Quand le RCD vend son âme au diable

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RCD Boycott


Le Rassemblement pour la culture et la démocratie créé par Saïd Sadi, Mokrane Aït-Larbi, Ferhat Mehenni et Mustapha Bacha, en 1989, sur le corps encore chaud du Mouvement culturel berbère est-il le même que le RCD -un sigle formé de trois lettres- qui fait partie d’une coordination de cinq partis dont quatre sont d’obédience islamiste ?

Aujourd’hui, le RCD est allié, au sein de la CLTD (Coordination nationale pour les libertés et la transition démocratiques), à quatre partis islamistes, le MSP (Mouvement de la société pour la paix), l’héritier du Hamas (« enthousiasme », « exaltation ») algérien de Mahfoud Nahnah, le FJD (Front pour la justice et le développement) de Abdallah Djaballah et son ancien parti (la  première des organisations politiques qu’il a créées), Ennahda (« la renaissance »), Jil Jadid (« nouvelle génération ») de Soufiane Djillali, bennadiste (adepte de Malek Bennabi), ancien lieutenant de Noureddine Boukrouh du temps du PRA (Parti du renouveau algérien) ; mieux, le remplaçant de Saïd Sadi, Mohcine Belabbas, a rencontré, dans le cadre de cette coordination, des membres de le direction du FIS, Ali Djeddi (qui est passé pour une sorte de négociateur du FIS post dissolution) et Kamel Guemazi (qui a été, suite à la victoire du FIS aux municipales de 1990, président du Conseil populaire de la ville d’Alger, sorte de grand maire de la Capitale). Il nous est donné là à voir sous les lunettes du RCD toute la nébuleuse islamiste algérienne, allant de la famille FIS aux Frères musulmans en passant par les réformistes bennabistes, sortes d’islamistes bcbg.

Qu’il est loin (non pas par rapport aux années qui se sont écoulées mais à l’aune du positionnement) le temps où le RCD proclamait qu’il était un parti laïc et anti intégriste ! An début des années 90, le Rassemblement pour la culture et la démocratie était présenté à l’extrémité opposée au Front islamique du salut de Abassi Madani; le parti de Saïd Sadi appela, avec d’autres acteurs politiques, principalement le PAGS (Parti de l’avant-garde socialiste, héritier du Parti communiste algérien) et la centrale syndicale UGTA (Union générale des travailleurs algériens) de Abdelhak Benhamouda (assassiné en janvier 1997), à l’intervention de l’armée et à l’interruption du processus électoral suite aux résultats du premier tour des législatives du 26 décembre 1991 donnant le FIS largement vainqueur ; à la veille de la pseudo présidentielle du 17 avril dernier, le RCD a appelé au boycott du  scrutin auquel se représentait Abdelaziz Bouteflika, l’élu du Système donc y compris de l’armée (partie intégrante du Système qui tient, qui détient d’Algérie depuis plus d’un demi-siècle), unissant sa voix à celle des Frères musulmans des sous-familles Hamas (MSP) et Ennahda (Ennahda et le nouveau parti de Djaballah, le FJD) et à celle du petit frère bennabiste.

Avec le recul, l’accord de San Egidio (appelé « contrat national » et signé à Rome) avec le FIS et Ennahda mais aussi le FLN (Front de libération nationale) de Abdelhamid Mehri –le parti du régime, du Système cette fois singulièrement en désaccord avec le pouvoir–, accord pour lequel le RCD et Saïd Sadi ont tant vilipendé et raillé le FFS (Front des forces socialistes) et son chef, Hocine Aït Ahmed, intervenant en 1995, en pleine tourmente, avec des morts par dizaines, par centaines, paraît (dans l’absolu et avec la relativité qui sied à pareils événements) bien plus justifié, avec pour objectif déclaré « l’arrêt de l’effusion de sang », que l’actuel alliance du RCD avec les islamistes, alliance à laquelle a été ajouté un avenant, le rapprochement avec ceux du FIS.

Cette surprenante posture du RCD (tout de même surprenante quoique ce parti nous ait habitués à des positionnements parfois déroutants jusque pour ses propres militants) est d’autant plus paradoxale qu’elle est expliquée par une nécessité de s’opposer à la reconduction, dans ses fonctions de président de la République, de l’élu du Système, de l’armée sous l’aile de laquelle était encore placé, ouvertement, le parti de Saïd Sadi dans un passé proche, élu du Système, Abdelaziz Bouteflika, qu’il a soutenu au début de son règne et dont il a intégré le gouvernement, qu’il allait quitter en 2001 « sous la contrainte » (il ne pouvait faire autrement sans se suicider politiquement) de la sanglante répression des manifestations de ce qui sera appelé le  Printemps noir de Kabylie. En fait, l’opportunisme politique est le crédo du RCD que ses fondateurs ont pris le soin de présenter comme un héritage du Printemps berbère de 1980. En 1989, lors des assises du Mouvement culturel berbère, les organisateurs de cet événement et bientôt fondateurs du Rassemblement pour la culture et démocratie ont déclaré : « Le MCB est mort, vive le RCD ! »

Sans créditer ici la thèse selon laquelle le RCD est la création du général Larbi Belkheir, l’homme fort du régime à la fin des années 80, il est étonnant de voir comment ce parti est allé de compromission en compromission jusqu’à ses présentes accointances avec les islamistes de tous poils, vendant son âme au diable.

Le RCD a quitté le gouvernement en 2001 pour éviter le suicide. Se résout-il en 2014 à l’euthanasie ? Docteur Sadi a-t-il fait sa prescription ? Curieux que cela arrive (l’alliance avec les islamistes) alors que Mister Saïd, qu’on imagine difficilement loin du rideau, n’est pas le chef (officiel) du RCD…

 

 

 

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