Rapport de synthèse séminaire de Yakouren "Dossier Culturel"

SEMINAIRE DE YAKOUREN

(du 1er au 31 août 1980)

DOSSIER CULTUREL

RAPPORT DE SYNTHESE

COMITE DE DEFENSE DES DROITS CULTURELS EN ALGERIE C/O REVUE ESPRIT, 19 RUE JACOB 75005 PARIS

contact : 887 59 31

AVERTISSEMENT

Vu le volume final du document issu du Séminaire de Yakouren, il nous a semblé utile dans un premier temps, d'une part pour répondre aux besoins légitimes de la population qui a attendu avec un grand espoir l'issue de ces travaux, d'autre part dans le souci de vulgariser au maximum les principaux axes de réflexion qui ont conduit cette rencontre, de dresser tout de suite un document de synthèse. Les textes berbère et arabe algérien sont prévus.

Les travaux des commissions seront publiés en détail et mis à la disposition du peuple et du Comité Central.

AVANT-PROPOS

Le Séminaire de Yakouren a été ouvert à tout citoyen concerné par le problème culturel. A cet effet, nous regrettons beaucoup le refus injustifié du Journal "El-Moudjahid" - dont nous déplorons l'absence -de publier l’annonce payante du Séminaire qui aurait certainement permis une meilleure information du peuple algérien sur cette rencontre, et une meilleure participation.

Par ailleurs, si des spécialistes de certaines questions ont pu participer aux travaux sur certains thèmes (histoire, sociologie, linguistique, cinéma, etc.), d’autres sujets ont été traités par des citoyens souvent profanes, qui n'ont pu donner que ce que la société actuelle a pu mettre à leur disposition en matière de formation, d’information, de documentation et autres.

Les conditions de travail très laborieuses, notre inexpérience en matière d'organisation, ne nous ont pas permis de parvenir à un nivellement total des travaux. Mais ce nivellement est-il souhaitable ? Les séminaristes assument leurs travaux avec toutes les insuffisances, les redites, et même les différences d'une commission ou d'une sous-commission à l'autre. Une question aussi délicate que la culture, qui est abordée au grand jour pour la première fois, ne pouvait être qu'imparfaitement traitée en un mois. Nous n'avons que notre volonté, nous comptons sur la compréhension et l'apport dans la discussion du dossier de tout notre peuple.

Puissent d'autres Séminaires être plus riches, plus efficaces, plus démocratiques, et d'un niveau toujours plus élevé. Si tel devait être le cas, une partie de la mission dévolue au Séminaire de Yakouren aura été amplement accomplie.

Compte tenu de la nature synthétique de ce texte, un certain nombre de "concepts" sont avancés sans définition rigoureuse.

Ainsi lorsqu'il est dit "arabo-islamique", ce n'est pas l'arabité en tant que fait culturel au même titre que la berbérité de notre peuple qui est concernée. Ce n'est pas non plus la dimension islamique du pays qui est abordée, et qui reste un ciment du reste positivement intégré au niveau populaire, quand elle n'est pas dénaturée par des pratiques obscures, sectaires (toute autre expression non sunnite est bannie chez nous ; le cas des Ibadites est le plus flagrant). Nous traitons ici de l'amalgame arabo-islamique en tant que vecteur idéologique auquel l'usage politique donne son aspect mystificateur que les masses populaires subissent de plus en plus dans leur quotidien.

RAPPORT DE SYNTHESE

Le mouvement de Tizi-Ouzou du printemps 1980, dont les répercussions ont secoué tout le pays a soulevé un problème d'importance dont les plus profondes motivations peuvent se résumer comme suit :

Ø  la recherche de l'identité algérienne effective ;

Ø  la volonté de promouvoir les deux langues de la nation : Tamazight et Arabe algérien ;

Ø  la soif de la culture ;

Ø  le droit à la libre expression.

L'objet de ce séminaire est avant tout de poser, une fois de plus, clairement le problème de la culture en Algérie, afin de dépasser les fausses accusations dont la presse nationale notamment s'est encore récemment fait l'écho, et dont les propos incendiaires ont failli conduire à l'irréparable.

La volonté de dénaturation et de régionalisation d'un problème qui concerne tout le peuple algérien - mime si une partie le vit plus intensément qu'une autre - a révélé du même coup les effets dramatiques que peut engendrer une information monopolisée par l'irresponsabilité, le sectarisme et l'arbitraire.

Le Séminaire de Yakouren ne fait qu'engager le dialogue en levant les tabous qui ont jusqu'à présent empêché tout débat démocratique sur la question culturelle. Nous espérons que la discussion du dossier culturel promise par le Président de la République sera réellement populaire, et que les autorités tiendront compte du point de vue de la population.

En Algérie, le problème de la culture s'articule autour de trois axes principaux :

Ø  le problème de l'identité réelle du peuple algérien, et la reconnaissance officielle de ses deux langues : Tamazight et Arabe algérien ;

Ø  le problème des libertés d'expression ;

Ø  le problème de la culture dans le développement de la société.

1) Le problème de l'identité culturelle du peuple algérien

Incontestablement, la définition officielle de l'identité du peuple algérien exclut le fait Amazigh. L'origine de cette exclusion remonte à l'histoire du mouvement nationaliste algérien, dont l'histoire reste à faire, et où s'est réalisée - non sans heurts et erreurs -l'hégémonie de l'idéologie arabo-islamique au détriment de toute dimension Tamazight de la nation.

Cette hégémonie dans notre passé a été reconduite telle quelle à l'indépendance, pour devenir par la suite un préalable à toute approche de l'identité algérienne. La confusion entre arabité (un des faits culturels du pays) et arabisme (idéologie panarabe) gagnait de proche en proche la vie politique nationale, jusqu'à jeter son exclusive sur toute analyse de l'identité algérienne. Il est particulièrement significatif que le recensement général de la population de 1966 ait accordé une attention - fût-elle minime - à la composante Tamazight de notre peuple, et que celui de 1977 l'ait totalement ignorée.

Cette vision eut pour conséquences notamment :

Ø  La non-reconnaissance des deux langues du peuple algérien Tamazight et Arabe algérien, sous le prétexte, désormais caduc, que celles-ci sont impropres â véhiculer une "grande culture".

Il est aujourd'hui scientifiquement admis que les notions de "grande langue" et de "langue mineure" sont des inepties. Le seul critère qui détermine la survie d'une langue réside dans le fait que celle-ci ait ou n'ait pas une pratique réelle dans le quotidien d'un peuple. Il est difficile de dire que, concernant Tamazight et l'Arabe algérien, cela ne soit pas le cas. Toute langue peut tout dire, tout est question de moyens.

A ce niveau intervient un autre paramètre dans le développement d'une langue : la volonté politique de l'Etat à la promouvoir ou à la réprimer. Les exemples de pays de l'Est, de l'Ouest, du Nord et du Sud qui, partis sur des matériaux linguistiques plus "pauvres" que les nôtres en ont fait de réels instruments de promotion sociale de leur peuple, sont nombreux. Il y a cette différence, avec nous, qu’eux ont tenu à réaliser cette entreprise.

D'un autre côté, la preuve est faite à présent et à tous les niveaux, que pour le plein épanouissement de l'enfant, la scolarisation doit impérativement se faire, à tout le moins au début, dans sa langue maternelle, si l'on ne veut pas s'exposer à toutes sortes de troubles entravant le développement harmonieux du jeune scolarisé. A ce propos, l'Ecole fondamentale entre en application cette année ; a-t-on seulement réservé aux langues du peuple une place dans les programmes traitant des "Activités d'éveil" ? Il n'est malheureusement pas prématuré de répondre par la négative, du moins pour Tamazight.

En définitive, la seule question en la matière qui reste posée est celle-ci : veut-on réellement en finir avec la marginalisation et la folklorisation des langues du peuple algérien ?

Ø  la déformation de l’histoire algérienne en fonction de l'hégémonie de l'idéologie arabo-islamique.

Il existe une réelle volonté au niveau de l'historiographie officielle d'occulter, ou de déformer tout fait ou personnage - et ils sont nombreux - tendant à redonner au pays sa réalité historique. La conception uniciste réductrice de notre Etat actuel n’y est pas étrangère. Ceci trouve au moins deux explications dans :

Ø  -La volonté d'asseoir l'hégémonie arabo-islamique. La question se pose de savoir ce que peut apporter au pays cette idéologie qui n'est rien d'autre â terme que la négation de la nation algérienne elle-même.

Ø  -Le souci de donner le change aux nations occidentales, et plus particulièrement à l'ancienne puissance colonisatrice quant à notre statut uniciste. Notre histoire doit finir d'être grévée par ce complexe d'Etat-Nation. Il nous faut arrêter de nous concevoir en tant que sous-produits de l'histoire coloniale. Notre diversité est notre chance de demain, elle doit nous permettre de rentrer dans le 20ème siècle. Toute analyse de l'identité nationale doit la prendre en charge avec lucidité et honneur, et non plus, comme certains milieux se plaisent à le montrer, en tant que tare de l'héritage tribal.

A la veille de l'an 2000 où l'angoisse de l'homme tient, pour l'essentiel, à sa prise de conscience devant les dangers de standardisation et de nivellement réducteurs, nous pouvons, nous, si nous avons le courage de nous-mêmes, être les privilégiés de l'histoire.

Ø  L'exclusion de la majorité du peuple algérien de la culture, qui se trouve être l'apanage d'une élite qui a appris puis maîtrisé le français ou l'arabe classique. Tant que cette situation durera, le peuple sera l'absent, ou au mieux l'invité, de la vie culturelle officielle, si toutefois on peut en parler. Le marasme culturel d'aujourd'hui trouve globalement son explication à ce niveau. La démocratisation de la culture, si les choses en restent là, demeurera un slogan.

2) Le problème des libertés d'expression culturelles

L'absence de liberté d'expression culturelle a eu pour conséquence l'étouffement de la culture du peuple algérien, sa folklorisation, et, partant, la consécration d'un vide culturel, que la culture soit considérée au sens large de modèle de consommation, de comportement, etc., ou au sens étroit de productions culturelles et de valeurs transmises par les appareils idéologiques. Le bilan se lit aussi dans l'échec des efforts répétés de définition et de proposition d'une culture "nationale" arabo-islamique fondée sur l'âge d'or de l'Islam.

De complément à la production nationale qu'elle était censée être la production culturelle étrangère (orientale et occidentale), se trouve prt de vingt ans après l'indépendance la toile de fond de la vie culturelle algérienne. Les problèmes dans lesquels se débat le jeune théâtre algérien, l'étouffement de la production cinématographique dont les moyens échappent complètement aux principaux utilisateurs, l'impossibilité de publier quoi qi ce soit en Tamazight ou en Arabe algérien, les blocages que rencontre la ch< son révolutionnaire, notamment Tamazight etc., sont autant d'indices d’une politique visant objectivement à briser toute initiative du peuple en matière de culture.

Les garanties réelles d'une pratique saine et révolutionnaire de la culture ne devraient pas être faites de directives volontaristes et d'orientations arbitraires, mais devraient consister, avant tout, en la possibilité effective d'un exercice libre et nécessairement diversifié de l'expression et de la création. Pour ce faire, la censure doit cesser d'être ce qu'elle a été jusque-là, une anti-culture dont la forme la plus élaborée est l'auto-censure.

3) La culture dans la politique de développement

La politique culturelle en Algérie fondée sur la définition arabo-islamique, niant le fond de toute expression Tamazight, s'est traduit sur le terrain par une arabisation dont le moins qu'on puisse dire est

Ø  Qu'elle produit une coupure entre l'intellectuel algérien et s peuple, dans la mesure où l'Arabe classique n'est la langue maternelle d'au cun algérien. A ce titre, l'école, au lieu d'être le prolongement et le point de fécondation du milieu familial et de l’environnement de l'enfance algérienne, en est le cadre de rupture et de conflit.

Ø  Qu’elle maintient la dépendance technologique du pays par rapport aux multinationales, les travailleurs étant culturellement réduits

Ø  A subir cette technologie importée qu'ils ne dominent pas, leur environnement culturel étant au départ exclu de toute activité nationale organisée.

Ø  Qu'elle sert d'alibi à la négation des langues du peuple, par un discours prétentieux et non fondé de la "modernité qui s'oppose à la tradition".

Ø  Qu'elle véhicule une idéologie non conforme à nos intérêts pour la démocratie et le socialisme, et à nos valeurs propres.

Le problème s'aggrave d'autant plus qu'avec l'absence des libertés d'expression, des groupes de pression à la solde de l'étranger se constituent autour du concept arabo-islamique en niant le fait même de la nation algérienne, et entendent dicter au pays une politique culturelle dont les conséquences sont déjà désastreuses.

Ainsi, et indépendamment de l'aspect qualitatif qu'on ne peut plus travestir, la démocratisation de l'enseignement est une fiction.

A titre d'exemple, il suffira peut-être de signaler que, contrairement à ce qu'ont tendance à faire croire les chiffres officiels, le taux de scolarisation est globalement en baisse depuis 1976.

Mais le problème culturel est beaucoup plus large en Algérie. Les structures sociales anciennes sont embrigadées ou carrément combattues (djemâa sous contrôle, vie de quartier éclatée dans les villes). Rien n'est fait pour permettre leur adaptation aux transformations structurelles qui caractérisent notre société actuelle. Il y a crise sociale en Algérie.

L'échec de la politique d'arabisation, la reproduction de la dépendance culturelle à tous les niveaux, la dégradation des mœurs, la protestation populaire, montrent que la politique culturelle en Algérie doit être redéfinie en fonction des préoccupations du peuple algérien. Les propositions que nous soumettons à la discussion rentrent dans ce cadre.

PROPOSITIONS DE LA COMMISSION "LANGUES POPULAIRES"

Le problème est un problème de fond. La solution ne peut pas se satisfaire d’un nombre arrêté de mesures. Il s’agit de fonder de nouvelles perspectives et d'entamer concrètement un processus. Ceci n’exclut pas, bien au contraire, que des dispositions soient prises rapidement. Ces dispositions doivent être l'illustration d’une volonté politique.

Sur le fond, il s'agit :

Ø   De mettre fin à la marginalisation de la culture du peuple algérien, donc de définir la culture nationale en fonction de la culture populaire dans toute sa diversité. Ceci implique la reconnaissance institutionnelle des langues du peuple algérien (Arabe algérien et Tamazight) en tant que langues nationales.

Ø   De donner les moyens publics de développement et d’expression de la culture algérienne. Le développement suppose réappropriation, enrichissement et diffusion.

Concrètement, la mise en pratique de ces principes est liée à deux conditions : d’un côté la suppression des entraves administratives, des tabous, des pratiques bureaucratiques répressives de tout ordre, et de l'autre la disposition d'un certain nombre de moyens matériels et humains. Concernant ce dernier point on peut, sans que cette liste soit exhaustive, citer quelques domaines d'application.

1) Mass-médias

Ø  Emissions radiophoniques. Donner aux chaînes I et II les moyens matériels nécessaires à leur plein épanouissement.

Ø  Télévision. Dans un premier temps aménager des heures régulières d'émission en Tamazight et en Arabe algérien. Envisager dès maintenant la création à terme d'une deuxième chaîne berbérophone.

Ø  Presse. Prendre en considération la possibilité d'organes de formation et d'information en Tamazight et en Arabe algérien dès maintenant

2) Activités culturelles

Ø  Théâtre. Donner les moyens matériels pour la création de troupes jouant en Tamazight et en Arabe algérien.

Ø  Cinéma. Prendre en charge la réalisation de films en Tamazight et en Arabe algérien. Banaliser la pratique de la double version (Arabe, Tamazight) pour tous les films algériens.

Ø  Il en va naturellement de même pour toutes les autres activités culturelles, telles que les conférences, les spectacles de variété, les semaines culturelles, etc.

3) Edition

La SNED doit non seulement importer ordinairement les publications ayant trait au berbère et à l'arabe algérien, qu'elle refuse à l'heure actuelle systématiquement de faire entrer, mais aussi éditer des oeuvres en berbère et en arabe algérien. Il convient de procéder dès maintenant à la création d'une ou de deux sections spécialement destinées à cet emploi.

4) Enseignement

Le principe pédagogique selon lequel un enfant doit être enseigné d'abord dans la langue qu'il utilise dans la vie courante est universellement reconnu. Il faut commencer à préparer les conditions de mise en pratique de ce principe.

Il est par contre nécessaire de passer tout de suite à l'ouverture de chaires de berbère et d'arabe algérien dans les universités algériennes. Il est difficilement concevable que l'étude du berbère se poursuive à Naples, Madrid, Leeds, Paris, Hambourg, Copenhague, Prague, Varsovie, Budapest, Moscou, Tokyo, Los Angeles, Howard, mais pas en Algérie.

DOCUMENT

M. Salem CHAKER, docteur d’Etat en Linguistique Berbère,

A M. Le Ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique.

Proposition pour l’intégration du berbère dans l’Université Algérienne

1)              Création d’un Institut (ou à tout le moins d’un Département) de Langue et Culture Berbères dans l’Université Algérienne. Mise en place dès la rentrée prochaine à Alger et/ou Tizi-Ouzou.

2)              Création d’un module optionnel "Langue et Culture Berbères"

Ø   Ce module, optionnel, sera intégrable dans toutes les licences de Lettres et Sciences Humaines.

Ø   Il viendra en déduction du total des modules définissant chacune des licences concernées.

Ø   Il aura pour objectif de fournir aux étudiants une information scientifique sérieuse sur le domaine berbère dans toutes ses formes.

Ø   Programme : cf. Annexe.

3)              Création d’un Magister "Langue et Culture Berbères"

Ø  Cette filière sera ouverte à tout titulaire d’une licence de Lettres, après accord des responsables de la filière.

Ø  Son rôle sera de former pour l’Université et la Recherche Scientifique des Enseignants-Chercheurs de haut niveau qui constitueront l’encadrement futur dans ce secteur.

Avec le potentiel humain actuellement disponible dans ce domaine, la mise en place de ces mesures ne devrait poser aucun problème. Moyens en Enseignants-Chercheurs algériens : 1 docteur d’Etat (linguistique berbère), 3 ou 4 docteurs de 3ème cycle,' agrégés ou assimilés, une dizaine de DEA (soutenus ou en cours de préparation), + nombreuses reconversions possibles.

Programmes

A. Projet de Magister "Langue et Culture Berbères"

1) Liste des enseignements de première année

Ø  Linguistique berbère 3h/h/a

Ø  Littérature berbère 2h/h/a

Ø  Histoire et sociologie des groupes berbérophones 2h/h/a

Ø  Théories et méthodes de la description linguistique et 2h/h/a

Ø  Linguistique et littérature arabes 2h/h/a

Ø  Pédagogie de l’enseignement supérieur (circulaire 220 du 18 juillet 1977)

2) Deuxième année :

Ø  L'étudiant suit et participe aux activités du Séminaire de son directeur de recherches.

Ø  Il prépare sa thèse.

B. Module optionnel "Langue et Culture Berbères"

1) Linguistique berbère

Ø  Données générales sur la langue

Ø  Phonétique, phonologie, notation

Ø  Les écritures berbères

Ø  Grammaire : système du verbe, système du nom, syntaxe de la phrase

Ø  Lexicologie

2) Littérature : présentation des différentes productions ; analyse de documents particuliers.

Nous n’avons pas de document analogue en ce qui concerne l'Arabe algérien. Mais ceci n'affecte en rien le principe de l'intégration rapide de l'Arabe algérien dans l'Université Algérienne.

En dehors de l'Université

Ø  Il est possible d'envisager la création d'enseignements du berbère et de l'Arabe algérien dans quelques lycées et écoles normales, en attendant de réunir les conditions matérielles et humaines d'une généralisation de cet enseignement et de l'intégration des langues du peuple algérien dans l'ensemble du système socio-éducatif de notre pays.

Ø  Ne pas oublier les émigrés et leurs familles. En France par exemple, le berbère et l'Arabe algérien sont reconnus comme langues facultatives aux épreuves du Baccalauréat. Il faut encourager l'intérêt que les algériens (jeunes et adultes) portent à l'égard de leurs langues. Encourager et prendre en charge les activités culturelles dans ce domaine.

Ø  Il nous semble hasardeux d*e proposer, en l'état actuel des choses, une quelconque opération "de masse" (du genre "alphabétisation"). Mais il ne faut pas décourager les initiatives individuelles ou collectives qui pourront se manifester. Des expériences peuvent ainsi être tentées au niveau des villages, des unités de travail, des Maisons de la culture, etc. Une formule de "volontariat culturel" peut être envisagée.

Ø  Encourager d'une façon générale la création de bibliothèques locales, de bulletins et de revues (dans les lycées, écoles normales, collèges, foyers de village, unités de travail, Maisons de la culture) contenant des textes en Arabe algérien et en Berbère.

La liste précédente est surtout indicative. Elle suffit néanmoins à évoquer quelques-uns des points sur lesquels doit porter une politique d'algérianisation de notre culture. Afin de lever toute équivoque, il convient de faire ressortir ici un certain nombre de points, dont la mise en avant a servi éventuellement de justifications à une entreprise d’aliénation (voire de négation pure et simple) de la culture du peuple algérien.

En premier lieu, le problème doit être pensé en termes de complémentarité et d'enrichissement de la culture algérienne. Les exemples - nombreux - de tous les pays progressistes du monde (en particulier les pays socialistes), voire d'un grand nombre d'autres, sont là pour montrer le bien-fondé d'une formule qui a amplement fait ses preuves.

En second lieu, il doit être bien clair que le développement des langues du peuple algérien, loin de menacer, comme certains ont tenté de le faire croire, l'union nationale, en est au contraire la meilleure garantie, la seule union réellement stable étant celle qui découle de la libre adhésion de tous les Algériens.

PROPOSITIONS DE LA COMMISSION "CULTURE ET DEVELOPPEMENT"

I. Structures et moyens d'appui pour la mise en oeuvre d’une politique d’alphabétisation dans les langues du peuple

La politique de mise en place de structures et moyens d'appui devrait avoir entre autres objectifs :

Ø  L'installation d'imprimeries régionales et locales

Ø  La production et la diffusion des outils indispensables à l'entretien et au développement des connaissances acquises

Ø  La formation de cadres qualifiés dans les langues du peuple

Ø  L'organisation de cours par correspondance

Ø  La diffusion de programmes de soutien (presse, radio, cinéma).

Avant tout, l'alphabétisation implique des options précises de caractère politique avec des préalables :

Ø  Le statut des langues d'alphabétisation, c'est-à-dire l'emploi des langues du peuple dans divers domaines de la vie nationale

Ø  Le statut de ces langues par rapport aux autres

Ø  La définition d'actions systématiques permettant de favoriser la promotion de ces langues

Ø  La mise en place de mesures officielles visant à compléter et à renforcer l'alphabétisation par l'introduction des langues du peuple comme matière et outil de formation à divers niveaux : primaire, secondaire, supérieur et recherche scientifique, formation professionnelle.

II. Moyens d’intervention dans le domaine de la recherche

En matière de recherche, il faudrait envisager l'élaboration d'un programme de recherche cohérent doté d'une structure institutionnelle propre, qui impliquerait par conséquent :

Ø  L'accélération et l'approfondissement des études sur les langues nationales (transcription, descriptions phonologiques et morpho-syntaxiques)

Ø  La production de textes et de matériel pédagogique dans les langues nationales

Ø  Le bilan de l'état actuel de la recherche sur les langues nationales

Ø  l'Université étant actuellement la seule structure de formation et de recherche linguistiques, il y a lieu de mettre sur pied une institution nationale autonome capable d'orienter et de coordonner les recherches sur les langues nationales

Ø  Envisager dans l'immédiat le recrutement d'enseignants dans les langues nationales

Ø  Procéder à un recensement parmi les maîtres - auprès des Inspections académiques - sur la base d'une bonne connaissance de la langue du peuple et (ou) d'une réelle motivation

Ø  Assurer par le biais d'un centre jumelé de formation des cadres de l'Enseignement en langues nationales et l'alphabétisation populaire

Ø  Créer une commission linguistique nationale. Cette commission sera composée de chercheurs, enseignants de différentes disciplines, et de traditionnalistes locaux etc., dont la structuration serait la suivante : un bureau directeur (coordination) ; des sous-commissions dont chacune s'occuperait d'une langue ; des correspondants régionaux et locaux pour chaque sous-commission.

III. Propositions pour l'utilisation des langues nationales dans la vie administrative

L'accession des langues du peuple au statut de langues officielles apparaît comme l'une des conditions fondamentales du progrès social.

Cependant, une telle décision de peut être prise du jour au lendemain ; on peut envisager des dispositions transitoires tendant à réhabiliter nos langues au niveau de la pratique administrative :

Ø  Reconnaître à tout algérien ne parlant pas la langue officielle actuelle, le droit de s'adresser à un agent de l'Etat dans la langue maternelle, et de recevoir de lui une réponse dans la langue qui lui soit accessible, ou d'exiger en cas de besoin les services d'un interprète

Ø  Favoriser le développement du bilinguisme interne dans les langues nationales algériennes, bilinguisme qui est déjà une réalité objective de la vie nationale, et exiger de chaque agent de l'Etat la pratique d'une seconde langue nationale en plus de sa langue maternelle

Ø  Créer des commissions de terminologie, procéder à l'élaboration de lexiques et favoriser leur diffusion en vue de la généralisation des langues du peuple

Ø  Etablir les pièces d'Etat-civil à la fois dans la langue officielle actuelle et dans la langue de l'intéressé, dès à présent

Ø  Encourager le recours aux langues nationales dans les instances de la décision collective

Ø  Introduire la possibilité d'utiliser un interprète pour se faire écouter dans sa langue maternelle auprès des instances judiciaires

Ø  Sous-titrer les enseignes d'utilité publique dans la langue dominante de la région, avec un retour aux noms originels de désignation des lieux.

IV. Propositions relatives au système d'enseignement

Ø  Combler le déficit en infrastructure matérielle (primaire, moyen, secondaire, supérieur), en tenant compte de 1'importance du nombre d'élèves ou d'étudiants selon la région, la villa, le quartier, etc., de telle façon que les déficits relatifs en matière d'infrastructure ne soient pas des facteurs de blocage.

Ø  Standardiser effectivement les normes de passage d'une classe à l'autre sur tout le territoire national.

Ø  Prendre en charge réellement la formation de l'élève ou de l'étudiant :

o   Distribution par l'Etat des effets scolaires et même vestimentaires (de façon systématique pour les élèves nécessiteux), prise en charge par l'Etat d'un transport efficient des élèves et des étudiants (transport gratuit pour les élèves).

o   Suppression des frais scolaires pour tous les élèves ou étudiants (subvention totale par l'Etat).

o   Instaurer des cantines au niveau de toutes les écoles primaires.

o   Tant qu'il n'existe pas de système de récupération systématique des déperditions du système scolaire et universitaire, promouvoir :

o   Les centres de formation professionnelle (un par daïra, avec des spécificités si nécessaire dans la spécialisation des C.F.P. ; déconcentration).

o   Les écoles populaires, en liaison avec un système d'orientation qui assume réellement son travail à l'échelle nationale.

o   La formation à l'étranger, quand cela est nécessaire, y compris pour les travailleurs (même de "bas niveau intellectuel") qui le désirent ; que la spécialisation ou la formation à l'étranger ne soient pas accessibles aux seuls "pistonnés" et "louvoyeurs" de toute sorte, mais deviennent une soupape démocratiquement gérée.

o   Permettre aux étudiants algériens qui effectuent leur service national d'accéder pendant leur service au poste d'enseignant.

o   Algérianisation totale du primaire, du secondaire et du supérieur (sauf la post-graduation pour laquelle 1'algérianisation peut être une tâche de moyen terme ; il s'agit de 1'algérianisation du corps enseignant).

o   Promotion de la recherche appliquée aux réalités nationales, en aidant au maximum nos chercheurs (intégration automatique aux centres et organismes de recherche existants, à l'enseignement).

o   Relever le niveau du salaire des enseignants (primaire, moyen et secondaire au moins) et des Assistants, pour empêcher la fuite de l'encadrement expérimenté vers d'autres secteurs.

o   Faire de telle sorte que les travailleurs bénéficient de toutes les conditions (logement, transport, documentation) propres à l'exercice correct de leur profession.

o   S'occuper de façon systématique des enfants handicapés : un centre pour handicapés par wilaya, avec possibilité démocratique de prise en charge par l'Etat de transfert à l'étranger si nécessaire.

o   Viser à court terme la scolarisation totale de nos enfants (surtout au niveau des régions et couches déshéritées). Une enquête nationale sur ce sujet permettra de comprendre de façon exhaustive les "freins" à la scolarisation totale et serait bénéfique pour résoudre ce problème qui n'est pas seulement une question de moyens infrastructurels.

o   Révolutionner la pédagogie : l'élève et l'étudiant ne doivent pas être submergés par leurs études, mais participer de façon critique au niveau de l'acquisition des connaissances. Ils doivent pouvoir, parallèlement à cela, entrer en contact des réalités de la production. Les sociétés nationales pourraient ouvrir leurs portes aux étudiants, de telle façon que ceux-ci contribuent efficacement au moins dans le diagnostic des problèmes liés à la production nationale.

o   S'occuper de façon radicale de notre jeunesse émigrée dans le domaine de la scolarisation, au niveau de tous les aspects du problème.

o   Le contenu de l'enseignement doit être scientifique, critique et lié aux réalités nationales et à notre orientation socialiste. Combattre les attitudes démagogiques (apologétiques ou autres), de telle façon que notre jeunesse soit en même temps éveillée, critique et responsable.

o   Promouvoir les regroupements d'élèves, d'étudiants, et de la jeunesse en général autour des problèmes qui lui tiennent à cœur. Les dynamiques que véhicule notre jeunesse ne doivent pas être vues comme des actions "subversives", mais comme une manifestation de situations concrètes négatives, situations qui vont à l'encontre des aspirations révolutionnaires de l'écrasante majorité de notre jeunesse. A ce citre, le problème n'est pas de combattre ces dynamiques, mais d'en retenir les côtés positifs, traduisant les aspirations de la masse, même quand ces côtés positifs sont novateurs, et de résoudre les problèmes qui sont à la base des mouvements de jeunes.

o   Mettre un frein aux normes de sélection actuelles. Améliorer les conditions de telle sorte que le quart au moins des élèves scolarisés puissent accéder à l'enseignement supérieur (ce quota n'est actuellement que de 2% environ).

o   Elaborer un plan national d'alphabétisation authentique, et le mettre en application wilaya par wilaya, selon les langues populaires correspondantes. A ce titre, le "Secrétariat d'Etat à la Culture et aux Arts Populaires" doit devenir le "Ministère de la Culture et des Langues Populaires". Promouvoir dans ce cadre les instances nécessaires à 1'alphabétisation.

o   Université populaire : permettre aux travailleurs et les encourager a assister aux différents enseignements universitaires ; dégager une demie journée au moins dans la semaine, durant laquelle des cours seront donnés de telle façon que les travailleurs puissent assister.

PROPOSITIONS DE LA COMMISSION "LIBERTES D’EXPRESSION CULTURELLES"

Système de l'Information

Ø  Permettre au journaliste de jouer son rôle d'informateur objectif sur le sujet traité, par le droit à la critique et au commentaire ; ceci passe par la levée des entraves de censure, des blocages au niveau des moyens matériels (locaux, laboratoires, photos, etc.)» ce qui provoquera un climat de débat parmi les journalistes à visions différentes.

Ø  Utiliser les langues du peuple algérien (Tamazight, Arabe algérien) dans le système de l'Information, dans un premier temps au moins au niveau de la Radio et la Télévision, par*la suite avec les développements linguistiques et techniques au niveau de la presse écrite.

Ø  Faire du journal télévisé un véritable "télévisé", et non pas "parlé", par le droit aux journalistes à une information contradictoire à celle d'autres organes, en leur laissant la possibilité de l'argumentation ; réaliser l'adéquation entre l'image et le son (il est aberrant que l'on nous informe sur le "caractère séparatiste" du mouvement d'Avril 1980, sans nous montrer d'images de banderoles qui dénoteraient cet état de fait, ou sans la lecture de textes du mouvement qui appeleraient à "la division du peuple algérien").

Ø  Décentraliser les moyens d'information au niveau national, par la création d'un organe de presse par wilaya, en conformité avec les propositions ci-dessus, pour qu'il puisse jouer son rôle.

Ø  La circulation d'une information objective à tous les niveaux (administration, mass-médias, différents regroupements, séminaires, conférences, assemblées générales, grèves, etc.).

11 ne s’agit là que de propositions d'ordre général, le détail sur le plan technique ou autre est laissé au débat, et surtout aux producteurs directement liés à ce domaine.

Créations artistiques

1) Cinéma

Ø  Création et maintien des ciné-clubs dans toutes les communes

Ø  Développement du cinéma amateur

Ø  Création d'un complexe cinématographique national

Ø  Diversifier la production (genre)

Ø  Prise en charge totale de la cinémathèque par l'Etat (subvention)

Ø  Levée des blocages, de la censure, et liberté de création cinématographique

Ø  Créer des organismes qui alimentent en films les secteurs culturels

Ø  Diversifier l'importation du film, en favorisant les productions qui contribuent à la prise de conscience politique des masses algériennes pour le socialisme

Ø  Permettre et promouvoir les créations dans les langues du peuple algérien (Tamazight et Arabe algérien)

Ø  Faire de telle sorte qu'il y ait adéquation entre le langage utilisé dans le film et les formes d'expression régionales

Ø  Mise à la disposition du cinéma algérien de tous les moyens nécessaires à son développement

Ø  Favoriser la programmation de la production nationale

Ø  Réduire les tarifs d'entrée dans les salles de cinéma, et uniformiser ces tarifs.

2) Théâtre

Ø  Le droit d'existence de troupes théâtrales d'amateurs

Ø  Liberté de création théâtrale et de diffusion

Ø  Développement du théâtre dans toutes les dimensions linguistiques nationales (Tamazight et Arabe algérien)

Ø  Réouverture des salles théâtrales (Sétif, Mascara, Guelma, etc.)

Ø  Enseignement théâtral avec l'implantation de plusieurs écoles de formation théâtrale

Ø  Développement d'un théâtre pour enfants

3) Créations littéraires

Ø  Liberté de création à tout auteur algérien

Ø  Encourager la production en Arabe algérien et en Tamazight

Ø  Subventionner le prix du livre, de manière à ce qu'il soit accessible d'une manière plus large aux masses

Ø  Traduction d'un maximum d'ouvrages en Arabe algérien et en Tamazight

Ø  Publication d'anciens livres inexistants à l'heure actuelle sur le marché, ainsi que les travaux de recherche

Ø  Réviser la politique d'importation du livre en fonction des besoins de notre peuple (des lecteurs), de nos réalités nationales, et de notre orientation socialiste.

4) Domaine musical

Ø  Droit d'existence des troupes et musiciens

Ø  Liberté de création musicale

Ø  Mettre à la disposition des producteurs les moyens matériels et financiers (matériel d'enregistrement, budget, etc.)

Ø  Levée des sanctions sur les producteurs (censure), notamment la chanson engagée qui est la plus sanctionnée

Ø  Liberté d'utilisation des langues du peuple algérien.

5) Radio et Télévision

Radio

Chaîne I

Ø  Emissions en Arabe algérien

Ø  Information en Arabe algérien

Ø  Rôle central pour la culture du peuple algérien

Ø  Démocratiser l’accès à cette chaîne.

Chaîne II

Ø  Volume horaire et puissance d’émission égaux à ceux de la Chaîne I

Ø  Emissions pour toutes les régions berbérophones d'Algérie (Chaouia, Touareg, Chenoui, Mzab, Kabylie, etc.)

Ø  Démocratiser l’accès à cette chaîne

Télévision

Ø  Utilisation systématique des langues du peuple algérien

Ø  Suppression des productions étrangères réactionnaires

Ø  Place centrale à la culture du peuple algérien

Ø  Développer la création artistique en tenant compte des problèmes du peuple

Ø  Création d'une deuxième chaîne pour les cultures régionales, en utilisant exclusivement les langues du peuple algérien.

Autres revendications

Ø  Ne pas oublier les détenus dTEl-Kseur et de Oued Amizour, arrêtés pendant le mouvement du printemps dernier.

Ø  La libération définitive des vingt-quatre détenus de Berrouaghia, et la restitution de tous leurs droits (la paie de certains d'entre eux a été suspendue pendant la durée d’emprisonnement, refoulements aux frontières, filatures, etc.).

Ø  Nous rappelons que la promesse solennelle faite aux lycéens de mettre des lycées à leur disposition pour la préparation de la deuxième session du Bac n'a pas été tenue par les responsables.

(Le DOSSIER CULTUREL COMPLET PARAÎTRA EN NUMERO SPECIAL DE LA REVUE "TlSURAF", PUBLICATION DU GROUPE D'ETUDES BERBERES DE L'UNIVERSITE PARIS VIII - VINCENNES)