intervenue en 716. Les vastes étendues des terres permettaient à El Andalous d’avoir une agriculture variée ; les céréales, le riz, les palmiers, l’huile d’olive, le raisin, la canne à sucre, le coton, la soie, les fruits et légumes étaient, selon les zones géographiques, particulièrement cultivés. L’industrie textile, le bois, le papier et les chantiers navals constituaient les axes essentiels sur lesquels reposait l’économie andalouse, qui disposait de solides infrastructures routières reliant principalement Cordoue, la capitale, aux autres grandes villes. En ce qui concerne le commerce extérieur, le principal axe était celui qui joignait l’Andalousie à l’actuel Languedoc-Roussillon, Les Baléares et principalement Majorque verrouillent le commerce en Méditerranée, ainsi qu’entre la péninsule et Alger. Les îles offrent également une base pour les expéditions pirates. Les ports andalous étaient essentiellement tournés vers le commerce avec l’Afrique du Nord, la Syrie ou le Yémen. La voie maritime étant le seul moyen de transport des produits. Il est difficile d’estimer le nombre de personnes vivant à El Andalous tant les frontières mobiles et les guerres façonnaient la démographie ; on avance cependant le chiffre de 10 millions de résidents musulmans et non musulmans durant la période de l’âge d’or. La population d’El Andalous était très variée. Elle se composait : - d’Arabes, qui pénétrèrent dans la péninsule en deux vagues, la première au VIIIe siècle et la seconde au XIIe, à l’époque almohade, et occupèrent toujours les fonctions de décision ; - de Berbères, venus d’Afrique du Nord avec les Arabes, qui travaillaient dans l’agriculture, l’élevage ou l’artisanat ; - de mozarabes, chrétiens arabisés, qui demeurèrent sur leurs terres, fidèles à leur religion, après l’arrivée des musulmans ; - de muwallads, chrétiens convertis à l’islam, qui occupaient souvent de hauts postes. Au cours du XIe siècle, nombreux furent ceux qui truquèrent leur généalogie pour s’attribuer un lignage arabe leur permettant ainsi de conserver une place privilégiée dans la société ; - de juifs, qui étaient arrivés pour certains dès l’Antiquité en même temps que les Phéniciens et les Grecs. Très maltraités par les Wisigoths, ils se réjouirent de l’arrivée des musulmans et s’intégrèrent parfaitement dans la société islamique jusqu’à l’invasion almohade. Comme les chrétiens, ils purent continuer à pratiquer leur religion moyennant le paiement d’un impôt ; ils vivaient regroupés dans des enclaves, les juderfcs, à l’intérieur des villes. Un moment majeur de l’histoire du monde méditerranéen, la présence musulmane s’établit pour 8 siècles dans la péninsule Ibérique. Les hommes et les sites Parmi les nombreux hommes qui ont marqué de leur sceau les différentes périodes de faste de l’Andalousie musulmane, deux personnages, Tarik Ibn Ziad et Moussa Ibn Noçcîr, sont considérés comme des leaders hors pair. Le premier, Tarik Ibn Ziad né au VIIe siècle dans le nord de l’Afrique (certains historiens pensent du côté de Tlemcen et d’autres du côté de Mascara), mort vers 720 sans doute à Damas, est un stratège militaire de l’armée omeyyade et général des troupes musulmanes, vraisemblablement d’origine berbère. Il fut l’un des principaux acteurs de la conquête islamique de la péninsule Ibérique. Autour de ce personnage, considéré comme un héros dans le monde musulman, gravitent bien des légendes. Ainsi, en arrivant sur la terre espagnole, il aurait fait brûler ses bateaux, déclarant à ses hommes cette phrase légendaire et bien connue : «Oh gens ! Où est l’échappatoire ? La mer est derrière vous et l’ennemi est devant vous, et vous n’avez, par Dieu, que la sincérité et la patience.» Le deuxième, Moussa Ibn Noçcîr est incontestablement un parfait guerrier réalisant multiples prouesses, né vers 640 au Yémen, il est issu d’une grande famille d’Orient. Il dut gérer les menaces constantes de la flotte de l’Empire byzantin et construit une flotte capable de conquérir les îles d’Ibiza et de Majorque (les Baléares ). Il est à l’origine de la conquête arabo-musulmane de la péninsule Ibérique. Il envoie Tarik Ibn Ziad, qui était l’un de ses lieutenants en 711, et débarque lui-même à Gibraltar une année après pour prendre Séville, Mérida, Saragosse. IL est toutefois destitué et rappelé en Orient en 714, car on lui reproche de mener une politique trop indépendante vis-à-vis du califat omeyyade de Damas. Son fils Abdelaziz poursuivra ses conquêtes en péninsule Ibérique. La place importante donnée à ces deux personnages dans la prise de l’Espagne ne peut toutefois occulter le rôle primordial joué par de nombreux autres intervenants,  tels Abderrahman 1er, fondateur omeyyade de l’émirat de Cordoue, Alhakam II, deuxième calife de Cordoue (c’est sous son règne qu’El Andalous connut son apogée culturelle), Al Ahmar, fondateur de la dynastie des Nasrides, il arrive à conquérir et à fonder l’émirat de Grenade, dernier Etat musulman d’El Andalous. Al Moûtamid, connu surtout pour ses grandes poésies, Youssef Ibn Tachfine, imam et sultan berbère, il réussit à s’emparer de tout le territoire de l’Andalousie. Boabdil, 22e et dernier roi musulman, a régné sur le royaume de Grenade, se rendant compte qu’il ne pouvait tenir plus longtemps, entreprit des négociations secrètes avec le représentant des Castillans se terminant par la remise des clés de l’Alhambra. Parmi les sites marquants de la civilisation musulmane nous citerons en 1er lieu : - la Grande Mosquée de Cordoue (ou Mezquita) qui est le fleuron de la ville. Sa construction débuta en 785 et s’acheva deux siècles plus tard. Elle fut édifiée sur les vestiges d’un temple wisigothique. Au XVIe siècle eut lieu la reconquête de Cordoue par les chrétiens. Ceux-ci décidèrent alors de construire une cathédrale au centre de l’immense mosquée. Dès lors, l’édifice devint hybride, entre cultures musulmane et chrétienne. La Grande Mosquée porte bien son nom, elle est en effet l’une des plus vastes mosquées du monde. -L’Alhambra de Grenade, une véritable splendeur ! L’Alhambra est un étonnant palais médiéval arabe. Cette merveille vaut absolument un détour par Grenade. La construction de l’Alhambra débuta en 1238, deux ans après que les Nasrides prirent le pouvoir de Grenade. Jusque-là, la ville était aux mains des Maures. L’Alhambra devint alors la résidence des souverains nasrides de la belle ville andalouse. Sublimés par des jeux de lumière et constitués de plusieurs parties, bâtiments, palais, patios, salles somptueuses, parcs, jardins et fontaines, ces lieux sont emplis d’odeurs et de couleurs délicieuses ainsi que de plantes aromatiques uniques en leur genre qui nous révèlent la dimension du luxe dans l’Andalousie. Une des salles comprend une splendide coupole représentant les sept ciels de la mythologie arabe. La science y est également présente à travers une autre magnifique coupole à stalactites dont le dessin s’inspire du théorème de Pythagore. Cependant, le temps fit son effet sur la somptueuse Alhambra. Elle fut redécouverte au XIXe siècle, dans un certain délabrement. S’en suivit un vaste programme de restauration. Véritable cité à l’intérieur de ses remparts, cette merveille fait partie du patrimoine mondial de l’Unesco. - Madinat Al Zahra était une cité califale du Xe siècle à Cordoue, une ville palais embellie par un immense jardin et vergers, fruit des connaissances en botanique et systèmes d’irrigation des Arabes à cette époque. Cette cité était organisée sur trois terrasses fortifiées. Tout en haut, se dressait l’Alcazar (forteresse) Elle veillait sur les jardins installés au deuxième niveau et sur la ville en elle-même, située en contrebas. La légende veut que les gigantesques travaux aient mobilisé 10 000 ouvriers, 2600 mules et 400 chameaux ! La Medina Al Zahra était richement décorée de marbre, d’ébène et d’albâtre. Elle devint l’une des plus belles cités de l’empire arabo-musulman. Entièrement détruite, elle est en cours de restauration. - Alcazaba (El Casbah) de Malaga était une forteresse intégrée dans les remparts qui protégeaient la ville. Construite entre le VIe et le XIe siècles sur les vestiges d’une forteresse romaine. Elle servait à protéger la province de Grenade qui attirait les convoitises. En dehors de l’aspect guerrier, l’Alcazaba servit également de résidence au gouverneur musulman de Malaga. Quand l’andalousie rayonnait sur le monde EI Andalous était un centre artistique, mais aussi technologique et industriel, appliquant toutes les grandes découvertes scientifiques faites dans la région. Il agissait comme un moyen de passage pour beaucoup de découvertes vers l’Europe et a donc participé à leur transmission à travers le monde. • Dans le domaine de la chimie Les progrès en chimie à EI Andalous ont été faits grâce aux scientifiques, mais aussi grâce aux artisans andalous durant le temps des musulmans en Espagne. Parmi les chimistes les plus célèbres il y avait Al Majriti, un chimiste de Madrid à EI Andalous, qui a écrit plusieurs livres sur ses découvertes comme, par exemple, sur ses expérimentations avec la chimie synthétique et des formules pour purifier des métaux rares. Il a été le premier chimiste à prouver la loi de la conservation de la masse, une des lois les plus importantes de la science. Le savon est devenu un des produits chimiques les plus populaires durant le Moyen Age à El Andalous, ainsi que l’huile d’olive pour faire le savon de Castille, un savon toujours vendu de nos jours. - Dans le domaine de la physique Une des plus importantes applications de la physique à EI Andalous était, peut-être, le système de tiges et de manivelles, inventé par le musulman AI Jazari, qui transforme la notion rotationnelle en notion linéaire. Cette invention a été adaptée par des ingénieurs andalous pour bâtir de grands systèmes de maîtrise d’eau ainsi que pour les premières horloges et cadenas à combinaison. Ils ont transmis la plupart de leur connaissance en Europe en translatant des textes. Les plus importantes contributions des Andalous à la science étaient l’horloge à eau, les lunettes optiques, l’amélioration de la façon de faire le verre et un modèle mécanique pour montrer le mouvement des étoiles et planètes du système solaire. - Dans le domaine des mathématiques Beaucoup de livres importants translatés du grec à l’arabe étaient rassemblés à EI Andalous pendant le IXe siècle. La translation d’Eléments par Euclid et les commentaires grecs sont devenus les bases de l’avancement mathématique dans l’Espagne musulmane, mais les mathématiciens ont aussi bénéficié des progrès dans d’autres parties de l’empire musulman. Quelques mathématiciens andalous célèbres comme Al Majriti (il a corrigé les tables de calcul du mathématicien d’origine persane El Khawarizmi qui a découvert l’algèbre), Al Zarqali (célèbre pour ses compétences en fabrication d’outils d’astronomie et d’horloges), Al Bitruji (fameux pour le développement de la théorie du mouvement des étoiles), Ibn Bagunis de Tolède (il était reconnu pour son travail en géométrie). - Dans le domaine de la technologie hydraulique L’eau est une ressource indispensable à la vie humaine, mais difficile d’accéder dans l’Europe méditerranéenne où il ne pleut pas souvent durant l’été. Cette aridité dans la région autour d’El Andalous a nécessité le développement de technologies hydrauliques. Les aqueducs romains ont été conservés et améliorés par les musulmans d’El Andalous. Ils apportaient de l’eau des ruisseaux des montagnes vers les villes ou vers les champs d’agriculture. El Andalous est à l’origine de l’utilisation de la roue hydraulique dans des machines simples, comme le moulin pour accomplir des tâches et a permis sa diffusion à travers l’Europe. Des scientifiques d’El Andalous ont contribué aux nombreux succès en agriculture, à l’instar d’Ibn Bassal, un ingénieur et scientifique de Tolède. Ils pouvaient donner des renseignements sur la fertilité du sol et comment développer des systèmes d’irrigation efficace et unique à chaque culture. - Dans le domaine de l’architecture L’utilisation de la couleur dans l’architecture était un élément de design qui a voyagé largement sous influence andalouse. Les caractéristiques architecturales de la Mosquée de Cordoue se propagent à d’autres formes d’architecture et sont devenues des symboles visuels d’El Andalous. La conception croisée d’ogives est devenue un élément familier dans les cathédrales gothiques d’Europe du Nord. Il y a beaucoup d’autres monuments architecturaux en Espagne qui montrent l’habileté et la splendeur artistique de l’architecture andalouse. Des villes comme Tolède, Valence, Almeria, Séville et bien d’autres ont des mosquées, des ponts, des travaux publics et des maisons dans le style andalou. Ce style a aussi voyagé vers le Nouveau Monde avec les colonies espagnoles et portugaises, et s’est même propagé au sud des Etats-Unis. L’architecture brillait par un ensemble de pavillons soigneusement distribués autour de cours intérieures et de patios andalous, les résidences abondamment décorées de mosaïques et de marbre et des jardins bien arrosés, en été comme en hiver, accueillaient de splendides jets d’eau inspirant tant de romances et faisant apparaître un nouveau style de vie et un nouveau type de société urbaine. - Dans les domaines de la médecine et de la chirurgie La médecine était pour les musulmans une des plus importantes matières d’étude qui rassemblera les efforts et connaissances de plusieurs ethnies. Grâce à la forte arabisation des territoires musulmans, beaucoup de grandes œuvres portant sur la médecine des anciennes civilisations conquises par les musulmans ont été translatées en arabe et conservées dans des archives et librairies musulmanes pour le développement des techniques employées originalement par des civilisations, comme les civilisations grecque, indienne et perse. Un grand nombre de médecins andalous ont contribué à l’établissement d’éthiques et d’hygiènes médicales, ainsi le philosophe Ibn Hazm (né en 994 à Cordoue) décrivit les qualités d’un médecin idéal. De plus, dans presque toutes les grandes villes à travers l’empire musulman, notamment les villes andalouses, des hôpitaux ont été construits pour le traitement de maladies et deviennent aussi de grands centres d’apprentissage et d’avancement scientifique. Ce furent des hôpitaux révolutionnaires et équipés (avec l’eau courante) grâce à la maîtrise phénoménale de l’eau. Abul Qasim Khalaf Al Abbas Al Zahwari d’El Andalous est peut-être un des figurants les plus importants dans l’histoire mondiale de la chirurgie. Il a été reconnu à travers l’Europe et ses écrits sur la chirurgie furent largement reproduites, translatés et même utilisés pour l’enseignement plusieurs siècles après sa mort. Il a décrit dans ses œuvres plusieurs méthodes chirurgicales et a inventé de nombreux instruments et techniques. Il est le pionnier des techniques hygiéniques en chirurgie et l’emploi des sutures. - La géographie Les géographes andalous ont pu étudier les travaux apportés aux grandes bibliothèques d’El Andalous, dont celui à Cordoue et Séville. Quelques géographes importants d’El Andalous étaient : Al Razi, qui a produit un document complet de la géographie et de l’histoire d’El Andalous ; Al Mazini, qui a écrit des œuvres sur ses voyages vers l’est et qui peuvent être retrouvées dans l’Académie historique de Madrid, et Abu Ubayd Al Bakri, qui a écrit de nombreux livres publiés et translatés ainsi que des descriptions de la péninsule Arabique pour des voyageurs musulmans. El Andalous a pu recueillir un grand nombre de travaux de géographes, incluant des cartes annotées par Christophe Colombe lui-même, qui sont, malgré le fait qu’un grand nombre d’œuvres ont été perdues, toujours dans la bibliothèque de Séville. Peut-être un des plus importants contributeurs andalous à la géographie était Al Idrisi qui a étudié à Cordoue et qui a voyagé à travers le monde, rassemblant des informations pour Roger II, le roi de Sicile (il a supporté la publication de ses œuvres sous le nom du Livre de Roger, une collection de cartes et d’informations qui a été ensuite gravée sur une planisphère en argent qui est aujourd’hui considérée comme une des merveilles de cette époque). - La gastronomie La cuisine à El Andalous était une affaire internationale, parfumée par les saveurs de l’Inde, l’île aux épices, en Perse, en Afrique et dans les lieux dont des éléments culturels ont été recueillis et portés à la péninsule Ibérique avec les musulmans. Des herbes et épices, comme le basilic, le safran, la coriandre, le jasmin, la menthe, et les épices, comme le gingembre, le clou de girofle, l’anis, tamarin et cannelle sont des plantes exotiques importées à El Andalous. De nos jours, la gastronomie andalouse est caractérisée par sa diversité et son héritage arabe : dans la province d’Almeria, vous pourrez déguster des plats comme la soupe d’Almeria, produite à partir de fruits de mer, la soupe à l’ail, la soupe de l’encre de seiche, le pot de blé. Les plats les plus typiques de la province de Jaén ont un ingrédient commun, l’huile d’olive exceptionnelle de cette terre, ainsi qu’il ressort dans les recettes typiques, les épinards Jaén, les plats de légumes variés et savoureux et bien sûr le fameux gaspacho andalou. A Cadix, la spécialité est un ragoût appelé Berza, les poissons frits et les succulents fruits de mer de Sanlucar de Barrameda. A Malaga, la vedette revient aux plats de fruits de mer, comme le riz aux fruits de mer, soupe de lotte ou de thon, crevettes grillées et poissons frits. Vous pourrez aussi déguster de savoureux plats de gibier. Enfin, s’il y a un plat typique par excellence de cette province, c’est le «ajoblanco» (ail blanc), une soupe froide à base d’ail, des amandes et bien sûr avec la meilleure des huiles d’olive. Dans la cuisine de Grenade, les plats les plus populaires sont les haricots à la Grenade, l’omelette Sacromonte et la truite Laujar. Séville est la région d’Andalousie où la pratique des «tapas» est la plus répandue. Les tapas sont des petits plats que vous pouvez essayer avec de nombreuses combinaisons d’aliments. Mais à Séville, vous pouvez déguster des plats aussi forts que le ragoût de queue de bœuf ou le filet cuit. En outre, il y a des recettes dans sa cuisine aussi populaires que le gaspacho andalou, du poisson frit ou cuit au four. - La littérature et les beaux arts Scientifiques, philosophes, poètes et artistes travaillaient en étroite collaboration avec la cour, dans de grandes bibliothèques comme celle de Cordoue qui comportait jusqu’à 300 000 volumes, ou dans les madrasas (universités) créées à cet effet. A la civilisation hispano-musulmane ou «andalouse» qui s’épanouit alors, se rattachent certaines réalisations artistiques ou intellectuelles majeures de l’islam médiéval : la mosquée de Cordoue, la pensée d’Averroès, l’Alhambra de Grenade... L’histoire de ce pont entre l’Orient et l’Occident fascine encore le monde. Parmi les causes de la notoriété des chrétiens cultivés, il y avait la maîtrise de la littérature arabe, ces derniers méprisaient la rhétorique latine et ils écrivaient avec la langue des conquérants arabes. La langue arabe fut l’outil linguistique de la culture et de la pensée en Espagne jusqu’en 1570, et dans la région de Valence certains villages utilisèrent la langue arabe jusqu’au début XIXe siècle. L’influence de la langue arabe s’étendit très loin de son centre, jusqu’à une partie du sud de l’Europe où les gens étaient persuadés que cette langue était le seul vecteur de transmission des sciences et de la littérature. Les églises furent contraintes d’arabiser leurs recueils de lois pour en faciliter la lecture en Espagne, de même que des livres saints ont été édités en langue arabe afin que les gens puissent les comprendre. Pour ce qui est de la proportion de l’influence de la langue arabe en Occident, il semblerait, selon certains chercheurs, que les mots arabes empruntés par la langue espagnole représentent environ le quart des mots contenus dans le dictionnaire (espagnol). Quant à la langue portugaise, elle aurait emprunté environ 3000 mots à l’arabe. Au début du XIIIe siècle il existait dans le sud de l’Europe un institut où la langue arabe était enseignée, puis un peu plus tard, on organisa l’apprentissage de l’arabe un peu partout en Europe, et ce, en créant des chaires d’arabe dans les plus grandes universités européennes. Enfin, il est intéressant de noter qu’un grand érudit italien avait fait remarquer que la plupart des expressions arabes qui ont pénétré de manière étonnante la langue du Vatican n’ont pas été imposées par la colonisation, mais cela s’est fait naturellement grâce au rayonnement culturel de l’islam. La poésie fut beaucoup plus développée que la prose. Les auteurs arabes improvisaient, composant des poésies à haute voix et imposaient souvent à leurs esclaves d’apprendre leurs poèmes par cœur afin de les vendre plus cher. De très importants et grands artistes ont leurs œuvres exposées dans les musées des beaux arts connus mondialement, comme ceux de Séville, de Cordoue et de Grenade. L’espagnol parlé en Amérique est largement influencé par celui parlé en Andalousie. - La musique L’appel islamique à la prière et l’art de la récitation du Coran ont tous deux influencé l’expression artistique dans la culture musulmane. Le mélange des cultures et de la mobilité induite par le commerce, les voyages et les migrations a entraîné le transfert de nombreux instruments et les moyens de jouer avec eux. La preuve de ce mélange d’instruments de musique et l’influence des musulmans de l’Andalousie peuvent être trouvés dans la poésie, dans les paroles des chansons et sur les œuvres sculptées et peintes. La musique andalouse est le brassage de trois éléments : - une musique apportée par des musiciens venus du Moyen-Orient ; - une musique maghrébine apportée par des Berbères ; - une musique locale Ibérique. Cette fusion entre les pays de l’est et de l’ouest de la Méditerranée donnera l’impulsion au développement de l’art musical Moyen-Oriental et Occidental. Depuis toujours, en Orient et en Occident, on s’est intéressé à la musique andalouse en donnant une grande importance à la personnalité unique du musicien Ziryab qui serait à l’origine de l’héritage andalou, il en devient même le symbole dans la conscience arabe et son parcours avivera l’amour pour la musique. Il a fondé à Cordoue un conservatoire et introduit des innovations non seulement dans la musique et le chant mais aussi dans l’art de vivre. Ziryab apporta ce qui manquait, un état d’esprit, voire une culture : la culture arabo-andalouse. L’Andalousie est aussi la patrie du flamenco, genre musical qui traite des plus profondes émotions humaines et qui va s’affirmer avec l’arrivée du peuple gitan. C’est en pleine Andalousie que les hommes et les cultures ont réussi à s’apprivoiser, à se respecter, puis à vivre ensemble.

Pouvoir en panne... société bloquée

Une autre présidentielle approche. En temps normal et dans des pays «normaux», ce rendez-vous est censé provoquer de grands débats sur une avalanche de changements, aussi bien dans les stratégies que dans les mécanismes de gouvernance, mais aussi et surtout de profonds changements dans les comportements et attitudes des gouvernants à l’égard des citoyens. Mais aucun indice ne se décline à l’horizon pour nous faire croire que le pouvoir envisage de changer de méthodes, de logique ou encore de système de prise de décision. Il est ainsi impératif, aujourd’hui, d’appeler à initier des débats autour de questions-clés, à savoir : comment sortir le pays de ce système totalement caduc, et par quoi et comment le remplacer. Comment réorganiser l’économie pour redresser les déséquilibres et les dysfonctionnements ? Comment annihiler les nombreuses maladies qui rongent ce système, dont notamment la logique monopolistique, la médiocrité et la corruption ? A vrai dire, rien ne motive ni ne contraint le pouvoir à changer. Les partis politiques, la société civile et l’«élite», sous ses différentes composantes, n’ont jamais montré une quelconque capacité d’action ou d’influence qui puisse inquiéter le pouvoir. Cependant, certaines analyses démontrent que le pouvoir lui-même n’a plus aucune capacité à changer, ou à proposer une autre alternative. Donc le pouvoir est en panne, mais la société, aussi, est bloquée. Le changement est pratiquement impossible Les indices et signaux qui se dessinent à l’horizon nous font croire que le changement est devenu impossible, car le pouvoir, ses sbires, la majeure partie de ses cercles d’intérêt et toutes les forces de l’inertie, sont aujourd’hui les principaux facteurs de cette panne. Le discours de l’ancien Premier ministre, M. Tebboune, qui avait osé parler de thèmes jamais évoqués auparavant par le pouvoir, notamment la séparation entre le pouvoir et l’argent, a été une parenthèse, un feu de paille qui n’a duré que quelques semaines. Ce discours, à la fois singulier et révélateur d’une dérive décriée au sein même du sérail, démontre d’abord que, quelque part, il y a encore une possibilité que des «fuites» en interne nous permettent de mettre le doigt sur les maux qui le rongent. Mais le pouvoir est vite revenu à ses constantes et à ses équilibres possibles. Pourtant, le discours de M. Tebboune ne pouvait nullement être considéré comme une nouvelle approche ou un nouveau choix politique, non pas en raison des luttes de clans, mais parce qu’en vérité, le pouvoir n’a plus la capacité de produire un autre discours, un autre raisonnement politique, encore moins une nouvelle offre politique. Les mots, la terminologie politique, les quelques concepts que le discours officiel emploie, au demeurant avec beaucoup de maladresse, ne reflètent que rarement leur vrai sens. «Quand les mots perdent de leur sens, c’est l’homme qui perd de sa liberté», a dit Confucius. Où va le pouvoir ? Où se dirige le pays ? Aujourd’hui, il y a un large consensus sur une conclusion : l’objectif unique du pouvoir c’est de garder sa mainmise sur l’Etat et sur la richesse. Mais il est maintenant évident qu’il souffre de problèmes majeurs. Il n’a plus ni la légitimité, ni les moyens financiers suffisants, ni la compétence, ni la capacité, même technique, à gérer et à produire des solutions à ses propres problèmes. Par sa logique, le pouvoir se retrouve dans un engrenage duquel il lui est difficile de sortir, encore moins de changer de cap et de direction. De ce fait, il n’a qu’une seule issue : poursuivre sa fuite en avant. Il est un fait notoire, aussi, que le pouvoir fait asseoir son autorité sur deux facteurs essentiels : - la rente, surtout accaparer le plus gros  «morceau» de cette rente et veiller à le transférer vers ses tentacules, ses ramifications et ses cercles clientélistes, les transferts sociaux passeront en second lieu ; - le pouvoir de coercition : autrement dit, la capacité de réprimer toute tentative de perturbation de «l’ordre établi». Tout le reste, essentiellement la nature des rapports qu’il entretient avec les citoyens, est source de crises. Le pouvoir ne peut pas, aujourd’hui, prétendre que sa légitimité est sans faille. Il ne peut pas prétendre ignorer comment il a toujours «gagné» les élections. Il ne peut pas ignorer les taux effectifs de participation aux élections. Il ne peut pas faire semblant de dissimuler l’étroitesse de sa base sociale et ses manœuvres, de plus en plus visibles, pour décrédibiliser la quasi-totalité des acteurs politiques. Il ne peut pas ignorer sa responsabilité dans le fait que le pays est aujourd’hui le théâtre de la médiocrité généralisée, du vide politique et de l’absence d’alternatives salutaires. L’un des problèmes majeurs de ce pouvoir est d’abord son incapacité à mener le pays vers une nouvelle offre politique qui puisse répondre aux exigences des changements et des évolutions. En conséquence, la dégradations et même la déliquescence de l’Administration et des instruments de l’Etat deviennent légion et participent activement à «enfoncer» le pays dans une gabegie sans précédent. Tout porte à croire que les hommes du pouvoir sont aveuglés, ils nient l’existence d’une crise multidimensionnelle, le blocage total du pouvoir et de ses instruments, ils sont surtout confortés dans leur aveuglement par l’absence de mouvements politiques et sociaux efficaces, capables de changer les rapports de force. En parallèle, le pouvoir a détruit tous les outils de médiation et de représentation sociale, il a empêché les partis et les associations d’avoir des rapports normaux avec la société, il monopolise tout, il favorise les voies de la médiocrité et chasse toute intelligence, il empêche de plus en plus l’expression libre, et, tout en étant sourd aux revendications de la société, il excelle dans l’amplification des voix des clientélistes, qui usent à volonté et sans gêne aucune de formules de sublimation du genre «fakhama» et «maâ’li». Une nouvelle terminologie d’entrisme s’impose ainsi dans un pays où l’on désignait, il y a trois décennies à peine, le chef de l’Etat par «le frère Président». De ce fait, et en l’absence de moyens crédibles pour structurer la société et lui permettre de défendre ses intérêts, ses convictions et ses revendications, le pouvoir pousse la société à s’exprimer dans la rue, par les moyens de «la rue». Il est clair que la société, qui a pris ces dernières décennies beaucoup d’élans d’ouverture sur le reste du monde, bénéficie probablement de beaucoup d’autonomie. L’équation se complique donc et laisse présager des lendemains de plus en plus sombres. Le double monopole Certains écrits et analyses parlent d’«alliance du pouvoir avec les oligarques de l’argent», mais à vrai dire, ce n’est pas d’alliance qu’il est question ici, il s’agit tout simplement de l’autre facette du pouvoir, de l’une de ses ramifications, l’une des déviations et l’une des dérives dans le parcours de ce système. Résultat inévitable : nous vivons un double monopole, celui du pouvoir et celui de l’argent. A propos d’argent, il souffre de deux «maladies» incurables. A l’exception de quelques success- stories, l’écrasante majorité des détenteurs de ce pouvoir manque d’abord de culture capitaliste, de savoir-faire, donc de mérite. Cette «caste» manque aussi et surtout de légitimité. Elle jouit de monopole de façon ostentatoire. Elle fait partie des instruments du pouvoir, et, de ce fait, elle ne peut jamais être un facteur ou un vecteur de changement, même d’ordre libéral ! Les questions qui se posent aujourd’hui sur «le partage» du pouvoir, ou de qui décide du maintien du statu quo ou de qui décide d’aller vers un changement, n’ont pas beaucoup d’importance, dans la mesure où le blocage est général et n’offre aucune visibilité sur de telles perspectives. Donc, quel que soit celui qui décide, le Président ou d’autres «décideurs», le changement devra passer, de prime abord, par la «négociation» d’une nouvelle offre politique, sur la base d’un nouveau consensus national, car le monopole du pouvoir et de la richesse et les dérives politiques et morales qu’il a engendrées, notamment pendant les deux dernières décennies, mèneront fort probablement vers de dangereuses ruptures. Le monopole engendre la corruption Le monopole du pouvoir et de l’argent engendre forcément la corruption et mène assurément à l’élargissement du champ du non-droit. Ibn Khaldoun a montré, depuis des siècles déjà, que la déliquescence de l’Etat commence toujours par la désintégration de la «açabiya», qui veut dire, de nos jours, l’unité nationale ou le ciment qui unifie une communauté, et puis la généralisation de la corruption, de l’argent sale mal acquis, et la dilapidation de la richesse, ce qui mène à l’effondrement de l’Etat, politiquement et économiquement. Plusieurs indices indiquent que cette hypothèse n’est pas à écarter. Aujourd’hui, le pouvoir est à la croisée des chemins, deux choix s’offrent à lui : - le changement, pour reconstruire un nouveau consensus national, - le maintien du statu quo, avec le risque de tout perdre, la stabilité, l’unité et même l’Etat chèrement acquis. Le statu quo peut se traduire par un autre mandat pour le président Bouteflika, ou même par le choix d’un autre candidat, jouissant de la bénédiction de ce pouvoir, qui ferait tout pour lui offrir la garantie de remporter les élections et lui déléguer le pouvoir. Sauver le pouvoir ou sauver l’état ? Faut-il sauver le pouvoir ou sauver l’Etat ? La réponse est claire, voire évidente. Une autre question s’incruste : L’Etat serait-il en danger ? Oui, il peut être en danger si l’élite gouvernante ne s’inquiète que de son pouvoir, des intérêts de ses clans. En d’autres termes, trop de pouvoir tue le pouvoir. Ceux qui essayent de faire peur aux Algériens en brandissant le danger qu’encourt la stabilité -comme si tout appel au changement était source d’instabilité- feignent d’ignorer que le danger vient du monopole du pouvoir et de la richesse, du règne de la médiocrité, de la déliquescence de l’administration de l’Etat et de leur aliénation et de l’absence de toute volonté d’envisager de nouveaux rapports avec les Algériens. Le plus grave est de constater que le mal est profond. Ce n’est pas seulement l’élite du pouvoir qui est en panne, ce n’est pas seulement l’impuissance de cette élite qui explique cet état de fait. Le pouvoir et la manière de l’exercer font partie des données de cette situation. Cependant, par son archaïsme, par la médiocrité de ses acteurs, par l’absence de la volonté de changer ou de mobiliser l’intelligence nationale pour inverser la tendance de la décadence, il contribue à faire durer cet état de fait. Les analyses explicatives produites en Occident se partagent généralement en deux principales logiques : la logique «culturaliste» et la logique «exceptionaliste». En effet, dire que dans la culture de cette région il y a des blocages épistémologiques peut être tendancieux, car le problème ne réside pas essentiellement dans la culture elle-même, comme il n’y a rien d’exceptionnel. Le problème résiderait dans la décadence et dans la reproduction de cette décadence, qu’elle soit volontaire ou non. Notre société est bloquée depuis des siècles. La civilisation à laquelle nous appartenons semble traîner deux problèmes auxquels nous n’avons jamais trouvé de solutions : la question du pouvoir et celle de la femme. Manifestement, il est impossible de régler l’un des deux problèmes sans avoir réglé l’autre. Un pouvoir archaïque ne peut en aucune manière mener une société à la modernité. Reproduire la décadence et le sous-développement ne veut pas seulement dire refuser le changement, mais signifie aussi être entraîné dans un engrenage infernal, et la fin de sa course ne peut être que la fin d’un régime, d’un système et d’une logique d’Etat-pouvoir. Mais la fin de la course, de cet engrenage peut arriver de deux manières, volontaire ou objective, et cette dernière peut, elle aussi, se manifester de manière ordonnée, ou, au contraire, d’une manière anarchique et violente. Il nous faut changer au moindre coût, pour le pays et pour le peuple, afin que nous puissions établir un Etat fort et un pouvoir soumis à la loi, des institutions fortes et des appareils compétents au service de l’Etat. Les grands hommes proposent à leur peuple un destin, quant aux autres, ils ne suggèrent que des desseins et, malheureusement, nous en sommes encore à ce stade. Par cette forme d’exercice du pouvoir et le monopole qui la renforce, le destin forgé par les hommes de Novembre, le consensus que la Révolution a édifié et la légitimité qu’elle a procurée aux élites qui ont dirigé le jeune Etat indépendant, se sont complètement désintégrés. Il est impératif donc, de reconstruire un autre consensus national. C’est ce qui amène à soutenir l’idée suivante : Soumettre le pouvoir à un vrai contrôle, voire l’affaiblir ou le rendre redevable à l’égard de la loi et de la société, est une condition préalable à l’établissement d’un Etat fort. Telle est la règle sans laquelle le pouvoir maintiendrait un caractère archaïque et portant tous les traits de la décadence. Il est ainsi aisé de soutenir que, sans la construction d’un Etat fort qui organise la volonté nationale, rien ne sera possible. Mais que faut-il changer ? In fine, la nature des rapports entre le pouvoir et les citoyens. Pour y parvenir, il nous faut, d’abord, changer l’équation selon laquelle la gouvernance s’exerce en changeant les constantes de la régulation interne du système et les mécanismes de prise de décision, et surtout, en abandonnant les deux règles archaïques de la gouvernance : d’une part, cette règle anachronique qui consiste a détruire toutes les élites qui ne sont pas directement issues du pouvoir et qui ne dépendent pas de lui, afin qu’elles ne se cristallisent pas autour de centres autonomes. Et d’autre part, cesser d’empêcher l’institutionnalisation du pouvoir afin que «ceux» qui le délèguent puissent le retirer à tout moment. Entre les différents systèmes politiques en vigueur, il y a en fait une seule différence : c’est la capacité à mobiliser l’intelligence. Et pour ce faire, l’humanité n’a pu produire de meilleur que le système démocratique. Le pays a besoin de toute l’intelligence que la société recèle, les différents défis ont besoin de mobiliser cette intelligence, de mobiliser le savoir et d’organiser tout ce qui nous permet de dépasser cette médiocrité qui handicape l’Etat. C’est probablement la clé qui permettra de dépasser cette décadence, les blocages de la société et la panne du pouvoir. Quant aux détails, ils font partie, dans beaucoup de cas, de manipulations ou de gestions et, de ce fait, ils ne sont que rarement importants, car ils se limitent aux questions de politique politicienne qui faussent délibérément les analyses et suggèrent des conclusions sans issue.    Par Mostafa Hemissi Journaliste, écrivain

Réforme du curriculum de formation médicale au service de la médecine de famille

Evoqué par le ministère de la Santé et concrétisé récemment par le ministère de l’Enseignement supérieur (MESRS), le concept de Médecine de famille (MDF) s’est progressivement imposé comme axe de développement des soins médicaux de proximité au service de la population. Mais, les débats rapportés par la société et les professionnels de la santé portent sur l’impact du concept de la MDF sur la qualité des soins primaires et sa perception par rapport à la Médecine générale (MG). En effet, cette dernière est l’aboutissement d’un cycle de formation de sept ans qui ne répond pas actuellement aux normes pédagogiques d’apprentissage en sciences de la santé et encore moins aux besoins de soins de santé des citoyens, car la formation en médecine générale est focalisée sur l’acquisition des connaissances disciplinaires le plus souvent spécialisées et centrée sur l’organe au lieu d’être axée sur le développement des compétences médicales centrées sur le patient et sa famille avec leur prise en charge continue et globale. Par ailleurs, la médecine de famille est l’aboutissement d’un cycle de formation en spécialisation dans la même branche dite aussi résidence en médecine de famille. En d’autres termes, il s’agirait de la finalité de cette dernière sur une période d’apprentissage de deux à trois années aboutissant à l’acquisition et au développement de compétences médicales aux services des soins de qualité centrée sur l’individu et sa famille. En effet, la pratique de la médecine familiale est centrée sur les patients et leur famille dont les besoins de santé ont lieu au sein d’établissement de soins primaires ou de première ligne. En d’autres termes, la médecine de famille est l’environnement où les patients se sentent le plus à l’aise pour présenter leurs préoccupations personnelles et familiales de santé et d’en discuter avec leur médecin de famille. De plus, la médecine de famille est le carrefour des prestations des soins primaires et de leur coordination avec les autres professionnels de santé pour offrir une gamme complète de services médicaux dont les patients ont besoin. L’instauration du concept de médecine familiale en Algérie n’est possible que par la réforme du curriculum de formation médicale et des pratiques pédagogiques, notamment par la formation des formateurs en médecine familiale dans le domaine de la pédagogie appliquée en sciences de la santé. En d’autres termes, il est inadmissible et inimaginable du point de vue pédagogique et curriculaire que la médecine familiale soit enseignée par des professionnels de la santé autres que les formateurs en médecine de famille. C’est une condition sine qua non pour espérer une implémentation du concept de MDF au sein de la communauté médicale cible. En d’autres termes, une réingénierie profonde du curriculum de la formation initiale doit être engagée en collaboration avec les professionnels de la santé et des experts en pédagogie médicale, car le curriculum de formation médicale est le parcours pédagogique nécessaire pour tout apprenant admis à l’intérieur d’un projet d’apprentissage en sciences de la santé dont la finalité est de fournir à la société des médecins de famille compétents et autonomes. A cet effet, chaque faculté de médecine est responsable de l’ensemble du cheminement pédagogique des apprenants qui lui sont confiés par la société, et cela pour toute la durée du programme de formation. De plus, pour toute faculté de médecine, l’apprenant en sciences de la santé doit être au cœur de sa préoccupation pédagogique tant sur le plan des enseignements que celle des apprentissages. La formation médicale initiale dépend du ministère l’Enseignement supérieur dont la réforme du curriculum de formation semble être en gestation, mais on ne connaît pas pour le moment ni son architecture ni ses aboutissements pédagogiques. Il est important de signaler d’emblée qu’en plus de l’absence de la qualité des enseignements et des apprentissages dans le cycle clinique, c’est au niveau du cycle de l’internat que le curriculum de formation doit être sérieusement revu et revisité. En d’autres termes, la finalité du cycle de l’internat n’est plus adaptée aux normes de formations médicales en vigueur, car elle est sans impact ni sur la qualité des apprentissages ni sur la qualité des soins de santé. En effet, sa finalité est de produire un médecin diplômé et doté de connaissances disciplinaires sans lien avec la réalité de la pratique de la médecine familiale. De plus, l’évaluation à chaque fin de stage du cycle de l’internat est obsolète et ne reflète ni les connaissances acquises ni les compétences en soins de santé centrés sur le patient et sa famille. Durant ce cycle de formation, les enseignements et les apprentissages se déroulent le plus souvent dans des services de soins spécialisés assurés par des médecins spécialistes, et le plus souvent non disponibles et non formés à la pédagogie médicale ni à la supervision clinique des apprenants. De plus, l’interne comme étant en fin de cycle de la formation médicale n’a souvent pas eu suffisamment d’exposition clinique, ni de supervision adéquate, ni des évaluations centrées sur les compétences développées dans les différents départements des soins, car la formation médicale à l’internat est centrée sur des pathologies et des soins spécialisés qui ne le destinent pas à la pratique de la médecine de famille une fois arrivé sur le marché du travail. Le curriculum de formation médicale actuel ainsi que la prise en charge pédagogique des apprentissages, des enseignements et de la supervision clinique des apprenants ne sont pas adaptés aux besoins de formation de future génération de médecin de famille. De plus, l’évaluation des apprentissages en fin de chaque stage d’internat est ponctuée par des rapports de recherche clinique qui n’ont que peu d’impact sur la pratique médicale, et surtout cette évaluation ne reflète en rien la qualité des enseignements et des apprentissages en sciences de la santé. Ce mode d’évaluation est obsolète et doit être remplacé par des modes et des méthodes d’évaluation des apprentissages adéquats et adaptés à la réalité de la pratique de la médecine de famille. En d’autres termes, les outils docimologiques doivent refléter le développement des compétences médicales centré sur l’individu et sa famille, et pas seulement sur l’acquisition des connaissances disciplinaires. Pour ce faire, il existe deux façons de développer le concept de la médecine de famille en Algérie. D’abord, par la réforme du curriculum de la formation médicale initiale et surtout par la conversion du cycle de l’internat en résidence de médecine de famille d’une durée de trois années. Mais également, il faut une réforme des pratiques pédagogiques d’autant que l’apprentissage axé sur le développement des compétences est particulièrement propice à la formation des futurs médecins de famille. La seconde option est le Développement professionnel continu (DPC) comme matrice à l’accroissement des compétences médicales au sein de la communauté médicale en exercice. En d’autres termes, il faut intégrer le concept de médecine familiale chez les praticiens généralistes en exercice par le DPC sur une période de 2 à 3 ans par l’accumulation de crédit ou d’Unité éducation continue (1 UEC = 10 h) équivalente à la durée de la résidence en médecine familiale en formation initiale. En effet, le DPC est depuis quelques années au centre d’un grand débat en milieu de santé, car il est reconnu qu’aucun professionnel de santé ne peut prétendre exercer son métier avec les seuls acquis de sa formation médicale initiale. L’exercice professionnel amène tout praticien à constater de possibles besoins d’apprentissage complémentaires en particulier au regard de l’évolution rapide des savoirs et de l’apparition de nouvelles thérapies. La nécessité de faire des apprentissages ne fait que débuter et est présente durant toute la carrière professionnelle d’un médecin généraliste. Le DPC est sans aucun doute l’investissement le plus sûr qui permettra, d’une part, d’améliorer la qualité des soins offerts à la société et, d’autre part, de rehausser le niveau des pratiques et des compétences médicales. En d’autres termes, les institutions de formation étatiques et privées doivent impérativement prêter une attention particulière aux impacts et retombées positives du DPC sur la santé de la population en particulier et de la société en général. Sans prétendre avancer qu’il existe en Algérie une culture de DPC, ce dernier est en plein essor grâce aux développements des multiples offres de formations des différents organismes et institutions notamment privés dans tous les domaines disciplinaires en sciences de la santé. Pour ce faire, il faut favoriser un renouveau pédagogique en sciences de la santé par la formation des formateurs sur la pratique de l’enseignement et des apprentissages en médecine familiale, car il est inconcevable que la médecine familiale soit promue et enseignée par des professionnels de la santé autres que les médecins de famille. Il est important à ce que la SAMG soit la passerelle de sélection des organismes et institutions de formation en contexte du DPC. Cette démarche doit être rigoureuse selon un cahier des charges précis qui répond aux besoins d’apprentissages tant au niveau disciplinaire que pédagogique. De plus, il faut que tous conflits d’intérêt avec les compagnies pharmaceutiques cessent pour espérer une mutation en faveur des formations centrées sur des apprentissages de qualité et non sur le produit pharmaceutique. Par ailleurs, le DPC nécessite des ressources humaines compétentes en pédagogie médicale et en gestion administrative nécessaire pour espérer l’instauration de la culture du DPC au sein de la communauté médicale. Finalement, il est nécessaire de rappeler que la problématique centrale reste toujours la réforme du curriculum de formation que ce soit en formation initiale ou continue en contexte du DPC.   Par le Dr Lardjane Dahmane Conseiller et concepteur en pédagogie médicale -  dahmane.lardjane@gmail.com

Quel bilan social peut-on tirer de ces décennies de lutte ouvrière ?

La Fête du travail est largement célébrée à travers le monde par des marches pacifiques de grande envergure. La fête du 1er Mai devint alors une journée de célébration des combats des travailleurs et des travailleuses. En Algérie, ce jour est commémoré le 1er mai, et est traditionnellement et essentiellement marqué par de forts enjeux politiques exprimés par des meetings, des réceptions et des cérémonies de récompenses. On se demande où sont passés les défilés des années 1970, qui ont disparu de notre paysage. Ceux des travailleurs qui avaient l’ambition de faire marcher un pays, une agriculture, des usines des nouveaux secteurs industriels : électronique, sidérurgie, mécanique, chimie, énergie et pétrochimie, pharmaceutique, nucléaire, ciment et matériaux de construction... par eux-mêmes, par leurs propres efforts honnêtes et dédiés à la patrie. Pour aborder la question, il serait plus judicieux de souligner d’emblée : l’Algérie salue la mémoire de ceux qui ont rendu ses lettres de noblesse au pays dans l’histoire de la patrie, du devoir et de la démocratie dans la longue lutte ouvrière comme ceux des militants syndicaux du Zaccar, Boucaïd, de l’Ouenza, ouvriers des forges, des dockers d’Alger ou des martyrs du devoir Aïssat Idir, Abdelhak Benhamouda, Kacemi Ahmed. Comme beaucoup d’autres militants syndicalistes ont connu l’emprisonnement, la torture, au camp de concentration de Berrouaghia (w. Médéa), entre autres : Tahar Gaïd, Madjid Ali Yahia, Kiouar Baroudi, Slimane Rebba, Rabah Djermane, Mogamed Abib, Attalah Benaïssa, Boualem Bourouiba, Mohamed Zioui, Amar Lamini, Mayouf Hanachi, Ali Boudjellal, Hassen Bourouiba et tant d’autres martyrs de la République, notamment des milliers de talents et d’élites de grande qualité qui ont donné leur vie dont des docteurs, chercheurs, journalistes, ingénieurs, artistes, médecins, écrivains, professeurs, enseignants, cadres supérieurs, etc. On ne peut que se réjouir aujourd’hui de leur combat et de leur sacrifice pour sauver la République et l’Algérie que nous dédions cette modeste contribution pour que nul n’oublie. Les pouvoirs publics doivent faire de la Journée mondiale du travail un nouveau départ pour mobiliser les forces vives du pays en vue de dépasser le contexte socio-économique difficile au cœur de 
la conjoncture politique actuelle, menaçant notre économie, voire notre pain quotidien.En effet, ce n’est que par les valeurs du travail que nous saurons dépasser la crise et relancer l’économie nationale pour faire face aux retombées sociales extrêmement difficiles du moment à laquelle la classe moyenne est confrontée et aux dures réalités de la vie, puisque depuis 2011 les salaires n’ont pratiquement pas évolué et que la précarité de l’emploi et l’érosion du pouvoir d’achat continuent. Qui plus est, les travailleurs sont les premiers contributeurs dans le budget de l’Etat. De nos jours, il est bien admis que ce n’est plus l’exploitation qui est à craindre, mais l’exclusion, individuelle ou collective. Or, on constate que nos gouvernants oublient vite les sacrifices des générations qui marquent l’histoire, après s’être installés au pouvoir. Et ceci constitue ainsi un problème majeur qu’il faut évoquer dans un souci de positivisme à accorder une attention nouvelle et une priorité nationale. Ainsi, la valeur «homme» doit être capitalisée à grande échelle dans les entreprises et les institutions du pays. Nous tenons encore et toujours notre force de la rente pétro-gazière, alors que l’homme est le meilleur investissement pour construire le pays et préserver l’avenir notamment. En effet, les ressources humaines occupent aujourd’hui une place de choix pour édifier un Etat fort, dont dépendra la transition démocratique et économique où doit se projeter à notre avis une charte des valeurs du travail et humaines d’excellence comme seuls facteurs de progrès d’une nation. Oui, faire des valeurs du travail une richesse. Une vision fondée sur le recours privilégié à la concertation et au dialogue pour la résolution des problèmes du monde du travail et pour la promotion du bien-être social des travailleurs et leur épanouissement en principe de renforcer le dialogue économique avec les partenaires économiques et sociaux. Le dialogue est la seule voie pour trouver un véritable consensus, ce qui ne signifie nullement unanimisme, signe de décadence de toute société afin d’anticiper tout conflit préjudiciable aux intérêts supérieurs du pays avec des coûts faramineux. Nous rappelons brièvement pour la mémoire historique Le 1er Mai est donc historiquement le jour symbolisant la lutte pour l’émancipation sociale. Notre pays n’a pas été le précurseur de cette tradition, le 1er Mai est un des événements les plus déterminants dans l’histoire du monde du travail qui fut une grande date dans le processus du mouvement ouvrier dans le monde. Cette Fête du travail nous vient d’outre-mer, aux Etats-Unis, dans la ville de Chicago. C’est là, en 1886, qu’une grève générale éclate. Suivie par 400 000 salariés, elle paralyse le pays pendant 4 jours et cause la mort de 10 manifestants. Cette grève laissera des traces douloureuses, mais les grévistes seront toutefois entendus dans leurs revendications. L’origine du 1er Mai remonte à 1886, lorsque des ouvriers américains, tout particulièrement à Chicago, se sont mis en grève pour demander entre autres la réduction de leur temps de travail. L’initiative a dégénéré en affrontements et a coûté la vie à plusieurs ouvriers. Le mouvement ouvrier international a alors décidé en 1889 de faire du 1er Mai une journée revendicative internationale, avec pour objets centraux la question du temps de travail et la journée de 8 heures. Le 1er 1er Mai célébré en tant que tel date de 1890. Comment analyser le mouvement social en Algérie au cœur de 
la conjoncture politique actuelle ? L’histoire du mouvement ouvrier en Algérie Pour contrecarrer la CGT, une commission syndicale (ouvrière) avait été créée au sein du MTLD sous la présidence de l’ancien cégétiste et nationaliste Aïssat Idir, premier secrétaire de l’UGTA. Dans les années 1950, le mouvement syndical algérien a atteint le terme de son évolution avec la création, en 1954, de l’Union générale des syndicats algériens, UGSA d’une part, et la création, en 1956, de l’Union générale des travailleurs algériens, UGTA d’autre part. Les militants de l’UGTA ou même ceux de l’UGSA, contraints eux aussi à l’activité clandestine, vont connaître plus de répression. Beaucoup ont connu l’emprisonnement, la torture et même la liquidation physique comme cela a été le cas pour Aïssat Idir. Hommage aux combats passés Au lendemain de l’indépendance, l’Algérie vivait une situation socioéconomique critique : la pauvreté et la misère, un taux de chômage de 70%, un taux d’analphabétisme de 90%, un déficit important en main-d’œuvre qualifiée et en encadrement, pour lesquelles hier les travailleurs se sont sacrifiés pour une force économique et productive où ils ont grandement milité dans la bataille du développement économique national pour mettre sur pied de grandes réalisations dans tous les domaines et dans tous les secteurs d’activités pour renforcer l’indépendance politique nouvellement acquise au prix d’un million et demi de martyrs. Cette génération a payé le prix fort de sa jeunesse en travaillant sans répit, sans confort, sans revendications salariales et dans une précarité sociale en général. C’était un fait marquant et témoin de l’engagement d’une génération de cadres et de travailleurs de combat très attachée aux repères patriotiques, au service réellement de l’Algérie indépendante qui ont empêché notamment la paralysie de l’Algérie après le départ massif des cadres européens. Les premiers travailleurs et cadres algériens ont été d’un apport indéniable au développement national, ils ont notamment su changer la donne et s’imposer comme acteurs-clés dans le processus de nationalisations et de développement national après avoir préservé et valorisé le patrimoine public. Ils ont apporté la preuve de leur sacrifice dans la douleur de leur jeunesse, se passant d’une vie meilleure en travaillant sans répit et dans des conditions des plus pénibles, une charge de travail insupportable par manque d’effectif et de qualification sans pour autant demander davantage ou profiter de leurs postes. La norme de travail dépassait le plus souvent douze heures/jour pour des salaires mensuels dérisoires qui se situaient en moyenne entre 500 et 3000 DA ; certains travailleurs étaient même payés en nature en bons de semoule, de sucre, de café, d’huile, etc. C’est une vraie révolution du travail, cela ne leur a rien rapporté aujourd’hui. Ce bref rappel historique revêt toute son importance dans la mesure où L’Algérie était économiquement, socialement et culturellement plus avancée qu’aujourd’hui. Ses performances économiques étaient parmi des plus fortes dans le Tiers-Monde, un acquis porteur de grandes perspectives socioéconomiques pour l’horizon 1980 (H80) pour passer de l’état de pays pétrolier à celui de pays industrialisé où notre pays commençait à prendre place dans le concert des pays émergents et s’imposer comme leader dans le Tiers-Monde. Malheureusement, tout ce projet aux grandes ambitions fut abandonné au milieu des années 1980 par l’introduction du fameux Programme anti-pénurie (PAP) pour concrétiser pleinement le slogan «Pour une vie meilleure». Ce qui a exclu toute perspective de développement industriel à l’amont et à l’aval de l’économie nationale et plus alarmant encore la liquidation de près d’un millier d’entreprises entre entreprises locales et nationales. Le mouvement syndical algérien : Quelle nouveauté politique ? L’Algérie est aujourd’hui au premier rang des mouvements sociaux dans le monde arabe et l’Afrique organisés à ce jour où on compte aujourd’hui 65 syndicats des travailleurs. Ce qui révèle bien la pensée profonde, notamment les cadres syndicaux des syndicats autonomes représentatifs étaient militants ou dirigeants dans le mouvement syndical étudiant des années 1970 et 1980 et venus dans leur majorité du secteur public grâce à la Constitution de 1989 qui a consacré l’ouverture démocratique et le pluralisme syndical. Cette liberté requiert cependant de tous nos travailleurs de veiller à ce que la défense légitime et vigilante de leurs droits ne s’exerce point au détriment de l’observation effective et régulière de leurs devoirs et obligations. Le 1er Mai 2018 : quelle célébration pour l’Algérie dans un contexte 
de crise socio-économique profonde ? 
Et aujourd’hui, au cœur de 
la conjoncture politique actuelle ? Cette fête vient rappeler à notre mémoire collective l’importance que revêt le travail dans la vie de chacun individuellement et collectivement. C’est aussi l’occasion pour chacun, au-delà des revendications légitimes qu’il pourrait y avoir, d’apprécier sainement la situation actuelle du pays et de s’engager dans le travail comme une priorité nationale de manière à faire en sorte que notre bien commun qui est l’Algérie renoue véritablement avec la croissance hors hydrocarbures. Aujourd’hui, le pays crée peu de richesses, manque cruellement d’entreprises de taille intermédiaire. Il existe un peu plus de 1 000 000 PME et PMI dont 98% sont de petite taille  (TPE). L’économie algérienne continue de dépendre des hydrocarbures qui représentent 98% des exportations et près de 45% du PIB et structurellement importatrice. L’impératif est donc de construire un appareil productif et une organisation économique efficace pour répondre à la demande intérieure qui est en perpétuelle croissance et espérer ensuite pouvoir exporter car la mondialisation-globalisation de l’économie a fait rentrer le pays dans la logique de compétition généralisée. C’est tout l’enjeu futur afin de garantir à chaque Algérien un emploi et un revenu stable. En effet, un dualisme s’accentue aux dépens des forces productives, des valeurs du travail et des compétences comme vertus pour asseoir les bases de la paix sociale et d’un développement durable, alors que l’Algérie est dans une transition pour son passage à une économie de marché ouverte à l’économie mondiale qui se joue et se construit d’abord dans l’entreprise qui constitue la vie économique et sociale des forces vives d’une nation. Il ne passe pas en effet un jour où la presse ne rapporte pas des mouvements de protestation qui occupent le terrain des revendications sociales face à la stagnation des salaires et l’inflation à travers des marches, grèves cycliques et illimitées qui durent depuis des mois tant du côté du secteur administratif, santé, enseignement que du secteur économique. Encore plus des manifestations qu’organisent les chômeurs, les demandeurs de logement, voire aujourd’hui des collégiens et des lycéens qui n’ont pas hésité à improviser des marches dans plusieurs villes du pays pour crier leur colère contre la radiation des enseignants en grève et le report des examens. Et plus que cela, il y a la bureaucratie et les affaires inhérentes aux scandales de corruption qui viennent de secouer l’opinion publique, qui aggravent encore la situation tant elle constitue un frein à l’amélioration du climat social, ce qui demeure regrettable sachant que l’Algérie reste le plus vaste territoire d’Afrique aux grandes potentialités et richesses, un marché stratégique notamment aux portes de l’Europe et de l’Afrique auraient permis à notre pays de se développer démocratiquement, économiquement et socialement et de rejoindre les pays développés, ou du moins ceux dits émergents, dont notamment la Russie, le Brésil, la Chine, l’Inde, l’Afrique du Sud, l’Indonésie, le Vietnam, les pays du golfe… Et par conséquent répondre à toutes ces attentes sociales qui sont de nature socioéconomique et s’imposer dans les mutations régionales et capable de s’adapter aux évolutions des sociétés modernes pour une Algérie nouvelle. Ainsi, la dimension du savoir, de l’économie et la valeur «homme» doivent être capitalisées à grande échelle dans les secteurs d’activités. C’est sans doute la voie la plus sûre, notamment le meilleur gage pour sortir de la problématique de la crise morale qui paralyse le pays et la société en général et rétablir l’espoir en l’avenir, notamment réhabiliter les forces productives et les valeurs du travail comme vertus pour asseoir les bases de la paix sociale et d’un développement durable. Oui, en effet, comme à chaque fois les partenaires sociaux (syndicats autonomes) sont mis à rude épreuve depuis plusieurs années au point où une seule organisation a pu se pérenniser : l’UGTA, l’unique partenaire social reconnu, malgré l’existence de dizaines d’organisations agréées mais ignorées. Il est nécessaire et important d’instaurer le dialogue pour donner de solides fondements à la démocratie participative dans ce pays que nous ne laisserons pas tomber. Au rythme où vont les choses, le mouvement syndical autonome occupe le terrain des revendications socio-professionnelles à travers des grèves cycliques et illimitées qui dure depuis des mois. Face aux difficultés du dialogue social et des libertés syndicales, il y aura encore des grèves et encore du retard puisque ces grèves sont déclarées illégales et les grévistes encore et de plus en plus persuadés que leur grève est juste. Au-delà des revendications socio-professionnelles légitimes qu’il pourrait y avoir d’apprécier sainement, la situation actuelle est de s’engager dans le travail de manière à faire en sorte que notre bien commun qui est l’Algérie renoue véritablement avec la croissance économique hors hydrocarbures. Dans les pays démocratiques, les citoyens et les organisations syndicales et professionnelles jouissent généralement du droit à plus de libertés syndicales et d’expression, notamment de discuter et de critiquer le système social et politique. Rien dans ces pays ne peut échapper au débat contradictoire. Cela n’empêche pas ces pays de demeurer stables et de vivre dans une harmonie économique et sociale. En revanche, si nous refusons le débat contradictoire et écartons les grèves dans le cadre de la Constitution ou que nous interdisons l’esprit critique, nous ne pourrons pas combler nos lacunes et corriger nos erreurs. En somme, cela permet aux sociétés de s’observer mutuellement et de vérifier si elles ont des lacunes, des maladresses ou des défauts. L’une des règles d’or de ces pays aujourd’hui, symbole de richesse et l’évolution et le progrès des sociétés dans le monde où les enjeux économiques seront davantage construits autour des ressources humaines et des intelligences. Cela requiert que le travailleur de nos jours a besoin d’être écouté, associé à toutes les décisions et changements en stimulant de nouvelles sortes d’intelligences aux difficultés du dialogue social en Algérie entre les employeurs, les syndicats et les pouvoirs publics. Comme le recommande d’ailleurs notre religion : «On a fait de vous une société rassembleuse, de concertation et de consultation sur tous les sujets qui touchent la nation». Evidemment, l’étape actuelle nous impose de bien gérer notre projet de société démocratique, parce que nous sommes un pays aux portes de l’Occident et au cœur de l’Afrique et du Maghreb. La base du modèle démocratique et social dans le nouveau monde d’aujourd’hui bâti sur la compétitivité et la ressource humaine à mettre en place dans le futur doit être la pierre angulaire de toute politique de progrès. C’est dire que l’ouverture d’un dialogue franc et responsable doit conduire à la conclusion d’un accord économique et social qui garantira les acquis sociaux à travers la liberté de s’organiser en syndicat. Par conséquent, donner une nouvelle vie économique et sociale aux mondes du travail, de la science et de l’économie en général en vue de consolider le front social interne et lever ce climat de suspicion pour mieux affronter les défis auxquels est confronté le pays. Sinon, quel rôle pour les syndicats en Algérie ? Ce qui nous unit, c’est l’avenir du pays, son économie réelle. On ne peut pas charmer avec un discours partisan ou populiste qui ne prend pas en compte les réalités socio-économiques du pays, les aspirations populaires et les sensibilités qui s’expriment au sein de la société civile ainsi de nos élites intellectuelles et scientifiques. C’est le grand levier d’aujourd’hui à actionner pour s’inscrire dans une stratégie mondiale à l’heure actuelle où l’on parle tant d’une économie hors hydrocarbures. C’est dans ce contexte qu’il faut replacer le mouvement social en Algérie, car toutes les questions et dossiers chauds de l’heure sont là, à la lumière du contexte socio-économique actuel. La problématique est posée d’emblée à notre gouvernement afin de se pencher sur la question des énergies humaines avant l’argent et la machine qui peuvent constituer un levier stratégique, une base de l’initiative et de l’action compte tenu de l’ampleur des défis qui attendent l’Algérie dans cette transition. D’où cette réalité amère qui fait que les valeurs du travail ne se manifestent guère en Algérie. Selon les statistiques, le travail temporaire dans nos entreprises est de 40% dans le secteur public et 84% dans le secteur privé, alors que 96% des entreprises privées n’ont pas de partenaires sociaux et 75% des travailleurs du secteur privé ne sont pas déclarés à la sécurité sociale. Et enfin, les travailleurs sont les premiers contributeurs dans le budget de l’Etat. Pour preuve, le rapport des salaires sur le Produit intérieur brut (PIB) est inférieur à 25% en moyenne contre une moyenne dépassant les 60% pour les pays développés et émergents. Le paysage syndical algérien est sous les signes de tensions sociales face à une conjoncture économique inquiétante marquée par la cherté de la vie, où le pouvoir d’achat a diminué de près de 60%, selon l’ONS. En effet, la majorité travailleurs algériens, dont près de 70% ont un revenu net inférieur à 30 000 DA par mois, consacrent 80% de leurs revenus aux produits de première nécessité qui demeurent sous la contrainte d’un modèle administré rentier basé sur les hydrocarbures. Le 1er Mai 2018, l’occasion pour soumettre à débat «les questions sociales». L’avant- projet de loi du code du travail qui considère les contrats de travail indéterminés comme exception ou encore facilitant les licenciements ; les salaires demeurent tirés vers le bas par l’érosion de la monnaie nationale et l’inflation ; la revalorisation des pensions de retraite jugées en inadéquation avec l’évolution du coût de la vie. En effet, la revalorisation annuelle des pensions de retraite, soit 5%, demeure insuffisante, d’où la nécessité de revoir les niveaux actuels. Les retraités sont 2,2 millions à vivre dans la précarité. Ainsi, une personne ayant eu sa retraite en 1996 et une autre en 2011 et ayant assumé la même fonction dans la même entreprise n’ont pas la même pension puisque «cette dernière est calculée sur la base du salaire touché par chacun». La révision du Salaire national minimum garanti (SNMG), l’allègement de l’Impôt sur le revenu global (IRG) qui pénalise lourdement les salariés au même titre que les retraités, concernant l’IRG de revoir le taux de perception pour les salariés et d’exempter les retraités de cette imposition sinon jusqu’à quand cette solidarité peut-elle aller ? Rendre le travailleur actionnaire dans l’entreprise comme aussi tous les Algériens doivent devenir des actionnaires dans le capital des entreprises publiques en mettant sur le marché obligataire la vente de valeurs mobilières. L’objectif étant leur participation au développement du pays et au moment où 50% de la masse monétaire est dans les circuits de l’informel et les bas de laine. Tout cela doit apparaître comme le plus grand défi à relever et une grande priorité nationale du gouvernement pour mobiliser les élites, la classe ouvrière et la classe moyenne en général qui sont partie prenante dans le processus de la construction du pays. C’est tout l’enjeu de l’avenir de notre développement économique harmonieux.   Par M’hamed Abaci Financier et auteur

Une stratégie pour faire oublier ses scandales politiques et sexuels

«Mara Ri’ent I Ouchen, itz qelib ibe’ouchen» (proverbe Kabyle) (1) Introduction Le 13 avril 2018, Donald Trump — accompagné par ses deux acolytes, les gouvernements français et britannique — a ordonné aux forces armées américaines de conduire un raid contre la Syrie, «supposément» dans le but de détruire les capacités syriennes de production et de stockage des armes et matériaux chimiques qui, selon lui, auraient été utilisés par le président Bachar Al Assad contre les populations civiles syriennes. Il avait auparavant (mercredi 11 avril) «tweeté», avertissant la Russie : «Get ready Russia, because they [the missiles] will be coming, nice and new and smart. You shouldn’t be partners with a Gas Killing Animal who kills his people and enjoys it !» (Soyez prêts, Russes, parce qu’ils arrivent [les missiles], beaux, nouveaux et intelligents. Vous ne devriez pas être partenaires avec un Animal qui tue au Gaz son peuple et en est joyeux). Ce tweet est en complète contradiction avec ce qu’il avait déclaré à maintes reprises auparavant : qu’il n’informerait jamais ses ennemis de ses plans d’intervention. En parlant de l’EI (Etat islamique), par exemple, il a déclaré : «I don’t give a specific ISIS plan because I don’t want enemies to know it» (Je ne donne pas un plan spécifique sur ISIS parce que je ne veux pas que nos ennemis le sachent). Cependant, derrière tous ces bruits de bottes (ou plutôt de missiles), beaucoup pensent que le vrai motif de l’intervention est pour Trump de faire oublier les multiples scandales politiques et sexuels qui ne manquent pas de le hanter jour et nuit et qui l’empêchent de se consacrer aux vraies questions qui préoccupent son pays, aussi bien au plan interne qu’international. Pour appuyer cette thèse, nous rappellerons, dans une première partie, les différents scandales politiques et sexuels auxquels Trump est confronté depuis son accession au pouvoir. Nous verrons ensuite les principales questions qui demeurent posées, notamment : quel est l’avis des autres pays dont le silence est particulièrement assourdissant et l’inaction incompréhensible, notamment les pays arabes, musulmans, et plus généralement le tiers-monde, mais aussi les pays occidentaux autres que les trois intervenants. Les scandales politiques et sexuels qui hantent Trump et le paralysent dans son action politique Sur le plan politique, il y a plusieurs scandales auxquels Trump est confronté et qui rendent quasiment impossibles ses actions pour résoudre les problèmes fondamentaux qui se posent aux Etats-Unis, aussi bien au niveau intérieur qu’au niveau international. Le plus important de ces scandales est, sans aucun doute, son éventuelle collusion avec la Russie dans l’intervention de la Russie dans l’élection présidentielle de 2018 et qui aurait permis de favoriser Trump par rapport à Hillary Clinton. Cette collusion éventuelle — nous disons éventuelle parce qu’elle n’est pas encore prouvée comme est prouvé le fait que la Russie est intervenue dans l’élection de 2018 — est actuellement entre les mains d’un «Special Council» (un procureur spécial), en l’occurrence Robert Muller, chargé de l’enquête sur l’allégation de collusion. Cette enquête a déjà permis l’accusation de plusieurs officiels de l’entourage immédiat de Trump (Michael Flynn, Georges Papadopoulos, Paul Manafort, Rick Gates, et plusieurs autres, tous ayant participé dans la campagne présidentielle de Trump) et de treize officiels russes et plusieurs autres. L’autre scandale politique qui continue d’habiter Trump est sa décision de mettre fin — sans aucune raison, ou plutôt avec une raison vague (il n’est pas compétent) aux fonctions du Directeur du FBI, James Comey. Ce dernier vient juste de publier un livre intitule A Higher Loyalty : Truth, Lies and Leadership (Une plus grande loyauté : Vérité, Mensonges et Leadership), où il accuse Trump de menteur, qualifie son style de leadership de «maffieux» et l’accuse de mettre fin de façon systématique aux fonctions de tous les collaborateurs qui ne lui sont pas «loyaux». Précisément, lors d’un de ses meetings avec Comey, Trump lui demandera de lui être «totalement loyal», à quoi Comey répond : «Je ne peux être qu’“honnêtement” loyal». Concernant les scandales sexuels, plus d’une dizaine de femmes ont déclaré avoir été abusées par Trump. Ce dernier a réussi à assigner au silence plusieurs d’entre elles, qu’il a même présentées lors d’un de ses meetings de campagne pour indiquer que leurs allégations étaient fausses. Cependant, d’autres femmes insistent et signent que Trump a eu des relations avec elles et qu’il a essayé par tous les moyens, notamment financiers, de les forcer au silence. Parmi ces femmes, deux semblent particulièrement représenter un grand problème pour Trump. L’une d’elles, connue sous son nom de «star» de «Stormy Daniels», accuse Trump d’avoir eu des relations avec elle et de lui avoir donné de l’argent pour l’obliger à ne pas parler. Trump, selon certaines allégations, aurait demandé à son avocat personnel, Michael Cohen, de verser 130 000 dollars à Stormy Daniels pour acheter son silence. En outre, tout récemment, le FBI a forcé les portes du cabinet d’avocat de Cohen et de la chambre d’hôtel où il séjourne dans le but de chercher les preuves de ce paiement. A la suite de cela, Cohen lui-même a été convoqué par le tribunal pour témoigner. La seconde femme qui prétend aussi avoir été abusée par Trump est le modèle travaillant pour le magazine Playboy. Karen McDougall, c’est son nom, affirme que Trump l’avait rencontrée lors d’une compétition qui a eu lieu dans le cadre de «Apprenticeship», une organisation ayant pour objet d’organiser des compétitions de modèles pour être élues «Miss USA», organisation dont Trump est président. McDougall affirme aussi qu’elle a ensuite eu une affaire avec Trump. McDougall a entamé une poursuite judiciaire officielle contre Trump, affaire qui est toujours en cours. Ces deux types de scandales — l’un politique et l’autre sexuel — ont, sans aucun doute, des effets désastreux sur la réputation de Trump qui, par ailleurs, prétend être toujours un «winner» (gagnant) et un «deal maker» (faiseur de deals). Les autres questions posées par l’intervention de Trump en Syrie Deux autres questions, qui ont un lien direct avec cette intervention, peuvent être posées : 1)- Quelle est la position des pays du Nord autres que les trois intervenants dans le raid ? 2)- Quelle est l’attitude des pays du Sud (arabes, musulmans, et tiers-monde en général) concernant cette intervention ? S’agissant des pays du Nord, un certain nombre d’entre eux ont déclaré qu’ils supportent l’action de Trump (la France et l’Angleterre bien sûr, mais aussi l’Allemagne, le Canada, l’Australie, le Japon, l’Espagne, l’Italie, Israël bien sûr, et beaucoup d’autres. Les motifs invoqués pour apporter leur soutien sont de deux sortes : 1)- Les frappes visent des cibles spécifiques (les installations de recherche, de production et de stockage des armes et produits chimiques).   2)- Le caractère éminemment «humanitaire» de cette intervention (éviter que des populations civiles soient victimes de ces armes et produits nocifs, voire fatals. Concernant le premier de ces arguments, et comme le prouvent les raids précédents des pays occidentaux sur des pays comme l’Irak, l’Afghanistan, le Liban et autres pays qui jusqu’à ce jour souffrent encore des séquelles de ces interventions, rien n’est garanti que les populations civiles ne seront pas des victimes collatérales. En effet, la thèse des frappes dites «chirurgicales» a, dans tous les cas précédents, été infirmée, et que, dans la majorité de ces cas, de nombreuses victimes civiles ont été constatées. Concernant le caractère «humanitaire» de cette intervention, il y a de fortes chances qu’il soit un motif secondaire et que d’autres objectifs non avoués soient poursuivis par Trump et les «Trump» qui l’ont précédé. Dans le cas de la Libye, le même caractère humanitaire avait été également invoqué, mais le véritable mobile était la tête de «l’ennemi numéro 1» des gouvernements occidentaux à l’époque, notamment le gouvernement français de Sarkozy : Mouammar El gueddafi. Il n’est pas exclus que dans le cas de l’intervention en Syrie ce soit le même mobile, à savoir la tête de Bachar Al Assad. Notre objectif ici n’est pas de défendre Bachar Al Assad ou El Gueddafi, mais de dire qu’il faut être vigilant et ne pas mentir et «dire quelque chose tout en faisant quelque chose d’autre». S’agissant des pays arabes, musulmans et du tiers-monde dans leur ensemble, leur attitude, comme par le passé, n’est pas plus compréhensible, pour ne pas dire confuse et douteuse. D’abord, il y a ceux qui ont formé la coalition (France/Angleterre/Etats-Unis, qu’on pourrait qualifier de «Faithful Triangle», pour paraphraser Noam Chomsky : l’Arabie Séoudite, la Jordanie, la Turquie, et autres. L’Iran semble être un des seuls pays musulmans à être contre l’intervention. Le moins que l’on puisse dire est que ce «béni-oui-isme» automatique et systématique après chaque intervention occidentale au Moyen-Orient est incompréhensible, inexplicable — sauf raisons d’intérêts tout à fait personnels (cas de l’Arabie Saoudite) et risque d’avoir des répercussions sur leur situation économique et leur avenir politique à court ou long terme. Plus largement, les voix du tiers-monde ne se font pas entendre ou sont «étouffées» par les menaces économiques ou politiques, directes ou dissimulées, contre eux de la part des pays occidentaux. On peut se poser la question, en effet : où sont les pays du Mouvement des non-alignés ? Où est l’Union africaine ? Ces pays sont-ils guidés par leurs intérêts économiques et politiques immédiats ou sont-ils forcés (par la coalition occidentale) de demeurer silencieux ? Il est vrai qu’après la disparition de l’URSS et du communisme en général, il ne reste plus qu’un seul monde : le monde capitaliste occidental et que les pays du tiers-monde n’ont plus qu’un seul choix : s’aligner sur ce monde unitaire. Choisir une autre voie signifierait ne plus avoir accès à l’aide économique dont ils ont tant besoin pour la plupart d’entre eux. Il est donc grand temps que ces pays se réveillent, qu’ils deviennent des adultes à part entière et qu’ils fassent entendre leurs voix sur la scène internationale. Autrement, les interventions du type de celle que Trump vient d’entreprendre en Syrie peuvent, un jour, qui sait, toucher d’autres pays du Sud, sans qu’ils puissent avoir la capacité de réagir. Conclusion Ce que l’on peut dire en conclusion, c’est que l’intervention américaine en Syrie ne va nullement changer les données en Syrie. Elle ne peut qu’aggraver la situation déjà très fragile et volatile qui y prévaut. Par ailleurs, Trump devrait savoir que, intervention ou pas, les scandales auxquels il fait face sur les plans politique et sexuel ne vont pas disparaître, ni à court terme ni à plus long terme. Car si on peut critiquer le système américain dans certains domaines, force est de reconnaître que c’est un des seuls pays où «The rule of law» (Le règne de la loi) est appliqué et où la devise «Nobody is above the law» (Nul n’est au-dessus de la loi) est mise en pratique. Les enquêtes sur l’allégation de collusion entre l’Administration Trump et la Russie dans l’affaire de l’intervention russe dans l’élection présidentielle de 2018 et sur les scandales sexuels, notamment l’affaire Stormy Daniels et Karen McDougall, suivent leur cours et ne seront closes que lorsque le «Special Council», Robert Muller, aura rendu son verdict final sur ces affaires. Certains arguent que Trump a le droit de mettre fin aux fonctions du Special Council. Ce qui est sûr, c’est que si par malheur il faisait cela, sa carrière politique serait totalement ruinée. Enfin, au plan international, comme nous l’avons dit précédemment, il est temps que les pays du Sud se réveillent de leur profond sommeil, pour ne pas dire de leur coma, et qu’ils disent à haute voix «Enough is enough» (Assez, c’est assez), que nous sommes matures, et que nous allons prendre notre destinée entre nos mains et que les pays du Nord n’ont plus le droit d’intervenir dans nos affaires intérieures. 1)- Le proverbe kabyle ci-dessus indiqué en épigraphe peut être traduit par : «Quand le loup se trouve dans l’embarras, il cherche la (les) petite(s) bête(s).   Par Arezki Ighemat Ph.D. en économie Master of Francophone Literature (Purdue University, USA)

La diplomatie algérienne : entre psychologie et réalisme politique

La situation régionale au Maghreb, notamment sur la frontière algéro-marocaine, est des plus critiques. Les dernières manœuvres de l’Armée nationale algérienne (ANP) dans l’ouest du pays ne sont pas des exercices de routine. La tension, celle que perçoivent à sa juste mesure les observateurs attentifs de la scène politico-diplomatique maghrébine, a dû atteindre un degré tel que l’ANP a cru devoir montrer toutes ses capacités à riposter à toute tentative d’agression. Le prétexte existe : le droit des Forces armées royales (FAR) à poursuivre l’armée sahraouie sur ses bases de repli algériennes. Cette option «militaire» a bien été exprimée par au moins un responsable politique marocain. Ce n’est pas anodin, car une telle éventualité ne peut être envisagée et mise en pratique qu’avec le feu vert de puissances qui ont tout intérêt à affaiblir l’Algérie ou à tout le moins à «rabaisser le caquet» à ce pays qui se targue d’avoir une ligne diplomatique inflexible depuis l’époque des maquis. Une ligne vertueuse qui est, reconnaissons-le, en totale discordance avec une politique intérieure faite de reniements, d’improvisation, de gaspillage, de prédation et de courtisaneries en tout genre sans lesquels le pays se serait bien mieux porté aujourd’hui. Ligne diplomatique vertueuse en effet car la politique extérieure de l’Algérie est constante, obéissant aux mêmes règles depuis la naissance dans les maquis de l’Etat révolutionnaire algérien : respect absolu de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale des Etats-nations ; non-ingérence dans les affaires intérieures ; droit à l’autodétermination des peuples ; intangibilité des frontières héritées du colonialisme ; soutien diplomatique et aide aux peuples en lutte pour leur liberté et leur indépendance ; diversification des relations économiques ; équidistance des blocs, notamment à l’époque du non-alignement (il en est toujours resté quelque chose car le monde est de nouveau en voie de rebipolarisation accélérée) ; offre de bons offices pour dénouer des crises humaines (otages français du Liban, otages américains de Téhéran…) et des conflits inutiles et délétères mettant aux prises des pays amis, notamment l’Iran et l’Irak. C’est Alger qui a rabiboché le Shah et Saddam en 1975 ; c’est encore Alger qui s’évertue à mettre fin à une guerre stupide déclenchée par Saddam Hussein contre la République islamique d’Iran, une médiation qui va contrecarrer les intérêts occidentaux et israéliens qui n’avaient de cesse depuis le début du conflit que d’affaiblir les deux belligérants en ravivant le feu chaque fois que les flammes venaient à faiblir. Une médiation qui coûtera la vie, en 1982, à Mohamed Seddik Benyahia le brillantissime ministre algérien des Affaires étrangères de l’époque. Il y a également un axe majeur et constant de la politique étrangère algérienne, le soutien à la cause palestinienne. Il est vrai cependant que durant ces 30 dernières années, l’Algérie, fragilisée par ses problèmes intérieurs et le déséquilibre géopolitique survenu depuis la fin de l’URSS, s’est quelque repliée un peu sur elle-même. Pourquoi, pourrait-on s’interroger, l’Algérie soutient la cause palestinienne ? Est-ce parce que la Palestine se trouve classée de facto dans la «nation arabe» ? Non, je ne le crois pas même si tel président algérien, paraphrasant une «parole sainte», avait déclamé que «Nous Algériens, sommes aux côtés de la Palestine qu’elle ait tort ou raison». Est-ce par empathie religieuse ? Non plus, car la Palestine est un melting-pot de plusieurs religions, et l’OLP elle-même comporte des factions commandées par des chefs chrétiens. La véritable cause du soutien sans faille de la diplomatie algérienne aux Palestiniens est ce goût des causes justes né au cours d’une guerre de Libération nationale avide de soutiens internationaux dès ses débuts. Les Algériens savent ce que signifie de compter sur des amis sûrs et constants. La politique étrangère algérienne incarnée avec brio ces dernières années par Ramtane Lamamra recèle également une dimension d’éthique et de justice : on ne peut mettre sur un même pied d’égalité un agressé et un agresseur, même si ce dernier est puissant. Goût des causes justes et rejet du droit de la force brutale, voilà ce qui peut également expliquer le soutien, ou en tout cas l’empathie algérienne à l’égard de l’Iran. Ce pays qui n’a envahi ni bombardé personne et qui se contente d’essayer de sanctuariser son territoire en brandissant ses supposées capacités de nuisance. «Si vous me frappez, je vous ferai mal», tel est le credo des Iraniens vis-à-vis de l’Occident et surtout d’Israël qui agite chaque saison la menace de bombardements pour détruire des sites supposés dangereux nucléairement parlant pour sa sécurité. Les Iraniens comme les Coréens du reste n’oublient pas la leçon irakienne d’un Saddam suppliant le Léviathan américain avant la deuxième guerre du Golfe d’épargner son pays qui n’a plus aucune capacité de nuisance. «Ne me frappez pas, je n’ai plus rien, je suis inoffensif». Tel était le message de Saddam à ceux qui avaient programmé la destruction de son pays. Et on l’a frappé, détruit son pays et lui avec, dans l’humiliation absolue pour lui et l’Irak. Le piège de son agression contre l’Iran s’était définitivement refermé sur lui. Revenons à la situation actuelle : l’Arabie Saoudite joue en ce moment sur la fibre arabe et sunnite pour fédérer autour d’elle une coalition contre l’Iran chiite. L’entreprise n’est pas dénuée de l’arrière-pensée belliqueuse d’une guerre directe ou proxy américano-israélienne contre l’Iran. Le signal a été donné avant le 12 mai 2018 (aujourd’hui) par la décision du président américain quant à l’avenir de l’accord de dénucléarisation de l’Iran signé par l’Europe, les Etats-Unis, la Chine, la Russie et le pays concerné. Le rejet de cet accord par Trump signifie sans doute le feu vert donné à la guerre. Cette guerre a du reste déjà commencé contre les Houthis chiites du Yémen soutenus par l’Iran. Au Maghreb, le Maroc en toute logique joue la coalition de ses alliés naturels : l’Arabie Saoudite et les monarchies du Golfe, l’Amérique et de facto Israël et rompt ses relations diplomatiques avec l’Iran au prétexte que la République islamique apporte son soutien au Polisario. Si ce n’était que cela, le Maroc aurait depuis longtemps rompu toute relation avec une Algérie, base de repli du Polisario, et qui clame publiquement son soutien à l’autodétermination du peuple sahraoui. Sans apporter de soutien franc à l’Iran, qui est tout de même l’ennemi du très puissant binôme israélo-américain, l’Algérie se démarque de l’initiative saoudienne. Elle ne veut pas cautionner le bellicisme de Mohamed Ben Salmane au service d’une cause qui le dépasse. La diplomatie algérienne qui mise tout sur les solutions pacifiques et politiques ne s’embarrasse plus de son ethnicité arabe, elle qui vient de renouer avec sa profondeur historique amazighe. Ni de considérants religieux : ni sunnites, ni chiites, même si elle donne l’impression paradoxale d’un pays sunnite solidaire de l’arc chiite (Syrie, Irak, Iran, Hezbollah libanais). Le choix algérien est purement politique et diplomatique et n’a rien à voir comme cela a été dit avec de prétendues survivances chiites en terre algérienne depuis l’époque du royaume Kutama de Jijel. Ce choix est plutôt déterminé par cette éthique diplomatique qui caractérise la politique étrangère algérienne : se démarquer de l’agresseur supposé et prendre parti du potentiel agressé. En toute logique donc aux côtés de l’Iran, de l’Irak de la Syrie et du Hezbollah, ce dernier étant considéré comme un mouvement de libération qui défend l’intégrité territoriale de son pays. On peut parier du reste que si le peuple israélien était menacé dans son existence par un encerclement arabe puissant et agressif, le premier pays à exprimer son indignation serait l’Algérie. Toujours donc le rejet de l’exercice de la force inique et brutale. La diplomatie algérienne relève plus de la psychologie que de la realpolitik.   Par Belaïd Abane

Les œuvres universitaires : gouffre dans lequel s’engloutissent en vain les finances publiques (Partie 2)

Les sommes mises en jeu pour faire fonctionner et financer les oeuvres universitaires sont énormes,  si énormes qu’elles suscitent des appétits incommensurables de la part de la quasi-totalité des agents chargés de leur «gouvernance», laquelle devient au fil des jours et des ans plutôt mauvaise que bonne. De l’aveu du ministre de l’Enseignement supérieur, Tahar Hadjar, ces œuvres universitaires que chapeaute l’Office national des oeuvres universitaires (ONOU), lui-même dépendant du MESRS, absorbent annuellement des sommes astronomiques au profit des étudiants sans que ceux-ci en profitent complètement en raison aussi bien de la mauvaise gestion de ces fonds alloués par l’Etat que par la corruption qui gangrène cette institution. Mouches, cafards et autres insectes mêlés aux repas servis «L’Etat algérien, adéclaré M. Hadjar, donne des milliards mais les étudiants sont mal nourris, mal transportés et mal logés. Ceci est Inacceptable.» Ces propos du ministre sont d’autant plus vrais qu’ils trouvent leur confirmation dans les témoignages que nous livrent les étudiants eux-mêmes. De la bouche de la plupart des étudiants interrogés, il ressort en effet des récits hallucinants : «Les récipients dans lesquels on nous sert les aliments sont sales, raconte l’un des étudiants, tandis que la qualité et le cuisson de la nourriture sont si fades, et donc d’un mauvais goût qu’ils sont immangeables…» D’autres parlent de nourriture avariée, de «mouches» et même de cafards cuits, incrustés dans la viande coriace ou dans les légumes desséchés. Une étudiante raconte devant un parterre d’étudiants, agglutinés dans la salle de TD, qu’elle a été intoxiquée à deux reprises, suite à la consommation d’aliments servis au restaurant de sa résidence. Aucune de ses quarante camarades n’a contesté ses dires. Au contraire, certaines ont même surenchéri en ajoutant que ces nourritures qu’on leur sert dans les réfectoires des œuvres universitaires sont impropres à la consommation humaine ! Outre le manque d’hygiène évoqué ou dénoncé par tous, il y a cette nourriture insipide qui donne, lorsque on en prend une seule bouchée, des envies de vomir, disent en chœur les étudiants indignés de la manière dont ils sont traités. Ils disent aussi, à l’instar de M. Hadjar, que «l’Etat dépense des millions et des millions pour que les étudiants mangent proprement et à leur faim»... Mais, finalement, ils se trouvent non seulement très mal nourris, mais «empoisonnés» parfois, pour ne pas dire souvent… Les perdants et les gagnants de ce marché de dupes De ce qui précède, il est aisé de comprendre que les perdants ne sont pas les «privés», tels que fournisseurs, sociétés de gardiennage et corrompus de tout acabit, mais bel et bien les pauvres étudiants. La répugnance que ceux-ci éprouvent envers la mauvaise nourriture qui leur est servie, en outre dans des récipients mal lavés, les oblige soit à cuisiner leurs repas eux-mêmes, soit à acheter, sur leurs maigres ressources, des sandwichs à l’exptérieur. En rationnant les étudiants sur la nourriture tant au plan quantitatif que qualitatif, certains responsables des œuvres universitaires et leurs «partenaires» qu’ils ont préalablement triés sur le volet, en arrivent à faire d’une pierre deux coups. En contraignant les étudiants, par le jeu de distribution de repas inconsommables, à se nourrir par leurs propres moyens, les œuvres universitaires font donc d’énormes économies qu’elles recyclent dans le circuit de la corruption. D’abord les dépenses en nourriture en faveur des étudiants se réduisent comme peau de chagrin, tant en quantité qu’en qualité, en raison de l’achat par les œuvres universitaires des produits de mauvaise qualité (légumes et viandes) ; ensuite, en raison de la surfacturation de ces produits propres qu’à la consommation animale, et encore ! La tutelle, en l’occurrence le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, en est bien consciente, mais se trouve dans l’incapacité d’inverser cette tendance perverse en raison de la propagation tous azimuts de ce virus corrompu et corrupteur à la fois. Pourtant, en dépit de ce constat fort pessimiste, il serait possible d’endiguer ce phénomène pernicieux, à défaut de l’éradiquer totalement, par le biais du recours à la dissuasion et à la coercition, mais aussi et surtout au moyen d’autres mécanismes, comme l’institution d’une bourse individuelle destinée à chaque étudiant, qui sera versée directement sur son compte bancaire ou CCP plutôt que de transiter par le circuit actuel qui est l’ONOU et ses dépendances. En instituant, comme l’avait suggéré déjà M. Hadjar, une bourse individuelle perçue directement par l’étudiant qui en fera usage selon son propre gré, on évitera les corrompus et les tentations corruptrices. Tant que les œuvres universitaires demeurent, en effet, coiffées par des responsables dont la compétence, la moralité et l’éthique ne sont pas toujours exemptes de convoitise, il y aura toujours des détournements de deniers publics par des aigrefins. Les plus grands gagnants actuels de ces œuvres universitaires ce ne sont donc pas les étudiants, mais bel et bien les fournisseurs, les transporteurs et les sociétés de gardiennage dont les agents «détachés» ne brillent pas toujours par leur professionnalisme. La malnutrition dont souffrent les étudiants se révèle, en somme, la rançon de la corruption qui affecte des pans entiers des œuvres universitaires, qui sont rien de moins qu’un gouffre insondable où s’engloutissent des milliards de dinars. Des milliards dépensés par l’Etat au profit des étudiants qui partent presque en fumée Ce ne sont pas des millions, mais une centaine de milliards de dinars qui sont alloués annuellement à l’ONOU, avait déclaré M. Hadjar. Pourtant, les conditions de nourriture, de logement et de transport des étudiants sont des plus lamentables. Si le ministre plaide, à cette occasion, pour une réforme de «notre système de prise en charge des étudiants», il ne voit toutefois guère ni comment ni quand une telle réforme pourrait se faire, tant les résistances qui s’y opposent sont nombreuses et tenaces. En dépit de sa volonté manifeste de réformer le secteur dont il a la charge, le ministre s’embrouille quelquefois dans des contradictions insolubles. D’un côté, il appelle de ses vœux une réforme urgente du système de prise en charge des étudiants, et de l’autre, il déclare n’être point pressé pour le faire : «Nous avons tout notre temps» pour procéder à une telle refonte. Pourtant le temps presse et travaille plus en faveur des corrompus et de la corruption qu’en faveur de la volonté affichée par l’Etat d’en finir avec cette gangrène.. M. Hadjar ne veut pas entendre parler de privatisation des oeuvres universitaires, alors qu’il n’ignore pas que les transporteurs des étudiants et les fournisseurs sont bel bien des privés qui s’engraissent sur le dos de l’Etat et des étudiants. Mahieddine Tahkout, que le ministre égratigne en passant sans le citer nommément, en est un. C’est un «privé» et non un «beylik» ( public) qui est en charge du transport des étudiants… Les bénéficiaires des œuvres universitaires : les fournisseurs, les transporteurs et les sociétés de gardiennage L’Etat-providence n’est pas seulement une vache à lait des pauvres, des œuvres universitaires et de toutes ces couches démunies de la société algérienne. Elle est aussi la grosse mamelle qui allaite le privé et l’engraisse. Et rien, en effet, de plus «privé» que ces fournisseurs et ces sociétés de gardiennage dont les prestations de service fournies aux œuvres universitaires se révèlent un cadeau empoisonné. Outre la surfacturation des produits, il y a ces pseudo-gardiens mal formés à cette mission et qui se comportent souvent en voyous. Extraits des milieux de la délinquance et recrutés par les sociétés privées sans aucun critère de sélection rigoureuse, ces gardiens, dont certains portent sur leur visage les marques indéniables de la hargne et de l’agressivité à fleur de peau, sont envoyés comme «protecteurs» des résidences universitaires et des campus où ils leur arrivende tabasser les étudiants dont la tête ne leur revient pas et d’exercer des chantages sexuels sur les étudiantes récalcitrantes… Une étudiante, Lamia, de l’université de Bouzaréah dont les propos sont rapportés par El Watan, témoigne des agressions dont elle fait l’objet de la part de ces gardiens «loubards» : «Je tente d’éviter au maximum le COUS pour ne pas être harcelée soit par les agents en charge des bus universitaires ou bien des indus étudiants qui pullulent dans toutes les stations des COUS.» Et d’ajouter que «l’université de Bouzaréah demeure ce lieu où se côtoient les pires vices : débauche, vols et agressions au su et au vu des agents de sécurité, censés veiller à la sécurité du personnel et des étudiants de l’université». Dans les stations de bus tout comme à l’intérieur du campus, les étudiants se sentent en insécurité et se disent «livrés à ces voyous sans aucune défense». Ces voyous essaiment partout et se fondent comme des poissons dans l’eau dans la masse estudiantine. Beaucoup d’entre eux se font passer pour des étudiants et bénéficiant de la complicité de gardiens du campus, ils y élisent domicile et se comportent comme s’ils étaient dans une chasse gardée. Les employés du transport universitaire ne sont pas en reste et se comportent à l’égard des étudiants de manière dure, peu amène. L’université, ce sanctuaire théoriquement sacré, se trouve donc piétiné et profané par des individus aux conduites inciviques. Partout, les étudiants se heurtent quotidiennement aux «comportements indécents des agents du transport universitaire, à la surcharge des bus, à l’insécurité, au vol, sans parler des dessertes insuffisantes et mal réparties». Tous les étudiants interrogés expriment leur ras-le-bol et s’indignent contre les mauvaises conditions de vie et du transport qui leur sont faites. «Les bus qui nous sont affectés sont vétustes et ne répondent à aucune norme de sécurité, de plus nous sommes entassés comme des sardines», proteste cet étudiant de l’ENS. Un autre étudiant surenchérit : «Tous les jours, des gens qui n’ont rien à voir avec l’université profitent des COUS pour rejoindre leur localité. On y côtoie parfois des délinquants qui nous agressent sans que personne ne bouge.» Agents de transport et de sécurité, chauffeurs de  COUS se conduisent eux aussi envers les étudiants comme des délinquants et n’hésitent pas parfois à les agresser verbalement et physiquement. Les intérêts privés triomphent des intérêts collectifs Outre la violence dont les campus sont le théâtre, il y a ces sommes astronomiques mis en jeu et dont les œuvres universitaires sont les dépositaires. Ces œuvres universitaires se révèlent donc à l’examen attentif comme le lieu de ralliement par excellence des intérêts privés, le point de conjonction des corrompus et des corrupteurs. «Un rapport de l’Office national des œuvres universitaires révèle de graves dépassements enregistrés au niveau des directions des œuvres universitaires, impliquant des directeurs et de nombreux cadres des cités universitaires. Ledit rapport cite des factures avec des sommes gonflées destinées aux sociétés de gardiennage, de sécurité et de nettoyage, absence de livres d’inventaires envoyés par l’office aux cités universitaires et directions régionales des œuvres universitaires.» Le même rapport fait état de nombreux et graves «dépassements» observés au cours de l’année 2010/2011 et parmi ces dépassements figure «une exagération dans les dépenses pour la nourriture et le transport». Les achats de livres et les frais d’internet ont été également trop élevés. Des dépenses importantes sont également signalées au niveau des cités universitaires et concernent «l’achat de livres et des frais d’électricité, de gaz et d’abonnement à internet. Les sociétés de gardiennage dilapident le budget des cités universitaires. Les sociétés de gardiennage consomment une grande partie du budget des cités universitaires, en contrepartie, leurs prestations laissent à désirer». La solution ? Pour en finir avec ces pratiques plus que délétères, il n’est de meilleure politique que de dissoudre ces œuvres universitaires en leur substituant une bourse qui sera directement accordée à l’étudiant par l’entremise d’une instance étatique crédible et soumise à un contrôle strict. Ou encore, comme le suggère un haut fonctionnaire du MESRS, de placer ces œuvres sous l’autorité directe du wali, seul représentant légitime de l’Etat au niveau local. Celui-ci pourrait contrôler les flux d’argent dégagés par le Trésor public au profit de ces œuvres tout en déchargeant l’ONOU et les recteurs des universités des charges de gestion administrative, ce qui leur permettrait de se consacrer à des réflexions d’ordre scientifique et pédagogique indispensables à la bonne gouvernance et au progrès de la recherche scientifique, laquelle souffre justement à cause du poids écrasant de l’administration…

Post-scriptum

J’ai remis à mon éditrice, il y a quelques semaines, un manuscrit portant le titre «Musiciens juifs constantinois». L’appel parisien stigmatisant l’islam et les musulmans m’a conduit à lui faire parvenir ce post-scriptum. Un «nouvel antisémitisme», référé aux musulmans et in fine à l’islam, une «épuration ethnique à bas bruit» qui en serait l’une des conséquences alimentée par «les crimes antisémites» saturant les unes des médias et les plateaux des chaînes d’information, c’est le paysage français surprenant que dessine l’appel publié par le quotidien Le Parisien, qui, l’expérience récente l’aura une fois de plus, démontré, vivra ce qu’avait vécu «On est tous Charlie». Cette mise en cause frontale de l’islam et des musulmans en France n’est pas pour surprendre qui s’inscrit aussi en droite ligne des thèses défendues par l’extrême droite sur une pseudo doctrine du  «remplacement», popularisée notamment par ceux qui occultent délibérément qu’en Algérie ce fut une politique d’Etat du pouvoir colonial, adossée à la fois à une tentative d’éradication ethnocidaire des populations algériennes et à une importation massive de migrants européens. Les philosémites d’aujourd’hui devraient aussi s’interroger, à raison, sur ce que la puissance coloniale attendait des missions des rabbins ashkénazes chargés de  «désarabiser le judaïsme algérien» avant que le décret Crémieux ne soit appelé à fracturer la communauté algérienne. En aucune manière et sous aucune forme l’islam et les musulmans n’ont envahi ni occupé la France, et c’est pour le moins inattendu que l’on doive le rappeler à partir d’un territoire et d’une culture effectivement occupés et soumis, y compris à de vaines tentatives d’évangélisation. 1- Une sanction des politiques impériales L’une des sanctions pérennes des politiques impériales françaises aura été la présence sur le territoire métropolitain de millions de personnes originaires des anciennes colonies et il est utile de rappeler ce que cette présence doit aux guerres menées par la France — particulièrement lors des deux conflits mondiaux — et/ou aux politiques de reconstruction du tissu économique français, comme ce fut notamment le cas des Algériens mobilisés contre leur gré au nom de la loi de 1912 sur la conscription et requis dès le début des années 1920 comme main-d’œuvre sur les chantiers industriels. Et ils étaient musulmans et ils le sont, pour l’essentiel demeurés et s’il y eut, en France, un racisme non pas à «bas bruit», mais déclaré et assumé, ils en furent longtemps les principales victimes. Et le «faciès» avait été une commode appellation d’une islamophobie sans doute rampante mais tout à fait active. Le «transfert de mémoire» analysé par Benjamin Stora souligne de manière pertinente les effets de long cours de la colonisation et de la guerre d’indépendance algérienne sur les représentations et les conduites d’une partie au moins de l’opinion française. Les Algériens fournissent-ils ainsi une part notable de la communauté musulmane de France et on peut être en droit de s’interroger sur leurs rapports aux juifs algériens et plus précisément sur l’enracinement d’un antisémitisme dans leur culture ou pratiques religieuses. Il est donc légitime de se poser la question de savoir ce que fut l’antisémitisme en Algérie. Interrogé sur le sujet, dans le cadre d’une émission de «France Culture» consacrée aux trajectoires dissidentes de juifs algériens ayant rejoint le FLN, l’historien Mohamed Harbi évoque, pour la communauté musulmane algérienne surtout, «un antisémitisme culturel, d’essence religieuse», dont il faut comprendre qu’il le distingue des expressions antisémites agissantes dans la société algérienne. 2 – Ce que fut l’antisémitisme en Algérie En Algérie et sur tout le long cours de la colonisation, on disait «arabe» et c’était le générique admis par une communauté européenne — majoritairement catholique — qui savait dresser avec vigueur et constance les potences pour y pendre  «le juif». Il importe de le rappeler avec force aux trafiquants de mémoire de la vingt-cinquième heure, qui sévissent impunément dans les médias et la classe politique français. L’édile d’Oran, l’abbé Lambert Max Régis, porte-parole adulé de l’antisémitisme à Alger, Emile Morinaud, le maire aux cinq mandats de Constantine, constamment plébiscité sur un programme violemment antisémite, avaient été les figures reconnues de cet antisémitisme «sudiste», sans complexe, qui s’offrait même des organes aux titres d’une brutale clarté, comme L’antijuif, publié à Constantine, Bône et Guelma. Oui, mais, et Constantine en août 1934 ? Soit, comme il convient, il faut revenir aux faits, aux archives. Le texte de référence qui allait justifier l’emploi — à tous égards abusif de la notion pogrome tout à fait étrangère au catholicisme romain dominant en Algérie — est l’article de l’envoyé spécial du journal Le Populaire, organe central de la SFIO, Parti socialiste français et acteur majeur de la vie politique française. Sous réserve d’inventaire, aucune publication française ne cite l’article de Cheikh Abdelhamid Benbadis, président de l’association des Oulémas musulmans algériens, dans son journal Echiheb dans lequel il revient sur les faits, sur les représentations qu’il avait faites, avec le Dr Mohamed-Salah Bendjelloul, président de la Fédération des élus indigènes, aux autorités françaises et sur leur appel commun au calme en direction d’une communauté musulmane encore sous le choc des provocations et de la passivité des autorités. Et s’il y eut des victimes, assurément innocentes, ces 4 et 5 août 1934 à Constantine, elles ne furent pas exclusivement juives, comme en attestent les témoignages et les registres de l’état civil de la commune. Les Européens d’Algérie furent farouchement maréchalistes lors du second conflit mondial et approuvèrent sans réserve l’abrogation du décret Crémieux au moment où Messali Hadj, alors détenu, appelait au soutien des Alliés et condamnait l’entreprise de quelques militants nationalistes du Carna (Comité algérien pour la révolution nationale algérienne) de rapprochement avec les services allemands et les puissances de l’Axe. Il sera en tout cas difficile de valider la thèse de racines algériennes d’un antisémitisme «musulman» de France qui pourrait alors se couvrir de l’entreprise politico-militaire islamiste dont il peut paraître paradoxal de rappeler que la société algérienne en fut la première, et longtemps, la principale victime. 3 – Le soutien à l’islamisme armé Il est sans doute cruel de souligner à l’intention des experts — y compris les inévitables «Arabes de service» — qui polluent aujourd’hui l’espace politique et médiatique français, l’accueil, quand ce n’était pas le clair soutien de la France notamment, et d’autres pays européens à l’insurrection islamiste des années 1990. Jusqu’à ce jour, aucun pays n’aura payé le tribut algérien à l’islamisme terroriste, intégriste — déjà soutenu et financé, entre autres, par l’Arabie Saoudite — dont les victimes furent d’abord et surtout musulmanes. Sémites, faut-il le dire. Comment alors soutenir que l’antisémitisme ne vise exclusivement que la communauté juive ? Comment occulter la question lancinante de savoir si un antisémitisme n’en cache pas un autre ? Sont-ce alors les rapports de l’Etat français, de ses institutions, qu’il faut interpeller tant sur ses investissements dans l’islamisme algérien que, plus tard, dans les entreprises néo-coloniales au Maghreb et au Moyen-Orient ? La convocation, cynique et criminelle, d’un «djihadisme» que l’on prétend pourfendre dans les banlieues abandonnées, stigmatisées, des villes françaises et que l’on finance et soutient en Syrie et ailleurs, est sans doute au cœur des dérives racistes, de l’instrumentalisation de l’islam que connaît la société française et des fuites en avant commodes de pseudo- élites stipendiées. La France vend de l’armement à l’Arabie Saoudite et à d’autres monarchies. Cela est de notoriété publique, cela interdit d’interpeller les pouvoirs publics français et encore moins l’expansion — par ailleurs récemment reconnue par le prince héritier saoudien — du salafisme au bénéfice des intérêts américains et occidentaux. Mais aujourd’hui, l’Arabie Saoudite est un soutien quasi déclaré à l’Etat d’Israël. Et les bonnes consciences du dimanche ne l’ignorent pas. Précisément, il y a la question palestinienne et forcément celle du sionisme, lequel n’est pas une religion mais une idéologie discutable, comme toute autre, et l’amalgame imposé entre antisémitisme et antisionisme ne trompera que ceux qui veulent bien être trompés. Soutenir la cause palestinienne en France est-ce être antisémite ? L’ennemi c’est l’islam. Longtemps ce fut le judaïsme et les juifs. Suffit-il, fut-ce dans une conjoncture qui se nourrit de confusions, de stigmatiser les musulmans pour absoudre la France de son passé vichyste antisémite militant et criminel ? Faut-il, comme prix de l’expiation, agréer une organisation communautaire — le CRIF — comme porte-parole d’un Etat étranger, Israël, et menacer d’interdit toute critique des politiques de son régime ? Les élites françaises — cette qualification peut être abusive, mais prenons acte de ce que la France a les élites qu’elle mérite — devraient assurément balayer d’abord devant leur porte et c’est peu dire que la mule est chargée. L’islam a légitimement droit de cité au sein de la société française, affichant ses valeurs civilisationnelles, adossé à ses socles pérennes, qui avaient, en son temps, autorisé l’association des Oulémas musulmans algériens à exiger des pouvoirs publics français le strict respect des principes de laïcité consignés dans la loi de 1905. La modeste contribution sur «Les musiciens juifs constantinois» avait explicitement pour objet de rappeler qu’il n’était pas possible d’ignorer ou d’ostraciser les artistes juifs algériens dans l’écriture de notre histoire culturelle et plus largement l’ensemble des acteurs de notre histoire de manière plus générale. C’est cette démarche qui informe ce post-scriptum inopiné.     Par Abdelmadjid Merdaci Docteur d’Etat en sociologie, ex-enseignant-chercheur à l’université des Frères Mentouri de Constantine et écrivain

L’autisme, entre savoir, politique, incapacité et le danger de l’effet mode

L e mois d’avril est terminé. Ce fut un mois consacré à l’autisme, mais peut-être pas aux enfants autistes. Des journaux ont inséré des articles, des conférences et des rencontres ont été organisées ça et là, et des activités ont été offertes aux enfants sans savoir s’ils en voulaient, ou si cela leur apportera quelque chose. Mais le mois d’avril n’a duré que trente jours et tous les événements qu’il aura étalés n’apporteront pas  de réponses à cette condition que l’enfant portera sa vie durant et que les parents vivront et subiront dans la douleur, la préoccupation marquée d’incertitude quant à l’avenir  de leur enfant, mais aussi de courage et d’espoir. Dans un long article inséré dans le quotidien Liberté en date du 2 juillet 2008, dix ans déjà !, le Pr Ould Taleb dressait un tableau-programme de la situation d’alors. L’état des lieux, aujourd’hui, à en croire les associations des parents d’autistes, n’est pas très différent, malgré l’ouverture de quelques nouveaux centres et une plus grande médiatisation. Les chiffres avancés concernant le nombre d’enfants porteurs d’autisme sont très différents d’un énoncé à l’autre et n’incluent ni les adultes autistes — chaque enfant autiste deviendra un jour un adolescent puis un adulte autiste — ni ne font la distinction entre les différents degrés d’atteinte, pour déterminer le nombre de ceux scolarisables, tout en ignorant les co-morbidités fréquentes et importantes à saisir, car à inclure dans la prise en charge. Sur le plan de la prévalence de l’autisme, notre pays n’échappera pas à la tendance générale observée ailleurs. C’est une préoccupation. A voir les listes d’attente existantes dans les structures étatiques et rapportées par les intéressés, les quêtes effrénées de prise en charge rapportées par les parents, le parcours du combattant pour obtenir une place à l’école pour les enfants scolarisables, les tentatives souvent infructueuses de création de structures de prise en charge par les parents eux-mêmes, la rareté du personnel aidant (AVS), l’on comprend tout le chemin qui reste à parcourir pour répondre aux droits de l’enfant. Les structures d’accueil scolaires et celles de soins ne sont suffisantes ni en nombre ni en qualité. Les quelques heures de prise en charge  hebdomadaires ne peuvent en effet mener à une amélioration notable de l’état de l’enfant, tout comme la simple mise à disposition d’une salle de classe ne peut, en l’absence d’un instituteur spécialisé, répondre au droit à l’éducation revendiqué aussi pour cet enfant. Les personnels spécialisés ne sont souvent évoqués qu’à travers la formation continue organisée à leur bénéfice par les structures qui les emploient. Ceux à former ne sont entrevus ni à travers leur nombre ni à travers les métiers spécifiques. Mais au-delà des chiffres, au-delà de l’ampleur du problème et de l’urgence, il y a des questions à poser autour de cet état avant de risquer d’agir inadéquatement, et peut-être dangereusement, pour l’enfant. Les informations données ci-dessus, de façon générale et laconique, ne sauraient être des réponses finales et entières à ces questions inévitables qui sont, pêle-mêle, les suivantes : - Les moyens existants permettent-ils aujourd’hui  de répondre au triptyque repérage-diagnostic- intervention ? - En rapport avec les données scientifiques actuelles, quelles sont les connaissances sur l’autisme et les méthodes de soins chez les différents intervenants agissant au niveau des structures (en excluant le pédopsychiatre de notre question) ? - Quels sont les facteurs de limitation des activités de prise en charge et de formation (finance, distribution géographique des structures ou leur insuffisance, coût de la formation, absence ou insuffisance en nombre de formateurs, capacité financière des parents face au coût de la prise en charge qui n’est pas toujours liée à la gratuité en milieu public, force et compétence des association de parents en tant qu’intervenants et impulsants de politique ? - Quels intervenants former ? - Quels partenaires sectoriels et sociaux doivent être impliqués et pour quelles actions ? - Quelle organisation et quelle hiérarchie mettre en place (locales, régionales, nationales) pour le soutien, l’impulsion et le contrôle de la prise en charge ? - Quels sont les différents types et modalités d’intervention à adopter au regard notamment des recommandations de bonnes pratiques mises en évidence ailleurs ? La nature  complexe de l’autisme, l’augmentation décrite des cas observés dans notre pays, l’impact sur la famille et la société et la nécessité de faire face à ce qui peut être vu comme une épidémie obligent à un bilan en toute compétence et avec le réalisme qui s’impose en pareille situation. C’est une question de mesure. La nature ayant horreur du vide, l’occupation de l’espace autisme dans le paysage algérien peut laisser place à des pratiques qui ne constitueront pas des solutions valables, car ne se faisant que dans un but trop lucratif et sous un effet de mode. La rareté des places pédagogiques, de soins et celles des formations officielles peut, en effet, laisser s’engouffrer dans ce créneau des prétentions marchandes inconsidérées. L’action privée peut être d’un bon apport, mais son déploiement devrait être soumis à des critères autres que ceux classiques. Les critères de compétence doivent prévaloir pour l’autorisation d’activer. A cette recherche de gain s’ajoute un autre effet mode que sont les séminaires et autres rencontres sans profondeur et sans lendemain, organisés pour des raisons de conformité de la Journée mondiale de l’autisme. L’autisme, on le sait, est un trouble neuro-biologique qui s’exprime globalement par une altération de la communication sociale et des comportements et des intérêts restreints et répétitifs.Ces caractéristiques, elles-mêmes déclinées en différents groupes et sous-groupes symptomatologiques fastidieux à énumérer, mènent à une très grande variété clinique. Chaque enfant autiste est en effet différent de tout autre enfant autiste et il y a, dit-on, autant d’autismes que d’enfants autistes. La connaissance dans ce domaine n’est pas définitive, car chaque jour apporte son lot d’informations scientifiques nouvelles, laissant entrevoir des progrès à venir dans la prise en charge de cette condition très handicapante pour l’enfant et son entourage. L’implication simple et incontournable de ces avancées incessantes est de faire de chaque intervenant auprès de l’enfant autiste un apprenant impénitent,  car pour approcher l’enfant que l’on veut aider, il vaut mieux, dans son intérêt, rechercher les méthodes les meilleures à lui appliquer en se formant soi-même continuellement. Aux livres et articles académiques s’ajoutent  les écrits des parents et ceux des autistes de haut niveau. Ces écrits sont maintenant foison. Ce sont des voix de l’intérieur qu’il faut écouter. En Algérie, un livre nous est promis  pour ce mois d’avril. Gageons que c’est là un bon début. La formation des intervenants est longue et coûteuse et ne peut, de par son importance pour la pratique, souffrir d’approximations ou d’insuffisances. Elle mérite d’être organisée à une échelle conséquente. La prise en charge de l’enfant autiste est coûteuse, elle aussi, car elle ne peut atteindre des résultats probants que si elle est suffisamment longue, intense et mise en cohérence avec les résultats des bilans. Dans l’idéal, elle devrait être supervisée par un thérapeute expérimenté. Les parents et toutes les personnes qui vivent avec l’enfant doivent être considérés comme des co-intervenants. Toutes ces questions et ces appels à précaution nous font arriver à la formation, socle sur lequel tout repose. S’agissant de l’autisme, le propos ne s’intéressera pas à la formation des pédopsychiatres hors de notre portée, mais à tous les autres intervenants en aval pour le repérage de l’autisme (médecin généraliste, sage-femme et infirmière de PMI, psychologue de crèche et éducatrice) et en amont pour les intervenants de remédiation (éducatrice spécialisée, psychologue, orthophoniste, ergothérapeute et institutrice spécialisée). Si pour le médecin généraliste et les autres professionnels de PMI l’inclusion du chapitre autisme dans le programme de formation ne devrait pas poser problèmes, la détermination du contenu de la formation des autres professionnels d’intervention doit se faire en fonction du rôle propre à chacun après une formation de base commune. Tout programme doit contenir une solide formation sur l’autisme et les méthodes de remédiation psycho-éducatives, ainsi que sur les théories de l’autisme souvent négligées, alors qu’elles ont leur place légitime dans la compréhension du comportement de l’enfant. Ces théories, psycho-cognitives, sont nombreuses et d’inégale valeur scientifique, l’aberrante théorie de la mère-réfrigérateur étant maintenant jetée aux oubliettes presque par tous.Parmi celles qui prévalent, trois sont communément admises : la théorie de l’esprit, celle de la fonction exécutive et celle de la cohérence centrale, toutes trois classiques et bien connues. Une autre théorie, moins connue dans notre pays, est celle de l’intégration sensorielle et son pendant, la thérapie par l’intégration sensorielle, émise par le docteur Ayeres, une ergothérapeute américaine. Rejetée et méprisée au début par les dominants du moment, elle fait aujourd’hui l’objet d’un intérêt revivifié particulier. Le profil sensoriel et les pratiques de remédiation qui en ont découlé sont maintenant des actes admis et indispensables. Cette théorie  a ouvert la voie à la reconsidération  des troubles moteurs observés chez l’enfant autiste. Les troubles de l’intégration sensorielle et les troubles moteurs sont nombreux et fréquents, ils constituent, par le stress et l’angoisse qu’ils provoquent, des obstacles à l’expression des autres capacités de l’enfant. Leur résolution constituera une voie de correction supplémentaire. Les méthodes et programmes d’intervention  de remédiation sont, eux aussi, nombreux et parmi eux l’analyse du comportement appliqué communément appelée ABA, le modèle de Denver, pour une intervention précoce, le classique Teach, la thérapie par l’intégration sensorielle et l’orthophonie. Même si elles dominent le paysage thérapeutique, aucune de ces théories n’a démontré son efficacité et sa pertinence pour tous les cas cliniques. Leur application combinée dans un mélange judicieux  améliore les résultats. Deux éléments, aussi importants l’un que l’autre, ne peuvent être ici honnêtement éludés de la réflexion. Le premier concerne le livre dédié à l’autisme et qui constitue, à non point douter, un support indispensable à tout apprentissage. Cet outil est absent de nos étals, alors que notre pays importe beaucoup de livres, dont certains à contenu très controversé, voire dangereux, pour la société. Le deuxième élément concerne les autres voix de l’autisme et parmi elles celles en premier des mères L’autisme étant une préoccupation universelle, les voix des mères auxquelles nous faisons allusion sont d’abord américaines. Elles ont été et continuent d’être, dans ce paysage spécial, des militantes de tous les instants et leur lutte pour améliorer la prise en charge de leurs enfants finirent par payer. La perception que l’on a aujourd’hui de l’autisme dans certains pays leur est due. Elles ont obligé le politique à des prises de décision très fructueuses, encouragé et aidé la recherche en levant des fonds et créant des associations très actives, telles que l’Autism Speak, Certaines d’entre elles se sont investies dans l’apprentissage académique et sont aujourd’hui  devenues des spécialistes écoutées, certaines autres s’adonnent à rapporter leur expérience à travers des livres aujourd’hui nombreux. L’histoire de ces mères a été âpre, douloureuse et non sans encombres. Elle mériterait d’être connue  car elle constitue un modèle d’organisation courageuse et efficace. En Algérie, la mère, cette mère courage, bataille dur et au quotidien. Ses efforts sont éloquents quant à sa volonté de tout faire pour son enfant. Dans l’environnement ambiant de l’autisme dans  notre pays, cette mère est comparable à un soldat que l’on envoie à la guerre sans armes. Ses attentes ne reçoivent très souvent pas la réponse attendue. Peu de soutiens et peu d’accompagnement. Elle mérite pourtant autant que son fils, elle vit avec lui ! Dans ce paysage vocal, le philosophe et l’autiste écrivain ne peuvent nous laisser insensibles. Leur immixtion est légitime et non impromptue. Leur approche critique ne se fait pas seulement envers le contenu discursif que développent les autres, mais constitue une analyse ontologique de la symptomatologie. Les philosophes nous invitent à reconsidérer le sens que nous donnons aux comportements que nous observons et celui de la validité des méthodes de traitement que nous utilisons. Les autistes écrivains nous transmettent, eux, leur compréhension et perception du monde qui les entoure, ainsi que des informations sur leur dérégulation émotionnelle. Tous deux ajoutent leur voix au débat. Les écouter augmentera le sens que nous avons de la condition, en même temps que cela nous permettra de mieux intervenir sur le comportement. Ce comportement, que nous ne comprenons pas toujours, mais que nous voulons modifier pour amener l’enfant à être en concordance avec une vie participative, autonome, productive et méritant d’être vécue sans souffrance et intégré dans la société. Tout un programme difficile à réaliser, mais réalisable, car l’enfant autiste, s’il apprend autrement, apprend aussi. Apprenons comment lui apprendre et apprenons- lui.   Par Mohand Ouramdane Ouadahi   Professeur d’ergothérapie à la retraite   Références   - What’s new in autism  Ira L. Cohen in New Jersey Psychologist (winter 2018) - Understanding and evaluating autism theory  N.Chown Jessika Kingsley publisher London 2017 - The Philosophy of Autism J.L Anderson Littlefield Publisher  London 2013 - Autism The movement sensing perspective E.B Torres & C.Whyatt  Taylor& f  group (2018)

Gestion du football professionnel en Algérie

Avant de se lancer dans le vif du sujet, il apparaît utile de souligner que mon intention est de susciter une réflexion quant aux retombées de cette réforme sportive rentière a fait faillite, sans avoir bien analysé les conditions d’alors a été prématuré nous en payons les conséquences sur la gestion du processus de professionnalisation de nos clubs de football et sur les dérives financières du football professionnel, ou encore le vandalisme et la violence devenus aussi un sport de lutte dans nos stades après un match de football avec tous les risques et dangers qui en résultent. Un acte inadmissible dont l’image déjà ternie de notre football (l’affaire Ebossé, joueur JSK…) n’avait guère besoin. A ce propos justement, la FAF, organe souverain qui gère le football du pays, dont notamment le professionnalisme, n’a pas produit tous ses effets au bénéfice de l’économie du sport, de la formation de talents ou encore apporté des acquis pour la jeunesse algérienne, voire pour le pays en général, doit désormais relancer l’intérêt sportif, qui a besoin d’une nouvelle politique de gouvernance sportive pour une profonde moralisation sportive avec des «soupçons de corruption, manipulations et de gros sous, qui prennent une ampleur inquiétante ces dernières années l’ont vidé de toute sa substance, à savoir ses valeurs de coexistence pacifique» qui l’empêchent de devenir un support-clé de civilisation et de progrès. Car, s’il y a un débat qui n’a jamais cessé de nous préoccuper, c’est bien celui du sport qui doit rapprocher les gens et les sociétés des pays de la planète ; cela vaut plus qu’un match de football, les clubs sportifs jouent-ils ce rôle ? En se désolant toujours qu’aucune réelle politique sportive n’ait été instaurée jusque-là pour permettre au football algérien de se relever et redorer son blason, de tenir enfin la route et combler son immense retard, qu’on devrait appliquer aux dirigeants de clubs, notamment ceux qui font tout, n’importe quoi et n’importe comment, en gérant le football tels des barons et menant leurs clubs vers nulle part, à la dérive. Dernière alarme ces jours- ci, notre football national semble être au-devant de l’actualité sportive nationale après les scènes de violence à Oran et à Constantine qui continuent d’enregistrer leurs lots de blessés devraient être une «ultime» alerte pour tenter d’éradiquer ce fléau nuisible à la société, qui est la violence dans nos stades. Ce qui soulève une grande inquiétude sur l’avenir du football professionnel en Algérie. Toute l’organisation du sport en Algérie est interpellée. Il est vrai que ce qui se passe actuellement dans notre football n’est pas admirable du tout. On ne cherche plus le spectacle, ni la formation de talents, ni à créer la valeur ajoutée ; il faut dire que la situation est telle qu’il faut «agir» concrètement pour éviter que le mal ne s’aggrave davantage. Les années se suivent, se ressemblent et toujours le même constat : le football algérien ne cesse de régresser, alors qu’il s’agit d’un support-clé de civilisation et de progrès sur lequel les instances nationales sportives doivent se pencher sérieusement aujourd’hui et l’inscrire à l’ordre du jour de l’ensemble des structures et des acteurs du secteur de la jeunesse et des sports pour la promotion de la morale sportive. Nos clubs se contentant d’une gestion d’amateurs dans un championnat décrété «pro», mais qui peine même à pourvoir la sélection nationale en joueurs de qualité et pouvant exercer au niveau international. Dès lors, devant une actualité problématique du football professionnel et surtout dans le contexte de la crise économique et financière actuelle que le pays traverse, deux questions s’imposent d’elles-mêmes : des subventions étatiques pour quel modèle de gestion et pour quelle valeur ajoutée ? Et où va l’argent du football ? En Algérie, le football, ce sport-roi, a fait l’objet d’une réforme en 2010, où l’Etat a décrété le professionnalisme en mettant en place d’énormes moyens financiers sous forme de rente de tous bords dans le football professionnel, à savoir cette fameuse professionnalisation sans culture sportive et économique de nos clubs sportifs, des Ligues 1 et 2. Cette transformation juridique qui était censée apporter une nouvelle gouvernance sportive moderne et l’amener à contribuer à l’économie nationale, sachant que le football, c’est aussi de l’économie.Hélas et encore hélas, un peu plus de huit années après cette réforme, on continue à subventionner des clubs gérés par les règles du marché et soumis au droit des sociétés avec l’argent du contribuable et du Trésor public. On peut parler d’argent certes, c’est important, mais dans un esprit d’entreprise afin d’apporter leur part de contribution dans le développement économique et social. Car ce professionnalisme ne profite en général qu’aux joueurs et entraîneurs. Le résultat est là : une faillite généralisée accumulée (déficits comptables chroniques et actifs nets comptables négatifs) équivaut à un dépôt de bilan en conformité du droit commercial à défaut d’une restructuration financière dans un délai de quatre mois. Il y a nécessité donc de faire ressortir les insuffisances, les lacunes, les dysfonctionnements de nos clubs professionnels qui l’empêchent de s’affirmer durablement et s’inscrire dans le droit des sociétés. De ce fait, il s’agit là d’une question d’importance majeure pour asseoir une assise de commercialité, et par conséquent créer les conditions de l’indépendance financière future des clubs, à savoir d’ouvrir le capital social aux investisseurs et à l’actionnariat populaire, ou encore aux collectivités locales et le changement de management adapté aux règles et mécanismes du marché. Plutôt qu’avec les politiques de subventions et d’aides publiques actuelles. En effet, les clubs professionnels sont considérés comme des sociétés par actions et jouissent de la personnalité juridique morale et de l’autonomie financière et comptable pour fonctionner dans le respect des dispositions du Code de commerce et du Code civil, selon les normes universelles de management d’entreprise à travers leurs organes de gestion prévus à cet effet. Il y a notamment le conseil d’administration qui est attributaire des pouvoirs les plus étendus pour administrer les capitaux du club et agir en toute circonstance au nom de la société sportive, l’assemblée générale des actionnaires souveraine dans toute décision stratégique pour justement adopter des politiques et des stratégies d’entreprise en améliorant les capacités managériales pour relever le défi du professionnalisme et, par voie de conséquence, la politique du sport en Algérie. A ce sujet, il faut dire que notre football va mal d’une crise à une autre qui se débat dans une situation chaotique marqué par des défaites, des événements continentaux ratés les uns après les autres, ce qui a porté un coup sévère à l’instauration du football professionnel en Algérie et au moral des Algériens. Encore plus une dépendance quasi-chronique aux financements publics et la mauvaise gestion qui est manifestée par de trop nombreux incidents qui l’empêchent de devenir un spectacle pour tous, un spectacle familial qui révèle d’une faille sérieuse en mal de gouvernance et de management à cause d’une gestion et d’une gouvernance incohérente ne permettant pas d’aller vers l’entreprise de spectacle afin d’attirer des investisseurs crédibles et potentiels ou de nouveaux actionnaires passionnés du sport ou qui connaissent l’économie. Car nos clubs sportifs professionnels fonctionnent toujours sur de vieilles idées, notamment avec l’idée du tout-Etat (beylik) et des pratiques du dirigisme étatique. Toujours est-il, le problème est que qu’on privilégie le «populisme» à l’encontre du professionnalisme. Car, comme on le sait, rien n’a changé ou évolué, nous avons toujours un championnat amateur décrété «pro» et qui est pratiquement à la charge exclusive du Trésor public et aux seuls moyens de l’Etat, mais sans aucune culture économique, notamment sans se préoccuper de leur rentabilité qui constitue un frein pour l’avenir du professionnalisme en Algérie, ce qui enfonce nos clubs professionnels dans les ténèbres et n’inspire pas confiance pour établir des relations ou des rapports avec les acteurs économiques (partenariat, investissement, actionnariat, OPA…) pour donner une meilleure assise financière aux clubs professionnels et garantir une meilleure prise en charge du football professionnel en Algérie, à l’instar des clubs européens. Les défis à relever pour la FAF sont nombreux pour construire un modèle économique et sportif viable pour préserver l’avenir du football algérien qui prône l’intégration des investisseurs privés locaux ou étrangers, entre autres : développement des infrastructures sportives, professionnalisation des clubs, formation, économie du sport, éradication du vandalisme et de la violence dans les stades, l’assainissement de l’environnement, la valeur économique et sportive des clubs… Autrement dit, remettre les clubs professionnels sur les rails du progrès, à l’instar de la réforme sportive de 1977 qui a redonné sa fierté au peuple algérien, c’est-à-dire la période dorée du sport national. Au cours de ces deux dernières décennies, le football national n’a pas fini d’alimenter la chronique sportive nationale, qui se résume à trois mots : «football, subventions et politique», un mélange explosif qui gangrène les clubs sportifs professionnels depuis l’entrée en vigueur du professionnalisme en 2010. En effet, ces problèmes d’un mode de gestion d’une qualité assez médiocre avec laquelle la majorité des clubs ont démontré leur faillite et leurs limites en management, qui l’ont secoué où notamment  les magouilles, l’arbitrage, la programmation, les arrangements de matchs, les soupçons de corruption sont dénoncés par-ci, par-là et la violence dans les stades et la dégradation de biens publics occupent l’actualité sportive nationale, et enfin les préoccupations sont orientées vers le renouvellement des staffs des dirigeants des structures du football qui passent pour la plupart selon les critères de clans et bien que nombre d’entre eux ne soient pas vraiment initiés aux règles de management en économie, en sport, en organisation ou en droit des affaires, car «il n’est plus question de laisser l’argent public (subventions, aides de l’Etat et des collectivités locales allouées aux fédérations et clubs sportifs professionnels), et le patrimoine public mis à leur disposition)», livré à une gestion bien entendu économiquement anarchique en l’absence d’une obligation de résultats et de transparence dans l’utilisation de l’argent du contribuable, notamment dans les domaines de la performance sportive et de la rationalité. Etant donné que notre pays a fait le choix de l’économie de marché consacrée par la loi fondamentale qui la constitue pour sécuriser notamment les investisseurs et faciliter l’accroissement des capitaux propres des clubs. On ne comprend pas cette contradiction, nous qui sommes bien entrés dans la pratique du professionnalisme ; l’équipe nationale est le fait de joueurs formés et évoluant à l’étranger, où en principe ce sont les clubs locaux professionnels qui alimentent l’effectif de l’équipe nationale avec la possibilité d’intégrer des joueurs évoluant à l’étranger. Ainsi, il est malheureux de constater que nous n’avons pas travaillé sur l’instauration et le développement du professionnalisme au sein de nos clubs, démarche qui consiste à bâtir une économie du sport au service des sociétés sportives et du développement de grands clubs modernes et de la formation des jeunes. En outre, depuis l’instauration du professionnalisme en Algérie, on constate l’absence de développement d’activités économiques et commerciales, sachant que le management de nos clubs professionnels se résume entre le ballon et l’argent, en particulier les subventions étatiques, que l’on gère sans culture économique ou esprit d’entreprise. Donc, «la responsabilité incombe à tous ceux qui, à un moment donné, avaient la responsabilité de gérer la Fédération ou les clubs professionnels, car ils sont supposés mettre en place des politiques et des stratégies de développement sportif et économique, de management et de contrôle interne de gestion en conformité des statuts de droit de Sociétés par actions (SPA), de formation et la production de joueurs de talent à l’équipe nationale et de transfert de joueurs à l’international, notamment d’assurer un développement harmonieux du professionnalisme». Les dirigeants des Fédérations et de clubs européens ont tellement innové dans le professionnalisme qu’ils ont révolutionné aujourd’hui le football, sport-roi à travers le monde. Et donc un très fort accroissement des recettes lié à la commercialisation, les sponsors à la publicité, aux retransmissions télévisuelles des compétitions, les recettes des billetteries des stades et le marché des transferts de joueurs qui sont restées les éléments essentiels du budget des clubs professionnels. Les stades sont devenus des complexes comprenant tous les commerces et services à forte valeur ajoutée. Comme il y a lieu de signaler l’introduction en Bourse des valeurs de plusieurs clubs professionnels. A titre d’exemple, l’activité économique des clubs professionnels du football, selon les statistiques, génère en France environ 6 milliards d’euros, 26 000 emplois et les contributions fiscales et parafiscales s’élèvent à 1,54 milliard d’euros/an. Alors que chez nous, la question des charges sociales bien plus que celle de la fiscalité est l’un des handicaps de pérennité de nos clubs. Il faut savoir aussi que la plupart de nos clubs professionnels ne s’acquittent pas de leurs obligations fiscales et parafiscales. Il faut savoir qu’un club sportif professionnel se gère, se développe et se contrôle au même titre qu’une entreprise économique devant embrasser les règles de l’organisation du droit des sociétés qui implique une assise de commercialité dans le processus de sa professionnalisation. Il paraît sans doute utile de rappeler qu’il n’est pas normal dans une économie de marché, surtout dans le contexte actuel du pays transcendé par de profondes mutations et de crises économique et budgétaire, qu’on fasse appel aux fonds publics pour financer les clubs sportifs professionnels, qui relèvent désormais du droit privé (code du commerce et code civil). Par conséquent, ils deviennent des sujets commerciaux, fiscaux, parafiscaux et financièrement autonomes, avec notamment leurs propres organes sociaux. Sinon, de quel professionnalisme parle-t-on aujourd’hui ? Dès à présent, il faut revenir à la normalité des choses et donner la priorité à l’application stricte du professionnalisme puisqu’il ne s’agit pas d’un choix mais d’une exigence dont la FAF, organe souverain qui gère le football du pays, est appelée donc à mettre en place l’organisation d’une économie du sport en Algérie et d’assainir la fonction des organes sociaux au niveau des clubs pour améliorer leurs méthodes de management conformes à leur statut de droit de société, c’est-à-dire donner la possibilité à des investisseurs potentiels et professionnels et passionnés par le sport pour remplacer les opportunistes de tous bords afin de développer un climat des affaires dans l’économie du sport et une assise de commercialité dans le processus de leur professionnalisation. Car le professionnalisme ne vaudra que par ces derniers qui remplissent ces critères d’excellence. Il faut recourir également en permanence à la structure du contrôle de gestion dans le souci de rationalité et de transparence dans l’utilisation de l’argent public, quand on sait que les clubs sportifs professionnels sont toujours subventionnés. Les problèmes de financement du football professionnel sont structurels et appellent donc des réponses et des solutions structurelles, car c’est ainsi que nos clubs sportifs professionnels trouveront les vraies solutions à leurs problèmes et s’installeront durablement dans la pérennité. S’attarder à chaque saison sur des initiatives de conjoncture relève de la myopie tout court. La nouvelle équipe fédérale apportera-t-elle les réponses nécessaires et les solutions concrètes à ces problématiques ? Pour conclure, il est utile de rappeler qu’à l’époque du statut amateur, la Fédération algérienne du football (FAF) était dirigée par une élite de compétences et de personnalités intègres, les vrais concepteurs du développement du football national et qui aimaient leur pays plus que tout, entre autres : Dr Maouche, Bekka, Sekkal, Kezzal, Mekhloufi, Harraïgue. La belle génération du football algérien, il y a 36 ans (16 juin 1982) en Espagne (pays organisateur de la Coupe du monde), une date inoubliable pour le football algérien, l’Algérie réalise l’une des plus grosses surprises de l’histoire du Mondial en battant l’Allemagne (RFA), sur le score 2 à 1. Elle a remporté la Coupe d’Afrique de la Nations en 1990, vainqueur de la Coupe afro-asiatique des Nations en 1991. L’Algérie avait participé au Mondial 1982,  puis à celui de 1986 quand l’Afrique n’avait droit qu’à deux représentants. L’équipe nationale était constituée dans sa majorité de joueurs locaux sous l’ère du statut amateur. Elle était renforcée par trois ou quatre professionnels évoluant à l’étranger. Alors qu’aujourd’hui, comme on le sait, l’équipe nationale est le fait de joueurs formés et évoluant à l’étranger.   Par Abaci M’hamed Financier et auteur de deux ouvrages : Comptabilité des sociétés et Gouvernance des entreprises  

Etude sur l’implémentation de la télémédecine en Algérie

Quand on parle de télémédecine, il est toujours difficile de prime abord de se faire une idée. En effet, il faut se demander que savent les utilisateurs potentiels et comment réagissent-ils aux services que propose la télémédecine ? En Suisse, pays pionnier de la télémédecine, la propension des résidents à utiliser cette technique augmente chaque année de manière significative et atteint actuellement presque 70% de la population résidente. Si on veut introduire la télémédecine en Algérie, une approche multi-facettes est nécessaire afin de mettre en place une méthodologie pour s’assurer d’un grand potentiel de réussite. Le premier défi est lié aux interprétations du terme «télémédecine». En l’absence d’exposition préalable à la télémédecine, une variété d’interprétations et d’attentes sont en général associées au terme «télémédecine» en Algérie. Que signifie la télémédecine pour les gens en Algérie ? 1- Un service où vous pouvez commander vos médicaments par téléphone (télé). 2- Appeler un docteur. 3- Télé désigne la télévision et la médecine signifie «pharmacie», ce qui signifie que les médicaments sont vendus à la télévision 4- Hôpital mobile qui peut être appelé jusqu’à son domicile. Conclusion : pour les résidents en Algérie, en plus d’une campagne de sensibilisation, il est important d’éduquer les résidents afin de bien gérer leurs attentes. Quels sont donc les avantages de la télémédecine en Algérie ? 1- Un gain de temps (le but est aussi de désengorger les services d’urgences surchargés en Algérie). 2- Un accès à tout moment et de n’importe où (l’Algérie est un pays immense de plus de 2 500 000 km2 : 50 fois la superficie de la Suisse). 3- Un accès à une expertise médicale de qualité. 4- Avoir un deuxième avis par des médecins experts. 5- Avoir une appréciation rapide du degré de l’urgence. 6- Le bénéfice économique de la télémédecine est évident il est de l’ordre de 20%. 7- Amélioration du suivi médical. 8- Optimisation de la relation médecin/malade. 9- La distance à parcourir pour voir un médecin ou se rendre à l’hôpital : certains malades tardent à se faire soigner pour cette raison (distance, temps...). 10- La télémédecine est un service gratuit dans un contexte de gratuité des soins en Algérie. Quelles sont les questions et préoccupations de la population résidente aux services de la télémédecine ? 1- Comment fonctionne la télémédecine ? 2- Combien dure la communication avec le médecin ? 3- En quelle langue (arabe, tamazight, français) je vais m’adresser au docteur ? 4- Quelle spécialité médicale est présente en télémédecine ? 5- Puis-je recevoir des ordonnances sans avoir été ausculté ? 6- Le conseil médical en télémédecine est-il fiable ? 7- Existe-t-il une réglementation du ministère de la Santé en Algérie qui régit l’exercice de la médecine à distance ? 8- Est-ce que mon médecin de famille peut faire de la télémédecine ? 9- Qui porte la responsabilité en cas d’erreur médicale ? 10- Un conseil médical est-il possible sans examen physique du patient ? Particularités en Algérie : la télémédecine est un service de soins particulièrement intéressant pour certains segments de la population   1- Les femmes. Alors que les femmes sont généralement impliquées dans la prise de décision en matière de soins de santé, elles doivent (la plupart du temps) attendre qu’un des membres de la famille (mari, frère, oncle...) les accompagne aux consultations médicales à l’hôpital ou dans un cabinet médical. La télémédecine leur permet de prendre en charge directement leurs problèmes de santé ou ceux de leurs enfants (ex : kidshotline en Suisse). 2- Les personnes âgées. La population âgée est beaucoup moins mobile que les autres segments de la population, la télémédecine leur apporte une commodité inestimable en raison de leurs besoins élevés dans le domaine de la santé. 3- La population rurale. Voyager sur de longues distances pour des soins de santé est un inconvénient majeur qui peut être résolu par la télémédecine. L’objectif est d’apporter une assistance médicale de qualité aux populations rurales ou du Sahara et éviter ainsi des déplacements longs et coûteux L’apport de la télémédecine pour les zones rurales et pour la population saharienne est très bénéfique, en particulier en Algérie. La prévention et les épidémies La télémédecine est un outil très performant pour la mise en place de politique ou de campagne de prévention et d’information par l’implémentation d’un service dédié. De plus, elle peut avoir un rôle primordial en tant que sentinelle dans la détection précoce d’épidémies (grippe, gastro-entérite...). Les objets connectés (ECG, tensiomètre, spiromètre...) seront les outils du futur dans le domaine du suivi médical et de la prévention en ciblant les populations à risques.   La cybersanté L’avènement des objets connectés va entraîner un changement radical dans les pratiques médicales avec une optimisation de la prise en charge du patient. L’existence préalable de centres (ex : Medi24 en Suisse) de télémédecine dans chaque willaya contribuera pleinement au développement de la cybersanté en Algérie.   Par le Dr Mohamed Abdeldjellil Boudemagh Neurochirurgien, spécialiste en télémédecine et e-health

Fête du travail : Quelle célébration pour l’Algérie dans un contexte de crise socioéconomique profonde ?

La Fête du travail est largement célébrée à travers le monde par des marches pacifiques de grande envergure. La Fête du 1er Mai devient alors une journée de célébration des combats des travailleurs et des travailleuses. En Algérie, ce jour est commémoré le 1er mai et est traditionnellement et essentiellement marqué par de forts enjeux politiques exprimés par des meetings, des réceptions et des cérémonies de récompenses. Pour aborder la question, il serait plus judicieux de souligner d’emblée ceci : l’Algérie salue les mémoires de ceux qui ont rendu les lettres de noblesse au pays dans l’histoire de la patrie, du devoir et de la démocratie dans la longue lutte ouvrière comme ceux des militants syndicaux du Zaccar, de l’Ouenza, ouvriers des forges ou des dockers d’Alger, des martyrs Aïssat Idir, Abdelhak Benhamouda, Kacemi Ahmed. Comme fut pour les autres militants syndicalistes arrêtés et incarcérés au camp de concentration de Berrouaghia (w. Médéa) entre autres : Tahar Gaïd, Madjid Ali Yahia, Kiouar Baroudi, Slimane Rebba, Rabah Djermane, Mogamed Abib, Attalah Benaïssa, Boualem Bourouiba, Mohamed Zioui, Amar Lamini, Mayouf Hanachi, Ali Boudjellal, Hassen Bourouiba et tant d’autres martyrs de la République, notamment des milliers de talents et d’élites de grande qualité qui ont donné leur vie, dont des docteurs, chercheurs, journalistes, ingénieurs, artistes, médecins, écrivains, professeurs, enseignants, cadres supérieurs, etc. On ne peut que se réjouir aujourd’hui de leur combat et de leur sacrifice pour sauver la République et l’Algérie que nous dédions cette modeste contribution pour que nul n’oublie. Les pouvoirs publics doivent faire de la Journée mondiale du Travail un nouveau départ pour mobiliser les forces vives du pays en vue de dépasser le contexte socioéconomique difficile au cœur de la conjoncture politique actuelle, menaçant notre économie, voire notre pain quotidien. En effet, ce n’est que par les valeurs du travail que nous saurons dépasser la crise et relancer l’économie nationale pour faire face aux retombées sociales extrêmement difficiles du moment, auxquelles la classe moyenne est confrontée et aux dures réalités de la vie, puisque depuis 2011 les salaires n’ont pratiquement pas évolué, et que la précarité de l’emploi et l’érosion du pouvoir d’achat continuent. Qui plus est, les travailleurs sont les premiers contributeurs dans le budget de l’Etat. De nos jours, il est bien admis que ce n’est plus l’exploitation qui est à craindre, mais l’exclusion, individuelle ou collective. En conséquence, un pays qui oublie, qui marginalise ou qui ne donne pas d’importance aux valeurs humaines n’a sûrement pas d’avenir. Or, on constate que nos gouvernants oublient vite les sacrifices des générations qui marquent l’histoire, après s’être installés au pouvoir. Ce qui constitue ainsi un problème majeur qu’il faut évoquer dans un souci de positivisme à accorder une attention nouvelle et une priorité nationale. Ainsi, la dimension économique et la valeur humaine doivent être capitalisées à grande échelle dans les entreprises et les institutions du pays. D’où l’homme est le meilleur investissement pour construire le pays et préserver l’avenir, notamment nous tenons encore et toujours notre force de la rente pétro-gazière. En effet, les ressources humaines occupent aujourd’hui une place de choix dans l’amélioration du climat politique, la stabilité et l’environnement des affaires dont dépendra la transition démocratique et socio-économique où doit se projeter à notre avis une charte des valeurs du travail et humaines d’excellence comme seuls facteurs de progrès d’une nation. Oui, faire des valeurs du travail une richesse. Une vision fondée sur le recours privilégié à la concertation et au dialogue pour la résolution des problèmes du monde du travail et pour la promotion du bien-être social des travailleurs et leur épanouissement en principe de renforcer le dialogue économique avec les partenaires économiques et sociaux. Le dialogue est la seule voie pour trouver un véritable consensus, ce qui ne signifie nullement unanimisme, signe de décadence de toute société afin d’anticiper tout conflit préjudiciable aux intérêts supérieurs du pays avec des coûts faramineux. Il va sans dire que c’est la mobilisation de toutes les forces vives du pays et de l’ensemble des travailleurs et cadres qui nous permettra une vraie révolution du travail pour poursuivre notre marche vers le progrès et le développement économique à l’instar des pays développés, car nous faisons face à une crise économique et financière aussi grave que les crises passées, car elle menace notre économie, voire notre pain quotidien. Nous rappelons brièvement pour la mémoire historique : Le 1er Mai est donc historiquement un jour symbolisant la lutte pour l’émancipation sociale. Notre pays n’a pas été le précurseur de cette tradition, le 1er Mai est un des événements les plus déterminants dans l’histoire du monde du travail, qui fut une grande date dans le processus du mouvement ouvrier dans le monde. Cette fête du Travail nous vient d’outre-mer, aux Etats-Unis, dans la ville de Chicago. C’est là, en 1886, qu’une grève générale éclate. Suivie par 400 000 salariés, elle paralyse le pays pendant 4 jours et cause la mort de 10 manifestants. Cette grève laissera des traces douloureuses, mais les grévistes seront toutefois entendus dans leurs revendications, entre autres la réduction de leur temps de travail. L’initiative a dégénéré en affrontements et a coûté la vie à plusieurs ouvriers. Le mouvement ouvrier international a alors décidé en 1889 de faire du 1er Mai une journée revendicative internationale, avec pour objets centraux la question du temps de travail et la journée de 8 heures. Le 1er Mai célébré en tant que tel date de 1890. Comment analyser le mouvement social en Algérie au cœur de la conjoncture politique actuelle ? L’histoire du mouvement ouvrier en Algérie Pour contrecarrer la CGT, une commission syndicale (ouvrière) avait été créée au sein du MTLD sous la présidence de l’ancien cégétiste et nationaliste Aïssat Idir, premier secrétaire de l’UGTA. Dans les années 1950, le mouvement syndical algérien a atteint le terme de son évolution avec la création en 1954 de l’Union générale des syndicats algériens, UGSA, d’une part, et la création en 1956 de l’Union générale des travailleurs algériens, UGTA, d’autre part. Les militants de l’UGTA ou même ceux de l’UGSA, contraints eux aussi à l’activité clandestine, vont connaître plus de répression. Beaucoup ont connu l’emprisonnement, la torture et même la liquidation physique, comme cela a été le cas pour Aïssat Idir. Hommage aux combats passés Au lendemain de l’indépendance, l’Algérie vivait une situation socioéconomique critique : la pauvreté et la misère, un taux de chômage de 70%, un taux d’analphabétisme de 90%, un déficit important en main-d’œuvre qualifiée et en encadrement. Pour lesquelles hier les travailleurs se sont sacrifiés, une classe ouvrière s’est constituée en une force économique et productive où elle a grandement milité dans la bataille du développement économique national pour mettre sur pied de grandes réalisations dans tous les domaines et dans tous les secteurs d’activités pour renforcer l’indépendance politique nouvellement acquise au prix d’un million et demi de martyrs. Elle a payé le prix fort de sa jeunesse en travaillant sans répit, sans confort, sans revendications salariales et dans une précarité sociale en général. C’était un fait marquant et témoin de l’engagement d’une génération de cadres et de travailleurs de combat très attachée aux repères patriotiques, au service réellement de l’Algérie indépendante après le départ massif des cadres européens. Les premiers travailleurs et cadres algériens ont été d’un apport indéniable au développement national, ils ont notamment su changer la donne et s’imposer comme acteurs-clés dans le processus de nationalisations et de développement national, après avoir préservé et valorisé le patrimoine public. Ils ont apporté la preuve de leur sacrifice dans la douleur de leur jeunesse, se passant d’une vie meilleure en travaillant sans répit et dans des conditions des plus pénibles, une charge de travail insupportable par manque d’effectifs et de qualifications sans pour autant demander davantage ou profiter de leurs postes. La norme de travail dépassait le plus souvent douze heures/jour pour des salaires mensuels dérisoires qui se situaient en moyenne entre 500 et 3000 DA ; certains travailleurs étaient même payés en nature en bons de semoule, de sucre, de café, d’huile, etc. C’est une vraie révolution du travail, cela ne leur a rien rapporté aujourd’hui. Ce bref rappel historique revêt toute son importance dans la mesure où l’Algérie était économiquement, socialement et culturellement plus avancée au plan microéconomique qu’aujourd’hui. Et ce, grâce à cette génération post-indépendance des premiers cadres algériens, d’une classe ouvrière et d’une classe moyenne en général qui ont été à l’avant-garde du pays à tout point de vue et qui ont choisi de rester au service du pays et en faisant honneur à l’Algérie qui a affiché sa supériorité de force économique, commerciale, politique et d’enseignement universitaire à l’échelle régionale et qui a conquis les espaces géopolitiques à un moment crucial des premières années de l’indépendance. Le mouvement syndical algérien : quelle nouveauté politique ? On assiste ces dernières années à la montée de fortes protestations sociales menées par les syndicats autonomes de l’enseignement, de la santé et de la Fonction publique. En effet, l’Algérie est aujourd’hui au premier rang des mouvements sociaux dans le monde arabe et l’Afrique organisés à ce jour. Aujourd’hui, l’Algérie ayant opté pour une option démocratique grâce à la Constitution de 1989, qui consacre le pluralisme syndical et politique. Dans un tel concept, tout se discute en tenant comptent des avis et analyses afin d’orienter les décisions politico-économiques. On ne décide pas de manière bureaucratique. Ainsi, l’analyse des positions du mouvement social en Algérie est indispensable pour définir toute perspective de changement dans le pays. D’où la liberté de s’organiser en syndicats autonomes qui sont apparus dans les années 1990, où l’on compte aujourd’hui 65 syndicats des travailleurs. Ce qui révèle bien la pensée profonde, notamment les cadres syndicaux des syndicats autonomes représentatifs étaient militants ou dirigeants dans le mouvement syndical étudiant des années 1970 et 1980 et venus dans leur majorité du secteur public grâce à la Constitution de 1989 qui a consacré l’ouverture démocratique et le pluralisme syndical. Cette liberté requiert cependant de tous nos travailleurs de veiller à ce que la défense légitime et vigilante de leurs droits ne s’exerce point au détriment de l’observation effective et régulière de leurs devoirs et obligations. Le 1er mai 2018 : quelle célébration pour l’Algérie dans un contexte 
de crise socio-économique profonde ? Et aujourd’hui, au cœur de la conjoncture politique actuelle, cette fête vient rappeler à notre mémoire collective l’importance que revêt le travail dans la vie de chacun individuellement et collectivement. C’est aussi l’occasion pour chacun, au-delà des revendications légitimes qu’il pourrait y avoir, d’apprécier sainement la situation actuelle du pays et de s’engager dans le travail comme une priorité nationale de manière à faire en sorte que notre bien commun qui est l’Algérie renoue véritablement avec la croissance hors hydrocarbures. Aujourd’hui, le pays crée peu de richesses, manque cruellement d’entreprises de taille intermédiaire. Il existe un peu plus de 1 000 000 PME et PMI dont 98% sont de petite taille (TPE). L’économie algérienne continue de dépendre des hydrocarbures qui représentent 98% des exportations et près de 45% du PIB. L’impératif est donc de construire un appareil productif et une organisation efficace pour répondre à la demande intérieure qui est en perpétuelle croissance et espérer ensuite pour pouvoir exporter car la mondialisation-globalisation de l’économie a fait rentrer tous les pays dans la logique de compétition généralisée. C’est tout l’enjeu futur afin de garantir à chaque Algérien un emploi et un revenu stable. Il est bien évident qu’à ce titre, parler de la crise socioéconomique et financière qui secoue le pays et oublier la question des ressources humaines, la vraie ? Dès lors, les classes ouvrières, moyennes et notre intelligentsia comme étant le symbole que représentent les forces vives de la nation, l’autre enjeu après le pétrole sont un élément-clé pour un second souffle de l’économie nationale pour rendre l’Algérie meilleure, à l’image des pays démocratiques surtout dans le nouveau contexte de la mondialisation, à l’instar des pays émergents, ce sont les partenaires sociaux qui bâtissent la cohésion en contribuant pour l’avenir de notre pays. En effet, un dualisme s’accentue aux dépens des forces productives, des valeurs du travail et des compétences comme vertus pour asseoir les bases de la paix sociale et d’un développement durable, alors que l’Algérie est dans une transition pour son passage à une économie de marché ouverte à l’économie mondiale qui se joue et se construit d’abord dans l’entreprise qui constitue la vie économique et sociale des forces vives d’une nation. En effet, il ne passe pas un jour sans que la presse ne rapporte des mouvements de protestations qui occupent le terrain des revendications sociales face à la stagnation des salaires et l’inflation à travers des marches, grèves cycliques et illimitées qui durent depuis des mois tant du côté du secteur administratif, santé, enseignement que du secteur économique. Encore plus des manifestations qu’organisent les chômeurs, les demandeurs de logement, voire aujourd’hui des collégiens et des lycéens qui n’ont pas hésité à improviser des marches dans plusieurs villes du pays pour crier leur colère contre la radiation des enseignants en grève et le report des examens. Et plus que cela, il y a la bureaucratie et les affaires inhérentes aux scandales de corruption qui viennent de secouer l’opinion publique, qui aggravent encore la situation tant elle constitue un frein à l’amélioration du climat social, ce qui demeure regrettable sachant que l’Algérie reste le plus vaste territoire d’Afrique aux grandes potentialités et richesses, un marché stratégique notamment, aux portes de l’Europe et de l’Afrique auraient permis à notre pays de se développer démocratiquement, économiquement et socialement et de rejoindre les pays développés ou du moins ceux dits émergents dont notamment la Russie, le Brésil, la chine, l’Inde, l’Afrique du Sud, l’Indonésie, le Vietnam, les pays du Golfe… Et par conséquent répondre à toutes ces attentes sociales qui sont de nature socioéconomique et s’imposer dans les mutations régionales et capable de s’adapter aux évolutions des sociétés modernes pour une Algérie nouvelle. Ainsi, la dimension du savoir, de l’économie et la valeur humaine doivent être capitalisées à grande échelle dans les secteurs d’activités. C’est sans doute la voie la plus sûre, notamment le meilleur gage pour sortir de la problématique de la crise morale qui paralyse le pays et la société en général et rétablir l’espoir en l’avenir, notamment en réhabilitant les forces productives et les valeurs du travail comme vertus pour asseoir les bases de la paix sociale et d’un développement durable. Oui, en effet, comme à chaque fois, les partenaires sociaux (syndicats autonomes) sont mis à rude épreuve depuis plusieurs années au point où une seule organisation a pu se pérenniser : l’UGTA, l’unique partenaire social reconnu, malgré l’existence de dizaines d’organisations agréées mais ignorées. Il est nécessaire et important d’instaurer le dialogue pour donner de solides fondements à la démocratie participative dans ce pays que nous ne laisserons pas tomber. Au rythme où vont les choses, le mouvement syndical autonome qui occupe le terrain des revendications socio-professionnelles à travers des grèves cycliques et illimitées dure depuis des mois. Face aux difficultés du dialogue social et des libertés syndicales, il y aura encore des grèves et encore du retard puisque ces grèves sont déclarées illégales et les grévistes encore et de plus en plus persuadés que leur mouvement est juste. Au-delà des revendications socio-professionnelles légitimes qu’il pourrait y avoir, il faut apprécier sainement la situation actuelle et s’engager dans le travail de manière à faire en sorte que notre bien commun qui est l’Algérie renoue véritablement avec la croissance économique hors hydrocarbures. Dans les pays démocratiques, les citoyens et les organisations syndicales et professionnelles jouissent généralement du droit à plus de libertés syndicales et d’expression, notamment celui de discuter et de critiquer le système social et politique. Rien dans ces pays ne peut échapper au débat contradictoire. Cela n’empêche pas ces pays de demeurer stables et de vivre dans une harmonie économique et sociale. En revanche, si nous refusons le débat contradictoire et écartons les grèves dans le cadre de la Constitution ou que nous nous interdisons l’esprit critique, nous ne pourrons pas combler nos lacunes et corriger nos erreurs. En somme, cela permet aux sociétés de s’observer mutuellement et de vérifier si elles ont des lacunes, des maladresses ou des défauts. L’une des règles d’or de ces pays, aujourd’hui symboles de richesse, d’évolution et de progrès seront davantage construits autour des ressources humaines et des intelligences. Cela requiert de nos jours le travailleur a besoin d’être écouté, associé à toutes décisions et changements en stimulant de nouvelles sortes d’intelligences aux difficultés du dialogue social en Algérie entre les employeurs, les syndicats et les pouvoirs publics. Comme le recommande d’ailleurs notre religion : «On a fait de vous une société rassembleuse, de concertation et de consultation sur tous les sujets qui touchent la nation». Evidemment, l’étape actuelle nous impose de bien gérer notre projet de société démocratique, parce que nous sommes un pays aux portes de l’Occident et au cœur de l’Afrique et du Maghreb. Cela constitue la base du modèle démocratique et social dans le nouveau monde d’aujourd’hui bâti sur la compétitivité et la ressource humaine à mettre en place dans le futur. C’est dire que l’ouverture d’un dialogue franc doit conduire à la conclusion d’un accord économique et social qui garantira les acquis sociaux à travers la liberté de s’organiser en syndicat. Par conséquent, donner une nouvelle vie économique et sociale au monde du travail, de la science et de l’économie en général en vue de consolider le front interne et lever ce climat de suspicion pour mieux affronter les défis auxquels est confronté le pays. Sinon, quel rôle pour les syndicats en Algérie ? En fait, cela nécessite que la relation entre l’Etat, la société et les élites soit repensée et développée. Oui, notre pays dispose de ressources largement suffisantes, mais il se doit notamment de miser sur des élites et des cadres qui ont du potentiel dans les stratégies au diapason de l’évolution des technologies et du savoir et capables de peser sur le cours des événements et d’améliorer la situation. Une société sans rente est beaucoup mesurée, utile et rentable. En effet, en ce XXIe siècle dominé par la mondialisation, le pays est aujourd’hui face aux grands défis qui sont ceux de la démocratie participative dans la gouvernance, la gestion publique et le libéralisme économique qui aspire à un ordre socio-économique légitime d’un Etat de droit qui occupe aujourd’hui une place de choix dans l’amélioration du climat politique, la stabilité et l’environnement des affaires dont dépendra la transition démocratique en question et où doivent se projeter à notre avis les valeurs humaines d’excellence comme seuls facteurs de progrès d’une nation qui est l’œuvre de l’intelligentsia et non de dirigeants stagiaires ou amateurs. C’est bien de cela qu’il est aujourd’hui question pour une sortie de crise et préparer une étape nouvelle autour de ce nouveau projet social de l’Algérie nouvelle afin de faire face à l’évolution des mutations socioéconomiques mondiales. Ce qui nous unit, c’est l’avenir du pays, son économie réelle. On ne peut pas charmer avec un discours partisan ou populiste qui ne tient pas compte des réalités socioéconomiques du pays et aussi les aspirations populaires et les sensibilités qui s’expriment au sein de la société civile, ainsi de nos élites intellectuelles et scientifiques. C’est le grand levier à actionner aujourd’hui pour s’inscrire dans une stratégie mondiale à l’heure actuelle où l’on parle tant d’une économie hors hydrocarbures. C’est dans ce contexte qu’il faut replacer le mouvement social en Algérie qui est le fondement des richesses et du progrès économique, car toutes les questions et dossiers chauds de l’heure sont là, à la lumière du contexte socioéconomique actuel. La problématique est posée d’emblée à notre gouvernement afin de se pencher sur la question des potentialités humaines avant l’argent et la machine qui peuvent constituer un levier stratégique, une base de l’initiative et de l’action compte tenu de l’ampleur des défis qui attendent l’Algérie dans cette transition. D’où cette réalité amère qui fait que les valeurs du travail ne se manifestent guère en Algérie. Selon les statistiques, le travail temporaire dans nos entreprises est de 40% dans le secteur public et 84% dans le secteur privé ; 96% des entreprises privées n’ont pas de partenaires sociaux et 75% des travailleurs du secteur privé ne sont pas déclarés à la sécurité sociale. Et enfin, les travailleurs sont les premiers contributeurs dans le budget de l’Etat. Pour preuve, le rapport des salaires sur le Produit intérieur brut est inférieur à 25% en moyenne contre une moyenne dépassant les 60% pour les pays développés et émergents. Le paysage syndical algérien vit sous le signe de tensions sociales face à une conjoncture économique inquiétante marquée par la cherté de la vie où le pouvoir d’achat a diminué de près de 60%, selon l’ONS. En effet, la majorité des travailleurs algériens, dont près de 70% ont un revenu net inférieur à 30 000 DA par mois, consacrent 80% de leurs revenus aux produits de première nécessité, qui demeurent sous la contrainte d’un modèle administré rentier basé sur les hydrocarbures.   Le 1er mai 2018, l’occasion pour soumettre à débat «les questions sociales» L’avant-projet de loi du code du travail considère les contrats de travail indéterminés comme exception ou encore facilitant les licenciements ; les salaires demeurent tirés vers le bas par l’érosion de la monnaie nationale et l’inflation ; la revalorisation des pensions de retraite jugées en inadéquation avec l’évolution du coût de la vie. En effet, la revalorisation annuelle des pensions de retraite, soit 5%, demeure insuffisante, d’où la nécessité de revoir les niveaux actuels. Les retraités sont 2,2 millions à vivre dans la précarité. Ainsi, une personne ayant eu sa retraite en 1996 et une autre en 2011 ayant assumé la même fonction dans la même entreprise n’ont pas la même pension puisque «cette dernière est calculée sur la base du salaire touché par chacun”. - La révision du Salaire national minimum garanti (SNMG), l’allègement de l’Impôt sur le revenu global (IRG) qui pénalise lourdement les salariés au même titre que les retraités, concernant l’IRG, de revoir le taux de perception pour les salariés et d’exempter les retraités de cette imposition ; sinon jusqu’à quand cette solidarité peut-elle aller ? - Rendre le travailleur actionnaire dans l’entreprise comme aussi tous les Algériens doivent devenir des actionnaires dans le capital des entreprises publiques en mettant sur le marché obligataire la vente de valeurs mobilières. L’objectif étant leur participation aux fruits du développement et au moment où 50% de la masse monétaire est dans les circuits de l’informel et les bas de laine. C’est tout l’enjeu de l’avenir de notre développement économique et la classe ouvrière qui est partie prenante dans le processus du développement du pays. Tout cela doit apparaître comme le plus grand défi à relever et une grande priorité nationale du gouvernement pour mobiliser la classe ouvrière et la classe moyenne en général. En espérant une dynamique et un accroissement de la production et la productivité nationale, sinon cette augmentation sera rattrapée par l’inflation. Bon nombre d’entreprises (PMI/PME) qui constituent plus de 80% du tissu économique ne peuvent pas supporter une hausse brutale des salaires, démontrant ainsi la faiblesse de la production nationale. Le taux d’intégration des entreprises publiques et privées algériennes ne dépasse pas les 15%. Cela doit être remis honorablement en question, car l’enjeu est très important et décisif pour construire l’Algérie du XXIe siècle dominé par les hautes technologies et la mondialisation. Voilà donc notre conviction que notre pays peut se développer et disposerait suffisamment d’atouts pour un développement durable, notamment créateur d’emplois, de richesses et de technologies en mettant à contribution les valeurs du travail et les ressources humaines comme étant un enjeu économique pérenne.        

Corporatisme, syndicalisme et mouvements sociaux en Algérie

Depuis plusieurs mois maintenant, le pays connaît une recrudescence des mouvements sociaux. Ces mouvements revendiquent la réduction des inégalités économiques et sociales, une meilleure organisation des professions, des conditions de vie et de travail plus humaines, et notamment un accès plus juste à divers besoins en termes de santé, d’éducation, d’emploi ou de logement. Au quotidien, la presse relate ainsi les grèves, les manifestations et autres marches dans plusieurs régions du pays, y compris dans la capitale. A diverses occasions, elle relaie l’accusation de corporatisme portée contre les syndicats pour nommer les revendications particulières d’une profession ou de catégories de personnels, avec le sous-entendu que cela serait contraire à un prétendu intérêt général. Pour mieux comprendre la réalité du syndicalisme et des mouvements sociaux d’aujourd’hui en Algérie et les enjeux qu’ils traduisent, retournons aux origines... coloniales du syndicalisme algérien. Mais, avant cela, pour lever tout ou partie des confusions terminologiques, notamment sur la question du corporatisme, faisons un petit détour par l’Europe, où naquirent les corporations. Du corporatisme originel au corporatisme d’état L’Europe a connu une évolution pour le moins surprenante du corporatisme(1). A l’origine, c’est-à-dire au Moyen-âge, le corporatisme correspondait au mode et aux règles d’organisation et de fonctionnement des corporations de métiers, celles des maîtres, des artisans et des compagnons. Celles-ci étaient fondées sur des principes quasi immuables qu’elles défendaient contre vents et marées : l’ordre et la hiérarchie, la collaboration et la discipline, le monopole d’activités et le protectionnisme. C’est ce qu’on pourrait appeler le «corporatisme des corporations» ou «corporatisme originel». Avec l’avènement du capitalisme, tout allait changer, et ce fut le choc de modes de fonctionnement. Pour la nouvelle entreprise capitaliste, ses patrons et ses salariés, les principes étaient bien différents : liberté du travail et exploitation de la force de travail, concurrence et régulation marchande, lutte des classes et syndicalisme. Dès lors, le corporatisme originel s’avéra un frein qu’il fallait abolir. La monarchie tenta à plusieurs reprises de le faire. Sans succès. L’abolition sera le fait des révolutionnaires en 1791. Pour autant, avec la domination du capitalisme, on se rendit compte des excès et dérives du nouveau «modèle économique», et tout au long du XIXe siècle les critiques se multiplièrent. Parmi elles, celles des socialistes, qui œuvraient pour une révolution prolétarienne, et celles des nationalistes, qui voulaient extirper du capitalisme son «virus prolétarien». Une troisième voie fut même envisagée par le «catholicisme social», en la personne de La Tour du Pin(2), qui souhaitait le retour à un «corporatisme socialiste» : sorte de compagnonnage à l’ancienne dans des entreprises dont les moyens de production seraient collectivisés ! Tout cela, en situation de crise économique, resta au niveau de la critique abstraite, et aucune des options ne fut mise en œuvre. Le libéralisme continuait de résister. La première Guerre mondiale allait sonner la résurgence du corporatisme, mais sous une forme étatique. S’adossant à un renouveau exceptionnel du nationalisme, et sur fond de révolution bolchévique en Russie, celui-ci allait renaître de ses cendres. De façon particulièrement vigoureuse dans trois pays sous régime fasciste : l’Italie, l’Allemagne et la France de Vichy. Le régime corporatiste mis violemment en place en Italie par Benito Mussolini traduisit clairement quelques principes de base : la nation plutôt que les intérêts particuliers, la corporation plutôt que l’entreprise capitaliste, le métier plutôt que le travail, la collaboration plutôt que la concurrence. De son côté, le corporatisme allemand traduisit la soumission totale de l’économique et du social au politique. Autrement dit au parti nazi hitlérien. Quant à la France de Pétain, elle s’engagea résolument dans un régime social corporatiste en 1941. Celui-ci, à travers une Charte du travail, se fixait trois objectifs : éliminer la lutte des classes et la remplacer par la collaboration des individus au sein de chaque profession, subordonner l’intérêt particulier à l’intérêt général, notamment en séparant l’économique (où les syndicats conserveraient leur rôle) du social (où des organismes corporatifs nouveaux auraient le monopole des décisions), supprimer tout prolétariat. Du corporatisme d’état au néocorporatisme d’entreprise Pour les sociétés européennes de cette première moitié de XXe siècle, le choix était évident, et l’avènement des fascismes fut l’occasion inespérée de réaliser ce choix du corporatisme, pour mieux éviter le collectivisme, grâce à une «paix sociale» obtenue au prix inestimable et tragique de deux conflits mondiaux, avec des niveaux de violences collectives alors inimaginables. La fin de la guerre, la guérison des plaies béantes et l’incontournable reconstruction se déroulèrent dans une paix sociale dans toute l’Europe. Le régime corporatiste, encore marqué par «son passé fasciste», pas si lointain, y contribua de façon discrète. Partout, durant cette période, l’Etat interventionniste y régula les excès de l’initiative privée et tenta d’y remédier par le contrôle et la promotion du dialogue social. D’ailleurs, dès 1948, le général de Gaulle lui-même fut partisan de cette troisième voie corporatiste. Aux assises de son mouvement politique, le RPR, il affirma notamment : «La première tâche des groupes d’entreprise est d’unir tous les éléments de la profession à quelque échelon de la hiérarchie professionnelle qu’ils soient, pour que tous, agents de maîtrise, ouvriers, employés, éléments de la direction participent ensemble à l’action commune ... Au syndicalisme revendicatif doit succéder un syndicalisme de responsabilité, au syndicalisme d’opposition, un syndicalisme de coopération et d’association...». Dans ces conditions, le corporatisme d’Etat s’imposait à nouveau et les entreprises, toutes importantes qu’elles fussent, redevinrent des «corporations» au sein desquelles il ne fallait pas revendiquer, mais... collaborer. Cette troisième voie fut cependant fortement mise à mal par la mondialisation des années 1980, avec d’autant plus de gravité que les Etats reculèrent devant la toute puissance du néo-libéralisme. La régulation par les marchés financiers fut mise au service de métiers concentrés dans d’immenses entreprises transnationales, qui, comme au Moyen-âge, revendiquaient à la fois la liberté de l’exercice de leurs professions et la collaboration de leurs membres, hors de toute intervention publique ou syndicale, pour atteindre les sacro-saints objectifs de rentabilité. On s’installa alors dans un «néocorporatisme d’entreprise», dans lequel les Etats, traditionnellement garants de l’intérêt national, seraient les garants des intérêts particuliers des entreprises, à travers des réglementations supranationales établies par les grandes entreprises elles-mêmes et s’appliquant, par le biais des Etats, au niveau de chacun des pays. Ce serait désormais l’ère d’une démocratie néo-libérale assurant le contrôle privé des entreprises sur les règles et contrats publics, où l’Etat n’aurait plus le dernier mot. Une ère où travailler pour l’intérêt de l’entreprise voudrait dire travailler pour l’intérêt national ! Ce faisant, la liberté du travail devenait la liberté de délocaliser, la liberté de licencier ou celle de répartir les richesses au profit des maîtres désormais appelés «actionnaires». En un mot, ce serait l’ère du despotisme actionnarial ! En tout état de cause, au terme de ce bref survol du corporatisme en Europe, il faut retenir trois évolutions essentielles : l’abolition du corporatisme des corporations est le fait du capitalisme triomphant, la résurgence du corporatisme sous sa forme étatique (notamment fasciste) résulte de la crainte de la lutte des classes, symbolisée par le syndicalisme, et des excès et dérives du capitalisme, l’émergence, plus récente, d’un néocorporatisme d’entreprise est le résultat de la mondialisation et de la toute puissance des entreprises transnationales. C’est dire qu’à aucun moment le corporatisme, à ne pas confondre avec «les intérêts catégoriels ou professionnels», n’a pas été le fait des syndicats. Il a plutôt servi à combattre ces derniers. Ceci rappelé, voyons, plus en détail, comment le corporatisme d’Etat et le syndicalisme se sont développés en Algérie. Corporatisme colonial et syndicalisme «indigène» En Algérie, le corporatisme a connu une évolution proche de celle de l’Europe, avec, cependant, quelques distinctions périodiques notables qui lui donnèrent ses «spécificités». Sans remonter jusqu’aux communautés de métiers médiévales régulées par le Muhtasib(3), ou au «corporatisme deylical» de la période ottomane, intéressons-nous à la situation imposée par la colonisation française. Lorsque le système colonial français se mit en place, il détruisit brutalement les structures foncières et les corporations artisanales, pour y installer un capitalisme agraire et promouvoir des entreprises industrielles. Pour les paysans qui survécurent, l’exode et la déshérence firent d’eux des travailleurs agricoles, des salariés et, plus fréquemment, des chômeurs. Il en résulta de multiples tragédies (récoltes désastreuses et famines) et une grande misère sociale. Les désordres sociaux se multiplièrent. Les révoltes se poursuivirent à l’intérieur du pays. Le régime colonial voulut rétablir l’ordre, notamment avec le «Code de l’indigénat» de 1881. Celui-ci distinguait deux catégories d’habitants (les citoyens français et les sujets français) et instaurait de nombreuses mesures discrétionnaires (sans possibilité de défense ou d’appel), à l’égard des musulmans. Parmi ces mesures d’exception, les travaux forcés (avec déportation, ou sous forme de travail gratuit)(4) et le séquestre (confiscation des terres individuelles ou collectives). Ces mesures sanctionnaient tout appel à la grève, tout refus de travail ou toute tentative d’échapper à l’impôt par les «indigènes», par ailleurs interdits de circulation de nuit. Les «législateurs» pensaient avoir trouvé là le moyen de restaurer un ordre colonial soumis à rude épreuve par la résistance populaire et la multiplication des révoltes. Dans ces conditions, il fut bien difficile aux Algériens de défendre leurs droits, puisqu’ils n’en avaient aucun. Il faudra attendre la loi de 1884, autorisant les associations professionnelles, pour que le syndicalisme émerge en Algérie. Cependant, qu’on ne s’y trompe pas, ce syndicalisme naissant concernait d’abord et au premier chef les ouvriers européens ayant migré vers l’Algérie avec, dans leurs bagages, le «mode d’emploi» des organisations syndicales de la «métropole». Pour les Algériens, la véritable «rencontre» avec le syndicalisme fut un des effets collatéraux de la Première Guerre mondiale. La France eut alors besoin de «chair à canon» et de bras pour faire tourner les usines. C’est là que les premiers noyaux de militants algériens syndiqués allaient se former, notamment au sein de la CGT et de la CGTU. Et qu’ils allaient faire jonction avec le mouvement des «Jeunes Algériens» animés, à Paris, par l’Emir Khaled. Dès 1924, celui-ci les exhorta à se syndiquer pour revendiquer leurs droits. Puis, en 1926, avec la création de l’Etoile nord-africaine, en termes de revendications, l’exigence d’indépendance prit le pas sur les droits économiques et sociaux. Ce faisant, le syndicalisme algérien naissant fut à la fois revendicatif et politique, et la défense des intérêts des travailleurs passa par la défense de la patrie. Toutefois, cette évolution fut ralentie par la montée du fascisme en Europe et la volonté du pétainisme d’instaurer un corporatisme d’Etat. Heureusement, avec la fin de la Seconde Guerre mondiale et la chute de Vichy, la Charte du travail ne fut jamais appliquée. Pour les Algériens, la fin de ce conflit prit une autre tournure en ce 8 Mai 1945 : suite à des manifestations pacifiques, l’armée coloniale tira sur la foule. Du bain de sang on retira plus de 45 000 morts algériens. Dès lors, malgré l’abolition du Code de l’indigénat (1946), les luttes politiques et syndicales basculèrent vers une revendication plus radicale : l’indépendance nationale, fusse par le recours à la lutte armée. Pour autant, le lien avec les syndicats comme la CGT, bien que jugée, à cet instant, plus soucieuse des intérêts des travailleurs européens, ne furent pas rompus. Les militants nationalistes continuaient d’y œuvrer, mais davantage en fonction des orientations du PPA-MTLD qu’en application des directives syndicales. Dans ces conditions, le mouvement syndical algérien allait évoluer dans deux directions : celle d’un syndicalisme «traditionnel» et légal, s’exerçant au sein de la CGT, développant des actions économiques et sociales communes, sur fonds de lutte anti-impérialiste, celle, plutôt clandestine, privilégiant la lutte anticoloniale et pour l’indépendance nationale et s’exerçant au sein du PPA-MTLD. La première donna naissance, dès 1954, à l’Union générale des syndicats algériens (UGSA). La seconde déboucha, le 24 février 1956, sur la création de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), et le 12 juin 1956, sur la création de l’Union générale des commerçants et artisans algériens (UGCAA)(5). Dès lors, ces deux dernières organisations mobilisèrent, en concertation avec le FLN, les travailleurs, les commerçants et toute la population en soutien à la lutte de Libération nationale. Ce fut le cas lors de la grève des 8 jours de janvier 1957. A cet instant, il était évident que l’intérêt particulier des travailleurs européens était difficilement conciliable avec celui des Algériens, de même que l’intérêt national des travailleurs européens était tout aussi difficilement conciliable avec l’intérêt national des Algériens. Deux syndicalismes se trouvaient à la fois face à face et en étroite relation : parfois pour s’opposer, parfois pour lutter en commun. Désormais, méfiance et confiance, affrontement et solidarité, allaient marquer les rapports des mondes ouvriers européen et algérien. Tout au long de la Guerre de Libération nationale, on allait découvrir les limites du corporatisme, du nationalisme et de l’internationalisme. Au cœur des négociations pour l’indépendance nationale, elles seraient, pour l’essentiel, marquées du sceau de la tragédie. L’UGTA, le premier syndicat libre et autonome (6) Une fois l’indépendance recouvrée, la question du rapport entre les organisations syndicales et le pouvoir politique s’affirma. Dans la confusion de l’été 1962, le coup de force du Bureau politique du FLN contre le GPRA, s’étendit aux syndicats, dont l’UGTA, qui venait de sortir de la clandestinité pour occuper le terrain économique et social, dans les usines, les exploitations agricoles, les ports et les gares, abandonnés et à l’arrêt après le départ massif des Européens. Dès avril 1962, elle se dota d’une direction provisoire, et multiplia les sections syndicales dans tout le pays. Dès juillet 1962, l’UGTA disposa de 250 000 adhérents, de 500 sections syndicales, et de nombreux militants aguerris par des années de luttes politico-syndicales dans le cadre de la Guerre de Libération nationale. Dans ces conditions, il apparut très vite aux dirigeants syndicaux que les revendications économiques et sociales ne seraient portées efficacement qu’avec une liberté d’action et une réelle autonomie à l’égard des forces politiques. Cette position fut clairement affirmée dès le 17 juillet : «L’UGTA est une organisation nationale. Son autonomie dans la politique est indispensable. Il est important que le mouvement syndical se développe librement.» Ce faisant, la centrale syndicale entrait en conflit frontal avec le Bureau politique du FLN. Celui-ci, à travers Ben Bella, l’accusa de véhiculer des valeurs contraires à la société algérienne et de faire de «l’ouvriérisme», et tenta de jouer sur la division entre ouvriers et paysans. La bataille pour la neutralisation de l’UGTA était engagée. Elle sera féroce. Lors de la désignation des candidats pour l’élection à l’Assemblée nationale, aucun des 30 candidats de l’UGTA ne fut retenu. Pourtant, la centrale syndicale rappela que «les syndicalistes étaient des militants du FLN, que l’UGTA n’était pas un parti d’opposition et qu’elle restait décidée à participer activement à l’édification d’une Algérie socialiste». Malgré ces pressions, l’UGTA allait organiser son premier congrès prévu pour janvier 1963. Avec le soutien de plusieurs députés de l’Assemblée, et notamment de Hocine Aït Ahmed, qui assimila ceux qui s’attaquaient au syndicat des travailleurs à des réactionnaires, et de Mohamed Boudiaf, désormais dans l’opposition, puisqu’il venait de créer le PRS (Parti de la Révolution Socialiste). Dès lors, tout fut tenté par le Bureau politique du FLN pour «caporaliser» la centrale : mobilisation de sections contre la direction, création de dissidence au sein de la direction. Rien n’y fit. A l’évidence, l’UGTA était bien une force représentative décidée à garder son autonomie. Le 19 décembre 1962, un compromis fut signé qui garantissait, sous certaines conditions, une réelle autonomie à la centrale syndicale. Consciente cependant que ce compromis engageait toutefois la centrale dans un processus de mise sous tutelle, l’UGTA réaffirma, son attachement au principe de l’autonomie syndicale. Le premier congrès de l’UGTA s’ouvrit le 17 janvier 1963. Il allait être le lieu de la mise à mort de toute velléité de liberté et d’autonomie syndicale. En présence d’Ahmed Ben Bella, les accusations se multiplièrent : les syndicalistes étaient des privilégiés, l’UGTA ne serait rien sans le FLN. Le paroxysme fut atteint lors de la désignation d’une nouvelle direction : de nombreux non syndiqués furent introduits dans l’enceinte du congrès et ce fut la foire d’empoigne, qui conduisit à l’intervention des forces de police, les pressions individuelles sur les membres syndiqués furent plus fortes. Dès lors, le 20 décembre, l’UGTA jeta l’éponge. Elle désigna une nouvelle direction inféodée au BP du FLN. C’en était fini de l’expérience d’un syndicalisme libre et autonome prôné par l’UGTA. Désormais, celle- ci deviendrait une «organisation de masse» et «le représentant de l’Etat auprès des travailleurs, et non l’inverse». Le corporatisme autoritaire avait vaincu. Désormais, toutes les organisations de masse seraient soumises, par-delà le FLN, à l’Etat. Traduisant la primauté du politique sur l’économique et le social. L’UGTA au cœur du corporatisme d’état A partir de cet instant, l’UGTA devint un syndicat sous le contrôle d’une bureaucratie d’autant plus tatillonne qu’elle s’était «débarrassée» du libéralisme, jugé congénital du colonialisme, en refusant toute existence au capital privé (hormis quelques activités marginales), pour engager «la bataille du développement» que requérait la modernisation du pays et la satisfaction des énormes besoins de la population dans le cadre d’une «démarche socialiste» fondée sur une planification «socialiste» et une centralisation de la décision. Dès lors qu’il n’y avait plus de contradiction capital-travail, toute revendication ne pouvait que s’inscrire dans cette démarche globale, que le syndicat, comme toutes les organisations de masse, devait soutenir, et pour laquelle il fallait mobiliser, en permanence, les travailleurs. Les revendications pouvaient certes s’exprimer, mais seulement en égard aux objectifs et ressources planifiées, et toujours dans le cadre de l’intérêt national, tel qu’il se traduisait dans les plans de développement. Ce lien entre le syndicat et l’Etat fut renforcé par la Charte nationale de 1976 : pour être responsable syndical, il fallait être «encarté» au FLN. C’était là le fondement d’une sorte de pacte économique et social «collaboratif» qui faisait que le développement économique et le développement social résultaient d’une même politique. Une politique qui trouverait, pour l’un et l’autre, une ressource financière inespérée : la rente pétrolière. Dans ces conditions, jusqu’à la fin des années 1970, il n’y eut guère de véritables tensions dans le monde du travail, même s’il y eut quelques mouvements de grève çà et là dans le BTP et au sein de petites unités industrielles privées. Au cours de cette période, grâce, en particulier, à une industrialisation menée au pas de charge, le chômage massif qui touchait près 36% de la population active au lendemain de l’indépendance, chuta de moitié. Mais, en ce début des années 1980, le chômage n’était pas tout, et la crise économique et sociale apparut dans toute son étendue, car l’économie «officiell » était de moins en moins productive et impliquait un recours de plus en plus coûteux aux importations. Ce faisant, elle se laissait envahir par  «l’économie de pénuries», avec ses passe-droits, sa spéculation et sa corruption. En d’autres termes, par des réseaux informels qui bloquèrent le développement et détournèrent ses ressources, au détriment des travailleurs et de la grande majorité de la population. Pis, avec la chute brutale des prix pétroliers en 1986, la crise devint structurelle, et le pays tout entier fut étranglé par une dette extérieure insupportable. Une crise structurelle si forte qu’elle supposait, pour la résoudre, la libération de toutes les énergies : dans les entreprises industrielles et agricoles, dans les organisations syndicales ou professionnelles, dans le secteur public comme dans le secteur privé. Dès lors, les contradictions économiques, sociales et politiques longtemps contenues allaient resurgir, d’abord dans les entreprises publiques(7), qui enregistrèrent plus de 1900 débrayages en 1988, puis brutalement, lors des émeutes d’Octobre 1988. Pourtant, dès la chute des prix pétroliers, des politiques, des gestionnaires d’entreprises, des universitaires, des fonctionnaires, des travailleurs de professions libérales, mais aussi des syndicalistes de l’UGTA avaient tiré la sonnette d’alarme. Ils furent d’ailleurs écoutés puisqu’ils furent regroupés, volontairement, dans des groupes de travail avec pour mission d’identifier les réformes nécessaires au dépassement du système en place. En un mot, d’identifier les moyens de libérer les énergies, notamment celles des travailleurs et de leurs organisations, afin de remettre le pays et son peuple dans une dynamique de progrès partagé. La Constitution de 1989 et le pluralisme syndical A l’évidence, Octobre 1988 avait réveillé les contradictions d’un système, longtemps mises sous le boisseau par un régime autoritaire qui ne pouvait plus, vu l’ampleur de la crise, maintenir le pacte économique et social qui avait prévalu jusque-là. En tout état de cause, avec les réformes de la fin des années 1980, c’en serait fini du monopole en toutes choses. Pour ce qui est du syndicalisme, ce principe fondamental trouva sa consécration dans les nouvelles dispositions de la Constitution de 1989. En vertu de ses articles 39 et 54, celle-ci reconnaît la liberté d’association et le droit de grève. La loi 90-14 du 02 juin 1990 en précisa les conditions d’application. Dès lors, malgré la «grève nationale» déclenchée par l’UGTA les 12 et 13 juin 1990, l’activité syndicale devenait plurielle. Elle allait se développer dans une double direction. D’une part, de nombreux syndicats dits «autonomes» allaient «concurrencer» l’ex-syndicat unique que constituait l’UGTA. D’autre part, ces syndicats autonomes allaient se libérer de toute attache avec l’Etat ou quelque parti que ce soit. Et donc du corporatisme d’Etat. Pour autant, ces nouvelles libertés syndicales véhiculèrent partiellement l’héritage corporatiste. Dans les articles 2 et 4 de la loi de 1990, il est clairement stipulé que les nouvelles organisations syndicales sont constituées par les travailleurs ou les employeurs «de mêmes professions, branches ou secteurs d’activité...». Il en est de même des unions, fédérations et confédérations syndicales. Autrement dit, la loi privilégiait toujours la corporation comme base de l’action, et aucun syndicat non professionnel ou à caractère national n’était permis. Une disposition contraire à l’article 2 de la Convention 87 de l’OIT (Organisation internationale du travail) ratifiée par l’Algérie depuis... 1963. Par ailleurs, à travers son article 8, la loi de 1990 soumettait la constitution d’un syndicat à un dépôt de déclaration, à l’obtention d’un récépissé d’enregistrement de la déclaration et à la nécessité de rendre publique cette déclaration. Or, selon la convention de l’OIT, la constitution d’un syndicat n’exige aucune autorisation préalable. Il est en effet évident que le refus de remettre le récépissé de déclaration suffit à empêcher l’existence d’un syndicat. Ce que les autorités politiques n’ont pas tardé à faire. Ainsi, plusieurs organisations syndicales sont toujours en attente du «fameux sésame». Enfin, bien que les articles 37 et 39 de la loi de 1990, accordent aux organisations représentatives la prérogative de participer aux négociations des conventions et accords collectifs, de même qu’elles accordent aux unions, fédérations et confédérations, le droit d’être consultées dans leurs domaines lors de l’élaboration des plans de développement, dans la réalité, jamais aucun syndicat autre que l’UGTA n’a eu cette possibilité. Il faut dire que cela semblait convenir à l’UGTA, ou tout du moins à sa direction. Après avoir digéré la «pilule» du pluralisme syndical et la fin de son monopole, la centrale eut beaucoup de mal à se départir de son rapport à l’Etat et de son corporatisme autoritaire. Après la fin de l’expérience démocratique, il fallut se rendre à l’évidence, à défaut de remettre en cause le pluralisme syndical, tout fut fait pour en limiter les candidats et pour privilégier son rapport à L’UGTA. Il n’était, à l’évidence, pas question de revivre l’épisode de 1962-1963 et il fallait donc tuer dans l’œuf toute idée de syndicalisme libre et autonome au sein du «syndicat historique»(8). Une idée qui avait déjà gagné les esprits lors du congrès de l’UGTA de juin 1990, au cours duquel la centrale admit le pluralisme et s’engagea à s’y conformer, mais qui serait contesté dès la fin de l’expérience démocratique en 1991. D’autant plus facilement qu’avec l’explosion du terrorisme il y eut, brutalement et tragiquement, «le feu à la maison» et qu’il fallut se mobiliser contre l’hydre terroriste. Ce que fit l’UGTA. Pour autant, la paix civile et la Concorde nationale rétablies, au début des années 2000, l’UGTA resta divisée sur la marche à suivre. D’une part, au niveau de la base, eu égard à la persistance de la crise économique et sociale, le côté revendicatif demeura toujours prêt à se mobiliser pour défendre les intérêts des travailleurs (salaires, emplois), notamment lors des opérations de privatisation des entreprises publiques. Autrement dit dans le secteur où l’UGTA est implantée, puisqu’elle est quasiment inexistante dans le secteur privé, alors que celui-ci prend une place de plus en plus large dans l’économie nationale. D’autre part, au niveau des instances dirigeantes de l’UGTA, la démarche se voulut un retour à celle des années 1970-1980, c’est-à-dire à celle d’un partenariat entre l’Etat et l’ex-syndicat unique. Cette vision allait s’exprimer avec constance dans les réunions de la Tripartite Etat-FCE-UGTA, symbole s’il en était de la persistance du corporatisme d’Etat. Une Tripartite au sein de laquelle il est d’ailleurs curieux de noter que le patronat, à travers le FCE (Forum des chefs d’entreprise) y «représente» le seul secteur privé, et l’UGTA, le seul secteur public ! Les syndicats autonomes et les libertés syndicales Depuis le début des années 2000, le paysage syndical s’est donc structuré en trois espaces bien distincts. Le premier concerne les entreprises du secteur public. L’UGTA y demeure le syndicat prédominant, voire exclusif. Le syndicat y est à la fois revendicatif (à la base) et collaboratif (au sommet)(9) avec, comme on l’a vu, une relation forte avec l’Etat et le FCE (le syndicat privé patronal), pour constituer l’un des trois piliers du corporatisme d’Etat. Le second espace est occupé par les nouveaux syndicats autonomes. Il concerne des secteurs principalement publics, dont les personnels possèdent généralement un haut niveau d’instruction et de formation professionnelle: médecins et autres praticiens de la santé publique, pilotes, officiers de la marine marchande, enseignants du supérieur et du secondaire, cadres et agents de la Fonction publique, psychologues et autres magistrats, ... Enfin, le troisième espace, occupé par le désormais unique syndicat patronal, FCE, et diverses associations patronales(10), et sans véritables syndicats de travailleurs. Il concerne tous les secteurs privés, légaux et informels. On arrive ainsi, dans cet espace quasiment privé, à cette situation unique en son genre, où le rapport capital-travail n’est représenté que par les entrepreneurs (les patrons), dont le syndicat patronal unique (le FCE) aurait pour «mission» d’y porter les revendications économiques et sociales des «corporations». Comme au bon vieux temps des corporations médiévales au Maghreb, lorsque le Cheikh ou l’Amin était l’intermédiaire entre le souverain et les communautés de métiers ! Au bout de cette brève analyse historique, la réalité présente du corporatisme en Algérie semble bien moins confuse qu’on le croyait à première vue. La réalité économique et sociale algérienne serait constituée de trois espaces distincts bien qu’interconnectés. Deux espaces (public et privé) se satisfont du corporatisme d’Etat, dans le cadre d’une alliance contre- nature. On y respecte l’ordre autoritaire, en faisant peu cas des revendications des travailleurs, et plus largement de la population, au nom de l’intérêt «national». Un espace public, de plus en plus restreint, dans lequel tente de se développer un syndicalisme autonome, qui refuse le corporatisme d’Etat au nom de la liberté. Tout comme il refuse, au niveau international, le néo-corporatisme d’entreprise. Face à cette alliance contre-nature et à cette fracture, aux divisions et déséquilibres qu’elles entraînent dans l’émergence des revendications et dans leurs solutions, la voie pour l’émergence d’un syndicalisme pluriel, libre et autonome dans tous les secteurs de l’activité économique et sociale reste bien exiguë. Entre le monopole de l’UGTA sur le secteur public productif, le monopole du FCE sur le secteur productif et improductif privé (légal et informel) et l’Etat autoritaire, la marge de manœuvre demeure extrêmement étroite. Cela explique, en partie, les difficultés rencontrées par les mouvements portés par les syndicats autonomes, les manipulations politiques et médiatiques, les menaces et intimidations, et les restrictions de liberté(11) auxquelles ils sont soumis, la  «prudence», la «faiblesse» des soutiens que lui apportent les partis politiques de la mouvance démocratique, et parfois leur incompréhension des enjeux structurels qu’ils révèlent. Quant à la population, en l’absence de solutions politiques et syndicales à ses problèmes quotidiens, de logement, d’éducation, de santé, de transport, d’accès à l’emploi, il ne lui reste, souvent, que la tentation, très forte, de trouver elle-même, et directement, les moyens de se faire entendre : par le recours à des mouvements sociaux allant du simple barrage routier... à l’émeute. Pourtant, comme on vient de le voir, toutes ces revendications et tous ces mouvements sociaux, malgré leur actualité, sont aussi vieux que le monde. Depuis toujours, les hommes se sont collectivement organisés, de diverses manières, pour combattre les injustices et les inégalités engendrées par des systèmes économiques et politiques fondés sur des rapports de propriété et des rapports de travail conflictuels, voire antagoniques. Car, on le sait, au fond de tous ces mouvements, comme depuis toujours, se pose la question du droit de propriété, des conditions de travail et de la répartition des fruits issus de ce travail. Et derrière cette question, celle, tout aussi importante, de l’association comme moyen de revendiquer librement et d’exiger de toute «organisation régulatrice», qu’elle assure, sous quelque forme que ce soit, l’ordre, le progrès et la justice pour tous et en toutes choses. Avec cette évidence qu’il ne peut y avoir de liberté sans régulation, car ce serait la jungle, l’anarchie et la loi du plus fort. Et qu’il ne peut y avoir de régulation sans liberté, car ce serait le monopole de quelques-uns, l’autoritarisme et, là aussi, la loi du plus fort.   Par Smaïl Goumeziane Docteur en économie et ancien ministre

Hadni Mohamed Ameziane : itinéraire d’un nationaliste authentique

Cette année, nous commémorons le 28e anniversaire de la disparition du militant nationaliste authentique Hadni Mohamed Ameziane, un personnage hors du commun qui a marqué l’histoire de la Fédération de France FLN. Son engagement envers le pays est marqué du sceau de la conviction inébranlable, au point d’abandonner tout pour se consacrer entièrement au militantisme et à l’engagement politique pendant la guerre de Libération nationale et à la construction du pays à l’indépendance. Il est un patriote, un battant, à la fois un homme de cœur et d’action. Un anticonformiste et un brillant orateur. Il est autant à l’aise avec les intellectuels qu’avec les humbles. La première des causes à laquelle il adhère est l’indépendance de l’Algérie. Depuis, il est de toutes les initiatives, actions et causes justes allant dans le sens de la justice sociale. Un homme libre, juste, honnête et rebelle à tout embrigadement. Il est un modèle d’exemplarité. De par son comportement exemplaire, il contribue à l’édification morale et intellectuelle de toute une génération de militants post-indépendance, qui se retrouve au premier rang des destinées et responsabilités politique de l’Algérie. Hadni Mohamed Ameziane est né en 1921 au département de Larbaa Nath Irathen, ex-Fort National, précisément à Tamazirt (Irdjen), une région qui a marqué de son empreinte le récit national, singulièrement celle ayant trait à l’histoire du mouvement national. Il est le cadet d’une famille de quatre frères et deux sœurs. Comme l’écrasante majorité du peuple algérien de l’époque, il est issu d’une famille modeste de paysans, dans une Algérie colonisée ou ses enfants sont dépossédés, violentés, privés de vie et de liberté et par dessus tout, soumis au code de l’indigénat. Il perd sa mère très jeune, alors qu’il n’a que 12 ans. Il est renvoyé de l’école au seuil du certificat d’études qu’il réussit brillamment, découvrant ainsi le sort réservé aux Algériens de seconde zone, aux indigènes. Il en ressent profondément l’injustice. Il grandit dans l’entre-deux guerres mondiales ; une période qui vit l’éclosion de partis nationalistes, l’Etoile nord-africaine (ENA) et le Parti du peuple algérien (PPA). Il se rend à Alger en 1943 et enchaîne des petits boulots instables et temporaires. En janvier 1945, il est recruté en tant qu’agent titulaire à l’hôpital Mustapha jusqu’à mars 1949. Il s’éveille à la cause indépendantiste dans le giron nationaliste actif dans le milieu hospitalier. Il adhère à l’Union démocratique du Manifeste algérien (UDMA) dès sa création en 1946, parti fondé par Ferhat Abbes, dont il demeure militant jusqu’à 1951. Un capital d’expérience qui lui servira plus tard dans les responsabilités qu’il assumera au sein de la Fédération de France et qu’il mettra au profit du FLN. Au déclenchement de la guerre de Libération nationale, il intègre le FLN. Son frère Hadni Saïd, dit si l’Hakim(1), alors chef de région, le charge de plusieurs missions dont celle de prendre attache avec les personnes susceptibles de joindre le maquis : «Dès 1955, Hadni Saïd dit Si l’Hakim, adresse un émissaire a un certain Mahiouz Ahcene, qui deviendra plus tard commandant de l’ALN. Il reçut l’émissaire en la personne de Hadni Mohamed Ameziane, le frère de Si l’Hakim, qui lui transmet le message suivant : ‘‘Si tu veux servir ton pays, c’est le moment !’’.»(2) Après le Congrès de la Soummam, il se rend en France et participe activement à la structuration de la Fédération de France. Il s’établit à Toulouse en septembre 1956. Les premières structures du FLN, il les installe avec Mohamed Rezzoug : «En compagnie de Hadni Mohamed, nous mettrons en place les premières structures véritablement homogènes en s’appuyant sur un groupe d’Algériens originaires de la même région qui assurera la liaison dans tout le sud-ouest. Dans ma responsabilité de régional, je fus secondé par Hadni Mohamed et c’est lui qui prendra la relève au lendemain de mon arrestation le 16 janvier 1957 par la DST.»(3) A l’arrestation de Mohamed Rezzoug, Hadni Mohamed Ameziane lui succède et prend les responsabilités de régional(4). Dans cette nouvelle fonction, l’enfant des Ath Irathen compte sur deux militants d’exception, le premier est Gana Illoul, étudiant de médecine à l’époque et futur professeur de gastro-entérologie de l’hôpital d’Alger. Il lui facilite l’accès aux milieux estudiantins et des travailleurs. L’autre est Abdenour Abrous qui est à la tête du groupe de choc(5) chargé de protéger les distributeurs de tracts dans les milieux les plus exposés et l’accompagne dans ses différents déplacements. En militant aguerri, il met son expérience et son savoir- faire politique au profit de l’organisation. A l’époque, au sein de l’émigration algérienne, très peu sont ceux qui sont au courant que le 1er Novembre est l’œuvre du Front de Libération Nationale, un mouvement nouvellement créé, moins nombreux ceux qui en font partie. De Perpignan à Agen, de Cahors à Pau, il ne cesse de sillonner le territoire sud de la France. En homme politique averti et brillant orateur, il mène sans relâche et sans répit le travail de sensibilisation et de conscientisation. Ses discours sont structurés, ses analyses sont d’une rigueur, d’une précision, d’une finesse remarquables. Il est méthodique, résolu, allie la force de caractère à l’envergure intellectuelle. Il veut rallier l’hésitation encore grande de l’émigration algérienne à s’engager dans les rangs du FLN. Il est persévérant et tenace. Les résultats sont tangibles et l’organisation gagne du terrain. Il installe les secteurs et structure les kasmas au sud-ouest de la France. Le Front de Libération Nationale étend son champ d’influence. Le rapport de force s’inverse. Au moment où le FLN s’implante profondément et durablement dans cette région, son régional, en l’occurrence Hadni Mohamed Ameziane, est surveillé étroitement par la DST et les filatures deviennent permanentes et ostensibles. A la fin du mois de mai 1957, il est arrêté par la DST. Il est condamné à cinq mois de prison ferme. Il est transféré à la prison de Toulouse où il purge sa peine. Tout au long de son incarcération, il connaît les souffrances et les privations en tous genres. Il est libéré le mois d’octobre 1957. Il renoue les contacts avec les réseaux du FLN et reprend naturellement ses fonctions de régional. Le comité fédéral instruit l’organisation de la Fédération de se préparer à l’ouverture du second front. Ce dernier consiste essentiellement à déclencher une guérilla urbaine sur l’ensemble du territoire français. Ce sont les directives du CCE transmises à Omar Boudaoud, chef de la Fédération de France du FLN. L’objectif de ce front est de maintenir une partie de l’armée française sur le sol métropolitain afin d’affaiblir l’importance du contingent face aux militants du FLN dans les maquis algériens. Hadni Mohamed Ameziane organise sa région et s’adonne avec sérieux, abnégation et détermination, et ce, pour la concrétisation et la réussite de cet événement majeur de l’histoire de la Fédération de France du FLN et par ricochet, celle de la guerre de Libération nationale. En juillet 1958, en pleins préparatifs et en prévision de l’exécution du second front, il est interpellé et à nouveau arrêté par la DST. Il est jeté en prison et écope cette fois de 10 mois de prison ferme. Il est placé une nouvelle fois à la prison de Toulouse. Dès les premiers jours de son incarcération, il recourt à des grèves de la faim répétitives contestant à la fois le régime pénitentiaire et les conditions de détention. Il revendique le statut de détenu politique. Ses grèves de la faim le mènent souvent à des régulières hospitalisations, mettant ainsi l’administration du pénitencier dans une position inconfortable. Suite à une énième grève de la faim, il est affaibli, démuni et son état de santé se dégrade. Il est transféré en urgence à l’hôpital pour subir des contrôles médicaux approfondis. Le médecin détecte et constate une grave pleurésie. Il décide alors de son maintien et de son hospitalisation. Il reste à l’hôpital le temps de la convalescence et de la prise en charge médicale, avant d’être transféré vers un autre pénitencier, celui de Liancourt, dans L’Oise, où il demeure jusqu’à sa libération en fin mai 1959. Il ressortira amoindri, démuni physiquement et avec de graves séquelles. Néanmoins, il continue son engagement au sein de la Fédération de France jusqu’à l’indépendance. Il décide de quitter la France, rentre en Algérie et rejoint sa région natale où il s’installe définitivement. A l’indépendance, il vit dans l’enthousiasme et l’exaltation avec le sentiment que l’avenir est riche d’infinies promesses. Il vibre à l’idée de construire le pays entièrement nouveau, riche de la diversité de ses symboles, de ses modes de vie et ses cultures. Le commencement d’une vie nouvelle. Malgré une santé fragile, il s’engage dans le processus de la construction et de l’édification du pays. Il se présente aux élections locales de 1967. Il est élu à la majorité et devient ainsi dans l’Algérie indépendante, le premier Président de l’Assemblée communale (P/APC) élu au suffrage universel dans l’histoire de la commune d’Irdjen (1967-1971), daïra de Larbaa Nath Irathen. Durant son mandat, il s’illustre par une gestion rigoureuse et transparente. Il ne se consacre qu’aux seuls intérêts de ses administrés. En pédagogue invétéré, homme clairvoyant et convaincant, il n’impose pas et n’écrase pas. Il sensibilise, conscientise, fait adhérer et par conséquent fédère la population autour de grands chantiers. Son mandat est jalonné par de grandes concrétisations et réalisations de projets d’utilité publique. La construction des écoles, de routes, de dispensaires, les raccordements en eau potable et traitement  des eaux usées, l’électricité et autres sont au cœur de son bilan. Il marque à jamais son empreinte dans cette circonscription. En 1968, à l’ occasion de la visite d’inspection effectuée à Tizi Ouzou par le président de la République Houari Boumediene, et en marge d’une réunion de travail qui s’est tenue en présence de l’ensemble des autorités locales et cadres de la wilaya, Hadni Mohamed Ameziane interpelle le chef de l’Etat sur la nécessité du transfert des restes de la dépouille de la figure emblématique et architecte de la Révolution algérienne, Abane Ramdane, dans sa région natale et préparer ainsi une cérémonie de funérailles nationales. Hélas, la doléance est restée sans suite ! Au terme de son mandat exécutif et pour les raisons de problèmes de santé, il se retire de toute activité politique officielle et se consacre à sa famille et à l’éducation de ses enfants, sans pour autant abandonner son engagement patriotique. A sa manière, il continue sa contribution dans la construction du pays. Il se met à la disposition de la génération post-indépendance et répond favorablement à leurs invitations insistantes pour donner des conférences historiques dont les thématiques sont axées essentiellement sur l’histoire du mouvement national. Il est un acteur vivant dans la narration historique contemporaine de notre pays. Il donne et anime plusieurs conférences et à chaque fois devant une assistance nombreuse. Pour ses qualités humaines, son éducation raffinée et sa sagesse, il est souvent sollicité pour les règlements des conflits entre familles et population locale. Tous savent que ce digne fils des Ath Irathen a le sens de l’écoute, qu’il est adepte du dialogue et de la médiation, et qu’il ménage les sensibilités. Devant de telles situations, c’est le sage qui parle, le militant qui s’exprime, le patriote et l’homme d’expérience qui agit, et par conséquent celui qui porte des solutions aux problèmes posés. Tout le long de son parcours et des responsabilités politiques qu’il occupe, il refuse catégoriquement et inéluctablement tout privilège et promotion sociale dans toutes ses formes. Il reste digne, courtois, simple et humble. Toute sa vie durant, il reste très exigent envers lui-même, mais indulgent envers autrui. Un véritable enfant du peuple. A l’occasion de cette évocation, nous nous inclinons devant la mémoire d’un sage, d’un militant politique, d’un patriote et d’un homme de principes et, partant, celui qui véhicule une multitude de valeurs qui caractérisent les fondements mêmes de la déontologie politique et sociale, dont il est un fervent adepte. Par Mustapha Hadni    

Projet de loi organique portant loi de finances

Le Conseil des ministres a adopté récemment un projet de loi d’une importance capitale pour l’avenir du pays, à savoir le projet de loi organique portant loi de finances. Il s’agit pour le président de la République d’instaurer une nouvelle discipline budgétaire pour assurer désormais l’efficacité et la rationalité et par conséquent la maîtrise de la dépense publique. Actuellement, le budget de l’Etat répartit les crédits par ministère, puis par titre, puis par chapitre ; cette répartition ne correspond ni à une structure d’organisation (sauf le ministère) ni à une fonction ou service public ; elle ne permet pas d’avoir une idée du coût d’une structure ou d’un service ni de l’efficacité d’une dépense publique (aucune mesure de résultat). Ainsi, tel que présenté au Parlement, le budget semble figé, on pourrait presque dire qu’il est sans âme. Alors qu’il doit traduire une politique, il apparaît très technique, doté de marges de manœuvre très réduites et cet état le transforme en budget de reconduction. La nouvelle loi organique doit replacer les choix politiques au cœur du débat. Cela engendre davantage de complexité en ce qui concerne la préparation de la loi de finances. Par contre, les choix politiques étant clairement identifiés, l’adoption de cette dernière doit s’en trouver facilitée. La situation financière délicate que connaît notre pays nous contraint à adopter une stratégie de rigueur : le budget de l’Etat doit désormais obéir à une obligation de résultat et non pas de moyens, on doit dès à présent opter pour une nouvelle architecture budgétaire, une nouvelle constitution financière dans laquelle les missions-programmes et actions se substituent aux traditionnels chapitres et articles, dont le but est d’accroître la lisibilité et donc la transparence du budget de l’Etat. Les ministères dépensiers auront donc à définir des politiques au moyen de «missions» et fixer des objectifs dans le cadre de «programmes» ; une telle démarche nécessite d’importantes capacités d’expertise et de prospectives. Jusqu’à présent, le budget était présenté par type de dépenses (fonctionnement, investissements...). Or, cette nouvelle architecture budgétaire reflèterait mieux les différentes politiques publiques et permet à chacun, et notamment aux parlementaires, de mieux apprécier l’ensemble des moyens mobilisés pour mettre en œuvre les politiques de l’Etat. Il serait désormais plus logique que les dépenses budgétaires dans le cadre de la loi de finances soient votées par programme, il ne s’agit pas de présenter un simple devis pour le vote, «un programme et un ensemble d’actions relevant d’un même ministère et auquel sont associés des objectifs précis définis en fonction de l’intérêt général, ainsi que des résultats attendus et faisant l’objet d’une évaluation». Désormais, les crédits ouverts par les lois de finances pour couvrir chacune des charges budgétaires de l’Etat seront regroupés par mission relevant d’un ou plusieurs services d’un ou plusieurs ministères. «Une mission comprend un ensemble de programmes concourant à une politique publique définie». Et dans l’hypothèse où les crédits ne peuvent correspondre à une «politique» à l’image des crédits des pouvoirs publics ou des dépenses accidentelles, ils seront regroupés sous forme de «dotations». Ainsi, chaque programme retrace un ensemble cohérent d’actions et constitue une enveloppe globale de crédits confiée à un responsable désigné par le ministre concerné. Cela permet de responsabiliser les gestionnaires en leur accordant de réelles possibilités d’arbitrage dans un souci d’optimisation de la gestion. Cette responsabilisation accrue va de pair avec la définition d’objectifs et d’indicateurs de résultats qui permettent de mesurer de façon objective la performance de l’action publique. Il faut prévoir une comptabilité (budgétaire) par programme (avec calculs des résultats selon les indicateurs retenus). Cette nouvelle architecture budgétaire constitue un levier puissant de la modernisation de l’Etat, permettant de basculer d’une logique de moyens à une logique de résultats. Elle se traduira, pour l’ensemble des services de l’Etat, par une réflexion sur la pertinence des actions à conduire : - en matière de définition des périmètres de gestion pertinents, avec la définition des missions et programmes traduisant la structuration des grands domaines d’action de l’Etat ; - avec la mise en place des Budgets opérationnels de programme (BOP), structures de programmation et de gestion conformes au cadre rénové ; - en matière d’information financière et comptable avec la mise en place progressive de systèmes d’information permettant de valoriser toutes les possibilités de la gestion en mode (nouvelle architecture budgétaire), et notamment la fongibilité des crédits avec le lancement des audits budgétaires. La Direction du budget, cheville ouvrière de la mise en œuvre du budget de l’Etat, est appelée à retravailler son organisation et les finalités de son action par le passage à la nouvelle architecture budgétaire. A cette fin, elle doit engager une réflexion en profondeur sur sa mission et sur son positionnement : - développer une culture de réseau pour faire évoluer les relations de la Direction du budget avec son environnement : avec une responsabilité renforcée des gestionnaires, la Direction du budget ne peut plus être la seule à porter la contrainte financière. C’est dans ce cadre qu’elle développe des relations de partenariat avec les directeurs financiers et responsables de programme, tout en s’appuyant sur le réseau des contrôleurs budgétaires et comptables ministériels et des contrôleurs financiers ; - être le garant de la transparence budgétaire et de l’objectif de performance en faisant évoluer les outils et les méthodes mis en place par la nouvelle loi organique (justification au premier dinar, analyse des coûts, modes de budgétisation...) dans un souci de meilleure transparence de l’utilisation des fonds publics et d’amélioration de l’exercice du contrôle parlementaire ; - développer la capacité d’analyse stratégique de la direction et la focaliser sur des sujets à forts enjeux, par exemple en suscitant un dialogue avec les ministères sur leurs stratégies sectorielles et en renforçant les liens avec des partenaires extérieurs (universitaires, chercheurs,) susceptibles d’alimenter la réflexion ; - développer une vision pluriannuelle pour favoriser une réflexion de long terme sur les finances publiques et faire en sorte qu’elle nourrisse les arbitrages annuels réalisés par le gouvernement ; - enfin, améliorer les conditions du pilotage des finances publiques dans leur ensemble et mieux les intégrer en liaison avec la direction de la législation fiscale. L’ensemble de cet agenda trace une perspective de profond renouvellement pour la Direction du budget dans son rôle traditionnel de conseil et d’expertise financière au service du ministre en charge des finances et de l’ensemble du gouvernement.     Par le Dr  Saheb Bachagha Expert-comptable et commissaire aux comptes ; membre de l’Académie des sciences et techniques                                                

L’inoubliable lion

A notre première rencontre, je l’ai fait rire en lui disant que nous étions amis de longue date… Sur un réseau social très à la mode, mais en vérité, c’est à lui que je dois cette passion, combien difficile à assouvir sous nos latitudes, pour le 7e art… Le commissaire du Festival du film amazigh, M. As-sad, en m’assignant la tâche d’aller à Ighzer Amokrane, au vu de la longueur de la route, du relief particulier de celle-ci et de l’état déplorable de ma petite voiture, présuma bon d’user de diplomatie. Je devais y rencontrer Dda Abderrahmane Bouguermouh pour le conduire à Azeffoun, où s’est tenue la onzième édition du FCNAFA. A l’énoncé du patronyme, tout accablement cessa, la route s’écourta par magie, et tout observateur aura compris l’excédent de stratégie : j’étais ravi, je crois me souvenir que j’ai dû le remercier pour tant d’amabilité !  En voilà des prestations à perpétrer avec bonheur et sans modération ! A l’aller, presque entièrement de nuit,  j’ai prêté peu d’attention au paysage. Seul, j’ai rêvassé le long du chemin, sursautant, à chaque fois, après avoir dépassé un monument promis à un peu d’attention ! Le souvenir d’une première visite, en compagnie de Salem Aït Ali Belkacem, jaillissait parfois au gré de quelques collines ou panoramas ayant bénéficié  d’une observation percutante. Arrivé, la rue était déserte et muette comme prise dans le silence pesant de nos villes-dortoirs. La fatigue aidant, il me semblait que c’était déjà le soir alors que le soleil finissait à peine de grimper les mamelons du Djurdjura pour illuminer cette magnifique vallée! Je reconnus le portail, et, comme convenu, sans sonner, j’entre dans un jardin resserré, où continue de rouiller la même vieille voiture. J’emprunte un escalier étroit pour arriver au premier, où une odeur de café embaume. Cette fois je frappe et Hafid Aït Braham, l’ami fidèle, le disciple attentif et assidu, m’ouvre. Le café, c’était lui. Dda Abderrahmane était là, déjà connecté et présent sur la Toile ! Ses yeux d’une affabilité calme souriaient devant le petit écran de son ordi. A 75 ans, pas de rides sur son visage ! Sa barbe blanche trahissait à peine son âge et une abondante chevelure lui conférait un aplomb plutôt jeune. Je ne sais pas pourquoi, mais quelque chose dans son allure évoquait le lion. Il avait, même dans sa faiblesse, surtout dans sa faiblesse, la dignité des rois, on sentait d’instinct la grâce et la distinction du personnage. Comme tous les fils d’instituteurs de l’époque coloniale ayant hérité quelques valeurs à la Jules Ferry, il était bûcheur. Sa part du «butin» de Kateb Yacine assurée depuis l’école à Sétif, où justement il apprit le nationalisme, en soulignant un parallèle étonnant avec l’amoureux de Nedjma, les premiers traumatismes étaient Mai 1945, jusqu’au jour de sa mort il n’oubliera jamais et comme pour beaucoup d’autres, le cinéma n’était qu’une thérapie. Son premier film,  Comme une âme, ou encore le deuxième, La grive, en plus d’être des œuvres artistiques, étaient aussi  une tentative d’exorcisation d’une souffrance profonde. A notre première rencontre, je l’ai fait rire en lui disant que nous étions amis de longue date… sur un réseau social très à la mode, mais en vérité c’est à lui que je dois cette passion, combien difficile à assouvir sous nos latitudes pour le 7e art. Maintenant je sais que ce penchant naquit en moi le jour où j’ai vu Dda Abderrahmane travailler : c’était au début des années quatre-vingt, il venait deux à trois fois par semaine dans mon village, Bouadenane, pour faire des repérages pour son film Les oiseaux de l’été. Une grande partie de ce film a été tournée dans mon village et beaucoup de parents, voisins et amis y ont participé. Pour moi, c’est un film qui prend chaque jour un peu plus de valeur sentimentale ! A chaque disparition d’un des acteurs, ou même d’une des maisons du paysage, d’un arrière-plan, j’y pense ! C’est un instantané de notre vie à une époque donnée. Passé à la télé, le film déplut à beaucoup de personnes qui ne comprenaient pas encore les difficultés qu’avait Bouguermouh pour garder les quelques dialogues en kabyle. C’était au temps où Alger cauchemardait sur la Kabylie et où la censure était maîtresse en art. Je m’excusais de la petitesse de ma voiture et de son manque de confort, et là le fils d’instituteur reprit le dessus pour m’apprendre que «Clio» était la muse de l’Histoire, qu’Elle est l’une des neufs filles de la Lune qui président aux arts (au présent… sic) et que c’est Elle qu’il faut invoquer avant de conter. Et  Le conte commença ! Le retour était tout autre, «Clio» conduisait et moi j’écoutais : cet homme connaissait le chemin, à l’instar des vieux sages indiens à qui  chaque pierre parlait. Il nommait les collines comme de vieilles connaissances avec les légendes qui s’y rattachent, à chaque virage une histoire, à chaque montée, à chaque descente. Le Djurdjura, sous le verbe inspiré du rhapsode, se bouleversait et beaucoup de collines prirent des allures féminines que seuls les bergers des hautes montagnes savent déceler: ici une gorge profonde, une poitrine opulente, là une femme couchée comme si la roche avait gravé, pour ceux qui savent voir, de belles histoires ! Clio quand tu nous tiens! A ce propos, à Asgen (faussement nommé par beaucoup Aswel), il y a un roc qui, vers le crépuscule, et surtout au petit matin,  ressemble étrangement à Lounes Matoub, une ressemblance frappante une fois que le berger vous a expliqué comment regarder. Car tout est dans le regard. Le long du chemin, le fils de l’instituteur épela chaque nom de la maigre flore et de la famélique faune que les incendies ont épargnées. Dans les deux langues pour que «Clio» cède la place à Mnémosyne, mais dommage, il n’est pas donné a tous d’être érudits et nos mémoires, à nous, sont tellement encombrées de broutilles que nous en oublions l’essentiel (le reproche n’est pas de lui). Le long du chemin, d’autres jalons, d’une autre nature étaient évoqués, car Dda Abderrahmane est lui-même un repère, ayant, comme le chante si bien Lounis Aït Menguellet, participé à la construction des siècles (Di Lebni N  Zman Yeḥder…) Le compagnon de Mammeri, avec qui il était lié par le serment de porter à l’écran La colline oubliée, était aussi l’ami de Kateb Yacine, de Mhammed Issiakhem, de Taos Amrouche et tant d’autres génies qu’une cohorte d’âmes semblait accompagner ses propos. Fidèle, il rendit hommage à Sétif, la ville de son enfance qui le façonna à jamais, dans «Kahla ou beïda». Se sentant empêché de travailler pour ses rêves, il aida d’autres à concrétiser les leurs. C’est ainsi qu’il participa dans les Chroniques des années de braise et beaucoup dans la profession lui doivent de judicieux conseils… au moins. Il était l’artiste empêché, qui s’est battu pour tenir parole, il appela les Kabyles à l’aide et son peuple l’aida à réaliser «La colline…» La colline disparue, La  colline spoliée, La colline blessée qui était pour lui comme un enfant kidnappé. Il en parlait longuement, sans tabou, sans haine ni passion, il avait le ton calme des lucides mais pas des résignés car il avait le sentiment d’avoir accompli sa mission. L’empêchement prend des appellations diverses, parfois bizarres, et parmi ses noms on connaît : le manque de moyens ! Ce manque de moyens le décida à adopter le plus basique des outils, celui que Dieu créa en premier, le «Qallam» et il se mit à l’écriture, et là le fils de l’instituteur devint le maître, puisque le titre déjà place son auteur là où il repose maintenant !  Anza, ou le cri anniversaire des morts assassinés. Arrivés à Azeffoun presque par surprise, car j’aurais voulu que le voyage perdurât encore, mais toute chose, paraît-il, a une fin… sauf les grands qui eux ne meurent jamais, car après le col, ils vont rejoindre la Gouve, l’Olympie des nobles âmes. Et pour ceux d’entre eux qui n’auront pas fini, qui auront continué de rêver au-delà de la mort, comme Dda Abderrahmane, qui emporta avec lui par un matin de février le rêve inachevé de réaliser un film sur Taos,  Les poètes empêchés, les chantres assassinés  les troubadours bâillonnés, en plus de la table de Zeus, il y a Chronos qui offre des effigies taillées dans la roche bleutée. C’est ainsi que je suis certain qu’un jour au col de Chellata, ou de Kouilal, ou au détour d’un virage autrefois quelconque un berger nous montrera du bout d’une flûte la crinière d’un lion ressemblant à Dda Abderrahmane.   Par Djamel Laceb Né à Souk Ahras en 1969. Enseignant de physique au collège de Ouacif (Tizi  Ouzou) jusqu’à 2009. Directeur de collège jusqu'à 2016. Inspecteur d’enseignement moyen en administration à ce jour. Scénariste (meilleur scénario festival du film amazigh d’Agadir 2009). Traducteur (le Sommeil du juste de Mammeri vers le Tamazight).     

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