Palestine – Israël : De quelques évidences à rappeler.

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Samy Oussedik
Par Sammy Oussedik(*)

En ces moments où un déluge de fer et de feu continue de s’abattre sur Ghaza, il serait bon de dépasser cette émotion, certes légitime, qui nous étreint. Cette émotion, amplifiée à l’extrême par les réseaux sociaux, nous empêche de penser et d’agir.

Or, aujourd’hui, et plus que jamais, il convient de faire un pas de côté et de convoquer la raison. Renouons avec cette raison qui était au coeur de la pensée d’Ibn Roshd, d’Ibn Sina ou encore d’Ibn Haytem et de bien d’autres. Faisons nôtre la profession de foi de Baruch Spinoza, immense philosophe chassé de sa communauté dès l’âge de 21 ans, qui proclamait «sa passion de la Raison». Face au conflit palestino-israélien, la Raison doit s’exercer. Cela passe d’abord par la prise en compte et l’analyse de la réalité, de ses causes et de ses effets. Loin d’un quelconque romantisme révolutionnaire qui ne fait que tenter d’atténuer notre mal-être et satisfaire nos égos… et, hélas, n’a aucun effet sur les souffrances qu’endurent les Palestiniens, non pas depuis dix jours mais depuis des décennies. C’est aussi, en la matière, «penser contre soi». Cela signifie de passer au crible de la raison critique nos préjugés, nos pensées, nos (in)actions mais aussi nos lâchetés… Alors, de cette réalité, j’en retire quelques évidences qui, je l’espère, nous éclaireront sans nous aveugler.

1/ La solidarité que je manifeste avec le peuple palestinien n’a que peu à avoir avec la religion, la race (concept inepte) ou encore l’origine. Elle a tout à avoir avec la part d’Humanité que chaque être a en soi. Le respect de la dignité humaine et des droits de l’Homme, la condamnation de la barbarie quels qu’en soient les auteurs, la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes et à fonder un Etat indépendant, viable, sécurisé, en paix avec ses voisins.

Toutes ces valeurs universelles qui ont guidé de nombreux peuples dans leur marche vers la liberté sont revendiquées par les Palestiniens. Qui mieux que les rescapés des innommables camps d’extermination et leurs enfants peuvent comprendre cette revendication ? C’est pourquoi, au nom de l’Humanité, ce combat est aussi le mien, le nôtre !

2/ L’antisémitisme est inacceptable. Aucune justification ne peut servir de légitimation à cette abomination. Laissons à l’Histoire européenne sa pleine responsabilité dans l’émergence de ce sentiment nauséabond qui a failli permettre l’extermination des juifs d’Europe. Tenons-nous loin de cette singulière monstruosité et combattons en nous, parmi les nôtres et ailleurs, ceux qui, au nom de je ne sais qui ou quoi, appellent au meurtre des juifs.

Veillons ainsi sur notre éthique. Celle qui, moralement et politiquement, fonde et légitime les aspirations du peuple palestinien à vivre libre, dans un État indépendant et en paix avec l’ensemble de ses voisins.

3/ Le conflit palestino-israélien est un conflit, avant tout, de nature politique. Malgré son caractère asymétrique, aucune issue militaire n’est envisageable. Les deux peuples et leurs responsables doivent s’y résoudre. Ma conviction est que la majorité des Palestiniens s’y est déjà résolue. Aujourd’hui, il est urgent de sortir ce que l’on a appelé «le processus de paix», pour que la paix s’impose. Une paix, dont les contours ont été, depuis les accords de Madrid, Oslo et Genève, maintes fois exposés et dont l’application a été perpétuellement reportée.

Aux grandes puissances et à l’Europe d’assumer ce qu’elles revendiquent sans cesse, le gouvernement du monde. Aux puissances régionales et émergentes d’y apporter leur contribution. Qu’elles imposent, au nom de la civilisation, des grands principes et de l’humanité, une paix juste et équitable pour deux États vivant en sécurité. D’autant que la centralité de ce conflit conditionne la paix et la sécurité dans la région et bien au-delà. Il en y va donc de la sécurité du monde, de ce monde que nous avons tous en partage. A cet instant, j’ai une pensée pour Georges Bush-père et James Backer son secrétaire d’État qui ont su, en leur temps, taper du poing sur la table et imposer les accords de Madrid et Oslo. Qu’aujourd’hui Barak Obama s’en souvienne, s’il le peut, s’il le veut…

4/ Aux amis d’Israël, je dirais que le pire service à rendre aux Israéliens est de continuer à soutenir, sans discernement et en dépit de toute raison, la politique suicidaire des différents gouvernements qui se sont succédé depuis de nombreuses années. Suicidaire, car les humiliations, la confiscation des terres, la construction incessante de nouvelles colonies, les raids meurtriers sur Ghaza et ailleurs sont des victoires à la Pyrrhus. Elles annoncent, à terme, la fin d’Israël. Dans 50 ans, dans 100 ans ou plus, si les choses ne changent pas, cette issue sera inéluctable. Les Palestiniens n’abdiqueront jamais leurs droits. Eux aussi, et jusqu’à l’établissement d’un Etat palestinien, continueront à psalmodier «L’année prochaine à Jérusalem (Est) »… Aussi, amis d’Israël, appelez donc à la raison les dirigeants et une bonne partie de l’opinion publique de ce pays. Dites-leur qu’à continuer à penser ce conflit comme un jeu à somme nulle (tout ou rien), cela finira par se retourner contre eux. Dites-leur encore que l’exercice de la violence ne viendra jamais à bout des aspirations légitimes du peuple palestinien, comme poussée à un degré paroxysmique et inégalé, elle n’est pas arrivée à exterminer les Juifs. Qu’ils s’en souviennent. Dites-leur enfin que la supériorité militaire ne survit jamais bien longtemps face à la supériorité morale d’une cause juste.

5/ Aux amis des Palestiniens dont je suis, il convient de ne jamais oublier que soutenir la cause palestinienne ne nous octroie pas le droit de nous substituer à eux. Ce sont eux qui, au premier chef, souffrent, subissent l’humiliation, le désespoir et meurent. C’est à eux de choisir leur avenir. De décider ce qu’ils choisissent, ou non, de négocier. Il s’agit, après tout et avant tout, de leur terre et de leur avenir ! Il est si confortable, calé dans son sofa à Alger, au Caire ou à Paris, de surenchérir et d’être jusqu’au-boutiste. De disposer du sang, de la vie et de l’avenir d’autrui.

L’indignation ne suffit pas, à nous de les aider matériellement, moralement et, plus que tout, de respecter leurs choix.

6/ A nous habitants de ce qui est communément dénommé «monde arabo-musulman» de refuser l’instrumentalisation de la cause palestinienne par les régimes en place mais aussi par certains partis d’opposition. Les uns et les autres continuent à exploiter la Palestine à des fins de politique intérieure. Les pouvoirs en place et certains mouvements politiques se servent plus qu’ils ne servent la Palestine. C’est pourquoi la perpétuation du conflit est une aubaine pour eux. De cela, soyons conscients. L’opinion publique dans les démocraties représentatives est un acteur influent dans la prise de décisions politiques.

La nature des régimes politiques de notre région empêche encore que nous exercions ce pouvoir. C’est pourquoi il nous faut rester vigilants. Soutenons les droits du peuple palestinien sans trop compter sur nos gouvernants. Toutefois, le jour venu, nous saurons amener nos représentants à jouer de nos atouts (l’énergie, la position géostratégique, le poids démographique…) pour œuvrer au rétablissement du peuple palestinien dans ses droits fondamentaux.

Enfin, d’ici là, gardons-nous de faire de la cause palestinienne un dérivatif à nos frustrations bien souvent engendrées par notre impuissance face à des régimes autoritaires et/ou dictatoriaux qui nous dénient tout accès à la citoyenneté.

7/ Aux Palestiniens à qui je n’ai aucune leçon à donner, je dirai que, à mon humble avis, l’unité du peuple et de sa direction politique est essentielle.

Le mouvement national palestinien doit rester uni autour d’un objectif exclusivement politique, loin de toute surenchère religieuse. Que le désespoir peut conduire à la haine mais que celle-ci est mauvaise conseillère. La mort n’engendre jamais la vie. Je sais que faire triompher la raison lorsque le désespoir règne en maître est un exercice difficile, mais il n’existe d’autre option que celle du combat politique. Si les armes restent nécessaires pour faire triompher une revendication politique légitime, il convient de ne jamais oublier que la mort d’enfants et de civils dessert toute cause qu’elle prétend servir. La cause palestinienne est une cause juste et morale. Aussi, ne laissez pas vos adversaires vous déshumaniser, vous présenter comme des barbares aux yeux de l’opinion internationale. Celle qui, dans cette séquence historique, compte. Celle du G7 et des démocraties d’opinion, encore favorables — parfois sans nuance et pour des raisons historiques et culturelles — à la politique du gouvernement israélien.

Dans ce monde où les perceptions et les émotions influent trop souvent sur la politique, la conquête de l’opinion publique internationale est cruciale, voire décisive. Pour finir, tant est qu’un jour nous puissions en finir, je sais qu’au moment où les enfants et les civils à Ghaza sont les victimes des bombardements, écrire qu’il convient de remettre de la raison dans nos conduites et de parler de politique, lorsque tout appelle à la vengeance, risque au mieux de ne pas être entendu. Mais gardons à l’esprit que cet engrenage se fera toujours aux dépens du plus faible militairement, les Palestiniens.

Nous, solidaires des Palestiniens, refusons de nous faire enfermer dans l’émotion. Aidons-les matériellement et moralement. Mobilisons autour de nous et convainquons, à partir d’arguments rationnels et sans haine, que les revendications des Palestiniens sont légitimes. Mon dernier mot sera en direction des amis d’Israël ainsi qu’aux Israéliens qui peuvent et veulent entendre ce message. La domination et la violence ne peuvent servir éternellement à nier l’autre dans ses droits les plus fondamentaux. Qui mieux que les descendants des camps d’extermination pour le savoir et s’en souvenir ? La justice et la sécurité doivent être égales pour tous. Le temps est l’ennemi d’Israël, car sans une paix juste pour tous dans les mois et les années à venir, c’est Israël qui risque de disparaître. Alors, de grâce, imposez aux dirigeants d’Israël de mettre fin à cette fuite en avant, de conclure sans tarder avec les représentants légitimes du peuple palestinien, une paix juste et durable, conformément aux accords de Madrid, Oslo et Genève, signés par les deux parties.

A tous, je sais que le langage et la voie de la raison sont difficiles à entendre et à suivre. Mais il n’y en a point d’autres…

S. O. 
(*) Président du cercle de réflexion «Cercle Ptolémée»

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