Thamazight, c’est la vie.

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« À méditer : à l'exclusion de la péninsule arabe, les "arabes" n'ont vu le jour qu'au moment du dépeçage de l'Empire ottoman. À bon entendeur salut! ».

Publié sur mon mur Facebook, ce post m’a valu une sévère réponse de mon camarade, Saadeddine KOUIDRI, « Cher Moumouh c'est toi et toi seul qui affirme par la négation que "Ni le français, ni l'arabe ne peuvent remettre en cause l'Amazighité". Les langues à l'image des identités sont en perpétuel renouvellement. Nous disions bien au PAGS que l'amazighité, l'arabe et l'islam sont des richesses du pays. Nous avons omis d'ajouter les autres composantes de notre identité et c'est là notre erreur. Je constate que tu veux faire l'histoire à l'instar du pouvoir en gommant. Le pays te manque apparemment.
Et pour préciser [...] si je devais reprendre toutes les identités qui illustraient l'Algérie de notre cher Kateb Yacine, ce serait un peu plus long. ».

Le débat est intéressant. Dans l’espoir de le voir s’élargir, il mérite un cadre plus large qu’une page FaceBook.
 
Une d'identité est un ancrage partagé dans un espace qui se perpétue dans le temps. C'est une accumulation et, en tant que telle, elle est à la fois socle et construction, passé et perspective. Ce n'est ni l'égrènent d'un chapelet disparate d’éléments – arabité, francité, amazighité,…-, ni un choix arbitraire, le plus souvent idéologique, d’appartenance. 

La terre algérienne est amazighe, et, s'il est une question à laquelle nous ne pouvons en aucun cas tourner le dos, c'est bien celle-là : celle de la définition de notre identité.

La domination de l’empirisme.

Au Pags, comme d’ailleurs dans l’ensemble du mouvement démocratique, l’approche de la question a été marquée par l’empirisme. Une approche qui ne nous a pas permis d'être féconds. Pourtant, nous avions les prémices d’une véritable approche politique. Nous affirmons dans la partie historique de la résolution politico-idéologique du premier congrès que « Depuis les temps préhistoriques, les Amazighs constituent le fond de la population de l'Afrique du Nord. La société tamazight était fondée essentiellement sur la grande famille patriarcale et la langue tamazight était utilisée à travers tout le Maghreb ». Mais avons-nous fait entièrement place à cette vérité ? Prisonniers de cette fameuse tendance à s’empêtrer dans les demi-vérités, et les demi-erreurs, nous avons optés pour une notion, de sens commun, celle de la synthèse, de l’amoncèlement mécanique, qui s’est traduite dans la formulation du triptyque : « arabité - islamité – amazighité »[i].

Plus encore ! La résolution culturelle, adoptée lors du même congrès, a relevé, sur le plan de la sentence et pas de l’analyse, la forte prééminence politique des partis identitaires. Avions-nous sérieusement interrogé cette prééminence en la mettant en rapport avec l’antagonisme global et irréductible que nous relevions entre deux projets de société ? Pourquoi « Ces questions occupent[-elles] une place importante dans les luttes en cours dans notre pays. » ? Qu’est-ce qui fait que « La multiplicité des thèses et positions sur ces questions, font que les programmes de nombreux partis en sont fortement imprégnés. Au point de faire apparaître que le positionnement de ces partis sur ces questions (religieuse, culturelle et raciale) est la base unique sur laquelle s'élabore leur particularité. » ? Et, est-il si anormal que « Dans beaucoup de cas, ces luttes en s'aiguisant vont jusqu'à masquer et influer négativement sur la nature des luttes sociales et économiques. » ? Ces questionnements sont toujours actuels.

Toutes les briques étaient là !

La prééminence des problématiques identitaires comme l’entrechoquement de deux projets de sociétés ne révèlent-ils pas simplement de l’inachèvement de l’émergence nationale algérienne ? Nous ne l’avions pas vu, à l’époque. Et nous ne le percevons pas encore clairement. Même lorsque, plus tard, au sein d’Ettahadi-Tafat, puis du Mds, nous en sommes venu à parler d’hybridité de l’état en place, de la nature d’Etat de la crise algérienne, nous n’avons pas articulé judicieusement ces conclusions à la question nationale comme question pertinente et déterminante. Nous la tenions, simplement, pour réglée. Et pourtant, nous avons toujours mis à l’ordre du jour, de la conférence nationale de 1969 à la confrontation des années 1990, les Taches d’Edification Nationale comme impératif politique central ! Ainsi, si tous les éléments d’un positionnement juste étaient là, ils n’ont malheureusement jamais été articulés correctement de sorte à comprendre, même lorsque est formulé le mot d’ordre de deuxième république, que c’est à la résorption de la question nationale que nous devons nous atteler.

Les dégâts de l’arabisme.

La question nationale algérienne a été escamotée sous l’influence du panarabisme, elle a été déviée de l’approche Nord-Africaine originelle vers des approches populistes qui oscilleront au fil du temps de gauche à droite. Sur la base d’un essentialisme linguistique, la nation Algérienne a été approchée dans un référentiel « éthno-idéologique ». L’Algérie serait donc une « Nation de Gauche Arabe ». Un objet historique non identifié qui ne pouvait, au mieux, que faire du surplace. Et tout naturellement, c’est le pire qui est advenu : la régression sur tous les plans. Pourtant, les nations n’existent que dans un espace-temps, dans une trajectoire Historique et un espace géographique.

Les dégâts ne se sont pas fait attendre, causés par un Messali fasciné par l’orient et son autoritarisme despotique, auquel a succédé un Nasser, adversaire victorieux de la Soummam.

L’Algérie et ses voisines, se définissent en rupture d’avec leur trajectoire Historique marquée par une aspiration à l’émancipation qui plonge loin vers les résistances Numides. Elle se définissent aussi en s’affranchissant de leur espace géographique qui a cette étendue articulée au fil du temps entre le septentrion africain, la profondeur Saharienne et Sahélienne. Cette géopolitique, cohérente, qui ne découle d’aucune construction idéologique bancale est occultée au profit du « monde arabe ». Posons-nous la question de l’origine de ce concept de qui nous engloberait.

Un concept stratégique Anglo-Français.

Du XVI au XIX siècle, à l’exclusion du Maroc, ce qui passe pour le monde arabe était sous domination musulmane Turque. Nos ancêtres, situés à ses confins occidentaux, y sont entrés Amazighs avec une longue tradition étatique Ziride, Hafçide, Hamadite, El Moravide, El Mouahide… Il semble qu’ils en sortirent « arabe » ! Par quelle volonté ? Celle des Trucs qui eux même ne se sont jamais arabisés ? Les populations de ce vaste empire se sentaient-elles « arabe » sous le joug Ottoman ? Ou bien ne le sont-elles devenues que par la grace des nouveaux maîtres ? L’étude des œuvres de Laurence d’Arabie, du Maréchal Lyautey et autres Ismaël Urbain peuvent nous édifier et nous amener à comprendre que l’arabisme est un concept stratégique impérial anglo-français voué à leur domination. La force de ce concept est telle qu’il a détaché y compris les progressistes de leurs géopolitiques propres, de leurs espaces. Pour ce qui nous concerne nous-même : Tamazgha.

Nous réinscrire dans notre propre géopolitique.

Où en sommes-nous de la construction de l’union nord-Africaine ? Cette question est plus vitale que jamais. Le carcan baptisé « monde arabe », vidé de ce qu’il a pu compter comme illusions progressistes, tombe dans l’escarcelle wahhabite. Rester « subjugués » par cet artifice impérial nous détourne de l’impérative intégration nord-Africaine et nous voue à une aliénation qui dépasse toutes celles passées. Nous nous retrouverons sous la botte des Al Saoud. Nous devons donc rompre avec cette chimère et sortir des institutions qui lui donnent un semblent de vie. Quitter cette ligue arabe véritable antichambre du califat Wahhabite.

La perspective d’Union Nord-Africaine nous amènera à mettre un terme à la course aux armements engagée par la bureaucratie algérienne et le makhzene marocain. Nous allons tendre à la création d’un cadre d’épanouissement de nos peuples, y compris le peuple sahraoui, par la coopération, l’entraide et la mise en communs de nos ressources et potentialités. Dans une telle perspective, Tamazight est l’atout majeur, que bien des ensembles régionaux peuvent nous envier.

Amazighs nous sommes, Amazighs nous vivrons. Ni la question nationale algérienne, toujours à l’ordre du jour, ni celle de l’intégration régionale Nord-Africaine, ne peuvent se résoudre dans la négation de l’Amazighité ; elles ne peuvent encore moins être abordées dans un concept hérité du colonialisme et aujourd’hui investi par les pétromonarchies du golf. Réveillons nous tous !
 

[i] Entre autre défaut, je vois là une prime à l'islamité puisque, implicitement, elle est portée à la fois par l'arabité et l'islamité, donc, l’écueil devient double devant la perspective de sécularisation. Quelle faute pour des démocrates et des progressistes !

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