Barakat, la grenouille qui…

Cherif Berkache's picture
Il faudra sans doute attendre certaines décantations pour connaitre les tenants et les aboutissants pas seulement de la création mais également de l’existence même de Barakat. Ce que ses membres et « promoteurs » appellent mouvement est en fait un groupe (limité) de personnes dont la plupart –pour ne pas dire la presque la totalité- viennent de nulle part politiquement parlant. Un groupe hétéroclite qui a éclaté quelques semaines après son lancement !  Suit la question : Qu’apporte Barakat ? Ou : Barakat apporte-t-il quelque chose? Par « quelque chose », comprendre, bien entendu, quelque chose de positif, d’enrichissant au combat pour la démocratie en Algérie.

​Apparu un mois et demi avant la pseudo élection présidentielle du 17 avril, avec l’ambition de canaliser la contestation d’un quatrième mandat à Abdelaziz Bouteflika, Barakat a été telle la grenouille qui voulait se faire aussi grosse qu’un bœuf et s’enfla jusqu’à ce qu’elle éclate. Inexorablement. Résultat prévisible pour un groupe avec pour seul objectif assigné (par qui ?) de dire « non au quatrième mandat », un objectif éphémère. Cet objectif conjoncturel dépassé après l’élection, Barakat ne s’est pas dit « ça suffit » mais a connu une scission, les plus opportunistes d’entre ses membres ayant opté, afin de survivre, perdurer, de préférence en bonne position de médiatisation, pour la posture du champignon, se rapprochant d’une entité politique déjà existante, en l’occurrence la Coordination nationale pour les libertés et la transition démocratiques (CNLTD) dans laquelle le RCD est allié à quatre partis islamistes.

A présent, on ne sait plus qui est qui, qui représente quoi, quoiqu’en fait les principaux animateurs de Barakat, dont la porte-parole du groupe, Amira Bouraoui, soient ceux-là précisément qui se sont rapprochés de la coalition RCD – islamistes. Tout ça pour ça ! Lancer un « mouvement » se voulant en rupture avec la classe politique, dans un cadre dynamique et moderne (notamment en recourant à internet), avec la prétention (quelle prétention !) de suppléer les partis démocrates disparus ou en décomposition pour finalement aboutir à ce rapprochement avec des organisations politiques traditionnelles ! Il suffisait, pour les membres de Barakat, d’adhérer –si ce n’était pas déjà parfois le cas, du moins idéologiquement- à ces partis aujourd’hui coalisés dans la CNLTD. D’où l’interrogation : Pour quel(s) objectif(s) a été créé Barakat et qu’est-ce qui fait courir ses membres ? L’idée la moins accablante qu’on puisse avoir d’eux est celle qui consiste à penser qu’ils veulent apparaître médiatiquement et qu’ils ne sont mus que par des ambitions personnelles, en particulier la plus en vue d’entre eux, Amira Bouraoui dont l’objectif immédiat semble être l’objectif des appareils photo et des caméras, allant jusqu’à manifester toute seule, posant pour une photo avec une pancarte !

En tentant une comparaison, on pourrait voir en cette Amira Bouraoui une sorte de pâle copie de Khalida Messaoudi -sans le parcours politique de cette dernière- d’avant sa vie de ministre sous le nom de Khalida Toumi et il ne faudrait pas s’étonner dès lors de la voir un jour ministre ; en tout cas, si on le lui proposait, il serait étonnant qu’elle refuse. Elle a d’ailleurs une certaine prédisposition –ou une prédisposition certaine- pour la chose, pour une place au soleil à l’ombre du régime comme dans des fonctions de ministre ou équivalent genre (très) haut fonctionnaire avec, de préférence une posture de personnalité publique, médiatisée. Amira Bouraoui a été élevée dans le giron du Système qui tient, qui détient l’Algérie depuis plus d’un demi-siècle, pas loin du pouvoir qu’elle prétend maintenant combattre ; elle est fille d’un haut gradé de l’armée aujourd’hui « à la retraite ».  Il est vrai que, dans l’absolu, la filiation paternelle ne devrait pas engendrer nécessairement une filiation clanique en relation avec le régime au pouvoir en Algérie ; dans la réalité, c’est souvent le cas ; ici, précisément, les circonstances sont troublantes avec une mise en avant fulgurante du personnage, propulsé en tête d’affiche sur la scène politique…

​Ensuite, pour quoi (ou pour qui) marchait-t-on (au passé, car il n’y a plus de manifs, si tant est qu’il y en ait eu vraiment) dans une manifestation de Barakat ? Et puis, l’engagement politique, le combat politique, ce n’est pas une manifestation de sortie de stade ou des envolées verbales autour de quelques bières dans un bar tendance ou autour de tasses de café et de verres de thé dans un salon de thé chic d’Alger, si loin de l’Algérie, des tractations avec des appareils partisans en mal de base ou des agissements de connivence avec telle ou telle autre officine proche des cercles (pas du) au pouvoir, si loin de la démocratie !

Tout le monde est libre de faire de la politique et de s’organiser, donc les membres de Barakat, donc Barakat. Cependant, trêve de « gonflement » : de l’organique, du nombre d’activistes (des vrais, des réels, pas des virtuels sur Facebook) et de la dimension de Barakat et, avec, de la tête des militants démocrates qui luttent depuis des lustres, qui ont sacrifié des années précieuses de leur jeunesse, qui ont risqué leur vie et ont compté des morts dans leurs rangs ! Ça suffit ! Il y a déjà assez de confusion comme ça sur la scène politique algérienne, avec des démocrates qui s’assoient sur les principes dont ils avaient fait l’essence de leurs partis et s’associent avec les islamistes. Barakat ! Ça suffit !
 
Cherif Berkache
 
 
 

Notation: 

5
Average: 5 (1 vote)

Add new comment

Filtered HTML

  • Web page addresses and e-mail addresses turn into links automatically.
  • Allowed HTML tags: <a> <em> <strong> <cite> <blockquote> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Lines and paragraphs break automatically.

Plain text

  • No HTML tags allowed.
  • Web page addresses and e-mail addresses turn into links automatically.
  • Lines and paragraphs break automatically.
CAPTCHA
Accès réservé aux humains.
1 + 2 =
Solve this simple math problem and enter the result. E.g. for 1+3, enter 4.