Vraies menaces , fausse solutions

Amara Boukhalfa's picture
manifestation

Le discours officiel en Algérie renvoie un tableau ou le pays se situerait au centre de menaces multiples auxquelles grâce à la direction éclairée du pouvoir en place l'Algérie résisterait vaillamment. L'argumentaire puisé dans l'actualité régionale, et même au-delà, déroule la liste des contrées livrées à la déstabilisation à la suite de révoltes plus ou moins appuyées (manipulées) de l’extérieur.
A première vue l'actualité renvoie bien l'image de ces pays à feu et à sang.

Il ne s'agit plus de printemps mais de chaos arabes et le jasmin tunisien est vite submergé par les relents de poudre, de sang et de feu. De l'Irak à la Syrie, jusqu’à la Libye sans compter le Sahel et tous les pays où sévissent les groupes djihadistes.

Le salut à en croire nos gouvernants résiderait dans le statut quo. Ne pas bouger, ne rien changer.

On nous propose la posture du petit animal acculé par les prédateurs qui se serait abrité dans une anfractuosité le contenant à peine et qui pour avoir la vie sauve doit couper son souffle ne pas bouger un poil et attendre. Seulement là les prédateurs ne s'en vont pas. Ils attendent le moment propice pour fondre sur leur proie ; qui de toute façon est voué à une mort certaine, victime des prédateurs, de la faim ou des bestioles qui habitent le refuge lui-même et son propre corps.

Depuis des années des voies isolées, vite étouffées, alertent sur le risque de voir le pays sombrer dans le chaos. Aujourd'hui de l’intérieur même du système ; des voies abondent dans le même sens sans aller au bout du raisonnement. Sans doute pour mieux cacher la réalité.

En fait le système algérien réagit comme ces congénères arabes et africains oubliant que ce qui précipite la chute est dans la nature même de ces systèmes.et que les caractéristiques particulières des uns et des autres n’ajoutent que peu à celles-ci. Sans déterminisme, ni fatalité, autre que les voies qu'ils ouvrent eux-mêmes vers leurs fins.

Le destin de l'Algérie tient par un fil ; celui de la rente pétrolière. Il suffirait que cette rente se réduise de manière significative (30%) pour que l'édifice, battit sur du sable, s'effondre. Parce que la manne ne suffirait plus à couvrir les soixante-cinq milliards de dollars nécessaires à la couverture des besoins du pays.

Ce système dont la seule activité est de dépenser l'argent des hydrocarbures ne s'est jamais soucié de cette fragilité, surtout que les réserves de gaz de schistes permettent des espoirs de longévité inattendus.

On veut nous faire croire que l'Algérie sera l’exception.

En vérité le report de l'échéance financé par la manne pétrolières reporte et réduit d'autant les chances de l'Algérie de s'accrocher au train du développement et de la stabilité durable parce qu'adossée à un état émanation de la société

Comme tous les pouvoirs postcoloniaux arabes et africains, le système algérien a hérité de l'état colonial qui par essence est oppresseur, étranger a la société algérienne, exploiteur des richesses au bénéfice de la "métropole" et des colons. A la différence d'autres pays de la région nous avions l'atout d'avoir arraché notre indépendance au prix d'une guerre féroce de plus de sept ans. Cet atout a été gaspillé par les tenants du pouvoir. Ils refusent de le quitter usant et abusant de la légitimité d'une révolution avec laquelle beaucoup n'ont eu qu'un rapport lointain ou inexistant. Ils ont gardé l'aspect le plus nuisible du colonialisme ; son instrument de domination et de répression : l'état colonial. Bien entendu au lendemain de la guerre il n’y avait pas grand choix, mais il aurait vite fallu s’atteler à la fondation d'un état algérien authentique, un état pour l'édification de la nation dans la paix et la liberté acquises.

En réalité le système ne se préoccupe même pas des menaces qu'il avance. Il s'évertue à cacher les vraies dangers et pense durer en se renforçant par des stratagèmes à courte vue. La modification de la constitution fait partie de ces manœuvres d’enfouissement de la réalité. Le système dans son ensemble y compris l'"opposition" choisie. Le pouvoir se prépare à étoffer son arsenal politique avec un parti islamiste radical constitué des résidus du FIS "dissous" et des anciens chefs terroristes mais ne voilà-t-il pas que l'opposition y compris les démocrates BCBG lui disputent le monopole de la courte échelle a l'islam politique.

Mais alors si l'objectif partagé est de réhabiliter l'intégrisme, sur quoi s'opposent-ils ? Le système à l'aune des expériences récentes des chaos arabes pense que le danger peut venir des islamistes tant qu'il pourrait être une alternative prête à l'emploi au cas où les sponsors externes viendraient à le lâcher il prend donc les devants. Mais l'opposition qu’espère-t-elle des islamistes qui d'ailleurs ne s'attendaient pas à autant de sollicitude il y a seulement quelques mois ?

En réalité la seule boussole de tout ce beau monde est le pouvoir, le garder pour les uns et y participer y compris en s'accrochant au marchepied pour les autres.

Le pouvoir n'ait ni menacé ni en crise il subit les effets de la crise de la nature de l'état et son isolement par rapport à la société. Le fossé entre l'état et la société s'élargie de plus en plus et la digue de la rente risque de céder à tout moment. Le maquillage de la constitution orienté vers la consolidation du pouvoir en place ne changera rien à la nature de l'état qui ne répond pas aux aspirations de la société.
L'islam politique est un boulet qui leste les sociétés à majorité musulmane les privant de tout mouvement vers le progrès. L'occident que les intégristes vouent aux gémonies dans le verbe est leur meilleur allié et ils le lui rendent bien. L'islam politique est une alternative dictatoriale factice à une dictature. Les gens au pouvoir chez nous pensent l'utiliser comme béquille. Le système sera plus victime de la vermine née dans son propre corps que de menaces extérieures Le chaos si les choses demeurent en l’Etat sera l'œuvre du pouvoir qui a détruit les moyens de défense de la société aidé en cela par l’intégrisme : élites décimées, culture folklorisé, identité saucissonnée, école sinistrée économie de rapines dominantes.
Si nous voulons être l’exception aux chaos arabes il faut sans attendre une mobilisation générale de toutes les forces patriotiques pour fonder un état algérien authentiques en symbiose avec la société, toute transition qui n'aurait pas cet objectif n'a aucun sens.

 

Tags: 

Notation: 

No votes yet

Add new comment

Filtered HTML

  • Web page addresses and e-mail addresses turn into links automatically.
  • Allowed HTML tags: <a> <em> <strong> <cite> <blockquote> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Lines and paragraphs break automatically.

Plain text

  • No HTML tags allowed.
  • Web page addresses and e-mail addresses turn into links automatically.
  • Lines and paragraphs break automatically.
CAPTCHA
Accès réservé aux humains.
6 + 7 =
Solve this simple math problem and enter the result. E.g. for 1+3, enter 4.